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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100424

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100424

mardi 30 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100424
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantLA BALME CABINET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a été saisi par M. A..., ouvrier d'État, d'une demande d'indemnisation pour un préjudice d'anxiété résultant de son exposition aux poussières d'amiante entre 1985 et 2006. Le tribunal a reconnu la responsabilité de l'État pour manquement à son obligation de sécurité, en l'absence de mesures de protection efficaces. Il a jugé que l'admission de M. A... au bénéfice de l'allocation spécifique de cessation anticipée d'activité (ASCAA) suffit à établir le préjudice d'anxiété, sans nécessité de prouver un lien avec une maladie déclarée. La solution retenue engage la responsabilité de l'État sur le fondement de la carence fautive de l'employeur public, sans application de texte spécifique autre que les principes généraux de la responsabilité administrative.

Texte intégral

Vu la rocédure suivante :

ar une requête, des ièces com lémentaires et un mémoire, enregistrés le
18 février 2021, le 28 juin 2023, le 6 mars 2024 et le 15 juillet 2024, M. B... A..., re résenté ar Me La Balme, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 20 000 euros en ré aration du réjudice d’anxiété qu’il estime avoir subi du fait de son ex osition aux oussières d’amiante ;

 2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre de l’article
L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- l’Etat a commis une faute engageant sa res onsabilité, dès lors qu’il a été ex osé dans l’exercice de ses fonctions, entre le 1er octobre 1985 et le 7 juillet 2006, à l’inhalation de oussières d’amiante sans mesure de rotection efficace ;
- son réjudice d’anxiété doit être ré aré ; il a dévelo é une maladie liée à l’amiante en 2016 et reconnue comme maladie rofessionnelle en 2017 ; il a été admis au bénéfice de l’allocation s écifique de cessation antici ée au titre de l’amiante.

ar un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, le ministre des armées demande au tribunal de ramener à de lus justes ro ortions la somme susce tible d'être allouée au requérant.

Il soutient qu’il ne eut être alloué lus de 8 000 euros en ré aration du réjudice d’anxiété du requérant au regard des ériodes concernées. 


Vu les autres ièces du dossier.
 
Vu le code de justice administrative.

Les arties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience ublique :
- le ra ort de Mme Montalieu, conseillère,
- et les conclusions de M. Kiecken, ra orteur ublic,
- les arties n’étant ni résentes, ni re résentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ouvrier d’Etat, a notamment été em loyé au sein du centre d’essais des ro ulseurs de Saclay du 1er octobre 1985 et le 7 juillet 2006. ar un courrier du 10 mai 2019, il a formé au rès du ministre des armées une demande d’indemnisation du réjudice d’anxiété qu’il estime avoir subi du fait de son ex osition aux oussières d’amiante dans l’exercice de ses fonctions. ar une décision du 30 décembre 2020, sa demande a été rejetée. ar un arrêté du 2 juin 2023, il a été admis au bénéfice de l’allocation s écifique de cessation antici ée d’activité « amiante » (ASCAA) à com ter du 1er janvier 2024.

Sur la res onsabilité de l’Etat :
  
2. La res onsabilité de l’administration, en sa qualité d’em loyeur, eut être engagée en cas de manquement à l’obligation de sécurité à laquelle elle est tenue envers les agents, lorsqu’elle a ou aurait dû avoir conscience du danger auquel étaient ex osés ces derniers et qu’elle n’a as ris les mesures nécessaires our les en réserver.
 
3. Il résulte de l’instruction, en articulier de l’attestation d’ex osition signée les
5 et 6 juillet 2006, que M. A... a été ex osé aux oussières d’amiante dans l’exercice de ses fonctions au sein du centre d’essais des ro ulseurs de Saclay du 1er octobre 1985 et le
7 juillet 2006. Il résulte également de l’instruction qu’il a été admis au bénéfice de l’ASCAA à com ter du 1er janvier 2024, de sorte que son ex osition aux oussières d’amiante durant sa carrière est établie.

4.  ar ailleurs, il ne résulte as de l’instruction, et n’est as même allégué ar le ministre, que M. A... aurait bénéficié de mesures de rotection efficaces contre les oussières d’amiante.

5. Dans ces conditions, la carence fautive de l’Etat, en sa qualité d’em loyeur, est de nature à engager sa res onsabilité à l’égard de M. A....

Sur l’évaluation et l’indemnisation du réjudice d’anxiété :
 
6. Le requérant qui recherche la res onsabilité de la ersonne ublique doit justifier des réjudices qu’il invoque en faisant état d’éléments ersonnels et circonstanciés ertinents. La circonstance qu’il bénéficie d’un dis ositif de cessation antici ée d’activité à raison des conditions de travail dans sa rofession ou son métier et des risques susce tibles d’en découler sur la santé, ou de tout autre dis ositif fondé sur un même motif, ne dis ense as l’intéressé, qui recherche la res onsabilité de la ersonne ublique à raison des fautes commises en sa qualité d’em loyeur, de justifier de tels éléments ersonnels et circonstanciés.

7. Toutefois, les agents ublics ayant été ex osés à l'amiante ont bénéficié d'un dis ositif s écifique de cessation antici ée d'activité sur la base de la rise en com te de leur situation ersonnelle endant leur ériode d'activité. Les dis ositions législatives et réglementaires relatives à cette allocation s écifique de cessation antici ée d'activité visent à tenir com te, our les ersonnes qui rem lissent à titre individuel des conditions de tem s, de lieu et d'activité limitativement définies, du risque élevé de baisse d'es érance de vie du fait de leur ex osition effective à l'amiante.

8. ar conséquent, dès lors qu’un agent ublic a été intégré dans ce dis ositif d'allocation s écifique de cessation antici ée d'activité, com te tenu d'éléments ersonnels et circonstanciés tenant à des conditions de tem s, de lieu et d'activité, il eut être regardé comme justifiant l'existence de réjudices tenant à l'anxiété due au risque élevé de dévelo er une athologie grave, et ar là-même d'une es érance de vie diminuée, à la suite de son ex osition aux oussières d'amiante. Ainsi, la décision de reconnaissance du droit à cette allocation vaut reconnaissance our l'intéressé d'un lien établi entre son ex osition aux oussières d'amiante et la baisse de son es érance de vie, et cette circonstance, qui suffit ar elle-même à faire naître chez son bénéficiaire la conscience du risque de tomber malade, est la source d'un réjudice indemnisable au titre du réjudice moral.

9. Dès lors que le requérant a été admis au bénéfice de l’allocation s écifique de cessation antici ée d’activité « amiante », il doit être regardé comme justifiant l’existence de son réjudice d’anxiété. Com te tenu de sa ériode d’ex osition de lus de 20 ans et de sa maladie liée à l’amiante diagnostiquée en 2016, il en sera fait une juste a réciation en l’évaluant à la somme de 15 000 euros

Sur les frais du litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l’es èce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais ex osés ar M. A... et non com ris dans les dé ens.



D É C I D E :



Article 1er : L’Etat est condamné à verser à M. A... une somme de 15 000 (quinze mille) euros.

Article 2 : L’Etat versera à M. A... une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



Article 3 : Le résent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre des armées.


Délibéré a rès l'audience du 11 se tembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. hili e Harang, résident,
Mme Mathilde Montalieu, conseillère,
M. David Hélayel, conseiller.

Rendu ublic ar mise à dis osition au greffe le 30 se tembre 2025.


La ra orteure,
Signé
M. MONTALIEU
Le résident,
Signé
h. HARANG


La greffière,


Signé


A. CAILLEAUX



La Ré ublique mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les arties rivées, de ourvoir à l'exécution de la résente décision.
our ex édition conforme,
La greffière,

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