lundi 10 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2100671 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | AIZAC & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée, sous le n° 2100671, le 11 mars 2021, et deux mémoires complémentaire et récapitulatif enregistrés le 9 juin 2023, M. A B, représenté par la SELARL d'avocats Aizac et Associés, par Me Serra, demande, dans le dernier état de ses écritures, au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il exerce la profession libérale de chirurgien vasculaire ; son cabinet, bien qu'ayant changé d'adresse, est situé en zone franche urbaine (ZFU) ; il réalise les consultations à son cabinet et pratique les interventions chirurgicales en clinique ;
- à l'issue de la vérification de comptabilité dont il a fait l'objet, le bénéfice de l'exonération des cotisations d'impôt sur les bénéfices que l'administration avait toujours acceptée, a été remis en cause ; selon le service, il n'exercerait pas son activité de manière non sédentaire ;
- pour bénéficier de cette exonération, les contribuables dont les bénéfices sont imposés dans la catégorie des bénéfices non commerciaux doivent remplir cumulativement plusieurs conditions ; l'administration remet en cause l'une d'entre elles : le caractère non sédentaire de l'activité exercée ; or, les conditions dans lesquelles il exerce doivent recevoir cette qualification ;
- le seul fondement de la rectification réside dans une réponse ministérielle qui n'a pas été publiée au bulletin officiel ; il sollicite donc le bénéfice de l'article L. 80-A du livre des procédures fiscales ; de plus, toutes les jurisprudences récentes confirment sa position ;
- en toute hypothèse, cette remise en cause est contraire à l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le droit au bénéfice de l'exonération constituant un bien au sens de ces stipulations ; la modification du régime d'exonération en 2014 l'a ainsi privé d'une espérance légitime de pouvoir en bénéficier.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2021, la directrice générale des finances publiques, directrice de contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée, sous le n° 2101807, le 30 juin 2021, M. A B, représenté par la SELARL d'avocats Aizac et Associés, par Me Serra, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme dont il sera ultérieurement justifié au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il exerce la profession libérale de chirurgien vasculaire ; son cabinet, bien qu'ayant changé d'adresse, est situé en zone franche urbaine (ZFU) ; il réalise les consultations à son cabinet et pratique les interventions chirurgicales en clinique ;
- à l'issue de la vérification de comptabilité dont il a fait l'objet, le bénéfice de l'exonération des cotisations d'impôt sur les bénéfices que l'administration avait toujours acceptée, a été remis en cause ; selon le service, il n'exercerait pas son activité de manière non sédentaire au sens de l'article 44 octies A du code général des impôts ;
- pour bénéficier de cette exonération, les contribuables dont les bénéfices sont imposés dans la catégorie des bénéfices non commerciaux doivent remplir cumulativement plusieurs conditions ; l'administration remet en cause l'une d'entre elles : le caractère non sédentaire de l'activité exercée ; or, les conditions dans lesquelles il exerce doivent recevoir cette qualification ;
- cette remise en cause est contraire à l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le droit au bénéfice de l'exonération constituant un bien au sens de ces stipulations ; la modification du régime d'exonération en 2014 l'a ainsi privé d'une espérance légitime de pouvoir en bénéficier ;
- le seul fondement de la rectification réside dans une réponse ministérielle qui n'a pas été publiée au bulletin officiel ; il sollicite donc le bénéfice de l'article L. 80-A du livre des procédures fiscales ; de plus, toutes les jurisprudences récentes confirment sa position.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2021, la directrice générale des finances publiques, directrice de contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 et les protocoles qui y sont annexés ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique,
Considérant ce qui suit :
1. M. B, qui exerce l'activité libérale de chirurgien cardiovasculaire, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices 2015 à 2017, à l'issue de laquelle le régime d'exonération totale de cotisations à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices non commerciaux sous lequel il s'était placé sur le fondement de l'article 44 octies A du code général des impôts, a été remis en cause par le service.
2. Par ses requêtes, qui, relatives au même contrôle fiscal et ayant fait l'objet d'une instruction commune, doivent être jointes, M. B demande la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015, 2016 et 2017 dans la catégorie des bénéfices non commerciaux en ce qu'elles reposent sur la reprise partielle de l'exonération ci-dessus mentionnée.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
3. Aux termes de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international. / Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les Etats de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour () assurer le paiement des impôts () ". Une personne ne peut prétendre au bénéfice des stipulations précitées que si elle peut faire état de la propriété d'un bien qu'elles ont pour objet de protéger et à laquelle il aurait été porté atteinte. A défaut de créance certaine, l'espérance légitime d'obtenir une somme d'argent doit être regardée comme un bien au sens de ces stipulations. Si les stipulations de l'article 1er du premier protocole ne font en principe pas obstacle à ce que le législateur adopte de nouvelles dispositions remettant en cause, fût-ce de manière rétroactive, des droits patrimoniaux découlant de lois en vigueur, ayant le caractère d'un bien au sens de ces stipulations, c'est à la condition de ménager un juste équilibre entre l'atteinte portée à ces droits et les motifs d'intérêt général susceptibles de la justifier.
4. Aux termes de l'article 44 octies A du code général des impôts, dans sa rédaction préalable à la modification résultant de l'article 29 de la loi du 29 décembre 2013 de finances rectificative pour 2013 : " () Lorsque le contribuable n'exerce pas l'ensemble de son activité dans une zone franche urbaine, le bénéfice exonéré est déterminé en affectant le montant résultant du calcul ainsi effectué du rapport entre, d'une part, la somme des éléments d'imposition à la cotisation foncière des entreprises définis à l'article 1467 afférents à l'activité exercée dans les zones franches urbaines et relatifs à la période d'imposition des bénéfices et, d'autre part, la somme des éléments d'imposition à la cotisation foncière des entreprises du contribuable définis au même article pour ladite période () ". Aux termes du même article, dans sa rédaction résultant de l'article 29 de la loi du 29 décembre 2013, applicable à compter du 31 décembre 2013 : " () Lorsque le contribuable n'exerce pas l'ensemble de son activité dans les zones franches urbaines, les bénéfices réalisés sont soumis à l'impôt sur le revenu ou à l'impôt sur les sociétés, dans les conditions de droit commun, en proportion du montant hors taxes du chiffre d'affaires ou de recettes réalisé en dehors de ces zones () ".
5. L'article 44 octies A du code général des impôts prévoyait, à compter du 1er janvier 2006, un régime d'exonération d'impôt sur les bénéfices provenant d'activités professionnelles implantées dans une zone franche urbaine. L'exonération était totale pendant cinq ans à compter du début d'activité dans les zones éligibles, puis partielle pendant neuf ans. Le bénéfice exonéré était déterminé au prorata des éléments d'imposition à la cotisation foncière des entreprises afférents à l'activité implantée en zone franche urbaine. Cette règle était en vigueur lors de l'implantation, en 2009, de l'activité du requérant au sein d'une zone franche urbaine.
6. L'article 29 de la loi du 29 décembre 2013 a modifié, dans des conditions moins favorables aux contribuables, les règles de calcul de l'exonération d'impôt applicable lorsque le contribuable n'exerce pas l'ensemble de son activité dans la zone franche urbaine en prévoyant que le bénéfice exonéré serait désormais déterminé au prorata du montant hors taxes du chiffre d'affaires ou des recettes réalisés en dehors de cette zone et en prenant comme référence, non plus le lieu où se situent les biens imposables à la cotisation foncière des entreprises, mais le lieu d'exercice effectif de l'activité. Dans ces conditions, dès lors que le législateur avait fixé, dès l'institution de ce régime d'exonération partiel d'impôt, la période à durée limitée durant laquelle il était possible d'escompter en bénéficier, ce dispositif était bien de nature à laisser espérer son application dans les mêmes conditions jusqu'au terme de la durée prévue, contrairement à d'autres mesures fiscales adoptées sans limitation de durée. Par suite, en modifiant ce dispositif, le législateur a privé les professionnels qui avaient été incités à établir leur activité dans une zone franche urbaine et à y localiser l'ensemble des éléments d'imposition à la cotisation foncière des entreprises d'une espérance légitime de voir l'intégralité de leurs bénéfices exonérée d'impôt, même si ces activités étaient effectivement exercées partiellement en dehors de la zone franche. Il s'ensuit que M. B, qui exerce son activité pour partie au sein d'établissements de santé situés en dehors de la zone franche urbaine, disposait d'une espérance légitime de bénéficier du régime d'exonération d'impôt pendant la période prévue et dans les conditions applicables lors de son installation en zone franche urbaine en 2009. Si l'administration fait valoir que l'adaptation du dispositif d'exonération repose sur des critères objectifs et rationnels en lien avec le but recherché dès l'instauration du dispositif, à savoir favoriser le développement de ces zones, tenir compte du lieu réel d'exercice de l'activité économique et uniformiser les principes avec ceux applicables pour les entreprises nouvelles prévus par l'article 44 sexies du code général des impôts, elle n'établit pas, ni même n'allègue, que le dispositif initial n'a pas eu l'effet incitatif recherché. Par suite, quand bien même l'objectif de recentrage du dispositif pouvait constituer un motif légitime de modification du dispositif, M. B est fondé à soutenir que la modification du régime prévu par l'article 44 octies A du code général des impôts a porté une atteinte disproportionnée à son espérance légitime de bénéficier du régime d'exonération, initialement instauré, auquel il aurait pu prétendre faute de motifs suffisants d'intérêt général susceptibles de la justifier.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander la décharge, en droits et majorations, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales, assises sur les sommes rattachées à la catégorie des bénéfices non commerciaux, auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015, 2016 et 2017.
Sur les frais liés au litige :
8. D'une part, s'agissant de l'instance susvisée n° 2100671, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
9. D'autre part, s'agissant de l'instance susvisée n° 2101807, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, faute que la somme demandée ait été déterminée par le requérant, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : M. B est déchargé, en droits et majorations, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales, assises sur les sommes rattachées à la catégorie des bénéfices non commerciaux, auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015, 2016 et 2017.
Article 2 : L'Etat versera, dans l'affaire susvisée n° 2100671, la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2101807 est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la directrice générale des finances publiques, directrice de contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 19 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Bailleux, premier conseiller
Mme C, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2023.
Le rapporteur,
Signé
D. C
La présidente,
Signé
M. BERNABEU
La greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
N°2100671, 2101807
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026