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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100871

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100871

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100871
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantHOFFMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er avril 2021 M. C B et Mme A B, représentés par Me Hoffmann, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de refus du préfet du Var le modifier le tracé de la piste de défense des forêts contre l'incendie (DFCI) ;

2°) d'enjoindre le préfet du Var sur le fondement des dispositions des articles L 911-1 et suivants du code de justice administrative de définir un nouveau tracé de la piste B 105 Camp Long et de remettre en état le terrain dans un délai de deux mois sous astreinte de 50 euros par jour à compter de la notification du jugement ;

3°) d'annuler le refus implicite du préfet du Var de faire usage de ses pouvoirs de police ;

4°) d'enjoindre le préfet du Var sur le fondement des dispositions des articles L 911-1 et suivants du code de justice administrative de prendre toutes mesures de police utiles pour garantir le respect de l'ordre public dans un délai de deux mois sous astreinte de 50 euros par jour à compter de la notification du jugement ;

5°) de condamner l'Etat à leur verser une somme de 150 000 euros en réparation de leur préjudice matériel ;

6°) de condamner l'Etat à leur verser une somme de 50 000 euros en réparation de leur préjudice moral ;

7°) d'assortir cette indemnité des intérêts au taux légal à compter de la date de la première demande d'indemnisation et de la capitalisation des intérêts échus à compter de cette même date ;

8°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que la somme de 500 euros au titre des frais d'huissier

Ils soutiennent que :

- le tracé de la piste DFCI est irrégulier dès lors qu'il ne serait pas conforme à celui inscrit dans l'acte de vente qu'ils ont signé le 3 septembre 2012, et qu'il serait constitutif d'une situation d'emprise ;

- ils subissent quotidiennement des dommages du fait de l'utilisation qui est faite de la piste et de son tracé ;

- qu'il existe plusieurs tracés alternatifs qui garantiraient la circulation en sécurité des véhicules de secours et la préservation de leur intimité ;

- qu'il appartient au préfet du Var de prendre toutes mesures utiles pour prévenir les atteintes à la tranquillité et à la salubrité publiques.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Un mémoire enregistré le 14 février 2022 pour les requérants n'a pas été communiqué en application des dispositions de l'article R. 611-1 alinéa 3 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code forestier ;

- la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Karbal ;

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public ;

- les observations de Me Lacombe-Brisou substituant Me Hoffman, représentant M. et Mme B ;

- les observations de M.Rasclard, représentant le Préfet du Var.

1.M. et Mme B sont propriétaires d'une maison située au 5527 route de Collobrières sur le territoire de la commune de La Londe-Les Maures. Par un arrêté du 10 février 2016, le préfet du Var a établi une servitude de passage et d'aménagement destinée à assurer la continuité et la pérennité des voies de défense des forêts contre l'incendie (DFCI) et à établir ou entretenir les équipements de protection et de surveillance de ces forêts au profit du syndicat intercommunal pour la protection et la valorisation de la forêt (SIPVF) sur les communes de Hyères et de La Londe les Maures. Cette piste DFCI traverse la propriété des requérants. Par un courrier du 7 décembre 2020, M. et Mme B ont adressé au préfet du Var une demande de modification du tracé de la piste de DFCI, la mise en œuvre par le préfet de ses pouvoirs de police et une demande indemnitaire au titre de leurs préjudices matériel et moral. En l'absence de réponse, M. et Mme B ont, par une requête, enregistrée le 1er avril 2021, saisi le tribunal du présent recours.

Sur les conclusions tendant à la modification du tracé de la piste DFCI

2.Aux termes de l'article L. 134-2 du code forestier : " Pour créer des voies de défense des bois et forêts contre l'incendie, en assurer la continuité et la pérennité ainsi que pour établir et entretenir des équipements de protection et de surveillance des bois et forêts, une servitude de passage et d'aménagement est établie par l'Etat à son profit ou au profit d'une autre collectivité publique, d'un groupement de collectivités territoriales ou d'une association syndicale. Si la bande de roulement de ces voies excède 6 mètres ou si la surface au sol de ces équipements excède 500 mètres carrés, l'établissement de cette servitude est précédé d'une enquête publique, réalisée conformément aux dispositions du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique. Dans les autres cas, le projet d'instauration d'une servitude est porté à la connaissance des propriétaires dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, en leur précisant les modalités selon lesquelles ils peuvent faire valoir leurs observations à l'autorité administrative compétente de l'Etat. En aucun cas, la servitude ne peut grever les terrains attenants à des maisons d'habitation, clos de murs ou de clôtures équivalentes selon les usages locaux. Si l'exercice de cette servitude rend impossible l'utilisation normale des terrains grevés, leurs propriétaires peuvent demander l'acquisition de tout ou partie du terrain d'assiette de la servitude et, éventuellement, du reliquat des parcelles. A défaut d'accord amiable, le juge fixe l'indemnité comme en matière d'expropriation. Le bénéficiaire de la servitude peut procéder à ses frais au débroussaillement des abords de la voie ou de l'équipement sur deux bandes latérales sans que le total des largeurs de ces bandes n'excède 100 mètres. "

3. Aux termes de l'article L. 134-3 du code forestier : " Les voies de défense des bois et forêts contre l'incendie ont le statut de voies spécialisées, non ouvertes à la circulation générale. L'acte instituant la servitude énonce les catégories de personnes ayant accès à ces voies et fixe les conditions de leur accès. " ;

4. Si M. et Mme B soutiennent que le tracé de la servitude est irrégulier dès lors qu'il ne serait pas conforme à celui inscrit dans l'acte de vente qu'ils ont signé le 3 septembre 2012, et qu'il serait constitutif d'une situation d'emprise, il résulte toutefois de l'instruction que la piste DFCI passe en surplomb à une vingtaine de mètres de la propriété des requérants. Dans ces conditions, la servitude litigieuse ne saurait être regardée comme grevant le terrain attenant à la maison d'habitation des requérants. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 134-2 précité doit être écarté.

Sur l'absence de mise en œuvre par le préfet de ses pouvoirs de police

5.Les requérants soutiennent qu'ils subissent quotidiennement des dommages du fait de l'utilisation qui est faite de la piste DFCI, qui n'est pas ouverte à la circulation générale, par des promeneurs, des chasseurs et des cyclistes générant ainsi des nuisances sonores et une perte totale d'intimité, et qu'il appartient au préfet de faire usage de ses pouvoirs de police.

6.Il résulte toutefois de l'instruction que c'est le syndicat intercommunal pour la protection et la valorisation de la forêt qui a la charge de prendre des mesures d'interdiction à la circulation, en application de l'article 6 de l'arrêté du 10 février 2016 pris par le préfet du Var. Il n'est, par ailleurs, pas établi que d'autres mesures que celles qui découlent de l'interdiction à la circulation générale seraient indispensables pour pallier aux troubles dont se prévalent les requérants. Par suite, le moyen tiré de l'absence de mise en œuvre des pouvoirs de police doit également être rejeté.

7.Il résulte l'ensemble de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par les requérants doivent être rejetées.

8.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du préfet du Var, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que M. et Mme B demande au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Monsieur C B et à Madame A B et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Karbal, conseiller,

Mme Montalieu, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

Z. KARBALLe président,

Signé

P. HARANG

Le greffier,

Signé

F.POUPLY

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargée des collectivités territoriales, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/ la greffière en chef,

Le greffier,

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