lundi 27 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2101611 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | GODET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 12 juin 2021 et 29 juin 2022, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Château de Peyrassol, représentée par
Mes Ostrolenk et Jambon, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge et le remboursement des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2014, 2015 et 2016 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du
1er janvier 2014 au 31 décembre 2016, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les dotations aux amortissements et les dépenses liées aux œuvres d'art dont la déductibilité a été remise en cause par le service sont fiscalement déductibles dès lors, en premier lieu, qu'elles s'inscrivent dans le cadre d'une politique de communication globale au sein du groupe de sociétés exploitant le domaine de Peyrassol, en deuxième lieu, que
l'EURL Château de Peyrassol a retiré une contrepartie réelle de ces dépenses du fait de la hausse de son chiffre d'affaires annuel et de la valorisation de la marque Domaine de Peyrassol et, en dernier lieu, que la circonstance que les autres sociétés du groupe ont également bénéficié de ces dépenses ne suffit pas à donner à ces dernières le caractère d'un acte anormal de gestion.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 octobre 2021, l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 novembre 2023 :
- le rapport de M. Cros ;
- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. L'EURL Château de Peyrassol, qui exploite un vignoble situé " domaine de Peyrassol " sur le territoire de la commune de Flassans-sur-Issole, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle, par deux propositions de rectification des
18 décembre 2017 et 29 juin 2018, l'administration lui a notifié, selon la procédure de rectification contradictoire prévue aux articles L. 55 et suivants du livre des procédures fiscales, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos les
31 décembre 2014, 31 décembre 2015 et 31 décembre 2016 ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016. Sa réclamation préalable ayant été rejetée le 1er avril 2021, elle demande au tribunal de prononcer la décharge et le remboursement de ces suppléments d'imposition, en droits et pénalités.
Sur les conclusions à fin de décharge et de remboursement :
2. Il résulte des articles 38 et 39 du code général des impôts, dont les dispositions sont applicables à l'impôt sur les sociétés en vertu du I de l'article 209 du même code, que le bénéfice net est établi sous déduction des charges supportées dans l'intérêt de l'entreprise. Ne peuvent être déduites du bénéfice net passible de l'impôt sur les sociétés les charges qui sont étrangères à une gestion commerciale normale. C'est au regard du seul intérêt propre de l'entreprise que doit être apprécié si des charges assumées par la contribuable en vue d'assurer certains avantages à d'autres sociétés correspondent à des actes de gestion commerciale anormale.
3. Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions du 1 de l'article 39 du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du même code que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
4. Par ailleurs, aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération () / II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () ". Il résulte de ces dispositions que la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les biens et services que les assujettis à cette taxe acquièrent n'est pas déductible si ces biens et services ne sont pas utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables.
5. Il ressort des deux propositions de rectification relatives respectivement à l'exercice clos en 2014 et aux exercices clos en 2015 et 2016 que l'administration a remis en cause la déductibilité des dotations aux amortissements pratiquées par l'EURL Château de Peyrassol au titre des constructions dénommées " La Bergerie ", " La Rouvière " et " Galerie Peyrassol " affectées pour la première à l'activité de chasse, pour la deuxième à celle de chambres d'hôtes et pour la dernière à la présentation d'œuvres d'art contemporain. En outre, l'administration a refusé la déduction de plusieurs séries de dépenses exposées par l'EURL Château de Peyrassol, dont elle a estimé qu'elles étaient étrangères à son activité de production de vin, telles que des dépenses liées à l'activité de chasse, à la consommation d'électricité des chambres d'hôtes du bâtiment " La Rouvière ", aux locaux dénommés " La Bastide " correspondant à une maison de maître et ses dépendances qui étaient mis à la disposition du propriétaire du domaine de Peyrassol, ainsi qu'à la gestion des œuvres d'art. Parmi l'ensemble de ces dotations aux amortissements et charges, l'EURL Château de Peyrassol ne conteste plus, dans ses écritures, que la remise en cause de la déductibilité des dotations aux amortissements et dépenses liées aux œuvres d'art, sans présenter aucune argumentation propre à celles qui concernent l'activité de chasse, l'activité de chambres d'hôtes et les locaux dénommés " La Bastide ". Par suite, le litige doit être regardé comme circonscrit aux dotations aux amortissements et charges liées aux œuvres d'art.
6. S'agissant de ces dernières, il résulte de l'instruction et notamment des indications non contredites de la proposition de rectification relative aux exercices clos en 2015 et 2016 que l'EURL Château de Peyrassol a, d'une part, financé la construction de la galerie ou du musée d'art contemporain situé dans le bâtiment " " Galerie Peyrassol " afin d'abriter la collection personnelle d'œuvres d'art contemporain appartenant au propriétaire du domaine de Peyrassol et comptabilisé à ce titre des dotations aux amortissements et, d'autre part, engagé des dépenses d'installation, d'entretien, d'assurance et de transport des œuvres d'art destinées à être exposées dans ce bâtiment. Il n'est toutefois pas contesté que l'EURL Château de Peyrassol a pour seule activité la production de vin et accessoirement d'huile d'olive, ce qui se limite à la culture de la vigne, la vinification et la mise en bouteille. Les dotations aux amortissements et charges relatives aux œuvres d'art contemporain ne peuvent pas être regardées comme directement liées à l'exercice de cette activité agricole. Si la requérante soutient qu'elles s'inscrivent dans le cadre d'une politique de communication globale au niveau du groupe de sociétés exploitant le domaine de Peyrassol, visant à marier l'art et le vin dans l'esprit du consommateur et ainsi à capter une clientèle haut-de-gamme, la déductibilité de ces dotations aux amortissements et charges s'apprécie au regard du seul intérêt propre de l'EURL Château de Peyrassol qui est la seule à les avoir assumées. Cette dernière ne produit aucun document notamment contractuel qui aurait mis en place une telle politique globale au niveau du groupe, ou qui montrerait que la prise en charge de ces dépenses en vue d'avantager d'autres sociétés du groupe correspond, à son niveau, à un acte de gestion commerciale normale. Au contraire, l'administration fait valoir sans être contredite que le contrat de bail à ferme qui lie l'EURL Château de Peyrassol au groupement foncier rural Château Commanderie de Peyrassol place les dépenses afférentes aux œuvres d'art sous la responsabilité de ce dernier. Par ailleurs, si la requérante allègue que les dotations aux amortissements et dépenses liées aux œuvres d'art auraient permis d'améliorer son chiffre d'affaires annuel sur la vente des vins, lequel aurait augmenté de 33 % entre 2014 et 2016, elle n'en justifie par aucun document comptable. Le seul document produit par la requérante concernant l'évolution du chiffre d'affaires tiré de la vente des vins du domaine de Peyrassol, document dont la source n'est au demeurant pas précisée, concerne le chiffre d'affaires réalisé, non pas par la requérante, mais par une société tierce, la SAS Maison Austruy, à laquelle il est constant que la requérante vend la totalité de sa production. En particulier, la requérante ne peut utilement se prévaloir d'une augmentation de la vente des vins à la boutique du domaine, dès lors que ce point de vente n'est exploité que par la SAS Maison Austruy qui en retire l'ensemble des profits. Dès lors, il n'est pas démontré que les dotations aux amortissements et dépenses liées aux œuvres d'art supportées par l'EURL Château de Peyrassol auraient concouru à l'amélioration de ses recettes lors des exercices en cause. Si la requérante soutient encore que l'exposition d'œuvres d'art a permis d'augmenter le nombre de visiteurs à la fois physiquement sur le domaine de Peyrassol et virtuellement sur la " e-boutique ", il n'est pas démontré en quoi ce surcroît de fréquentation aurait bénéficié à la requérante elle-même, alors que la gestion des visiteurs sur le domaine et la commercialisation des vins sur le site internet ne relèvent pas de son activité mais de celles d'autres sociétés du groupe. De même, il n'est pas établi que la prétendue valorisation de la marque " domaine de Peyrassol " par l'exposition d'œuvres d'art contemporain aurait directement profité à l'activité de la requérante. Enfin, contrairement à ce que soutient la requérante, le caractère anormal de cet acte de gestion ne résulte pas de ce que d'autres sociétés du groupe et notamment la SAS Maison Austruy en ont tiré avantage, mais de ce qu'il n'est pas démontré que la requérante en ait elle-même retiré des contreparties suffisantes. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a remis en cause la déductibilité de ces dotations et charges.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des cotisations supplémentaires et rappels litigieux présentées par la société requérante doivent être rejetées. Doivent être également rejetées, par voie de conséquence et en tout état de cause, les conclusions tendant au remboursement des impositions déjà acquittées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par l'EURL Château de Peyrassol.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'EURL Château de Peyrassol est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Château de Peyrassol et à l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer.
Délibéré après l'audience du 6 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Cros, premier conseiller,
M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2023.
Le rapporteur,
F. CROS
La présidente,
M. BERNABEU
La greffière,
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026