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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2101332

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2101332

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2101332
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre - Juge Unique
Avocat requérantARTAUD BELFIORE CASTILLON ET GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête enregistrée le 14 mai 2021, M. B A, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal : 1°) d'annuler " pour excès de pouvoir " la décision référencée " 48 SI " du 26 mars 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a notamment prononcé l'invalidation de son permis de conduire, et les décisions de retrait de points consécutives aux infractions qu'il a commises les 7 octobre 2017, 25 janvier 2019, 1er février 2019, 22 avril 2019, 18 octobre 2019, 28 octobre 2019, 1er novembre 2019, 30 janvier 2020, 10 mars 2020 à 14h06, 10 mars 2020 à 18h35, 28 mai 2020 et 2 juin 2020 ; 2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer son permis de conduire affecté de l'ensemble des points irrégulièrement retirés, dans un délai de 8 jours à compter du jugement à intervenir ; 3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; 4°) de condamner l'État aux dépens. Il soutient que : - la décision prononçant l'invalidation de son permis est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il a suivi un stage de sensibilisation à la sécurité routière qui s'est achevé avant la notification de cette décision et qu'il aurait donc dû bénéficier d'une récupération de 4 points sur son permis de conduire ; - les décisions de retrait de points sont entachées d'un défaut d'information préalable. Par un mémoire en défense enregistré le 21 juillet 2021, le ministre de l'intérieur conclut : 1°) au non-lieu à statuer, en tant que la requête est dirigée contre une décision d'invalidation du permis de conduire ; 2°) au rejet du surplus de la requête. Il soutient que : - le permis de conduire de M. A est affecté de 5 points au 20 juillet 2021 ; - les moyens de la requête ne sont pas fondés. Par une ordonnance du 21 juillet 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 septembre 2021. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code de procédure pénale ; - le code de la route ; - le code de justice administrative. La présidente du tribunal a désigné M. Kiecken pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative. Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1, sous 1°, du code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Le rapport de M. Kiecken, magistrat délégué, a été entendu au cours de l'audience publique. Considérant ce qui suit : 1. Par une décision référencée " 48 SI " du 26 mars 2021, le ministre de l'intérieur a notamment prononcé l'invalidation du permis de conduire de M. A et rappelé à l'intéressé les retraits de points consécutifs aux infractions qu'il a précédemment commises. Le requérant demande l'annulation " pour excès de pouvoir " de cette décision et des décisions de retrait de points consécutives aux infractions qu'il a commises les 7 octobre 2017, 25 janvier 2019, 1er février 2019, 22 avril 2019, 18 octobre 2019, 28 octobre 2019, 1er novembre 2019, 30 janvier 2020, 10 mars 2020 à 14h06, 10 mars 2020 à 18h35, 28 mai 2020 et 2 juin 2020. Sur les conclusions à fin d'annulation : 2. Il appartient au juge administratif, saisi d'une contestation portant sur un retrait de points du permis de conduire, lequel constitue une sanction que l'administration inflige à un administré, de se prononcer sur cette contestation comme juge de plein contentieux (voir en ce sens, avis contentieux du Conseil d'État du 9 juillet 2010, n° 336556). C'est donc ainsi qu'il sera statué sur le présent recours. En ce qui concerne la décision du 26 mars 2021 prononçant l'invalidation du permis de conduire : 3. Il résulte de l'instruction, notamment du relevé d'information intégral du 20 juillet 2021 produit par le ministre de l'intérieur dans la présente instance et reçu par le conseil du requérant le 23 juillet 2021, que le permis de conduire de M. A est affecté de 5 points à cette date. Dans ces conditions, le requérant doit être regardé comme ayant bénéficié, postérieurement à l'enregistrement de son recours, d'une reconstitution de points. La décision référencée " 48 SI " du 26 mars 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire doit ainsi être regardée comme ayant été implicitement mais nécessairement abrogée. Ainsi que le soutient le ministre de l'intérieur, il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'annulation de cette décision. L'exception de non-lieu à statuer doit donc être accueillie. En ce qui concerne les décisions de retrait de points : 4. L'article L. 223-1 du code de la route prévoit : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. () ". L'article L. 223-3, alinéas 1er et 2, du même code prévoit : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. " 5. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt ainsi le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé (voir en ce sens, arrêt du Conseil d'État du 9 décembre 2016, n° 395893, point 5). S'agissant des décisions consécutives aux infractions des 7 octobre 2017 et 25 janvier 2019 : 6. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées (voir en ce sens, arrêt du Conseil d'État du 19 juillet 2017, n° 393102). 7. Il résulte de l'instruction que ces infractions ont fait l'objet de procès-verbaux dressés à l'aide d'appareils électroniques, le 7 octobre 2017 et le 25 janvier 2019, et revêtus de la signature de M. A. Le requérant doit donc être regardé comme s'étant vu régulièrement informé préalablement aux décisions de retrait de points consécutives à ces infractions. Il n'est ainsi pas fondé à soutenir que ces décisions sont entachées d'un défaut d'information préalable. Les conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives à ces infractions doivent dès lors être rejetées. S'agissant des décisions consécutives aux infractions des 28 octobre 2019 et 1er novembre 2019 : 8. Il résulte de l'instruction que ces infractions ont fait l'objet d'avis d'amendes forfaitaires majorées, envoyés le 14 février 2020 et dont M. A a été régulièrement avisé. Ces documents comportent des informations dont il n'est pas sérieusement contesté qu'elles présentaient un caractère suffisant au regard des exigences prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le requérant doit donc être regardé comme s'étant vu régulièrement informé préalablement aux décisions de retrait de points consécutives à ces infractions. Il n'est ainsi pas fondé à soutenir que ces décisions sont entachées d'un défaut d'information préalable. Les conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives à ces infractions doivent dès lors être rejetées. S'agissant des décisions consécutives aux infractions des 30 janvier 2020 et 10 mars 2020 à 14h06 : 9. Il résulte de l'instruction, notamment du relevé d'information intégral du 20 juillet 2021, que ces infractions ne sont assorties d'aucune mention d'un retrait de points. Le requérant ne conteste par ailleurs pas que les points retirés à la suite de ces infractions lui ont été restitués. Dans ces conditions, les conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives à ces infractions sont dépourvues d'objet et doivent dès lors être rejetées. S'agissant des décisions consécutives aux autres infractions en litige : 10. Il est constant que les décisions de retrait d'un total de 8 points, consécutives aux infractions d'excès de vitesse des 1er février 2019, 22 avril 2019, 18 octobre 2019, 10 mars 2020 à 18h35, 28 mai 2020 et 2 juin 2020, n'ont pas été spécifiquement précédées d'un document comportant les informations requises. 11. Si la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante lorsqu'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes, il n'en va pas de même pour l'information portant sur la possibilité d'un retrait de points qui permet à la personne de mesurer les conséquences de l'infraction sur la validité de son permis de conduire et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal (voir arrêt du Conseil d'État du 19 juillet 2017, n° 393102, point 4 ; en ce sens précisément, jugement du tribunal administratif de Toulon du 29 décembre 2022, n° 2102907, point 11). 12. Le ministre de l'intérieur fait valoir que le défaut d'information n'a pas eu pour effet, dans les circonstances de l'espèce, de priver M. A de la garantie instituée par la loi dès lors que l'intéressé avait acquitté une amende forfaitaire pour une infraction du 29 mars 2018, qui " est de même nature " que les autres infractions en litige, et qu'il doit ainsi être réputé avoir eu connaissance des informations requises. Mais il ne résulte pas de ce seul paiement que le requérant se serait vu délivrer une quelconque information pour lui permettre de mesurer les conséquences des infractions commises en 2019 et 2020 sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Ainsi, M. A doit être regardé comme ayant été privé de la garantie essentielle résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il est dès lors fondé à demander l'annulation des décisions consécutives aux autres infractions en litige. 13. Il résulte de ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation des décisions de retrait d'un total de 8 points consécutives aux infractions des 1er février 2019, 22 avril 2019, 18 octobre 2019, 10 mars 2020 à 18h35, 28 mai 2020 et 2 juin 2020 (1 + 1 + 1 + 3 + 1 + 1). Sur les conclusions à fin d'injonction : 14. L'article L. 911-1, alinéa 1er, du code de justice administrative prévoit : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " 15. Il ne résulte pas de l'instruction que M. A disposerait d'un autre permis de conduire que celui en litige. L'exécution du présent jugement implique donc nécessairement la reconstitution de 8 points sur le permis de conduire du requérant. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à cette reconstitution dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement. Sur les frais liés au litige : 16. En premier lieu, la présente instance n'ayant pas donné lieu à des dépens, les conclusions de la requête tenant à la condamnation de l'État aux dépens doivent être rejetées. 17. En second lieu, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à M. A, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. D É C I D E :Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête à fin d'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 26 mars 2021 prononçant l'invalidation du permis de conduire de M. A. Article 2 : Sont annulées les décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 1er février 2019, 22 avril 2019, 18 octobre 2019, 10 mars 2020 à 18h35, 28 mai 2020 et 2 juin 2020.Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à la reconstitution de 8 points sur le permis de conduire de M. A, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement.Article 4 : L'État versera la somme de 2 000 euros à M. A, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté. Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Monsieur B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Délibéré après l'audience du 2 mars 2023.Rendu public par mise à disposition au greffe le 06 juillet 2023.Le magistrat délégué,SignéA. KIECKEN La greffière, Signé A. CAILLEAUXLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière.2N° 210133

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