jeudi 27 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2101187 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SERRANO-BENTCHICH |
Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 avril 2021 et le 5 avril 2023, la société Omega + (Omega), représentée par Me Serrano-Bentchich, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures : 1°) de condamner la commune de Toulon à lui verser une indemnité d'un montant de 206 300,48 euros toutes taxes comprises (TTC), au titre de la valeur non-amortie des dépenses d'investissement, d'assortir cette somme des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts ; 2°) de condamner la commune de Toulon à lui verser une indemnité d'un montant de 65 000 euros, au titre de la subvention municipale non-versée pour la période du 8 juillet 2020 au 8 septembre 2020, d'assortir cette somme des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts ; 3°) de rejeter les conclusions de la commune de Toulon présentées à titre reconventionnel ; 4°) de mettre à la charge de la commune de Toulon une somme de 5 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que : - elle a droit à l'indemnisation du préjudice résultant des investissements non-amortis à l'issue du contrat en litige ; - elle a droit à l'indemnisation du préjudice résultant de l'absence de versement de la subvention municipale prévu au contrat initial et maintenu par les avenants successifs à ce contrat ; - les conclusions présentées à titre reconventionnel par la commune de Toulon sont irrecevables dès lors que les préjudices dont se prévaut la commune résultent de factures adressées à une personne publique distincte ; - les conclusions reconventionnelles ne sont pas fondées. La société Omega a produit une pièce, enregistrée le 4 février 2022. Par un mémoire en défense enregistré le 7 mars 2023, la commune de Toulon, représentée par Me Minescaut, conclut : 1°) au rejet de la requête ; 2°) à titre reconventionnel, à la condamnation de la société requérante à lui verser une somme de 344 247,81 euros TTC au titre du préjudice subi par la non-restitution des biens de retour au terme du contrat en litige, et d'en prononcer la compensation avec la somme demandée par la société requérante ; 3°) à la mise à la charge de la société requérante d'une somme de 3 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que : - l'absence de la remise de l'ensemble des biens de retour à l'issue du contrat en litige révèle une faute de la société requérante dans l'exécution de ce contrat ; - le versement de la subvention municipale prévu par le contrat en litige n'était pas dû au titre de la période de crise sanitaire. La commune de Toulon a présenté un mémoire, enregistré le 20 avril 2023, qui n'a pas été communiqué. Par une ordonnance du 5 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 avril 2023. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code civil ; - le code général des collectivités territoriales ; - l'ordonnance n° 2020-319 du 25 mars 2020 ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Kiecken, premier conseiller, - les conclusions de Mme Wustefeld, rapporteure publique, - les observations de Me Serrano-Bentchich, pour la société Omega, - et les observations de Me Van Deth, substituant Me Minescaut, pour la commune de Toulon. Considérant ce qui suit : 1. Par un contrat d'affermage du 8 janvier 2014, la commune de Toulon a délégué à la société Omega l'exploitation des salles de spectacle Zénith Omega et Omega Live pour une durée de 6 ans, prolongée par avenants de 6 mois puis de 2 mois supplémentaires en raison de la crise sanitaire née de l'épidémie de covid-19. Un avenant n° 1 du 10 septembre 2015 relatif aux travaux d'agrandissement de l'espace scénique a par ailleurs défini ces travaux comme des " biens de retour " et prévu que la société Omega serait indemnisée en fin de contrat au titre de la valeur non amortie de ses dépenses d'investissement nécessaires à l'exploitation du service. Le contrat est arrivé à son terme le 8 septembre 2020 et le 10 septembre 2020, la société Omega a demandé à la commune de Toulon de lui verser, à ce titre, une somme de 206 300,48 euros TTC. Elle a réitéré sa demande par une " mise en demeure de payer " signifiée à la commune le 8 janvier 2021, comprenant également une demande de versement d'une subvention municipale à hauteur de 65 000 euros. Face au silence gardé sur ses demandes, elle a saisi le tribunal du présent recours. Sur les conclusions indemnitaires de la requête concernant les biens de retour et les conclusions reconventionnelles de la commune de Toulon : En ce qui concerne le cadre juridique du litige : 2. D'une part, dans le cadre d'une concession de service public ou d'une concession de travaux mettant à la charge du cocontractant les investissements correspondant à la création ou à l'acquisition des biens nécessaires au fonctionnement du service public, l'ensemble de ces biens, meubles ou immeubles, appartient, dans le silence de la convention, dès leur réalisation ou leur acquisition à la personne publique. A l'expiration de la convention, les biens qui sont entrés dans la propriété de la personne publique et ont été amortis au cours de l'exécution du contrat font nécessairement retour à celle-ci gratuitement, sous réserve des clauses contractuelles permettant à la personne publique, dans les conditions qu'elles déterminent, de faire reprendre par son cocontractant les biens qui ne seraient plus nécessaires au fonctionnement du service public. Le contrat ne peut, sous les mêmes réserves, faire obstacle au retour gratuit de ces biens à la personne publique en fin de concession (voir en ce sens, arrêt du Conseil d'État du 16 mai 2022, n° 459904, point 5). 3. D'autre part, les dispositions qui limitent la durée d'une convention de délégation de service public et imposent qu'elle tienne compte, pour la déterminer, de la nature et du montant de l'investissement à réaliser, n'interdisent pas, par principe, que cette durée puisse être inférieure à celle de l'amortissement des investissements réalisés et ne font pas obstacle au droit du délégataire d'être indemnisé à hauteur des investissements non amortis à l'issue du contrat (voir en ce sens, arrêt du Conseil d'État du 4 juillet 2012, n°s 352417). En ce qui concerne le litige : 4. Au soutien de son refus d'indemniser la société Omega de la valeur des investissements dont il est constant qu'ils n'ont pas été amortis à l'issue du contrat, la commune de Toulon soutient qu'une partie des biens de retour ont disparu des salles de spectacle entre le 8 septembre 2020, date à laquelle s'est achevé l'inventaire contradictoire dressé par huissier de justice, et le 17 septembre 2020, date à laquelle un nouvel inventaire a révélé des biens manquants. Elle fait valoir, en substance, que le préjudice résultant de cette disparition s'élève à la somme totale de 344 247,81 euros TTC, qui doit être déduite de celle réclamée par la société requérante au titre de l'indemnisation de son propre préjudice, et ainsi de nature à justifier que la société Omega soit condamnée, à titre reconventionnel, à lui verser une somme de 137 947,33 euros (206 300,48 - 344 247,81). 5. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction que la société requérante, dont il n'est pas contesté qu'elle avait quitté les locaux et bâtiments affectés à la gestion des salles de spectacle le 8 septembre 2020 lorsque le nouveau concessionnaire en a pris possession, serait responsable de la disparition des biens de retour en cause. Si la commune de Toulon a saisi l'autorité judiciaire de ces faits et déposé plainte à l'encontre de la société Omega et de sa présidente, ces éléments ne sont pas de nature, à eux seuls, à justifier que cette société devrait être tenue responsable de la disparition de ces biens. 6. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité des conclusions présentées à titre reconventionnel, la société Omega est fondée à soutenir qu'en refusant d'indemniser la valeur des investissements qui n'ont pas été amortis à l'issue du contrat en litige, la commune de Toulon a commis une faute dans l'exécution du contrat en litige, et à demander la condamnation de la commune à hauteur de la somme de 206 300,48 euros TTC. Sur les conclusions indemnitaires de la requête concernant le versement de la subvention municipale : 7. L'article 14 du contrat du 8 janvier 2014 prévoit le versement d'une subvention municipale " permettant le maintien et le développement des salles au service du public ", d'un montant forfaitaire annuel de 390 000 euros. À l'occasion de la conclusion de l'avenant n° 2 ayant pour objet la prolongation de la durée d'exécution du contrat de 6 mois, le montant de cette subvention a été maintenu et fixé à 195 000 euros au titre de cette période supplémentaire d'exécution. 8. Par un avenant n° 3 reçu le 3 juillet 2020 par le représentant de l'État dans le département du Var, les parties ont, d'une part, de nouveau prolongé la durée du contrat de 2 mois supplémentaires, par application des dispositions exceptionnelles applicables pendant la crise sanitaire en raison de l'impossibilité de mettre en œuvre l'organisation d'une procédure de mise en concurrence pour les contrats arrivant notamment à terme pendant cette période, et, d'autre part, prévu au titre de la " continuité contractuelle " que " toutes les autres clauses contenues dans le contrat de délégation de service public demeurent applicables ". 9. Si la commune de Toulon fait valoir que la clause relative à la continuité contractuelle ne doit pas être interprétée en ce sens que les parties au contrat auraient entendu maintenir le versement de la subvention prévu dans le contrat initial, il résulte de l'instruction que la commune a elle-même décidé de répercuter la taxe d'enlèvement des ordures ménagères sur la société Omega au titre de la période d'exécution supplémentaire de 2 mois, révélant ainsi qu'elle interprétait le contrat comme s'appliquant intégralement jusqu'à son terme. Dès lors, et alors même que la clause relative au versement de la subvention en cause n'a pas été expressément reprise dans l'avenant n° 3, contrairement à l'avenant n° 2, les parties doivent être regardées comme ayant ainsi entendu maintenir le versement de cette subvention. 10. Dans ces conditions, la société Omega est fondée à soutenir qu'en refusant de verser la subvention municipale au titre de la période d'exécution supplémentaire de 2 mois, la commune de Toulon a commis une faute dans l'exécution du contrat en litige, et à demander la condamnation de la commune à hauteur de la somme de 65 000 euros (2/12 x 390 000). 11. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Toulon doit être condamnée à verser à la société Omega la somme de 206 300,48 euros TTC et celle de 65 000 euros. Sur les intérêts et leur capitalisation : 12. En premier lieu, en vertu de l'article 1231-6 du code civil, la société Omega a droit aux intérêts au taux légal sur la somme totale de 271 300,48 euros à compter du 8 janvier 2021, date de signification de sa demande d'indemnisation préalable par la commune de Toulon. 13. En second lieu, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La société requérante a demandé la capitalisation des intérêts le 28 avril 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 8 janvier 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date. Sur les frais liés au litige : 14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Toulon une somme de 2 000 euros à verser à la société Omega, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de la société requérante, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance, la somme demandée par la commune au même titre.D É C I D E :Article 1er : La commune de Toulon versera la somme de 206 300,48 euros TTC et celle de 65 000 euros à la société Omega. Ces sommes seront assorties des intérêts au taux légal à compter du 8 janvier 2021 et des intérêts capitalisés à compter du 8 janvier 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date.Article 2 : La commune de Toulon versera une somme de 2 000 euros à la société Omega, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Article 3 : Les conclusions de la commune de Toulon présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées. Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Omega + et à la commune de Toulon. Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Toulon. Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :M. Harang, président, M. Bailleux, premier conseiller,M. Kiecken, premier conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2023. Le rapporteur,SignéA. KIECKEN Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéF. POUPLY La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière,2N° 2101187
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026