vendredi 9 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2100924 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BROUILLARD-TANGUY |
Vu la procédure suivante :
I- Par une requête enregistrée le 8 avril 2021 sous le numéro 2100924, M. A E, représenté par Me Brouillard-Tanguy, demande au tribunal :
1°) de condamner la métropole Toulon-Provence-Méditerranée (la métropole TPM)
à lui verser la somme de 15 639,78 euros, majorée des intérêts au taux légal, en réparation
du préjudice causé par l'administration territoriale dans la gestion de sa carrière ;
2°) de mettre à la charge de la métropole TPM la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la métropole TPM est fautive en :
* l'ayant placé dans une situation précaire non prévue par les textes ;
* l'ayant placé avec un retard excessif dans une position régulière par sa réintégration ;
- il a subi :
*un préjudice financier par une perte totale de traitement du 12 novembre 2020
au 10 février 2021 ;
*un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 décembre 2021 et le 18 avril 2023,
la métropole TPM, représentée par Me Vergnon, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 6 avril 2023, la clôture d'instruction de l'affaire n°2100924 a été fixée au 10 mai 2023.
II- Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 mai 2021 et le 3 juin 2021 sous
le numéro 2101409, M. A E, représenté par Me Brouillard-Tanguy, demande
au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2021 par lequel le président de la métropole TPM
a prononcé une retenue sur son traitement pour absence de service fait ;
2°) d'enjoindre à la métropole TPM de procéder au reversement des sommes indûment prélevées sur son traitement, avec intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de sa requête ;
3°) de mettre à la charge de la métropole TPM la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'auteur de la décision est incompétent pour la signer ;
- la décision n'est pas motivée ;
- elle procède d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 décembre 2021 et le 18 avril 2023,
la métropole TPM, représentée par Me Vergnon, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 28 juin 2023, la clôture d'instruction de l'affaire n°2101409 a été fixée au 1er août 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code général des collectivités publiques ;
- la loi n°83.634 du 13 Juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n°84.53 du 26 Janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives
à la fonction publique territoriale ;
- le décret n° 2008-580 du 18 juin 2008 relatif au régime de la mise à disposition applicable aux collectivités territoriales et aux établissements publics administratifs locaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 janvier 2024 :
- le rapport de M. Quaglierini,
- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Jounier, représentant la métropole Toulon-Provence-Méditerranée.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, professeur d'enseignement artistique de classe normale affecté
à la métropole TPM, a été mis à disposition auprès de l'établissement public de coopération culturelle " école supérieure d'art et de design Toulon Provence Méditerranée " (ESADPM)
à compter du 1er février 2011. Placé successivement en congé maladie ordinaire et en disponibilité d'office pour raisons médicales durant cette période, le comité médical départemental s'est notamment prononcé, en séance du 16 janvier 2020, sur l'aptitude de l'intéressé à réintégrer ses fonctions sous forme d'un temps partiel pour raison thérapeutique. Par courrier du 20 janvier 2020, l'ESADPM indiquait à la métropole TPM le non-renouvellement de la convention de mise
à disposition de M. E arrivant à terme du 31 janvier 2020. Les droits à congé maladie
de l'intéressé étant épuisés au 14 février 2020, ce dernier a demandé à la métropole TPM
la communication du procès-verbal du comité médical précité, puis de son dossier administratif. Opposant à la métropole TPM de ne pas l'avoir placé dans une situation statutaire régulière au terme de sa mise à disposition et de ne pas lui avoir communiqué le procès-verbal du comité médical, ni de l'avoir informé de la possibilité de solliciter un mi-temps thérapeutique, l'intéressé lui a adressé une demande préalable d'indemnisation par courrier du 7 décembre 2020.
En l'absence de réponse de l'administration territoriale sur cette demande, une décision implicite de rejet est née le 8 février 2021. Par sa première requête, l'intéressé conteste cette dernière décision. Par ailleurs, en l'absence de réponse de M. E au courrier de la métropole TPM du 12 novembre 2020 lui demandant de justifier ses absences durant 4 périodes au cours de 2018 et 2019, le président de la métropole TPM a prononcé une retenue sur son traitement pour absence de service fait par arrêté du 22 mars 2021. Par sa seconde requête, l'intéressé conteste cet arrêté.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n°2100924 et n°2101409 introduites par M. E présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne les manquements fautifs de la métropole TPM :
3. Aux termes de l'article 57 2° de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984, le fonctionnaire
a droit : " A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () 4° bis. Après un congé de maladie, un congé de longue maladie ou un congé de longue durée, les fonctionnaires peuvent être autorisés à accomplir un service à temps partiel pour raison thérapeutique, accordé pour une période de trois mois renouvelable dans la limite d'un an pour une même affection. () La demande d'autorisation de travailler à temps partiel pour raison thérapeutique est présentée par le fonctionnaire accompagnée d'un certificat médical établi par son médecin traitant. Elle est accordée après avis favorable concordant du médecin agréé par l'administration ". L'article 61 de la même loi dispose que : " La mise à disposition est la situation du fonctionnaire qui demeure dans son corps d'origine, est réputé y occuper un emploi, continue à percevoir la rémunération correspondante mais qui effectue son service dans une autre administration que la sienne ". Selon l'article 5 II du décret n°2008-580 du 18 juin 2008 : " Lorsque cesse la mise à disposition, le fonctionnaire qui ne peut être affecté aux fonctions qu'il exerçait précédemment dans son service d'origine reçoit une affectation dans l'un des emplois que son grade lui donne vocation à occuper, dans le respect des règles fixées au deuxième alinéa de l'article 54 de la loi du 26 janvier 1984 ".
4. Le requérant soutient que l'administration n'a pas accompli les diligences nécessaires, ayant obtenu tardivement communication de l'avis du comité médical du 16 janvier 2020 ainsi que de son dossier administratif, de sorte qu'il n'a pas été en mesure de reprendre ses fonctions en mi-temps thérapeutique dans un délai raisonnable.
5. En premier lieu, d'une part, il ne résulte d'aucune disposition législative ou règlementaire que l'administration territoriale soit tenue d'adresser une copie du procès-verbal du comité médical départemental à son agent. En toute hypothèse, il résulte de l'instruction qu'il l'a obtenue le 28 mars 2020 en adressant directement sa demande au centre départemental de gestion du Var par courrier du 4 mars 2020. D'autre part, il résulte des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'il soutient, la métropole TPM l'a rapidement invité à prendre connaissance de son dossier administratif en lui proposant de le consulter sur place le 29 octobre 2020, proposition qu'il a refusée. Il n'a donc pu accéder à son dossier administratif que le 1er décembre 2020 compte tenu d'une transmission numérique de ce dernier à sa demande.
6. En second lieu, il résulte des arrêtés successifs portant mise à disposition de l'intéressé au sein de l'ESADPM et plus particulièrement du dernier datant du 3 avril 2017, d'une part,
que la durée de la mise à disposition est de 3 années à compter du 1er février 2017 et, d'autre part, qu'à l'issue de cette dernière, " l'intéressé sera réaffecté dans les fonctions qu'il exerçait ou dans un emploi que son grade lui donne vocation à occuper ". Il résulte de l'instruction que si
M. E n'a pas procédé aux diligences nécessaires auprès de la métropole TPM alors que ses droits à congé maladie étaient épuisés et qu'il savait que sa mise à disposition arrivait à terme le 1er février 2020, cette circonstance n'est pas de nature à exonérer la responsabilité de la métropole TPM qui aurait dû l'affecter, tel qu'il ressort des dispositions précitées, dans l'un des emplois de son grade à l'échéance de la mise à disposition.
En ce qui concerne les préjudices allégués :
7. Il résulte de ce qu'il a été dit au point précédent que la métropole TPM a commis une faute en n'ayant pas affecté M. E, au terme de sa mise à disposition, dans la fonction qu'il occupait précédemment ou sur un emploi que son grade lui donnait vocation à occuper. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'administration territoriale a régularisé la situation de l'intéressé
en le plaçant rétroactivement en position d'activité à plein traitement du 16 janvier 2020 jusqu'au 12 novembre 2020, alors que M. E n'invoque pas de préjudice qui n'aurait été réparé par cette mesure pour cette période. Par ailleurs compte tenu, d'une part, de la passivité de ce dernier dans la gestion de sa propre carrière, n'ayant accompli aucune diligences auprès de son administration alors qu'il était parfaitement informé de la date d'échéance de sa mise disposition, ayant reçu notification de l'arrêté portant mise à disposition du 3 avril 2017, d'autre part,
du contexte très particulier de crise sanitaire durant lequel les faits se sont déroulés et dont la défenderesse fait valoir les difficultés organisationnelles qui en ont résulté, la métropole TPM ne saurait être tenue à réparer les préjudices dont se prévaut M. E.
8. Il résulte de tout ce qui ce qui précède que les conclusions à fins d'indemnisation doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fins d'annulation de l'arrêté du 22 mars 2021 :
9. En premier lieu, Madame D B qui a signé la décision attaquée, bénéficiait d'une délégation de signature du président de la métropole TPM en date du 16 juillet 2020, dont ce dernier a certifié son caractère exécutoire, à l'effet notamment de signer tous documents, arrêtés, décisions, notations, conventions, contrats, commandes et correspondances, concernant les affaires de la Métropole. Par suite, il convient d'écarter le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte comme n'étant pas fondé.
10. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée comporte les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement, de sorte qu'elle est suffisamment motivée.
11. En troisième lieu, si le requérant soutient que la décision litigieuse procède d'une erreur de fait en ce que les périodes qu'elles mentionnent correspondent à des périodes durant lesquelles il travaillait ou qu'il bénéficiait d'un congé maladie, il ne l'établit pas. Il convient ainsi d'écarter le moyen tiré de l'erreur de fait comme n'étant pas fondé.
12. En quatrième et dernier lieu, si le requérant soutient que la décision litigieuse est entachée d'une erreur d'appréciation dans le calcul des retenues, il résulte de l'instruction que
la décision attaquée comporte des erreurs matérielles dans la mention des trentièmes listés, mais qu'en revanche ces erreurs de plume n'ont eu aucune incidence dans le calcul des retenues contestées dès lors que, indépendamment de la mention erronée des trentièmes, les dates mentionnées correspondent bien aux absences de l'intéressé. En outre, tant M. E que l'administration territoriale étaient en mesure de déterminer le montant correct des trentièmes retenus en les déduisant, à la seule lecture de l'arrêté attaqué, des dates mentionnées. Par suite,
le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté comme n'étant pas fondé.
13. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 mars 2021.
Sur les conclusions à fins d'injonction :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.
Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser la charge de ces frais à chacune des parties.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. E sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions de la métropole Toulon-Provence-Méditerranée au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et à la métropole Toulon-Provence-Méditerranée.
Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président,
M. Quaglierini, premier conseiller,
Mme Martin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.
Le rapporteur,
signé
B. Quaglierini
Le président,
signé
JF. Sauton
Le greffier,
signé
P. Bérenger
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
2, 2101409
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026