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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100260

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100260

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100260
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBERNARDINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 février et 13 octobre 2021, M. A B, représenté par Me Bernardini, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures : 1°) de condamner, à titre principal, le Centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer (CHITS) ou à titre subsidiaire, l'Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux, des Affections Iatrogènes et des Infections Nosocomiales (ONIAM), à lui verser une indemnité de 107 204, 65 euros, en réparation des préjudices subis à la suite de l'intervention chirurgicale du 12 septembre 2018 ; 2°) de mettre à la charge du CHITS ou de l'ONIAM la somme de 5 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens. Il soutient que : - à titre principal, la responsabilité de l'hôpital est engagée sur le fondement de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ; - l'information préalable concernant les risques inhérents aux tympanoplasties ne lui a pas été donnée, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique ; - il a subi un préjudice d'impréparation en raison du défaut d'information, au titre duquel il peut prétendre à une somme qui ne saurait être inférieure à 8 000 euros ; - les préjudices patrimoniaux doivent être indemnisés à hauteur de : - 1 200 euros au titre des frais d'assistance médicale ; - 6 657 euros au titre de la perte de gains professionnels ; - 10 000 euros au moins au titre de l'incidence professionnelle ; - 32 706,40 euros au titre des dépenses de santé futures ; - les préjudices extrapatrimoniaux doivent être indemnisés à hauteur de : - 5 341,25 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ; - 7 500 euros au moins au titre des souffrances endurées ; - 2 000 euros au moins au titre du préjudice esthétique temporaire ; - 23 400 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ; - 3 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ; - 3 000 euros au titre du préjudice sexuel permanent ; - 4 000 euros au titre du préjudice d'agrément. Par deux mémoires en défense, enregistrés les 5 octobre 2021 et 3 novembre 2022, le CHITS, représenté par Me Chas, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et à titre subsidiaire, à ce que la part des préjudices imputables soit limitée à une perte de chance, à hauteur de 50%. Il soutient que : - à titre principal, sa responsabilité ne peut être engagée sur le fondement de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ; - à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où sa responsabilité serait engagée, les demandes indemnitaires seront réduites à de plus justes proportions ; - la mutualité sociale agricole ne rapporte pas la preuve de ce que les sommes dont elle demande le remboursement sont imputables exclusivement à la prise en charge litigieuse. Par un mémoire, enregistré le 27 septembre 2022, la Mutualité sociale agricole (MSA) Provence Azur, représentée par Me Marochi, demande au tribunal : 1°) de condamner le CHITS à lui verser la somme de 2 295,22 euros au titre du recours contre les tiers, ainsi qu'une somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ; 2°) de mettre à la charge du CHITS la somme de 1 200 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens (dans l'hypothèse d'une exécution forcée). Elle soutient que : - la responsabilité du CHITS est engagée sur le fondement de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ; - sa créance repose sur l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale. Par deux mémoires en défense, enregistrés les 28 octobre 2022 et 16 août 2023, l'ONIAM, représenté par Me de la Grange, conclut à sa mise hors de cause et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de tout succombant, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il soutient que l'existence de fautes imputables au CHITS fait obstacle à l'indemnisation au titre de la solidarité nationale. Vu : - les autres pièces du dossier ; - l'ordonnance n° 1803294 du 17 juillet 2020 du magistrat en charge des expertises. Vu : - le code de la santé publique ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Hélayel, conseiller, - les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public, - les observations de Me Castagnon, représentant le CHITS. Considérant ce qui suit : 1. M. A B, né le 12 février 1975, a subi, le 11 septembre 2018, une tympanoplastie de l'oreille droite, en vue de l'exérèse d'un cholestéatome. A son réveil, M. B a présenté une paralysie du côté droit de son visage. Une reprise chirurgicale a été réalisée le lendemain afin d'explorer le nerf facial, laquelle n'a pas permis de mettre fin à la paralysie. L'intéressé a regagné son domicile le 13 septembre suivant. Par une ordonnance du 16 mai 2019, le président du tribunal a désigné un expert, lequel a déposé son rapport le 6 septembre 2019, ainsi qu'un rapport complémentaire le 6 juillet 2020. Par un courrier du 30 novembre 2020, M. B, par la voie de son conseil, a présenté une demande indemnitaire au CHITS, à laquelle il n'a pas été répondu. Sur la responsabilité du CHITS : 2. D'une part, l'article L. 1111-2 du code de la santé publique dispose que : " I. - Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () ". 3. D'autre part, en vertu des dispositions du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, les établissements publics d'hospitalisation ne sont en principe responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. 4. En l'espèce, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, qu'une première négligence est imputable au centre hospitalier, constituée par l'absence d'information donnée à M. B sur les risques liés à la réalisation de la tympanoplastie et de formulaire signé recueillant son consentement éclairé. En défense, le CHITS fait valoir que l'intervention du 12 septembre 2018 était la troisième que subissait M. B et qu'elle était initialement prévue au mois de septembre 2017, ce qui lui a laissé le temps de recueillir des avis. Toutefois, ces circonstances ne sont pas de nature à établir que l'hôpital se serait conformé à l'obligation d'information pesant sur lui, alors que l'expert souligne que les risques opératoires et notamment de paralysie faciale sont plus élevés dans l'hypothèse d'une reprise chirurgicale. Enfin, les termes du compte-rendu opératoire ne permettent pas d'établir qu'une information adéquate aurait été délivrée à M. B. Dans ces conditions, le centre hospitalier a commis une faute de nature à engager sa responsabilité. 5. Il résulte également de l'instruction que la section totale du nerf facial de M. B est due à une maladresse technique lors de l'opération d'exérèse du 12 septembre 2018. Selon l'expert, s'il s'agissait d'une opération difficile, il n'était pas impossible de distinguer le nerf en cause, qui n'était pas " intriqué " par le processus cholestéatomateux. L'expert relève également l'impossibilité d'établir que le neuro-monitorage du nerf facial aurait bien été utilisé, en l'absence de rapport de tests de simulation. Ainsi, le centre hospitalier a commis une seconde faute de nature à engager sa responsabilité. 6. Enfin, la paralysie faciale de M. B est exclusivement due à cette maladresse technique, ce qui exclut l'existence d'un aléa thérapeutique. Par suite, aucune somme ne saurait être mise à la charge de l'ONIAM, lequel doit être mis hors de cause, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions dirigées à son encontre. Sur les préjudices : En ce qui concerne les préjudices à caractère patrimonial : S'agissant des dépenses de santé : 7. En premier lieu, M. B justifie avoir exposé des frais afin d'être assisté par un docteur en vue de la tenue des réunions d'expertise. Il peut prétendre à ce titre au versement d'une somme de 1 200 euros. S'agissant des pertes de revenus : 8. Il résulte de l'instruction que, depuis 2014 et jusqu'en 2018, les revenus de M. B s'élevaient, en moyenne, à 10 060,4 euros par an. Les fiches de paie produites par l'intéressé après ses opérations, à compter de 2019, permettent d'établir un revenu annuel moyen de 2 412,6 euros. Les pertes correspondantes de revenus s'élèvent à 7 647,8 euros. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, notamment pour en exclure les autres revenus salariaux, en le fixant à 6 000 euros. S'agissant de l'incidence professionnelle : 9. M. B soutient qu'il est élagueur de formation, qu'il a toujours exercé un travail manuel et que ses séquelles lui causent de la pénibilité. Il fait part de ses difficultés à trouver un emploi dès lors qu'il doit éviter les poussières et qu'il n'est pas formé à d'autres métiers. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à 10 000 euros. S'agissant des dépenses de santé futures : 10. Selon l'expert, des injections de toxine botulique peuvent être recommandées à M. B. Néanmoins, dès lors qu'il s'agit d'une simple recommandation et qu'il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait eu recours à de telles injections, ce préjudice ne présente pas de caractère certain. Aucune somme ne peut donc être allouée au requérant sur ce fondement. En ce qui concerne les préjudices à caractère personnel : S'agissant du déficit fonctionnel temporaire : 11. Il résulte de l'instruction que M. B a subi, entre le 12 septembre 2018 et le 18 juin 2020, un jour de déficit fonctionnel total, 109 jours de déficit fonctionnel à 75%, 265 jours de déficit fonctionnel à 50%, 107 jours de déficit fonctionnel à 25% ainsi que 160 jours de déficit fonctionnel à 10%. Dans les circonstances de l'espèce, sur la base d'un montant journalier de 14 euros pour un déficit total, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 4 000 euros. S'agissant des souffrances endurées : 12. Il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par M. B ont été évaluées par l'expert à 3,5 sur une échelle de 1 à 7. Compte tenu de la description par l'intéressé de son quotidien durant cette période, il y a lieu de réparer ce chef de préjudice par l'octroi d'une somme de 8 000 euros. S'agissant du préjudice esthétique temporaire : 13. Le préjudice esthétique temporaire de M. B a d'abord été évalué par l'expert à 4 sur une échelle de 1 à 7, puis à 3 et enfin à 2,5. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à 6 000 euros. S'agissant du déficit fonctionnel permanent : 14. Il résulte de l'instruction que l'expert a retenu un taux d'atteinte à l'intégrité physique et psychique de M. B de 13%, du fait de la paralysie séquellaire mais également de son incidence psychologique. Compte tenu de l'âge du requérant à la date de consolidation de son état de santé, il y a lieu d'accorder à l'intéressé une somme de 21 000 euros. S'agissant du préjudice esthétique permanent : 15. Ce poste de préjudice a été évalué par l'expert à 2 sur une échelle de 1 à 7, en raison de la déformation du sourire de M. B. Il en sera fait une juste appréciation en le fixant à 2 000 euros. S'agissant du préjudice sexuel : 16. Compte tenu des doléances de l'intéressé et de l'attestation rédigée par son épouse, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 2 000 euros. S'agissant du préjudice d'agrément : 17. M. B soutient qu'il lui est désormais impossible de pratiquer la randonnée, le vélo ou de se déplacer en scooter. Toutefois, ses seules allégations ne permettent pas de tenir pour établi ce préjudice. Par suite, aucune somme ne saurait lui être allouée à ce titre. S'agissant du préjudice d'impréparation : 18. Compte tenu de l'absence de consentement éclairé de M. B relevée par l'expert et de la réaction de l'intéressé à son réveil après l'opération, décrite par sa mère le 18 juillet 2019, il y a lieu d'allouer à M. B la somme de 1 500 euros sur ce fondement. Sur les débours de la MSA Provence Azur : 19. L'alinéa 3 de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale prévoit que : " Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel. " 20. Il résulte de l'instruction, notamment de la notification de créances du 19 février 2021 et de l'attestation d'imputabilité du 6 décembre 2022, que la MSA Provence Azur a servi des prestations à M. B, présentant un lien direct avec sa prise en charge dans les suites de l'accident médical en cause. Ces prestations sont constituées de frais d'hospitalisation, médicaux et pharmaceutiques, pour un montant total de 2 295,22 euros. Dans ces conditions, la MSA Provence Azur est fondée à demander la condamnation du CHITS à lui rembourser la somme de 2 295,22 euros. Sur l'indemnité forfaitaire de gestion : 21. L'alinéa 9 de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale dispose : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu () ". 22. En application de ces dispositions, la MSA Provence Azur a droit à une somme de 765 euros. Sur le total des indemnités dues par le CHITS : 23. Il résulte de tout ce qui précède que le CHITS doit verser à M. B une somme de 61 700 euros et à la MSA Provence Azur la somme de 3 060,22 euros. Sur les frais du litige : 24. En premier lieu, les frais et honoraires de l'expertise confiée au docteur C, liquidés et taxés à la somme de 2 000 euros, doivent être mis à la charge du CHITS, partie perdante dans cette instance. 25. En second lieu, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du CHITS une somme de 1 500 euros à verser à M. B, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. 26. Il y a également lieu de mettre à la charge du CHITS une somme de 1 200 euros à verser à la MSA Provence Azur, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de l'ONIAM présentées sur le même fondement. D É C I D E :Article 1er : L'Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux, des Affections Iatrogènes et des Infections Nosocomiales est mis hors de cause.Article 2 : Le Centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer est condamné à verser à M. B une somme de 61 700 euros.Article 3 : Le Centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer est condamné à verser à la Mutualité sociale agricole Provence Azur une somme de 3 060,22 euros.Article 4 : Les frais de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 2 000 euros, sont mis à la charge du Centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer.Article 5 : Le Centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer versera une somme de 1 500 euros à M. B et une somme de 1 200 euros à la Mutualité sociale agricole Provence Azur, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au Centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer, à la Mutualité sociale agricole Provence Azur et à l'Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux, des Affections Iatrogènes et des Infections Nosocomiales.Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :M. Harang, président, M. Karbal, conseiller,M. Hélayel, conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024. Le rapporteur,SignéD. HELAYEL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéA. CAILLEAUX La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière,2N° 2100260

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