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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2101639

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2101639

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2101639
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantRIERA-TRYSTRAM-AZEMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 16 juin 2021 sous le n° 2101639, M. D E B, Mme A E B et Mme C E B, représentés par Me Thouvenot, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la restitution des prélèvements sociaux qu'ils ont acquittés sur la plus-value de cession réalisée lors de la vente d'un terrain à bâtir par la société civile immobilière Wenlec dont ils sont associés ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- Mme C E B était mineure et rattachée au foyer fiscal de son père au moment de l'acte de vente et de la contestation d'assiette ; par suite, son père, M. D E B, avait qualité pour agir en son nom ;

- lorsque des propriétaires indivis d'un immeuble ont été assujettis conjointement à une contribution, l'un quelconque des intéressés peut, en vue d'obtenir la décharge de l'imposition, présenter sous sa seule signature une réclamation tant en son nom personnel qu'en celui des autres indivisaires ;

- en tant que résidents suisses, ils ont droit à la décharge des prélèvements sociaux appliqués à leurs revenus patrimoniaux de source française conformément à la jurisprudence De Ruyter résultant d'une décision rendue par la Cour de justice de l'Union européenne le 26 février 2015.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2021, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

En ce qui concerne la recevabilité :

- M. D E B n'était pas redevable des prélèvements sociaux contestés ;

- Mme C E B n'a pas saisi l'administration d'une réclamation préalable et son père ne justifie pas agir en tant que son représentant légal ;

- Mmes E B n'étaient pas propriétaires indivis du bien cédé dans la mesure où celui-ci appartenait à la société civile immobilière Wenlec et Mme A E B n'avait pas qualité pour agir au nom de sa sœur ;

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

- Mmes E B ne justifient pas de leur affiliation à un régime de sécurité sociale suisse.

II. Par une requête, enregistrée le 16 juin 2021 sous le n° 2101640, M. D E B, Mme A E B et Mme C E B, représentés par Me Thouvenot, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la restitution des prélèvements sociaux qu'ils ont acquittés sur la plus-value de cession réalisée lors de la vente d'un ensemble immobilier par la société civile immobilière Wenlec dont ils sont associés ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- Mme C E B était mineure et rattachée au foyer fiscal de son père au moment de l'acte de vente et de la contestation d'assiette ; par suite, son père, M. D E B, avait qualité pour agir en son nom ;

- lorsque des propriétaires indivis d'un immeuble ont été assujettis conjointement à une contribution, l'un quelconque des intéressés peut, en vue d'obtenir la décharge de l'imposition, présenter sous sa seule signature une réclamation tant en son nom personnel qu'en celui des autres indivisaires ;

- en tant que résidents suisses, ils ont droit à la décharge des prélèvements sociaux appliqués à leurs revenus patrimoniaux de source française conformément à la jurisprudence De Ruyter résultant d'une décision rendue par la Cour de justice de l'Union européenne le 26 février 2015.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2021, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

En ce qui concerne la recevabilité :

- M. D E B n'était pas redevable des prélèvements sociaux contestés ;

- Mme C E B n'a pas saisi l'administration d'une réclamation préalable et son père ne justifie pas agir en tant que son représentant légal ;

- Mmes E B n'étaient pas propriétaires indivis du bien cédé dans la mesure où celui-ci appartenait à la société civile immobilière Wenlec et Mme A E B n'avait pas qualité pour agir au nom de sa sœur ;

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

- Mmes E B ne justifient pas de leur affiliation à un régime de sécurité sociale suisse.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le règlement (CE) n° 883/2004 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 sur la coordination des systèmes de sécurité sociale ;

- l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne du 26 février 2015, Ministre de l'économie et des finances contre de Ruyter (C-623/13) ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code civil ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin,

- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte notarié du 25 février 2016, la société civile immobilière (SCI) Wenlec a cédé un terrain à bâtir situé sur la commune du Revest-les-Eaux dans le Var. La plus-value résultant de cette cession a été imposée à l'impôt sur le revenu et soumise aux prélèvements sociaux entre les mains des associés de la SCI Wenlec conformément aux articles 150 U à 150 UD du code général des impôts. Les consorts B, associés de la SCI Wenlec, demandent au tribunal de prononcer la restitution des prélèvements sociaux acquittés à l'occasion de cette cession pour un montant total de 7 611 euros.

2. Par un acte notarié du 29 avril 2016, la SCI Wenlec a également cédé un ensemble immobilier situé sur la même commune. Cette cession a fait ressortir une plus-value imposée à l'impôt sur le revenu et soumises aux prélèvements sociaux entre les mains des associés de la SCI Wenlec. Les consorts B, associés de la SCI Wenlec, demandent au tribunal de prononcer la restitution des prélèvements sociaux acquittés à cette occasion pour un montant total de 21 876 euros.

3. Les requêtes susvisées, qui concernent les mêmes contribuables et des impositions établies à l'occasion des mêmes cessions d'immeubles, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'étendue du litige s'agissant des prélèvements sociaux acquittés à l'occasion de la cession du 25 février 2016 :

4. Il résulte de l'instruction, et notamment de la déclaration n°2048-TAB-SD, que le montant des prélèvement sociaux acquittés dans le cadre de l'imposition de la plus-value de cession du terrain à bâtir s'élevait à 7 127 euros et non à la somme de 7 611 euros mentionnée dans les conclusions à fin de restitution présentées par les consorts E B. Par suite, ces derniers doivent être regardés comme demandant la décharge des contributions sociales versées à hauteur de 7 127 euros.

Sur la recevabilité des requêtes enregistrées au nom de M. D E B :

5. Aux termes de l'article 8 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions de l'article 6, les associés des sociétés en nom collectif et les commandités des sociétés en commandite simple sont, lorsque ces sociétés n'ont pas opté pour le régime fiscal des sociétés de capitaux, personnellement soumis à l'impôt sur le revenu pour la part de bénéfices sociaux correspondant à leurs droits dans la société. En cas de démembrement de la propriété de tout ou partie des parts sociales, l'usufruitier est soumis à l'impôt sur le revenu pour la quote-part correspondant aux droits dans les bénéfices que lui confère sa qualité d'usufruitier. Le nu-propriétaire n'est pas soumis à l'impôt sur le revenu à raison du résultat imposé au nom de l'usufruitier. / Il en est de même, sous les mêmes conditions : / 1° Des membres des sociétés civiles qui ne revêtent pas, en droit ou en fait, l'une des formes de sociétés visées au 1 de l'article 206 et qui, sous réserve des exceptions prévues à l'article 239 ter, ne se livrent pas à une exploitation ou à des opérations visées aux articles 34 et 35 () ".

6. Aux termes de l'article 894 du code civil : " La donation entre vifs est un acte par lequel le donateur se dépouille actuellement et irrévocablement de la chose donnée en faveur du donataire qui l'accepte. ". Aux termes de l'article 578 du même code : " L'usufruit est le droit de jouir des choses dont un autre a la propriété, comme le propriétaire lui-même, mais à la charge d'en conserver la substance. ". En vertu de l'article 581 dudit code, l'usufruit " peut être établi sur toute espèce de biens meubles ou immeubles ". Enfin, aux termes de l'article 587 du même code : " Si l'usufruit comprend des choses dont on ne peut faire usage sans les consommer, comme l'argent, les grains, les liqueurs, l'usufruitier a le droit de s'en servir, mais à la charge de rendre, à la fin de l'usufruit, soit des choses de même quantité et qualité soit leur valeur estimée à la date de la restitution. "

7. Il ressort de ces dispositions que le nu-propriétaire est le propriétaire des biens dont l'usufruitier n'a que la jouissance temporaire. Ainsi, l'usufruitier est assujetti aux impôts liés à la jouissance desdits biens tandis que le nu-propriétaire est redevable de ceux résultant de leur détention et leur cession, sauf lorsque la loi, une convention de quasi-usufruit ou les statuts de la société en ont disposé autrement.

8. Il résulte de l'instruction que M. D E B détient 623 parts de la SCI Wenlec en usufruit alors que Mmes A et C Le B détiennent chacune 91 parts en pleine propriété et 311 parts en nue-propriété. Il s'ensuit que M. D E B, qui n'était pas redevable des prélèvements sociaux litigieux, n'est pas recevable à en demander, en son nom propre, la restitution.

Sur les conclusions à fin de restitution des prélèvements sociaux :

9. D'une part, aux termes du I bis de l'article L. 136-7 du code de la sécurité sociale : " Sont également soumises à la contribution les plus-values imposées au prélèvement mentionné à l'article 244 bis A du code général des impôts lorsqu'elles sont réalisées, directement ou indirectement, par des personnes physiques ". Aux termes de l'article 16 de l'ordonnance du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale : " Il est institué, à compter du 1er février 1996, une contribution prélevée sur les produits de placement désignés aux I et I bis de l'article L. 136-7 du code de la sécurité sociale () ". Aux termes de l'article L. 245-15 du code de la sécurité sociale : " Les produits de placement assujettis à la contribution prévue aux I à II de l'article L. 136-7 sont assujettis à un prélèvement social () ". Aux termes de l'article L. 14-10-4 du code de l'action sociale et des familles : " Les produits affectés à la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie sont constitués par : () 2° () une contribution additionnelle au prélèvement social mentionné à l'article L. 245-15 du code de la sécurité sociale (). Ces contributions additionnelles sont assises, contrôlées, recouvrées et exigibles dans les mêmes conditions et sous les mêmes sanctions que celles applicables à ces prélèvements sociaux () ". Aux termes de l'article 1600-0 S du code général des impôts : " I. - Il est institué : / () 2° Un prélèvement de solidarité sur les produits de placement mentionnés à l'article L. 136-7 du même code. () Le prélèvement de solidarité mentionné au 2° du même I est assis, contrôlé et recouvré selon les mêmes règles et sous les mêmes sûretés, privilèges et sanctions que la contribution mentionnée à l'article L. 136-7 du code de la sécurité sociale ".

10. D'autre part, Aux termes de l'article 3 du règlement (CE) susvisé du 29 avril 2004 : " 1. Le présent règlement s'applique à toutes les législations relatives aux branches de sécurité sociale qui concernent : / a) les prestations de maladie ; / b) les prestations de maternité et de paternité assimilées ; / c) les prestations d'invalidité ; / d) les prestations de vieillesse ; / e) les prestations de survivant ; f) les prestations en cas d'accidents du travail et de maladies professionnelles ; / g) les allocations de décès ; / h) les prestations de chômage ; / i) les prestations de préretraite ; / j) les prestations familiales. / 2. Sauf disposition contraire prévue à l'annexe XI, le présent règlement s'applique aux régimes de sécurité sociale généraux et spéciaux, soumis ou non à cotisations, ainsi qu'aux régimes relatifs aux obligations de l'employeur ou de l'armateur. () ". Aux termes de l'article 11 du même règlement : " 1. Les personnes auxquelles le présent règlement est applicable ne sont soumises qu'à la législation d'un seul État membre. Cette législation est déterminée conformément au présent titre. () ". Il résulte de ces dispositions et de l'interprétation qu'en a tirée la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt du 26 février 2015, Ministre de l'économie et des finances contre de Ruyter (C-623/13) que les prélèvements en litige présentent un lien direct et pertinent avec certaines des branches de sécurité sociale énumérées à l'article 3 du règlement susvisé, et qu'ils entrent ainsi dans le champ d'application de ce règlement dès lors qu'ils participent au financement de régimes obligatoires français de sécurité sociale. Il suit de là qu'ils sont soumis au principe d'unicité de législation posé par l'article 11 du règlement, celui-ci faisant alors obstacle à l'assujettissement aux prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine des personnes qui apportent la preuve qu'elles relèvent bien d'un régime de sécurité sociale d'un Etat membre de l'Union européenne autre que la France, d'un Etat membre de l'Espace économique européen ou de la Suisse.

11. Au cas d'espèce, s'il ressort de l'instruction que Mmes A et C Le B résident en Suisse où A le B a signé un contrat de travail avec la société KPMG le 30 mars 2015, aucun document n'a toutefois été produit permettant d'attester de leur affiliation à un régime de sécurité sociale suisse au titre de l'année 2016. Les intéressées ne sont, par suite, pas fondées à faire valoir que la mise à leur charge, dans les conditions décrites ci-dessus, de prélèvements sociaux serait, par elle-même, contraire au principe d'unicité de législation sociale.

12. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, s'agissant des conclusions présentées par Mme C E B, Mmes A et C Le B ne sont pas fondées à demander la restitution des prélèvements sociaux qu'elles ont acquittés au titre de l'année 2016 à raison des plus-values réalisées à l'occasion de la vente par la SCI Wenlec d'un terrain à bâtir et d'un ensemble immobilier situés au Revest-les-Eaux.

13. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par les consorts E B.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes susvisées des consorts E B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E B, à Mme A E B, à Mme C E B et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Délibéré après l'audience du 4 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente,

- M. Cros, premier conseiller,

- M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

La présidente,

Signé

M. BERNABEU

La greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

N°s 2101639, 2101640

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