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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2101099

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2101099

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2101099
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème chambre
Avocat requérantPOUSSARD

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 avril 2021 et 2 janvier 2023 sous le n° 2101099, M. et Mme B C, représentés par Me Poussard, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui ont été réclamés à M. C au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- M. C n'est pas l'instigateur ni le bénéficiaire de l'activité occulte de vente de gasoil à des gens du voyage qui était réalisée avec le consentement de son employeur qui lui demandait d'encaisser les sommes issues de cette activité pour ensuite effectuer des cadeaux à ses clients ou donneurs d'ordres ; il n'a pas passé les commandes, n'était pas présent lors des livraisons de gasoil dans les locaux de la société Fioul 83 et n'a pas perçu directement d'argent de la part des gens du voyage mais seulement de la part de son employeur ;

- il n'a pas été condamné par le juge pénal, l'audience de jugement du 18 novembre 2019 ayant été ajournée suite aux révélations réalisées à la barre ;

- il a interjeté appel contre le jugement du tribunal correctionnel de Toulon du 28 février 2022 ;

- il n'a pas été licencié pour les faits de vol de gasoil ;

- les sommes qui apparaissent sur son compte bancaire ne sont pas imposables dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux, mais seulement, éventuellement, dans la catégorie des traitements et salaires ou celle des bénéfices non commerciaux ;

- n'ayant pas agi à titre indépendant, ces sommes ne sont pas soumises à la taxe sur la valeur ajoutée ;

- ces sommes doivent être déduites de son revenu imposable au titre des " déductions diverses " dans la mesure où elles ont été encaissées dans le but de conserver son emploi ;

- il convient de déduire des sommes encaissées les sommes reversées au profit de la société Mediaco et il sollicite l'application d'un coefficient de charges déductibles de 34 % ;

- il doit bénéficier de la franchise en base de taxe sur la valeur ajoutée prévue par les dispositions de l'article 293 B du code général des impôts ;

- " en violation du droit à l'erreur ", il n'a reçu aucune mise en demeure de produire ses déclarations, " ce qui l'a privé de toute possibilité de se voir appliquer une pénalité adaptée à son comportement et à sa bonne foi ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2021, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Un mémoire, présenté pour le directeur départemental des finances publiques du Var, enregistré le 17 janvier 2023, n'a pas été communiqué, en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 décembre 2021 et 3 janvier 2023 sous le n° 2103333, M. et Mme B C, représentés par Me Poussard, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 à 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- M. C n'est pas l'instigateur ni le bénéficiaire de l'activité occulte de vente de gasoil à des gens du voyage qui était réalisée avec le consentement de son employeur qui lui demandait d'encaisser les sommes issues de cette activité pour ensuite effectuer des cadeaux à ses clients ou donneurs d'ordres ; il n'a pas passé les commandes, n'était pas présent lors des livraisons de gasoil dans les locaux de la société Fioul 83 et n'a pas perçu directement d'argent de la part des gens du voyage mais seulement de la part de son employeur ;

- il n'a pas été condamné par le juge pénal, l'audience de jugement du 18 novembre 2019 ayant été ajournée suite aux révélations réalisées à la barre ;

- il a interjeté appel contre le jugement du tribunal correctionnel de Toulon du 28 février 2022 ;

- il n'a pas été licencié pour les faits de vol de gasoil ;

- ayant agi en tant que salarié, il n'a pas exercé d'activité occulte ; en outre, l'administration a elle-même immatriculé son activité au 1er janvier 2015 ;

- les sommes qui apparaissent sur son compte bancaire ne sont pas imposables dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux, mais seulement, éventuellement, dans la catégorie des traitements et salaires ou celle des bénéfices non commerciaux, sans application du coefficient de 1,25 ;

- en ce qui concerne l'impôt sur le revenu, l'administration ne pouvait déduire d'un dépôt de plainte et des auditions devant l'autorité judiciaire l'existence d'une activité occulte et illicite, en méconnaissance de l'article L. 47 C du livre des procédures fiscales ;

- ces sommes doivent être déduites de son revenu imposable au titre des " déductions diverses " dans la mesure où elles ont été encaissées dans le but de conserver son emploi ;

- il convient de déduire des sommes encaissées les sommes reversées au profit de la société Mediaco et il sollicite l'application d'un coefficient de charges déductibles de 34 % ;

- " en violation du droit à l'erreur ", il n'a reçu aucune mise en demeure de produire ses déclarations, " ce qui l'a privé de toute possibilité de se voir appliquer une pénalité adaptée à son comportement et à sa bonne foi ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Un mémoire, présenté pour le directeur départemental des finances publiques du Var, enregistré le 17 janvier 2023, n'a pas été communiqué, en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a fait l'objet d'un contrôle sur pièces au titre des années 2015 et 2016 et d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle au titre des années 2017 et 2018. Par des propositions de rectification des 20 et 21 novembre 2019, l'administration fiscale a considéré que M. C avait exercé une activité individuelle occulte de revente de carburants, qui a été soumise à la taxe sur la valeur ajoutée et dont les résultats ont été imposés dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux. Par les présentes requêtes, M. et Mme C demandent au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui ont ainsi été réclamés à M. C au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2018, pour un montant total de 42 903 euros, et des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 à 2018, pour un montant total de 77 584 euros.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées concernent la situation des mêmes requérants, ont fait l'objet d'une instruction commune et présentent à juger les mêmes questions. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul et même jugement.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne l'exercice d'une activité individuelle occulte et la catégorie des revenus imposables à ce titre :

3. D'une part, aux termes de l'article 34 du code général des impôts : " Sont considérés comme bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par des personnes physiques et provenant de l'exercice d'une profession commerciale, industrielle ou artisanale () ". L'article 79 du même code dispose que : " Les traitements, indemnités, émoluments, salaires, pensions et rentes viagères concourent à la formation du revenu global servant de base à l'impôt sur le revenu () ". Aux termes du I de l'article 256 du même code : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ". Aux termes de l'article 256 A de ce code : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention () Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services, y compris les activités extractives, agricoles et celles des professions libérales ou assimilées. Est notamment considérée comme activité économique une opération comportant l'exploitation d'un bien meuble corporel ou incorporel en vue d'en retirer des recettes ayant un caractère de permanence ".

4. D'autre part, il résulte des articles L. 169 et L. 176 du livre des procédures fiscales, pour l'impôt sur le revenu et la taxe sur la valeur ajoutée respectivement, que dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, l'administration doit être réputée apporter la preuve, qui lui incombe, de l'exercice occulte de l'activité professionnelle si le contribuable n'est pas lui-même en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives.

5. Par un soit-transmis signé le 3 septembre 2019, le vice-procureur de la République du tribunal de grande instance de Toulon a permis à l'administration fiscale, en application de l'article L. 101 du livre des procédures fiscales, de prendre connaissance de l'enquête préliminaire mettant en cause M. C. Il résulte d'un procès-verbal de compte rendu d'infraction initial du 30 mai 2018 que le président de la société Mediaco Var, employeur de M. C, a déposé plainte contre ce dernier après avoir constaté que " M. C B faisait commander entre quatre mille et huit mille litres de gasoil, () auprès de la société Fioul 83. Ce gasoil était livré à des forains qui lui payaient la somme de cinquante centimes le litre, sachant que la société Mediaco Var paie le litre un euro vingt hors taxes ". Auditionné par les services du commissariat de police de Toulon le 28 septembre 2018, le gérant de la société Fioul 83 a déclaré que M. C lui avait donné pour instruction de remplir une cuve de 1 000 litres dans une station Total, destinée aux gens du voyage. De son côté, lors de son audition du 30 janvier 2019, M. C interrogé sur ces commandes a indiqué : " je ne l'ai pas dit à Mediaco () M. A(). M(). revenait pour me donner une enveloppe avec des espèces. J'en prenais une partie et je redistribuais le reste ". A la question : " que faisiez-vous de l'argent ' ", il a répondu : " je le mettais sur mon compte pour payer la maison de retraite de ma mère et je dépensais le reste ". Lors de son entretien avec le service vérificateur le 1er octobre 2019, M. C a confirmé qu'il exerçait depuis l'année 2014 cette activité de revente de carburant et que les versements figurant au crédit d'un compte bancaire qu'il détient auprès de la banque BNP Paribas provenaient de l'exercice de cette activité. A ce titre, l'administration a constaté que l'intéressé avait encaissé, sur ce compte bancaire, des versements en espèces d'un montant total de 28 660 euros au titre de l'année 2015, 39 670 euros au titre de l'année 2016, 44 570 euros au titre de l'année 2017 et 24 335 euros au titre de l'année 2018. Si dans le cadre de la présente instance, M. et Mme C soutiennent que M. C n'est pas l'instigateur ni le bénéficiaire de l'activité occulte de vente de gasoil à des gens du voyage, qui était, selon eux, réalisée avec le consentement et même la complicité de son employeur qui lui demandait d'encaisser les sommes issues de cette activité pour ensuite effectuer des cadeaux à ses clients ou donneurs d'ordres, ils se bornent à ce titre à formuler des allégations non étayées alors qu'il résulte au contraire des éléments précités que les commandes de gasoil étaient effectuées à l'initiative de M. C et que ce dernier encaissait en espèces sur son compte bancaire au moins une partie du produit de leur vente qu'il utilisait ensuite à des fins personnelles, aucun élément ne témoignant de la redistribution des sommes qui étaient encaissées sur ses comptes bancaires. Ces éléments sont confirmés par les constations de fait d'un jugement du tribunal correctionnel de Toulon du 28 février 2022 par lequel M. C a été reconnu coupable d'abus de confiance et blanchiment et contre lequel l'intéressé soutient avoir fait appel. Ce jugement relève que le requérant lui-même a sollicité un forain pour lui vendre du carburant au prix de 50 centimes le litre, que les dirigeants de la société Mediaco ne pouvaient pas s'apercevoir des vols de carburant opérés, et que M. C s'est enrichi en vendant le carburant de cette société, dont une partie seulement des recettes était encaissée sur ses comptes bancaires personnels, le surplus étant utilisé pour régler les traites de la maison de retraite de sa mère ou financer ses loisirs, le montant ainsi volé s'élevant, selon les estimations de cette société, à un total de 331 880,79 euros. La circonstance que l'intéressé aurait été licencié par la société Mediaco pour un autre motif est sans influence sur les constats objectifs précités.

6. Enfin, contrairement à ce que soutient M. C, ces sommes qui ne constituent pas des détournements de fonds mais résultent d'une activité de vol puis de revente de carburant exercée de sa propre initiative par l'intéressé, et non à celle de son employeur ou sous la direction de dernier, ne constituent pas des salaires ou même des bénéfices non commerciaux mais des bénéfices industriels et commerciaux, tirés de l'exercice à titre individuelle d'une activité commerciale. Par ailleurs, l'intéressé n'a pas fait connaître cette activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, la circonstance que dans le cadre des opérations de contrôle, suite à la découverte de l'activité, l'administration aurait elle-même immatriculé cette activité au 1er janvier 2015 étant à cet égard sans influence. Dans ces conditions, l'administration était fondée à imposer les résultats de cette activité occulte à l'impôt sur le revenu, dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux visés à l'article 34 du code général des impôts, et à la taxe sur la valeur ajoutée en application des dispositions de l'article 256 A du même code.

En ce qui concerne la procédure d'imposition :

7. Aux termes de l'article L. 47 C du livre des procédures fiscales : " Lorsque, au cours d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle, sont découvertes des activités occultes ou mises en évidence des conditions d'exercice non déclarées de l'activité d'un contribuable, l'administration n'est pas tenue d'engager une vérification de comptabilité pour régulariser la situation fiscale du contribuable au regard de cette activité ". Les dispositions de l'article L. 47 C du livre des procédures fiscales ont pour seul objet de dispenser l'administration de l'obligation d'engager une vérification de comptabilité dans l'hypothèse où la découverte des activités occultes ou la mise en évidence des conditions d'exercice non déclarées de l'activité interviennent au cours d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle du contribuable. Il ne saurait être déduit de ces dispositions que lorsque la découverte des activités occultes ou la mise en évidence des conditions d'exercice non déclarées de l'activité sont intervenues préalablement à l'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle, l'administration serait tenue d'engager immédiatement une vérification de comptabilité.

8. En tout état de cause, M. C a fait l'objet d'un examen de sa situation fiscale personnelle au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018 dont il avait été informé par un avis du 22 juillet 2019 dont il a accusé réception le 24 juillet 2019. Le premier entretien entre le vérificateur et le contribuable a eu lieu le 29 août 2019. Le soit-transmis signé le 3 septembre 2019, dont a été destinataire l'administration fiscale, corroboré par la consultation des comptes bancaires de M. C, lui a permis de mettre en évidence de façon suffisamment précise les conditions d'exercice de l'activité occulte exercée par l'intéressé au cours de l'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle de ce dernier, qui ont été rappelées au point 5 du présent jugement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 47 C du livre des procédures fiscales doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

9. Aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : () 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes ". Aux termes de l'article L. 73 du même livre : " Peuvent être évalués d'office : 1° Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus provenant d'entreprises industrielles, commerciales ou artisanales, ou des revenus d'exploitations agricoles imposables selon un régime de bénéfice réel, lorsque la déclaration annuelle prévue à l'article 53 A du code général des impôts n'a pas été déposée dans le délai légal () ". Aux termes de l'article L. 193 de ce livre : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de son article R. 193-1 : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".

10. En l'absence de déclaration, les bénéfices industriels et commerciaux et la taxe sur la valeur ajoutée résultant de l'activité de revente de carburant de M. C ont fait l'objet d'une évaluation d'office et d'une taxation d'office. Ainsi, le requérant supporte la charge de prouver l'exagération des bases imposables retenues par l'administration.

11. Suivant à ce titre les déclarations de M. C, l'administration fiscale a considéré que les sommes encaissées en espèces par ce dernier sur le compte bancaire qu'il détient auprès de la banque BNP Paribas, pour un montant respectif de 28 660 euros au titre de l'année 2015, 39 670 euros au titre de l'année 2016, 44 570 euros au titre de l'année 2017 et 24 335 euros au titre de l'année 2018, provenaient de l'exercice de l'activité de revente de carburant. D'une part, l'administration a imposé les produits tirés de cette activité, correspondant aux encaissements d'espèces précités, dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux, aucune charge n'ayant été admise en déduction dans la mesure où les moyens utilisés provenaient de la société Mediaco Var. D'autre part, faute d'élément contraire, l'administration a estimé que les encaissements étaient contemporains des livraisons, et elle a en conséquence soumis ces derniers à la taxe sur la valeur ajoutée, après les avoir ramenés à leurs montants hors taxes, tandis qu'aucune taxe déductible n'a été admise compte-tenu des modalités d'exercice de l'activité.

12. Si dans le cadre de la présente instance, M. et Mme C soutiennent que ces sommes doivent être déduites de leur revenu imposable au titre des " déductions diverses " dans la mesure où elles ont été encaissées dans le but de conserver l'emploi de M. C et qu'il convient de déduire des sommes encaissées celles reversées au profit de la société Mediaco, il résulte au contraire de ce qui a été dit aux points précédents que ces sommes constituent le produit de l'activité de revente de carburant tandis que les époux C ne produisent aucun élément de nature à justifier du reversement des sommes portées au crédit du compte bancaire détenu auprès de la banque BNP Paribas.

13. En outre, M. C ne justifie de l'exposition d'aucune charge dans le cadre de son activité. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à solliciter l'application d'un coefficient de charges déductibles de 34 %.

14. Aux termes de l'article 293 B de ce code : " I. - Pour leurs livraisons de biens et leurs prestations de services, les assujettis établis en France, à l'exclusion des redevables qui exercent une activité occulte au sens du deuxième alinéa de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, bénéficient d'une franchise qui les dispense du paiement de la taxe sur la valeur ajoutée, lorsqu'ils n'ont pas réalisé () ".

15. M. C ayant exercé une activité occulte au sens du deuxième alinéa de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, il n'est pas fondé à soutenir qu'il devait bénéficier du régime de taxe sur la valeur ajoutée prévue par les dispositions de l'article 293 B du code général des impôts.

En ce qui concerne les pénalités :

16. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte () ".

17. Si les requérants soutiennent que M. C n'a reçu aucune mise en demeure de produire ses déclarations, " ce qui l'a privé de toute possibilité de se voir appliquer une pénalité adaptée à son comportement et à sa bonne foi ", " en violation du droit à l'erreur ", ils ne se prévalent à ce titre de la méconnaissance d'aucune norme juridique identifiable. Par suite, ce moyen est dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

18. Il résulte notamment de ce qui a été dit au point 5 que c'est à bon droit que les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu assignées à M. et Mme C ont été assorties de la majoration de 80 % applicable en cas de découverte d'une activité occulte.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à demander la décharge, en droits et pénalités, des impositions en litige.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, le versement à M. et Mme C de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes susvisées de M. et Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B C et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

Mme Carotenuto, première conseillère,

M. Sportelli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2023.

Le rapporteur,

signé

T. E

La présidente,

signé

M. D

La greffière,

signé

F. OUJABER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

N°s 2101099 et 2103333

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