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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100491

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100491

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100491
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantVAN DEN SCHRIECK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 février 2021, M. A B, représenté par Me Van Den Schrieck, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2007 à 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- aucune condamnation pénale définitive n'a été prononcée à son encontre ; en conséquence, la procédure pénale n'est pas terminée ; par ailleurs, il était seulement salarié des sociétés Eagle Invest Real Estate Corp (EIREC), Efi ou Eaglecorp Groupe SA ; dès lors, l'administration fiscale n'était pas fondée à faire application de l'article L. 188 C du livre des procédures fiscales ;

- l'article 1649 quater-0 B bis du code général des impôts ne s'applique pas à l'infraction pénale au titre de laquelle il est poursuivi ;

- il était seulement salarié de la société EIREC et il n'est pas la seule personne impliquée dans la procédure pénale, l'administration ne prouve pas qu'il était le seul détenteur des titres de la société ; dès lors, il n'était pas le maître de l'affaire de cette société ; il était seulement salarié de la société SA Eagle Fininvest ; dès lors, il n'a pas exercé de façon illégale la profession d'agent immobilier ; par suite, c'est à tort que les revenus provenant de ces sociétés ont été regardés comme lui étant distribués sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2021, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique,

- et les observations de Me Van Den Schrieck pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B on fait l'objet d'un examen de leur situation fiscale personnelle au titre des années 2014 et 2015. Par une première proposition de rectification en date du 15 décembre 2017, l'administration a notifié à ces derniers des rehaussements concernant des revenus fonciers non déclarés, selon la procédure contradictoire, et elle a mis en évidence la perception de revenus tirés d'une activité occulte de prestataire dans l'immobilier, imposés selon la procédure de taxation d'office. Par une seconde proposition de rectification, en date du 23 février 2018, l'administration a réintégré dans les revenus imposables de M. et Mme B, selon la procédure de taxation d'office, les sommes tirées de détournements de fonds, perçues à compter de l'année 2007 et les sommes tirées de l'exercice d'une activité occulte d'intermédiaire immobilier, perçues à compter de l'année 2011. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2007 à 2015, pour un montant total de 740 878 euros.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " () le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due, lorsque le contribuable exerce une activité occulte. L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite. () ". Dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, l'administration fiscale doit être réputée apporter la preuve, qui lui incombe, de l'exercice occulte de l'activité professionnelle si le contribuable n'est pas lui-même en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives.

3. Au titre des années 2011 à 2015, il résulte de l'instruction que M. B a exercé, en tant que prestataire, une activité d'intermédiaire dans l'immobilier, notamment auprès de la société Century Continental Corporation, immatriculée dans l'Etat du Delaware, aux Etats-Unis, au titre de laquelle il n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenues de souscrire, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce. Par suite, l'administration a à bon droit fait application du troisième alinéa de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales concernant cette activité.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 188 C du livre des procédures fiscales : " Même si les délais de reprise sont écoulés, les omissions ou insuffisances d'imposition révélées par une instance devant les tribunaux ou par une réclamation contentieuse peuvent être réparées par l'administration des impôts jusqu'à la fin de l'année suivant celle de la décision qui a clos l'instance et, au plus tard, jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due ".

5. Il résulte des pièces dont l'administration a pris connaissance dans le cadre de l'article L. 101 du livre des procédures fiscales, composant le dossier pénal d'instruction concernant M. B, qu'une information judiciaire a été ouverte à l'encontre de ce dernier pour escroquerie, abus de confiance, abus des biens ou du crédit d'une société par actions par un dirigeant à des fins personnelles, exercice d'une activité d'entremise et de gestion d'immeubles et fonds de commerce sans carte professionnelle, présentation de comptes annuels inexacts pour dissimuler la situation d'une société par actions, démarchage bancaire ou financier par une personne non habilitée, recel d'abus de confiance, recel de bien provenant d'une banqueroute, recel de bien provenant d'un délit puni d'une peine n'excédant pas 5 ans d'emprisonnement, blanchiment aggravé, concours habituel à une opération de placement, dissimulation ou conversion du produit d'un délit, abus de confiance par une personne faisant appel au public, banqueroute, absence de comptabilité, recel habituel de biens provenant d'un délit en bande organisée, blanchiment habituel et en bande organisée de fraude fiscale. Ces éléments ont révélé à l'administration que M. B avait dissimulé, depuis l'année 2007, l'appréhension de sommes importantes, issues de l'exercice d'une activité occulte et illicite de détournement de fonds, ces sommes étant quantifiées et qualifiées dans le dossier d'instruction judiciaire. Ainsi, ces omissions d'imposition ont été révélées par une instance devant les tribunaux.

6. D'une part, si M. B fait valoir qu'aucune condamnation définitive n'a été prononcée à son égard, cette circonstance est toutefois sans influence sur l'application des dispositions précitées de l'article L. 188 C du livre des procédures fiscales.

7. D'autre part, si M. B fait valoir qu'il n'était que le salarié des sociétés EIREC, Efi ou Eaglecorp Groupe SA, et non le maître de ces affaires, ces circonstances, au demeurant non établies, sont toutefois sans influence sur la mise en œuvre de l'article L. 188 C du livre des procédures fiscales.

8. Par suite, pour étendre le délai de reprise concernant cette activité illicite et occulte de détournement de fonds au titre de laquelle les omissions d'imposition ont été révélées par une instance devant les tribunaux, l'administration a pu à bon droit se fonder tant sur les dispositions de l'article L. 188 C du livre des procédures fiscales que sur le troisième alinéa de l'article L. 169 du même livre.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

S'agissant de la charge de la preuve :

9. Aux termes de l'article L. 68 du livre des procédures fiscales : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. Toutefois, il n'y a pas lieu de procéder à cette mise en demeure : () 3° Si le contribuable s'est livré à une activité occulte, au sens du deuxième alinéa de l'article L. 169 () ". Aux termes de l'article L. 73 du même livre : " Peuvent être évalués d'office : () 2° Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus non commerciaux ou des revenus assimilés lorsque la déclaration annuelle prévue à l'article 97 du code général des impôts n'a pas été déposée dans le délai légal () Les dispositions de l'article L. 68 sont applicables dans les cas d'évaluation d'office prévus aux 1° et 2° () ". Aux termes de l'article L. 193 de ce livre : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 dudit livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".

10. M. B a régulièrement été imposé d'office à raison des activités occultes exercées au titre des années en litige. Dès lors, il lui incombe d'établir l'exagération des impositions qu'il conteste.

S'agissant des revenus en litige :

11 Aux termes du 1 de l'article 92 du code général des impôts : " Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus ". En application de ces dispositions, des détournements de fonds, qui constituent pour leur auteur une source de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de revenus, sont imposables dans la catégorie des bénéfices non commerciaux.

12. L'administration a imposé les revenus perçus par M. B, tirés d'une activité illicite et occulte de détournement de fonds, dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, sur le fondement du 1 de l'article 92 du code général des impôts. Ces revenus, détaillés dans les propositions de rectification, ont été perçus notamment par l'utilisation du compte bancaire de la société EIREC, qu'il pouvait seul mouvementer. Le requérant a également dissimulé à l'administration fiscale les revenus encaissés directement sur ses comptes bancaires personnels. L'administration a par ailleurs imposé, au titre des années 2011 à 2015, des revenus tirés de l'exercice d'une activité occulte d'intermédiaire dans l'immobilier, provenant de la société Century Continental Corp, et perçus par l'intéressé sur ses comptes bancaires personnels ou sur ceux de son épouse. A ce titre, l'administration s'est fondée tant sur les éléments obtenus dans le cadre de l'examen de la situation fiscale personnelle de M. et Mme B que sur les éléments obtenus dans le cadre de la procédure pénale ouverte à l'égard de M. B.

13. En premier lieu, M. B fait valoir qu'il n'était que le salarié des sociétés EIREC, Efi ou Eaglecorp Groupe SA. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. B était seulement salarié de la société Suisse Eagle Fininvest SA, concernant laquelle il a produit des fiches de paie au titre des années 2009 à 2012 dont les revenus n'ont pas fait l'objet d'une proposition de rectification, et dont il a été licencié par une lettre du 29 février 2012. Aucun élément ne démontre qu'il aurait été recruté comme salarié d'autres sociétés, et notamment de la société EIREC. Au surplus, il avait lui-même indiqué, dans le cadre de l'examen de sa situation fiscale personnelle, qu'il n'était pas embauché par ces sociétés.

14. En deuxième lieu, si M. B soutient que l'article 1649 quater-0 B bis du code général des impôts ne s'applique pas à l'infraction pénale au titre de laquelle il est poursuivi, il résulte toutefois de l'instruction que les impositions en litige ne sont pas fondées sur cet article mais sur l'application du 1 de l'article 92 du code général des impôts. Par suite, ce moyen est inopérant.

15. En troisième et dernier lieu, M. B allègue qu'il n'est pas la seule personne impliquée dans la procédure pénale, que l'administration ne prouve pas qu'il était le seul détenteur des titres de la société et, qu'ainsi, il n'était pas le maître de l'affaire de cette société, qu'il était seulement salarié de la société SA Eagle Fininvest et qu'en conséquence, c'est à tort que les revenus provenant de ces sociétés ont été regardés comme lui étant distribués sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. Toutefois, l'administration n'a pas eu recours à la notion de maîtrise de l'affaire, et n'a pas même utilisé l'article 109 du code général des impôts ni imposé les revenus en cause dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Par suite, ce moyen est également inopérant.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la décharge, en droits et pénalités, des impositions en litige.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

Mme Carotenuto, première conseillère,

M. Sportelli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

T. D

La présidente,

signé

M. C

La greffière,

signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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