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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2101565

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2101565

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2101565
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème chambre
Avocat requérantBENSAMOUN THIERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juin 2021, M. B A, pour le compte de l'entreprise individuelle à responsabilité limitée (EIRL) A Brokerage Consulting, représenté par Me Ben Samoun, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et majorations, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son entreprise dispose d'une implantation matérielle en zone franche urbaine et des moyens d'exploitation ;

- il remplit les conditions d'exonération prévues par la doctrine administrative référencée BOI-BIC-CHAMP-80-10-20-20 du 25 juin 2014 ;

- c'est à tort que l'administration a remis en cause le bénéfice de l'exonération prévue à l'article 44 octies A du code général des impôts pour non-respect des obligations déclaratives dès lors que son entreprise ne pouvait être soumise au régime d'imposition dit du " mini-réel " de taxe sur la valeur ajoutée ; ce régime, qui autorise une déclaration trimestrielle de taxe sur la valeur ajoutée, ne lui est pas applicable en tant que contribuable " titulaire de bénéfices non commerciaux " ainsi que le prévoit le paragraphe 20 de la doctrine référencée BOI-TVA-DECLA-20-20-30-30 du 6 mai 2015.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2021, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- en application de l'article R. 312-1 du code de justice administrative, le litige ne relève pas de la compétence territoriale du tribunal administratif de Toulon, dès lors que M. A était domicilié à Béziers au titre de l'année 2017 ;

- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique,

- et les observations de Me Ben Samoun représentant M. A, pour le compte de l'EIRL A Brokerage Consulting.

Considérant ce qui suit :

1. M. A exerce son activité d'agent commercial dans le cadre de l'entreprise individuelle à responsabilité limitée (EIRL) A Brokerage Consulting en zone franche urbaine, à Béziers puis à la Seyne-sur-Mer. A la suite d'un contrôle sur pièces de son activité, par une proposition de rectification du 24 juillet 2018, l'administration a remis en cause le bénéfice du régime d'exonération prévu par l'article 44 octies A du code général des impôts et a procédé en conséquence à un rehaussement de ses bénéfices. L'intéressé a été assujetti à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2017. M. A, à la suite du rejet de sa réclamation, doit être regardé comme demandant au tribunal de prononcer la décharge, en droits et majorations, des impositions supplémentaires auxquelles il a été ainsi assujetti.

Sur la compétence territoriale du tribunal administratif de Toulon :

2. Aux termes de l'article R. 312-1 du code de justice administrative : " Lorsqu'il n'en est pas disposé autrement par les dispositions de la section 2 du présent chapitre ou par un texte spécial, le tribunal administratif territorialement compétent est celui dans le ressort duquel a légalement son siège l'autorité qui, soit en vertu de son pouvoir propre, soit par délégation, a pris la décision attaquée. () / Sous les mêmes réserves en cas de recours préalable à celui qui a été introduit devant le tribunal administratif, la décision à retenir pour déterminer la compétence territoriale est celle qui a fait l'objet du recours administratif ou du pourvoi devant une juridiction incompétente ". Il résulte de ces dispositions que le tribunal administratif territorialement compétent pour connaître du contentieux de l'assiette d'une imposition est celui dans le ressort duquel a légalement son siège l'autorité qui l'a établie.

3. Il résulte de l'instruction, notamment de la proposition de rectification du 24 juillet 2018, que les impositions contestées ont été établies par le service des impôts de la direction départementale des finances publiques du Var, la cinquième brigade départementale de vérification de Toulon, l'EIRL A Brokerage Consulting ayant transféré son siège social à la Seyne-sur-Mer en septembre 2017. La circonstance que la décision rejetant la réclamation du requérant l'invitait à saisir le tribunal administratif de Montpellier n'a pas pour effet de modifier les règles de compétence territoriale. Par suite, alors même que M. A résidait au titre de l'année en litige à Béziers, l'exception d'incompétence territoriale du tribunal administratif de Toulon opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions à fin de décharge :

4. A titre liminaire, d'une part, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt contesté ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération. D'autre part, aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré () ". Les impositions en litige ont été établies suivant la procédure de rectification contradictoire. M. A s'est abstenu de répondre dans le délai légal de trente jours à la proposition de rectification du 24 juillet 2018. Par suite, il lui incombe d'apporter la preuve qu'il remplissait les conditions pour bénéficier de l'exonération dont il se prévaut.

5. En premier lieu, aux termes de l'article 44 octies A du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " I. - Les contribuables qui () entre le 1er janvier 2006 et le 31 décembre 2011, exercent des activités dans les zones franches urbaines-territoires entrepreneurs définies au deuxième alinéa du B du 3 de l'article 42 de la même loi [n° 95-115 du 4 février 1995 d'orientation pour l'aménagement et le développement du territoire] sont exonérés d'impôt sur le revenu () à raison des bénéfices provenant des activités implantées dans la zone jusqu'au 31 décembre 2010 pour les contribuables qui exercent déjà une activité au 1er janvier 2006 ou, dans le cas contraire, jusqu'au terme du cinquante-neuvième mois suivant celui du début de leur activité dans l'une de ces zones. Ces bénéfices sont soumis à l'impôt sur le revenu () à concurrence de 40%, 60% ou 80% de leur montant selon qu'ils sont réalisés respectivement au cours de la première, de la deuxième ou de la troisième période de douze mois suivant cette période d'exonération. / () d. Son activité doit être () une activité professionnelle non commerciale au sens du 1 de l'article 92. () / II. - L'exonération s'applique au bénéfice d'un exercice ou d'une année d'imposition, déclaré selon les modalités prévues aux articles 50-0, 53 A, 96 à 100, 102 ter et 103 () ". L'article 302 nonies de ce code, dans sa rédaction applicable, dispose que : " Les allégements d'impôt sur le revenu ou d'impôt sur les sociétés prévus aux articles () 44 octies A () ne s'appliquent pas lorsqu'une ou des déclarations de chiffre d'affaires se rapportant à l'exercice concerné n'ont pas été souscrites dans les délais et qu'il s'agit de la deuxième omission successive ". Il résulte des dispositions combinées des articles 44 octies et 302 nonies du code général des impôts que les entreprises qui ne remplissent pas leurs obligations déclaratives en matière de résultats, et à deux reprises en matière de chiffre d'affaires, ne peuvent prétendre au bénéfice de l'exonération instituée au profit des contribuables qui exercent ou qui créent des activités dans les zones franches urbaines.

6. L'administration a remis en cause le bénéfice de l'exonération de l'article 44 octies A du code général des impôts au titre de l'année 2017 au motif que l'EIRL A Brokerage Consulting n'avait pas déposé de déclarations de chiffre d'affaires pour les premier et deuxième trimestres 2017 et n'avait pas rempli ses obligations déclaratives au titre des années 2015 et 2016, années pour lesquelles seules deux déclarations trimestrielles ont été souscrites hors délais.

7. D'une part, si M. A conteste que l'EIRL A Brokerage Consulting relève du régime dit du " mini-réel " de taxe sur la valeur ajoutée, autorisant le dépôt d'une déclaration trimestrielle de chiffre d'affaires lorsque la taxe exigible annuellement est inférieure à 4 000 euros, il résulte de l'instruction, notamment de la décision de rejet de sa réclamation, et il n'est pas sérieusement contesté, que l'entreprise a opté, dès sa création le 22 octobre 2013, pour le dépôt de déclarations par trimestre de taxe sur le chiffre d'affaires. Il est constant qu'au titre de l'année 2016, une seule déclaration de chiffre d'affaires a été déposée le 10 octobre 2017, soit hors délai, la date limite de dépôt étant le 19 janvier 2017, et qu'au titre de l'année 2017, pour les premier et deuxième trimestres, aucune déclaration de chiffre d'affaires n'a été déposée. En tout état de cause, à supposer que l'EIRL A Brokerage Consulting ne relevait pas du régime dit du " mini-réel ", elle était soumise normalement au régime simplifié d'imposition et le requérant n'établit pas, ni même n'allègue, que l'entreprise a souscrit dans le délai légal une déclaration de chiffres d'affaires CA12 au titre de l'année 2017. Par suite, compte tenu des omissions de déclaratives successives en matière de chiffre d'affaires, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il pouvait prétendre, au titre de l'année 2017, au bénéfice de l'exonération prévue par l'article 44 octies A du code général des impôts.

8. D'autre part, ainsi qu'il a été dit, l'administration a remis en cause l'avantage prévu à l'article 44 octies A du code général des impôts pour non-respect des obligations déclaratives auxquelles cet avantage est subordonné. Par suite, M. A ne peut utilement soutenir que l'entreprise dispose d'une implantation matérielle en zone franche urbaine et des moyens d'exploitation et qu'il remplit, ainsi, les conditions d'exonération prévues par la doctrine administrative référencée BOI-BIC-CHAMP-80-10-20-20 du 25 juin 2014.

9. En second lieu, si M. A fait valoir que le régime dit du " mini-réel " de taxe sur la valeur ajoutée, impliquant des déclarations trimestrielles de chiffre d'affaires, ne lui est pas applicable, il n'est pas fondé à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, du paragraphe 20 de la documentation référencée BOI-TVA-DECLA-20-20-30-30 publiée le 6 mai 2015, relatif à l'option pour le régime du mini-réel, dès lors que comme il a été dit, en tout état de cause, il ne peut se prévaloir du dépôt de déclarations qui auraient été souscrites selon un autre régime d'imposition par l'EIRL A Brokerage Consulting.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la décharge, en droits et majorations, des impositions en litige.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente,

- Mme Carotenuto, première conseillère,

- M. Sportelli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 avril 2023.

La rapporteure,

signé

S. DLa présidente,

signé

M. C

La greffière,

signé

F. OUJABER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière,

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