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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100355

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100355

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100355
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantENGELHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 février 2021 et 12 février 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Travaux du midi Provence, la SAS société Travaux du midi Var et la société Senec SA, représentées par Me Engelhard, demandent au tribunal : 1°) de condamner la société Unité d'architecture à leur verser la somme de 214 286, 76 euros toutes charges comprises, en réparation du préjudice qu'elles estiment avoir subi en raison de la réalisation de travaux d'isolation et d'étanchéité, dans le cadre d'un marché de travaux conclu avec le Centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer ; 2°) de mettre à la charge de tout succombant la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens. Elles soutiennent que : - la cause des travaux litigieux provient d'une erreur de conception imputable à la société UA ; - l'expert a reconnu qu'elles avaient subi un préjudice au titre de travaux de reprise, dont elles ont supporté le coût sans être payées. Par deux mémoires en défense, enregistrés les 18 juin 2021 et 30 octobre 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Unité d'architecture, représentée par Me Caron, conclut, dans le dernier état de ses écritures : 1°) à titre principal, au rejet de la requête ; 2°) à titre subsidiaire, à ce qu'un partage de responsabilité soit opéré entre la maîtrise d'œuvre et les requérantes ; 3°) à la condamnation du Centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer ou de la société Edeis ou de la société Socotec construction, à la relever et la garantir entièrement ; 4°) au rejet des appels en garantie formulés à son encontre ; 5°) à ce qu'il soit mis à la charge des requérantes ou de toute partie succombante, la somme de 3 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient : - à titre principal, que la créance est prescrite ; - à titre subsidiaire, qu'aucune faute ne lui est imputable ; - à titre infiniment subsidiaire, que les prétentions des requérantes doivent être ramenées à de plus justes proportions ; que les sommes en litige concernent des travaux supplémentaires qui doivent être mis à la charge du centre hospitalier, maître d'ouvrage ; un partage de responsabilité doit être opéré avec les requérantes, qui ont également commis des fautes ; la responsabilité de la maîtrise d'œuvre ne saurait dépasser une proportion à hauteur de 5% ; - l'appel en garantie présenté par la société Edeis doit être rejeté, dès lors que sa responsabilité contractuelle pour faute ne peut être engagée, en l'absence de lien de causalité entre le choix du bardage par les architectes et les travaux entrepris. Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2023, la SAS Edeis Ingénierie, venant aux droits de la société Edeis, représentée par Me Fournier, conclut, dans le dernier état de ses écritures : 1°) à titre principal, au rejet de la requête ; 2°) à titre subsidiaire, à ce que la condamnation soit limitée à la somme de 130 275,64 euros ; 3°) à la condamnation de la société Travaux du midi Provence, du cabinet Brunet Saunier Architecture, de la société Unité d'architecture et de la société Socotec construction à la relever et la garantir ; 4°) à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérantes, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient : - à titre principal, que la créance est prescrite ; - à titre subsidiaire, qu'aucune faute ne lui est imputable ; - à titre très subsidiaire, que la seule somme dont peuvent justifier les requérantes s'élève à 130 275, 54 euros. Un mémoire présenté par la SAS Edeis Ingénierie a été enregistré le 17 octobre 2023 et n'a pas été communiqué, en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2024, la SAS Socotec construction, représentée par Me Tertian, conclut : 1°) à titre principal, au rejet de la requête ; 2°) à titre subsidiaire, au rejet de toute demande formulée à son encontre ; 3°) à titre très subsidiaire, à la condamnation solidaire des sociétés Unité d'architecture, Edeis Ingénierie, Travaux du midi Var, Travaux du midi Provence, Senec SA ainsi que du Centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer à la relever et la garantir ; 4°) à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des sociétés Edeis Ingénierie, Unité d'architecture ainsi que de tout succombant, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient : - à titre principal, que les demandes des requérantes sont prescrites, de sorte que les appels en garantie sont sans objet ; que les appels en garantie dirigés contre elle sont prescrits ; - à titre subsidiaire, qu'elle doit être mise hors de cause, dès lors qu'aucune faute ne peut lui être imputée ; que la charge finale de l'indemnisation incombe à l'hôpital ; que si sa responsabilité était retenue, il n'y aurait aucune solidarité avec les autres intervenants. La procédure a été communiquée au Centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer et à la société Brunet Saunier architecture, qui n'ont pas produit de mémoire en défense. Un mémoire présenté par la société Unité d'architecture a été enregistré le 12 mars 2024 et n'a pas été communiqué, en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code civil ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Hélayel, conseiller, - les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public, - les observations de Me Bouillon, représentant les requérantes, - les observations de Me Saint-Oyant, représentant le centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer, - les observations de Me Blanc, substituant Me Fournier, représentant la société Edeis Ingénierie, - les observations de Me Meyer, substituant Me Caron, représentant la société Unité d'architecture, - les observations de Me Martinez, substituant Me Tertian, représentant la société Socotec construction. Une note en délibéré, présentée par les sociétés Travaux du midi Provence et Senec SA, a été enregistrée le 11 avril 2024. Considérant ce qui suit : 1. Le 9 janvier 2003, le Centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer (CHITS) a conclu un marché de maîtrise d'œuvre avec la société Brunet Saunier, mandataire d'un groupement constitué des sociétés Unité d'architecture, Sirr'ingénierie et Pena Paysages. Ce marché a été conclu en vue de la construction de l'hôpital Sainte Musse, situé à Toulon. Le 10 avril 2007, le marché de travaux a été attribué à la société Dumez Méditerranée, mandataire, notamment, des sociétés Dumez Méditerranée (aux droits de laquelle vient la société Travaux du midi Provence), Travaux du midi Var et Senec SA, sous groupement solidaire. Par une ordonnance du 9 octobre 2012, le juge des référés du tribunal a ordonné une expertise, portant sur des désordres affectant trois bâtiments de l'ouvrage. Le rapport d'expertise a été déposé le 20 mai 2015. Par un arrêt du 11 septembre 2023, la Cour administrative d'appel de Marseille a condamné les sociétés Brunet Saunier, Unité d'Architecture JC et Edeis Ingénierie, in solidum, à verser au CHITS une somme de 2 341 916,14 euros, au titre de la garantie décennale des constructeurs. Sur les conclusions indemnitaires : 2. En premier lieu, l'entrepreneur a le droit d'être indemnisé du coût des travaux supplémentaires indispensables à la réalisation d'un ouvrage dans les règles de l'art. La charge définitive de l'indemnisation incombe, en principe, au maître de l'ouvrage. Toutefois, le maître d'ouvrage est fondé, en cas de faute du maître d'œuvre, à l'appeler en garantie. 3. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 26 avril 2011, un ordre de service n° 119 a été adressé à la société Dumez Méditerranée, pour la " mise en place de dallettes de protection lourde d'étanchéité sur l'ensemble du pourtour des locaux techniques des bâtiments Mco, Tertiaire et Psychiatrie ". Cet ordre de service avait été accepté par le CHITS le 19 avril 2011. 4. Aux termes du rapport d'expertise, le préjudice subi par le groupement Dumez Méditerranée, à hauteur de 214 286,76 euros, est constitué par la réalisation de travaux de réparation qui sont la " conséquence de l'OS n° 119 ". Il ne résulte pas de l'instruction, contrairement à ce que soutient la société Travaux du midi Provence, que les travaux dont elle demande le règlement par la présente requête seraient différents des travaux ordonnés par l'ordre de service n° 119. Par suite, les requérantes ne sont pas fondées à demander la condamnation à ce titre d'une société membre de la maîtrise d'œuvre. 5. En second lieu, l'article 2224 du code civil dispose que : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. " Selon l'article 2230 du même code : " La suspension de la prescription en arrête temporairement le cours sans effacer le délai déjà couru. " Selon l'article 2231 du même code : " L'interruption efface le délai de prescription acquis. Elle fait courir un nouveau délai de même durée que l'ancien. " Enfin, aux termes de l'article 2232 du code : " La prescription est également suspendue lorsque le juge fait droit à une demande de mesure d'instruction présentée avant tout procès. / Le délai de prescription recommence à courir, pour une durée qui ne peut être inférieure à six mois, à compter du jour où la mesure a été exécutée. " 6. Les sociétés requérantes soutiennent que les désordres dont elles se prévalent ont été relevés " au cours de l'été 2010 " et qu'elles avaient pris en charge les travaux avant même le dépôt de leur référé-expertise, le 7 décembre 2011. Elles ont ainsi eu connaissance des faits leur permettant d'exercer leur action, au plus tard, le 7 décembre 2011. Le délai de prescription a donc commencé à courir à cette date, puis a été suspendu le 9 octobre 2012, date à laquelle le juge des référés a fait droit à une demande de mesure d'instruction et a désigné l'expert. Le délai de prescription a recommencé à courir le 20 mai 2015, date à laquelle l'expert a remis son rapport. Compte tenu des dix mois et deux jours déjà écoulés entre le 7 décembre 2011 et le 9 octobre 2012, la prescription était acquise au 18 juillet 2019. Par suite et en tout état de cause, les exceptions de prescription opposées en défense sont fondées. 7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par les sociétés requérantes doivent être rejetées. Sur les appels en garantie : 8. Compte tenu de ce qui précède, les conclusions d'appel en garantie présentées par les sociétés UA, Edeis Ingénierie et Socotec construction sont privées d'objet et ne peuvent qu'être rejetées. Sur les frais du litige : 9. En premier lieu, par son arrêt du 11 septembre 2023, la Cour administrative d'appel de Marseille a mis les frais de l'expertise à la charge des sociétés Brunet Saunier Architecture, Unité d'Architecture JC et Edeis Ingénierie. Par suite, la demande présentée par les requérantes sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doit être rejetée. 10. En second lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société UA ou d'une autre défenderesse, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérantes demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des sociétés Edeis Ingénierie et Socotec construction, présentées sur le même fondement. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge conjointe et solidaire des requérantes une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la société Unité d'architecture et non compris dans les dépens. D É C I D E :Article 1er : La requête des sociétés Travaux du midi Provence, Travaux du midi Var et Senec SA est rejetée.Article 2 : Les sociétés Travaux du midi Provence, Travaux du midi Var et Senec SA verseront à la société Unité d'architecture une somme de 2 000 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Travaux du midi Provence, à la SARL Unité d'architecture, à la SAS Edeis Ingénierie, à la SAS Socotec construction, à la SAS Brunet Saunier Architecture et au Centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer.Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, Mme Mathilde Montalieu, conseillère,M. David Hélayel, conseiller.Rendu public par mise à disposition au greffe le 02 mai 2024. Le rapporteur,SignéD. HELAYEL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéF. POUPLYLa République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière,2N° 2100355

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