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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100194

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100194

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100194
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantLAPRESA

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête enregistrée au tribunal administratif de Nice le 18 décembre 2020, dont le dossier a été transmis au tribunal administratif de Toulon le 20 janvier 2021, et un mémoire enregistré le 16 août 2022, la société civile d'exploitation agricole (SCEA) dénommée Société de Travaux Agricoles du Reyran (STAR Environnement), représentée par Me Lapresa, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures : 1°) de condamner la société des autoroutes Esterel Côte d'Azur Provence Alpes (ESCOTA) à lui verser une indemnité d'un montant total de 1 842 346,77 euros hors taxes (HT) en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'incendie qui s'est propagé depuis les " abord immédiats " de l'autoroute A8 le 1er septembre 2017 ; 2°) de mettre à la charge de la société ESCOTA une somme de 6 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; 3°) de condamner la société ESCOTA aux entiers dépens. Elle soutient que : - la responsabilité de la société ESCOTA est engagée sans faute en raison de sa qualité de tierce à l'ouvrage public ; - la responsabilité de la société ESCOTA est également engagée pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ; - son préjudice tiré des " moyens mise en œuvre par le groupe Esterel et ses filiales pour l'évacuation des déchets bruts, terrassement " doit être réparé à hauteur de 71 838,50 euros ; - son préjudice tiré des " reprise des travaux de réhabilitation concernant clôture avec arbres pour brise vue activité et intégration paysagère côté route départementale " doit être réparé à hauteur de 191 577,21 euros ; - son préjudice tiré des " pertes d'exploitation pour non-réception des déchets verts en 2017 " doit être réparé à hauteur de 254 919,59 euros ; - son préjudice tiré des " pertes d'exploitation pour non-réception des déchets verts en 2018 " doit être réparé à hauteur de 155 027,68 euros ; - son préjudice tiré des " pertes d'exploitation pour déchets verts en transit sur la plateforme " doit être réparé à hauteur de 266 000 euros ; - son préjudice tiré des " pertes d'exploitation du bois biomasse " doit être réparé à hauteur de 104 782,27 euros ; - son préjudice tiré des " pertes d'exploitation suite à l'improductivité du site et matière à évacuer " doit être réparé à hauteur de 80 642 euros ; - son préjudice tiré des " pertes d'exploitation de l'entreprise Esterel Terrassement " doit être réparé à hauteur de 619 355 euros ; - son préjudice tiré des " pertes d'exploitation de l'entreprise Esterel Transport " doit être réparé à hauteur de 19 200,31 euros. Par un mémoire en défense enregistré le 29 juin 2022, la SA ESCOTA, représentée par Me Pontier, conclut : 1°) à titre principal, au rejet de la requête ; 2°) à titre subsidiaire, à la désignation d'un expert en matière financière ; 3°) à la mise à la charge de la société requérante d'une somme de 15 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; 4°) à la condamnation de la société requérante aux entiers dépens. Elle soutient que : - sa responsabilité n'est pas engagée ; - le lien de causalité n'est pas établi ; - les préjudices sont évalués de manière excessive ; - la société requérante a commis des fautes de nature à l'exonérer de sa responsabilité. Par un mémoire en intervention enregistré le 23 février 2023, Me Marie-Sophie Pellier, mandataire judiciaire de la SCEA STAR Environnement, représentée par Me Lapresa, doit être regardée comme s'associant aux conclusions de la société requérante. Par une ordonnance du 24 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 mars 2023. La SA ESCOTA a présenté un mémoire, enregistré le 1er avril 2021, qui n'a pas été communiqué. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code de commerce ; - le code de l'environnement ; - le code de la voirie routière ; - l'arrêté du 12 juillet 2011 (NOR : DEVP1117266A) ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Kiecken, premier conseiller, - les conclusions de Mme Wustefeld, rapporteure publique, - les observations de Me Lapresa, pour la SCEA STAR Environnement et pour Me Pellier, mandataire judiciaire, - et les observations de Me Pontier, pour la SA ESCOTA. Considérant ce qui suit : 1. Le 1er septembre 2017, un incendie s'est déclenché aux abords de l'autoroute A8, avant de se propager rapidement en direction des locaux occupés par la SCEA STAR Environnement, qui exerce notamment une activité de valorisation de déchets verts sur le territoire de la commune de Fréjus. S'estimant victime de dommages de travaux publics du fait des conséquences de cet incendie, la société requérante a demandé au tribunal d'ordonner une expertise. Par une ordonnance du 24 février 2021 n° 1803905, le juge des référés du tribunal a désigné M. B A en qualité d'expert. Par une ordonnance du 25 mai 2021, la présidente du tribunal a désigné un sapiteur spécialisé en modélisation des feux de forêt. Le rapport d'expertise de M. A a été enregistré au greffe du tribunal administratif le 4 mai 2022. 2. Dans la présente instance, la société requérante demande essentiellement au tribunal de condamner la société ESCOTA, concessionnaire de l'autoroute A8, à lui verser une indemnité en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de cet incendie. Sur l'intervention de Me Pellier, en sa qualité de mandataire judiciaire de la société requérante : 3. La mandataire judiciaire de la SCEA STAR Environnement, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'elle se serait vue confier une mission d'administration ou de représentation de la société, justifie d'un intérêt suffisant pour former une intervention, eu égard à la nature et à l'objet du présent litige. L'intervention de Me Pellier, en sa qualité de mandataire judiciaire de la société requérante, doit donc être admise. Sur les conclusions indemnitaires : En ce qui concerne les responsabilités : 4. Le maître de l'ouvrage est responsable des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde causent aux tiers, à moins que ces dommages ne soient imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime (voir en ce sens, arrêt du Conseil d'État du 28 mai 1971, n° 76216). 5. En premier lieu, un terrain situé en bordure d'une autoroute doit être regardé comme un accessoire de la voie publique et présente ainsi le caractère d'une dépendance de l'ouvrage public (voir arrêt du Conseil d'État du 14 mai 1975, n° 90899, s'agissant des trottoirs établis en bordure des voies publiques). 6. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que l'incendie dont la société requérante a été victime s'est déclenché en bordure immédiate de l'autoroute A8, au niveau du point kilométrique (PK) 135.205 dans le sens Aix-en-Provence - Nice, dans une zone inaccessible à pied ou en véhicule, vraisemblablement en raison du jet d'un mégot de cigarette depuis un véhicule circulant sur l'autoroute. La SCEA STAR Environnement, qui doit être regardée comme ayant la qualité de tierce à l'ouvrage public en cause, est donc fondée à rechercher la responsabilité sans faute de la société ESCOTA, en sa qualité de maîtresse de l'ouvrage composé de l'autoroute et de ses dépendances (voir arrêt du Conseil d'État du 13 juillet 1965, n° 60133, s'agissant d'un incendie en provenance d'une école communale ; arrêt du Conseil d'État du 7 novembre 1984, n°s 35045, s'agissant d'un incendie en provenance d'un dépôt d'ordures ménagères municipal ; arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille du 18 octobre 2018, n° 17MA03320, s'agissant d'un incendie en provenance du champ de tir d'un terrain militaire). 7. Mais en second lieu, la société ESCOTA soutient que la société requérante a commis des fautes à l'origine de ses préjudices en ne débroussaillant qu'un rayon de 50 mètres autour de ses installations et en ne respectant pas l'ensemble des prescriptions en matière d'installations classées pour la protection de l'environnement. 8. D'une part, si la société ESCOTA fait valoir que l'activité de la société requérante ne respectait pas certaines des prescriptions générales applicables aux installations classées de compostage prévues par l'arrêté ministériel du 12 juillet 2011 (NOR : DEVP1117266A), il ne résulte pas de l'instruction que les manquements reprochés auraient été de nature à contribuer à la propagation du feu provenant de l'autoroute. Aucune faute de la société requérante ne peut donc être retenue à ce titre. 9. D'autre part, et en revanche, il résulte du plan de prévention des risques naturels prévisibles d'incendies de forêt (PPRIF) de la commune de Fréjus, dans sa version applicable à la date de l'incendie, qu'en zone rouge, au sein de laquelle il n'est pas contesté que se situent les locaux de la société requérante, la " distance de débroussaillement obligatoire et de maintien en état débroussaillé tout autour des constructions, chantiers, travaux et installations de toute nature est portée à 100 mètres ". Or, si la société requérante fait valoir que " l'expert a constaté que le débroussaillement réglementaire de la zone formée par la plateforme d'activité de la compostière était conforme ", il résulte du rapport d'expertise qu'il s'est fondé, à tort, sur une distance de débroussaillement réglementaire de 50 mètres et non de 100 mètres. 10. Enfin, il résulte de l'instruction, notamment des conclusions du sapiteur désigné par le tribunal, qu'un débroussaillement réglementaire d'une distance de 100 mètres aurait permis d'éviter que les éléments de compost s'enflamment, même en cas d'exposition de longue durée. 11. Dans ces conditions, la société requérante doit être regardée comme ayant commis une faute en matière de débroussaillement à l'origine d'une partie des dommages qu'elle a subis. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de sa part de responsabilité en la fixant à 70 % de ses préjudices (voir arrêt du Conseil d'État du 13 octobre 1976, n° 97832, s'agissant d'un incendie dans une grange à foin à l'égard duquel les propriétaires n'ont pas pris les mesures nécessaires). En ce qui concerne les préjudices : 12. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, par un arrêté du 18 septembre 2017, le préfet du Var a prescrit diverses mesures d'urgence à l'encontre de la SCEA STAR Environnement, notamment la suspension sans délai de l'admission des déchets et matières végétales sur le site, la suspension de toute activité de stockage sur site à compter du 1er octobre 2017 et l'évacuation avant cette date des déchets verts bruts en attente de traitement. La société requérante ne conteste pas sérieusement que ces mesures d'urgence ont été prescrites, non en raison des conséquences de l'incendie du 1er septembre 2017, mais de plusieurs manquements aux prescriptions générales applicables aux installations classées de compostage qui ont été constatés par les services de l'État au cours d'une visite d'inspection du 5 septembre 2017. Elle n'est dès lors pas fondée à réclamer à la société ESCOTA la réparation des préjudices tirés des " pertes d'exploitation " et de " l'évacuation des déchets bruts ", dont il ne résulte pas de l'instruction qu'ils présenteraient un lien direct avec l'incendie du 1er septembre 2017. 13. En second lieu, et en revanche, il résulte de l'instruction que les préjudices tirés des travaux de réhabilitation de la clôture, de la plantation des arbres dans un souci d'intégration paysagère et du remplacement du matériel détruit, sont en lien direct avec les conséquences de l'incendie. Ainsi que le fait valoir la société ESCOTA, les prétentions de la société requérante à hauteur de 191 577,21 euros, qui n'ont pas été assorties de justificatifs au cours de l'expertise, ne font pas davantage l'objet devant le tribunal de modalités d'évaluation qui permettraient d'en établir le montant avec exactitude. Néanmoins, compte tenu de l'existence de ces préjudices et des circonstances de l'espèce, il en sera fait une juste appréciation en les fixant à la somme globale de 30 000 euros. 14. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de désigner un expert en matière financière, que, compte tenu du partage de responsabilité exposé au point 11, la SCEA STAR Environnement est seulement fondée à demander la condamnation de la société ESCOTA à lui verser une indemnité d'un montant total de 9 000 euros (100 - 70 % x 30 000). Sur les frais liés au litige : 15. En premier lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, les honoraires de l'expertise confiée à M. B A, liquidés et taxés à la somme de 34 015,20 euros toutes taxes comprises (TTC) par ordonnance de la présidente du tribunal du 10 mai 2022, doivent être partagés par moitié entre la SCEA STAR Environnement et la société ESCOTA. 16. En dernier lieu, dans les circonstances de l'espèce, il n'apparaît pas inéquitable de laisser à la charge des parties les frais qu'elles ont exposés et non compris dans les dépens. D É C I D E :Article 1er : L'intervention de Me Pellier, en sa qualité de mandataire judiciaire de la société requérante, est admise.Article 2 : La société ESCOTA versera la somme de 9 000 euros à la SCEA STAR Environnement. Article 3 : Les frais d'expertise sont mis à la charge de la SCEA STAR Environnement, à hauteur de 17 007,60 euros, et de la SA ESCOTA, à hauteur de 17 007,60 euros.Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société civile d'exploitation agricole (SCEA) dénommée Société de Travaux Agricoles du Reyran (STAR Environnement), à la société ESCOTA et à Maître Marie-Sophie Pellier.Copie en sera adressée au préfet du Var. Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :M. Harang, président, M. Silvy, premier conseiller,M. Kiecken, premier conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023. Le rapporteur,SignéA. KIECKEN Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéA. CAILLEAUX La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière2N° 2100194

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