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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100922

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100922

lundi 10 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100922
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantDI CESARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 avril 2021 et 22 décembre 2021, la société anonyme à responsabilité limitée (SARL) Société Méridionale d'Editions de Commerce International (SMECI), représentée par Me Di Cesare, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires de retenue à la source auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos de 2014 à 2016 sur le fondement du 1 de l'article 119 bis du code général des impôts et le rétablissement des déficits reportables en matière d'impôt sur les sociétés dont elle disposait à la clôture de chacun de ces exercices ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les frais remboursés à M. A, son fondateur et dirigeant, ont été exposés pour les besoins de la société dont il s'occupait notamment des relations commerciales et réalisait un chiffre d'affaires important ; ses frais de déplacement et de réception ne représentent que 26 % du chiffre d'affaires qu'il a permis de générer ; par suite, l'administration n'est pas fondée à remettre en cause le caractère déductible de ces charges.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 octobre 2021 et 12 mai 2022, la directrice du contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sportelli,

- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL SMECI, qui exerce une activité d'édition de revues et de vente d'encarts publicitaires, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices clos le

31 juillet 2014, 2015 et 2016. Par une proposition de rectification du 19 décembre 2017, le service vérificateur a notamment remis en cause le caractère fiscalement déductible de charges exposées par la société. Par la présente requête, la SARL SMECI demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires de retenue à la source auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos de 2014 à 2016 sur le fondement du 1 de l'article 119 bis du code général des impôts, pour un montant total de 34 398 euros, et le rétablissement des déficits reportables en matière d'impôt sur les sociétés de respectivement 64 007, 63 581 et 56 846 euros, dont elle disposait à la clôture de chacun de ces exercices.

2. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, rendu applicable à l'impôt sur les sociétés par l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ".

3. Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

4. En vertu de ces principes, lorsqu'une entreprise a déduit en charges une dépense réellement supportée, conformément à une facture régulière relative à un achat de prestations ou de biens dont la déductibilité par nature n'est pas contestée par l'administration, celle-ci peut demander à l'entreprise qu'elle lui fournisse tous éléments d'information en sa possession susceptibles de justifier la réalité et la valeur des prestations ou biens ainsi acquis. La seule circonstance que l'entreprise n'aurait pas suffisamment répondu à ces demandes d'explication ne saurait suffire à fonder en droit la réintégration de la dépense litigieuse, l'administration devant alors fournir devant le juge tous éléments de nature à étayer sa contestation du caractère déductible de la dépense. Le juge de l'impôt doit apprécier la valeur des explications qui lui sont respectivement fournies par le contribuable et par l'administration.

5. Au cours des opérations de vérification de la société requérante, le service vérificateur a remis en cause le caractère déductible de charges correspondant à des dépenses exposées par M. A

6. Il résulte de l'instruction que M. A, retraité domicilié au Maroc, détient 1 % du capital de la société requérante dont il est l'ancien dirigeant. Cette société lui a attribué des salaires annuels de respectivement 4 085, 4 456 et 3 766 euros au titre des années 2014 à 2016 en qualité de " chargé de mission ". Au cours des opérations de vérification, la société requérante a produit un document daté du 20 décembre 2012 selon lequel il a été convenu que " M. A représentera la société SMECI au Maghreb () afin d'y développer le chiffre d'affaires de l'entreprise à raison de 20 jours par mois. M. A continuera également à raison de 10 jours par mois à contrôler et développer l'activité de la société en France ". Ce contrat prévoit l'attribution à M. d'une allocation forfaitaire de 2 000 euros par mois afin de couvrir ses frais d'hébergement, de véhicules, de déplacements, de téléphone et de billets d'avion au Maroc. Par ailleurs, au titre des exercices en litige, M. A a été le seul utilisateur de la carte bancaire de la société requérante, avec laquelle il a réalisé des retraits d'espèces, pour des montants compris entre 2 900 et 3 900 euros par an et il a réglé directement de nombreuses dépenses, notamment pour des hôtels situés en région parisienne, en Belgique, sur la Côte d'Azur ou au Maroc, et ce, pour deux personnes. Au total, les dépenses exposées par M. A et déduites par la société requérante au titre de ses charges représentent respectivement 54 184, 63 581,41 et 56 846 euros au titre de chacun des exercices en litige, soit entre 7,9 et 10,73 % du chiffre d'affaires annuel réalisé par cette société.

7. D'une part, pour justifier que les frais remboursés à M. A ont été exposés pour les besoins de son exploitation, la société requérante se borne à produire quelques attestations de ses clients, réalisées pour les besoins de la cause selon le même modèle et toutes datées du

18 ou 19 décembre 2018, qui sont ainsi dépourvues de toute valeur probante, mentionnant de façon générale et sans aucun détail, que M. A est leur interlocuteur. Ainsi, la société requérante ne produit aucun élément probant de nature à justifier du caractère professionnel des dépenses engagées par M. A.

8. D'autre part, si la société allègue que M. A lui a permis de générer un chiffre d'affaires important au titre de ces trois exercices, qu'elle met en parallèle avec les frais exposés par ce dernier pour un montant total de 174 611 euros, aucun élément précis ne vient toutefois étayer le chiffre d'affaires attribué à M. A, qui n'est plus le dirigeant de la société mais est rémunéré en tant que " chargé de mission " à hauteur de 550 euros bruts par mois. A ce titre, la société requérante emploie à temps plein des commerciaux qui bénéficient, selon ses dires, de commissions en fonction du chiffre d'affaires réalisé, et de remboursements de frais que la société a été en mesure de justifier. Au demeurant, la circonstance, à la supposer même établie, que M. A, aurait concouru à développer le chiffre d'affaires de la société requérante ne la dispenserait pas pour autant de justifier du caractère professionnel des dépenses particulièrement importantes remboursées à ce dernier, pour un montant qui représente plus de dix fois son salaire.

9. Enfin, la nature même des dépenses exposées par M. A, des sommes forfaitaires dépourvues de tout justificatif, des retraits d'espèces, des frais d'hôtels et de restaurant, le midi et le soir, pour lui et sa conjointe, des dépenses de golf, l'assurance de son véhicule personnel ou des frais de carburant, révèle leur caractère de dépenses personnelles. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a remis en cause la déduction de l'ensemble de ces charges.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires de retenue à la source auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos de 2014 à 2016 et le rétablissement des déficits reportables en matière d'impôt sur les sociétés dont elle disposait à la clôture de chacun de ces exercices.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL SMECI est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme à responsabilité limitée Société Méridionale d'Editions de Commerce International et à la directrice du contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente,

- M. Sportelli, premier conseiller,

- Mme B, magistrate honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2023.

Le rapporteur,

Signé

T. SPORTELLI

La présidente,

Signé

M. BERNABEU

La greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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