mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2100739 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre - Juge Unique |
| Avocat requérant | DEBARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 mars 2021, Mme A B, représentée par Me Debard, demande au Tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 14 000 euros en réparation de son préjudice, et de celui de ses enfants à charge, du fait de l'absence de relogement depuis la décision de la commission de médiation du Var datée du 7 novembre 2019 ;
2°) de majorer cette somme des intérêts au taux légal à compter de la demande préalable indemnitaire et d'ordonner la capitalisation des intérêts ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser directement à Me Debard en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- elle dépose des demandes de logement social depuis trois années sans succès ; elle a été déclarée prioritaire et devant être relogée d'urgence par une décision du 7 novembre 2019 de la commission de médiation DALO du Var au motif qu'elle était menacée d'expulsion sans relogement ;
- l'Etat, qui est soumis à une obligation de résultat en matière de droit au logement opposable ainsi qu'à l'obligation d'exécuter les décisions de justice, a commis une double faute de nature à engager sa responsabilité, d'une part, en ne procédant pas à son relogement depuis la décision de la commission de médiation du 7 novembre 2019 et, d'autre part, en n'exécutant pas le jugement du tribunal administratif de Toulon du 16 octobre 2020 enjoignant au préfet du Var d'assurer son relogement avant le 1er janvier 2021 ;
- elle ne s'est vue proposer aucun relogement dans le parc social, ni une offre adaptée à ses besoins et à ses capacités ;
- elle subit un préjudice moral et matériel du fait de ses conditions de vie quotidienne, relatées dans sa demande préalable indemnitaire ; une telle situation aurait pu être évitée si le préfet du Var avait pris les mesures requises pour le relogement de la requérante ; son préjudice est actuel, certain et quantifiable.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 mai 2021, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il a proposé la candidature de Mme B à Toulon Habitat Méditerranée au début du mois de février 2021 sur la commune de Fréjus mais la candidature de la requérante n'a pas été retenue ;
- Mme B occupe un logement de 67 mètres carrés alors qu'elle a 65 ans et qu'elle n'a pas d'enfants à charge ; le préjudice qu'elle invoque n'est pas établi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Toulon a, par une décision du 19 avril 2021, accordé l'aide juridictionnelle totale à Mme B.
La présidente du tribunal a désigné M. Bailleux, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 et à l'article R. 778-3 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 10 janvier 2023, le rapport de M. Bailleux, magistrat désigné.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions indemnitaires :
1. Il est constant que Mme B, de nationalité marocaine, a saisi le 6 septembre 2019 la commission de médiation DALO du Var d'un recours en vue d'une offre de logement dans les conditions prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'elle a été déclarée, par une décision du 7 novembre 2019 de ladite commission, prioritaire et devant être relogée en urgence au motif qu'elle était menacée d'expulsion. En l'absence de proposition de logement dans les six mois qui ont suivi cette décision, Mme B a saisi le Tribunal administratif de Toulon le 17 septembre 2020, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, afin d'obtenir que soit ordonné son relogement. Par un jugement du 16 octobre 2020, le Tribunal administratif de Toulon a enjoint au préfet du Var de pourvoir au relogement de Mme B avant le 1er janvier 2021, sous astreinte, à compter de cette date, de 200 euros par mois de retard, astreinte destinée au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement institué en application de l'article L. 300-2 du code de la construction et de l'habitation. Par une lettre reçue le 15 janvier 2021 par le préfet du Var, Mme B sollicitait du préfet qu'il lui verse la somme de 14 000 euros majorée des intérêts, en réparation de son préjudice, résultant de la carence de l'Etat quant à l'obligation de relogement le concernant. Le silence du préfet du Var pendant une période de deux mois a fait naître une décision implicite de rejet en date du 15 mars 2021.
En ce qui concerne la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Selon le II de l'article L. 441-2-3 de ce code : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement. () / Le représentant de l'Etat dans le département désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondant à la demande. () / En cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'Etat dans le département qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservation. () ". L'article R. 441-16-1 du même code dispose que : " A compter du 1er décembre 2008, le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3-1 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Dans () les départements comportant au moins une agglomération, ou une partie d'une agglomération, de plus de 300 000 habitants, ce délai est de six mois. ".
3. Ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires qui ont précédé leur adoption, fixent une obligation de résultat pour l'Etat, désigné comme garant du droit au logement décent et indépendant dont peuvent se prévaloir les demandeurs ayant exercé les recours amiable et contentieux prévus par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Il incombe à l'Etat, au titre de cette obligation, de prendre l'ensemble des mesures et de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour que ce droit ait, pour les personnes concernées, un caractère effectif. La carence de l'Etat est susceptible d'engager sa responsabilité pour faute.
4. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, alors même que l'intéressé n'a pas fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.
5. Il n'est pas contesté, ainsi que le soutient la requérante, qu'aucun logement ne lui a été attribué, depuis la décision de la commission de médiation DALO ou depuis le jugement du Tribunal administratif de Toulon du 16 octobre 2020 faisant injonction au préfet du Var de lui attribuer un logement répondant à ses besoins et capacités. Le fait, ainsi que le fait valoir le préfet du Var, qu'il aurait proposé à Toulon Habitat Méditerranée le nom de Mme B pour l'attribution d'un logement mais que cet organisme n'aurait ensuite pas attribué de logement à celle-ci, ne rend pas l'Etat non responsable du fait que Mme B ne s'est vue proposer aucun logement répondant à ses besoins et capacités. Ainsi, la période de responsabilité de l'Etat s'étend donc du 7 mai 2020, date d'expiration du délai de six mois imparti au préfet du Var pour assurer le relogement de Mme B à la suite de la décision de la commission de médiation DALO du Var, jusqu'à la date de la présente décision, soit une période de 34 mois.
En ce qui concerne le préjudice :
6. Il résulte de l'instruction que Mme B ne s'est pas vue attribuer de logement jusqu'à la date du jugement. Par suite, Mme B est donc fondée à demander l'indemnisation dans ses conditions d'existence ayant résulté de la carence fautive de l'Etat, étant donné qu'elle était menacée d'expulsion pendant cette période. En revanche, Mme B n'est pas fondée à demander la réparation du préjudice subi par ses enfants, qui ne sont pas les demandeurs du droit au logement opposable. Compte tenu de la durée de cette carence du 7 mai 2020 au 28 mars 2023, du motif précité de la commission de médiation du Var pour déclarer la demande de logement prioritaire et urgente, et des conditions de logement de Mme B durant cette période, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence subis par la requérante, y compris le préjudice moral, en lui allouant une somme globale, intérêts compris, de 1 200 euros.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi de 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Il résulte de l'instruction que Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau du tribunal judiciaire de Toulon du 19 avril 2021. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser directement à Me Debard, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
DECIDE
Article 1er : L'Etat est condamné à payer à Mme B une somme de 1200 euros (mille deux cents euros).
Article 2 : L'Etat versera à Me Debard une somme de 1 000 euros (mille euros) au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à Mme A B, à Me Debard, et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet du Var.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 28 mars 2023.
Le Magistrat désigné,
Signé :
F. BAILLEUX
La greffière
Signé :
G. RICCI
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026