jeudi 6 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2101697 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre - Juge Unique |
Vu la procédure suivante : Par une requête enregistrée au tribunal administratif de Marseille le 19 juin 2021 et dont le dossier doit être regardé, en dépit de l'irrégularité de l'ordonnance de la présidente du tribunal administratif de Marseille du fait de son défaut de signature, comme ayant été transmis au tribunal administratif de Toulon le 22 juin 2021, Mme B A demande au tribunal d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 27 avril 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a notamment retiré 3 points de son permis de conduire, prononcé l'invalidation de son permis de conduire et rappelé à l'intéressée les retraits de points consécutifs aux infractions précédemment commises, notamment une infraction du 24 octobre 2019. Elle soutient qu'elle n'est pas l'autrice véritable de cette infraction et qu'elle l'a indiqué à l'officier du ministère public près le tribunal de grande instance de Grasse. Par un mémoire en défense enregistré le 9 juillet 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête. Il soutient que le moyen de la requête tiré du défaut de réalité de l'infraction du 24 octobre 2019 n'est pas fondé dès lors que la requérante ne rapporte pas la preuve de l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée correspondant à l'infraction commise le 24 octobre 2019, qui est mentionné sur son relevé d'information intégral. Mme A a produit des pièces, enregistrées le 30 juillet 2021. Par une ordonnance du 27 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 janvier 2023. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code de procédure pénale ; - le code de la route ; - le code de justice administrative. La présidente du tribunal a désigné M. Kiecken pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative. Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1, sous 1°, du code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Le rapport de M. Kiecken, magistrat délégué, a été entendu au cours de l'audience publique. Considérant ce qui suit : 1. Il résulte de l'instruction que Mme A a reçu un avis de contravention du 26 novembre 2019 pour une infraction qu'il lui était reproché d'avoir commise le 24 octobre 2019. Il résulte des termes de sa requête et des pièces qui l'accompagnent qu'elle a formulé auprès de l'autorité judiciaire le 16 décembre 2019, soit moins de 45 jours après l'envoi de cet avis, une demande qui doit être regardée comme une requête en exonération prévue par l'article 529-2, alinéa 1er, du code de procédure pénale. 2. Il n'est pas contesté que l'intéressée, qui fait valoir qu'elle n'est pas l'autrice véritable de l'infraction, n'était pas tenue d'accompagner cette requête en exonération d'un document démontrant qu'il aurait été acquitté une consignation préalable prévue à l'article 529-10 du code de procédure pénale. 3. D'une part, le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, duquel peut être extrait un relevé d'information intégral, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les 45 jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention (voir en ce sens, arrêt du Conseil d'État du 27 décembre 2017, n° 398714, point 2). 4. D'autre part, il ne résulte pas de cet arrêt du 27 décembre 2017, contrairement à ce que soutient le ministre de l'intérieur, qu'il appartiendrait à Mme A de démontrer que sa requête en exonération aurait " entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée par l'officier du ministère public " (voir même arrêt, point 4). 5. Dès lors que Mme A a formulé une requête en exonération dans le délai qui lui était imparti et qu'il ne résulte pas de l'instruction que l'officier du ministère public aurait statué sur cette requête, la circonstance que le relevé d'information intégral du 9 juillet 2021 mentionne l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée correspondant à l'infraction du 24 octobre 2019 ne suffit pas à établir la réalité de l'infraction qu'il est reproché à la requérante d'avoir commise. 6. Cette infraction ne peut ainsi être regardée comme établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route. C'est donc à tort que le ministre de l'intérieur s'est fondé sur un retrait de 3 points pour en déduire que le solde de points du permis de conduire de l'intéressée était nul. Il y a lieu d'annuler la décision attaquée, en tant qu'elle est fondée sur une décision de retrait de 3 points consécutive à une infraction du 24 octobre 2019. 7. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que Mme A disposerait d'un autre permis de conduire que celui en litige. L'exécution du présent jugement implique donc nécessairement la reconstitution de 3 points sur le permis de conduire de la requérante. Dans les circonstances de l'espèce, et dans l'intérêt d'une bonne administration et d'une bonne administration de la justice, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à cette reconstitution dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement (voir pour une application de ces considérations, arrêt du Conseil d'État du 5 juillet 2019, n° 413040, points 10 à 12). D É C I D E :Article 1er : La décision du ministre de l'intérieur du 27 avril 2021 prononçant l'invalidation du permis de conduire de Mme A est annulée, en tant qu'elle est fondée sur une décision de retrait de 3 points consécutive à une infraction du 24 octobre 2019. Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à la reconstitution de 3 points sur le permis de conduire de Mme A, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement.Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Madame B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée à l'officier du ministère public près le tribunal de grande instance de Grasse. Délibéré après l'audience du 2 mars 2023.Rendu public par mise à disposition au greffe le 06 juillet 2023.Le magistrat délégué, SignéA. KIECKEN La greffière, Signé A. CAILLEAUXLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière.2N° 2101697
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