vendredi 22 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2100385 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | GRIMALDI & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 février 2021, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal de condamner la commune de Bormes-les-Mimosas à lui verser
la somme de 88 536 euros en réparation du préjudice qui lui a été causé consécutivement à la réduction de la superficie de ses parcelles tel qu'il en ressort de la documentation cadastrale.
Elle soutient que la décision de la commune de Bormes-les-Mimosas en date
du 19 novembre 2020 lui refusant sa demande indemnitaire :
- est illégale dès lors que la commune l'a expropriée d'une partie de ses parcelles, pour un total de 85m2, sans avoir pour autant observé la procédure spécifique pour y procéder, ni l'avoir indemnisée ;
- crée une rupture d'égalité dès lors que dans le même temps, le maire de la commune a accordé à son voisin la régularisation de son autorisation d'urbanisme.
La commune de Bormes-les-Mimosas n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 18 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 19 septembre 2022.
Vu :
- le code de l'expropriation pour cause d'utilité publique ;
- le code de l'urbanisme ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'État, les départements, les communes et les établissements publics ;
- le décret n° 55-471 du 30 avril 1955 relatif à la rénovation et à la conservation du cadastre ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 décembre 2023 :
- le rapport de M. Quaglierini,
- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;
- et les observations de Mme B, et de Me Belahouane représentant la commune de Bormes-les-Mimosas.
Considérant ce qui suit :
1. Par courrier du 11 octobre 2020, Mme B a adressé à la commune de Bormes-les-Mimosas une demande d'indemnisation consécutivement à la réduction de la surface de ses parcelles cadastrées AN 56 et 57, situées à Bormes-les-Mimosas. Par courrier en réponse,
la défenderesse a rejeté cette demande. Par la requête susvisée, l'intéressée demande à ce que la commune de Bormes-les-Mimosas soit condamnée à l'indemniser de son préjudice.
2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".
Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit et il lui appartient seulement, lorsque les dispositions précitées sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce
du dossier. Par ailleurs, il résulte de ces dispositions que l'acquiescement aux faits prévu à l'article R. 612-6 du code de justice administrative est acquis lorsque le délai imparti à l'administration
a expiré et que la date de clôture d'instruction est échue sans que le défendeur ait présenté d'observations.
3. En l'espèce, malgré la mise en demeure qui lui a été adressée, le défendeur n'a produit aucune observation en défense avant la clôture de l'instruction. Ainsi, il est réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au tribunal de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par les pièces du dossier et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction au requérant.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1er la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 susvisée : " Sont prescrites, au profit de l'État, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ". Par ailleurs, selon l'article 33 du décret n° 55-471 du 30 avril 1955 relatif à la rénovation et à la conservation du cadastre :
" Le service du cadastre est habilité à constater d'office, pour la tenue des documents dont
il a la charge, les changements de toute nature n'affectant pas la situation juridique des immeubles ".
5. Pour établir une faute de la commune de Bormes-les-Mimosas, la requérante doit être regardée comme soutenant avoir été abusivement expropriée d'une partie de ses deux parcelles, pour une superficie de 85m2, dès lors que le centre des impôts fonciers de Toulon a constaté,
dans un courrier du 15 mai 1998 lui ayant été adressé, que l'une de ses parcelles était passée d'une consistance de 204 m2 à 170 m2.
6. Il résulte de l'instruction que, d'une part, la requérante ne saurait légitimement soutenir avoir été abusivement expropriée sur le seul fondement du courrier précité dès lors que le service du cadastre se borne à constater, sur le fondement de l'article 33 du décret n°55-471 du 30 avril 1955 susvisé, au seul effet de maintenir à jour les documents dont il a la charge, des changements n'affectant pas la situation juridique des immeubles. Un tel document ne peut, à lui seul, établir l'expropriation alléguée par la requérante. Par suite, en l'absence de faute établie de la part de la commune, la requérante n'est pas fondée à demander à être indemnisée de son préjudice.
7. En troisième et dernier lieu, si elle soutient subir une rupture d'égalité compte tenu des avantages accordés à l'un de ses voisins, elle n'apporte aucun élément permettant au juge d'apprécier le bien-fondé de ses allégations.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fins d'indemnisation ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Bormes-les-Mimosas.
Délibéré après l'audience du 8 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président,
M. Quaglierini, premier conseiller,
Mme Martin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.
Le rapporteur,
signé
B. QuaglieriniLe président,
signé
J.-F. Sauton Le greffier,
signé
P. Bérenger
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées,
de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
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