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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2101726

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2101726

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2101726
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre - Juge Unique

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a rejeté la requête de Mme B née A contestant des mises en demeure de payer des taxes foncières et d'habitation, un avis de compensation et un bordereau de situation. La juridiction a jugé irrecevables les conclusions dirigées contre le bordereau de situation, document purement informatif, et a estimé que les mises en demeure étaient valables, la prescription n'étant pas acquise en raison d'actes interruptifs. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des demandes, incluant la décharge de l'obligation de payer et la restitution de sommes, sur le fondement des articles L. 274 du livre des procédures fiscales et R. 222-13 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juin 2021, ainsi que des mémoires enregistrés les 11 avril et 15 novembre 2022, Mme C B née A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les cinq mises en demeure de payer du 22 février 2021 concernant les taxes foncières des années 2005 à 2009, puis 2014 à 2016, et des taxes d'habitation des années 2005 à 2009, puis 2014 et 2015, pour un montant total de 33 248,60 euros ;

2°) d'annuler l'avis de compensation du 21 janvier 2018 et le bordereau de situation du 22 janvier 2018 ;

3°) de la décharger de l'obligation de payer les taxes indument compensées le 21 janvier 2018, qui étaient prescrites, pour un montant total de 31 079,40 euros ;

4°) de condamner le comptable public à lui restituer la somme de 31 079,40 euros précitée qu'il a compensée à tort, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à l'expiration du délai d'un mois à compter de la date du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'ensemble de ses conclusions, y compris celles afférentes à l'avis de compensation du 21 janvier 2018, sont recevables ;

- s'agissant de ses réclamations préalables, elle n'a jamais reçu les décisions de rejet datées des 17 octobre 2018 et 18 octobre 2018 ;

- les impositions concernées ne sont donc pas exigibles et aucune décision explicite de rejet de ces deux réclamations n'ayant été prise, les délais de recours pour saisir le tribunal ne lui sont pas opposables ;

- à cet égard, elle se prévaut de la doctrine administrative BOI-REC-PREA-20-20-40 n° 50 ;

- à défaut de publication au Journal officiel de la nomination du comptable public signataire des mises en demeure en litige, la nullité de ces dernières devra être prononcée ; en tout état de cause, l'arrêté du 31 décembre 2020, produit par l'administration, n'a été publié qu'au bulletin officiel des finances publiques et non au Journal officiel, ce qui n'est pas régulier ;

- les créances étaient prescrites à la date des mises en demeure de payer querellées, en application des dispositions de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, dès lors que tous les actes interruptifs de prescription antérieurs aux cinq mises en demeure ont été annulés ;

- la réclamation du 29 janvier 2018 relative à l'avis de compensation du 21 janvier 2018 n'a pas fait l'objet d'un récépissé adressé à la contribuable, violant ainsi le principe de légalité consacré par l'article L. 100-2 du code des relations entre le public et l'administration ; les délais de recours ne lui sont donc pas opposables en application des articles L. 112-6 et R. 112-5 du code précité ;

- la compensation opérée le 21 janvier 2018 ne pouvait pas être effectuée dès lors qu'elle porte sur des créances fiscales correspondant à des taxes d'habitation ou foncières prescrites et la créance de 31 079,40 euros détenue par la requérante ;

- un avis de compensation n'est pas un acte de poursuite et n'interrompt donc pas la prescription de l'action en recouvrement aux termes du BOI-REC-PREA-10-30 n° 80 ;

- cette compensation ne pouvait être effectuée par un comptable public, dont il a été démontré qu'il n'était pas compétent.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 septembre 2021 et 5 octobre 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'étendue du litige doit être circonscrite à la contestation des cinq mises en demeure précitées, la contestation de l'avis de compensation précité relevant d'un litige distinct ;

- la contestation de la requérante est irrecevable dès lors que la mise en demeure de payer du 22 février 2021 ne constitue pas le premier acte susceptible d'être querellé en application de l'article R. 282-3-1 c) du livre des procédures fiscales ;

- la contestation portant sur la régularité en la forme des mises en demeure de payer relève de la compétence du juge de l'exécution ; en tout état de cause, la publication régulière de la nomination du comptable signataire a bien été effectuée le 19 février 2021 ;

- pour le surplus, le moyen invoqué tiré de l'absence de notification des décisions de rejet de ses réclamations préalables n'est pas fondé.

Par lettre du 16 décembre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions de Mme B née A tendant à

l'annulation du bordereau de situation émis par le comptable public le 22 janvier 2018,

dès lors que seuls les actes de poursuite peuvent faire l'objet d'une contestation, et non

les documents purement informatifs.

Mme B née A a présenté des observations à ce moyen relevé d'office, qui ont été enregistrées le 22 décembre 2022 et communiquées le 17 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme D, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B née A n'ayant pas acquitté les sommes mises à sa charge au titre des cotisations de taxes foncières s'agissant des années 2005 à 2009, puis, 2014 à 2016, ni au titre des cotisations de taxe d'habitation s'agissant des années 2005 à 2009, puis, 2014 et 2015, le comptable du service des particuliers de Toulon lui a notifié cinq mises en demeure de payer datées du 22 février 2021 en vue de recouvrer à ce titre un montant total de 33 248,60 euros. Par un courrier du 15 mars 2021, l'intéressée a contesté l'obligation de payer l'ensemble des cotisations mises à sa charge. Sa contestation ayant fait l'objet d'une décision de rejet en date du 13 avril 2021, elle doit être regardée comme demandant au tribunal principalement la décharge de l'obligation de payer la somme prescrite par les cinq mises en demeure précitées.

Sur l'étendue du litige :

2. Les conclusions visées ci-dessus, qui n'ont été présentées que dans le mémoire complémentaire de Mme B enregistré le 11 avril 2022, concernant la contestation d'un avis de compensation du 21 janvier 2018, la décharge de l'obligation de payer les taxes indument compensées pour un montant total de 31 079,40 euros et la restitution de la somme précitée, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à l'expiration du délai d'un mois à compter de la date du jugement à intervenir, constituent un litige relevant du plein-contentieux qui, alors même qu'il pose des questions en partie liées à celles soulevées par la requête introductive d'instance, en est distinct et aurait dû faire l'objet, à ce titre, d'une nouvelle requête. Ces conclusions sont, dès lors, ainsi que le fait valoir en défense l'administration fiscale, irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation du bordereau de situation :

3. Aux termes de l'article L. 105 du livre des procédures fiscales : " Les comptables chargés du recouvrement des impôts directs délivrent des bordereaux de situation aux personnes qui en font la demande dans la mesure où ces documents concernent les contribuables eux-mêmes ou les personnes auxquelles le paiement de l'impôt peut être demandé à leur place ".

4. Le bordereau de situation émis le 22 janvier 2018 par l'administration fiscale est un document qui ne comprend que des informations relatives à l'état des créances fiscales de Mme B. Par suite, il ne constitue pas une décision susceptible de recours, et les conclusions de la requête de l'intéressée dirigées à son encontre doivent être rejetées comme irrecevables, ainsi que les parties en ont été averties en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative.

Sur les conclusions aux fins de décharge de l'obligation de payer la somme prescrite par les cinq mises en demeure du 22 février 2021 :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'irrégularité en la forme des mises en demeure litigieuses :

5. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites () / Les contestations relatives au recouvrement () peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / a) Pour les créances fiscales, devant le juge de l'impôt prévu à l'article L. 199 () ".

6. Il résulte des dispositions précitées qu'il n'appartient pas au juge administratif de connaître des contestations portant sur la régularité en la forme des actes de recouvrement, lesquelles relèvent de la compétence du juge judiciaire. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du comptable public ayant émis les mises en demeure contestées ne se rattache qu'à la régularité en la forme de ces actes de poursuite dont seul le juge de l'exécution est compétent pour en connaître.

En ce qui concerne le moyen tiré du caractère suspensif des réclamations d'assiette des 15 avril 2016 et 26 janvier 2018 :

7. Aux termes de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition 2005 à 2008 : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge peut, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, être autorisé à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. () / L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent () ". Aux termes de cet article dans sa version applicable aux impositions de 2009 à 2016 : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. / L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent. () ".

8. Il résulte des dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales que le contribuable qui en fait expressément la demande dans sa réclamation a droit au sursis de paiement sur la totalité des impôts qu'il conteste, à la seule condition qu'il réunisse les garanties appropriées. Ce droit ne peut être restreint par les mesures de recouvrement prises par le comptable avant la demande de sursis. Dès lors que le contribuable a régulièrement déposé une demande de sursis, l'exigibilité de l'impôt est suspendue au moins jusqu'à la notification par le comptable du refus des garanties et le comptable du Trésor ne peut recourir à des mesures d'exécution avant qu'une décision définitive ait été prise sur le bien-fondé de l'imposition litigieuse, soit par l'administration, soit par le tribunal compétent.

9. Mme B soutient qu'à défaut de notification régulière des deux décisions de rejet de ses réclamations d'assiette assorties d'une demande de sursis de paiement et formulées respectivement, le 15 avril 2016, s'agissant des cotisations de taxe foncière des années 2005 à 2014 et de taxe d'habitation des années 2005 à 2013, et le 26 janvier 2018, s'agissant des taxes foncières des années 2015 à 2017 et des taxes d'habitation des années 2014 à 2017, les impositions visées par les cinq mises en demeure de payer n'étaient pas exigibles à la date du 22 février 2021. Il résulte toutefois de l'instruction que les réclamations du 15 avril 2016 et 26 janvier 2018 ont été rejetées par des décisions expresses des 17 et 18 octobre 2018, comportant la mention des voies et délais de recours. En outre, il ressort des accusés de réception des courriers comportant chacun l'une des décisions précitées et portant la mention " pli avisé et non réclamé " ainsi que de deux attestations de la directrice de secteur de La Poste que la requérante a été avisée, s'agissant de la première décision, le 20 octobre 2018 et que le courrier n'a pas été retiré et qu'elle a été avisée du second pli, le 22 novembre 2018, et qu'elle n'a pas davantage retiré ce dernier. Par suite, les deux décisions de rejet des réclamations de Mme B doivent être regardées comme ayant été régulièrement notifiées respectivement le 20 octobre 2018 et le 22 novembre 2018. Une décision définitive a donc été prise sur le bien-fondé des impositions concernées dès lors que les réclamations contentieuses ont été rejetées et qu'il n'est ni établi, ni même allégué que Mme B aurait porté devant le juge de l'impôt la contestation du bien-fondé de ces impositions dans les délais requis. Dans ces conditions, les impositions contestées étant redevenues exigibles à la date à laquelle ont été émises le 22 février 2021 les cinq mises en demeure litigieuses, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir du bénéfice d'un sursis de paiement qui aurait fait obstacle à l'émission de ces actes.

10. A supposer que Mme B ait entendu se prévaloir de l'instruction référencée BOI-REC-PREA-20-20-40, paragraphe n° 50, ces énonciations ne donnent pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle dont il a été fait application au point 9 du présent jugement. En outre, ce paragraphe est relatif à la situation d'une décision implicite de rejet de la réclamation du contribuable alors qu'ainsi qu'il a été exposé précédemment, les réclamations de Mme B ont été rejetées par des décisions explicites. Dès lors, sa situation n'entre pas, en tout état de cause, dans les prévisions de l'instruction dont elle se prévaut.

En ce qui concerne le moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement :

11. Aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales : " Les comptables du Trésor qui n'ont fait aucune poursuite contre un contribuable retardataire pendant quatre années consécutives, à partir du jour de la mise en recouvrement du rôle perdent leur recours et sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable. () ". Aux termes du 3. de l'article L. 257-0 A de ce livre : " La mise en demeure de payer interrompt la prescription de l'action en recouvrement. Elle peut être contestée dans les conditions prévues à l'article L. 281 ".

12. Aux termes de l'article R. 281-1 du même livre dans sa rédaction applicable au litige : " Les contestations relatives au recouvrement prévues par l'article L. 281 peuvent être formulées par le redevable lui-même ou la personne solidaire. / Elles font l'objet d'une demande qui doit être adressée, appuyée de toutes les justifications utiles, en premier lieu, au chef du service du département ou de la région dans lesquels est effectuée la poursuite () ". Aux termes de l'article R. 281-3-1 de ce livre des procédures fiscales, dans sa version applicable avant le 1er janvier 2019 : " La demande prévue à l'article R. 281-1 doit, sous peine d'irrecevabilité, être présentée () dans un délai de deux mois à partir de la notification : a) De l'acte de poursuite dont la régularité en la forme est contestée ; b) De tout acte de poursuite si le motif invoqué porte sur l'obligation de payer ou le montant de la dette ; c) Du premier acte de poursuite permettant d'invoquer tout autre motif ". Aux termes de cet article R. 281-3-1, dans sa version applicable à partir du 1er janvier 2019 : " La demande prévue à l'article R. * 281-1 doit, sous peine d'irrecevabilité, être présentée dans un délai de deux mois à partir de la notification : / a) De l'acte de poursuite dont la régularité en la forme est contestée ; / b) A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, de tout acte de poursuite si le motif invoqué porte sur l'obligation au paiement ou sur le montant de la dette ; / c) A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, du premier acte de poursuite permettant de contester l'exigibilité de la somme réclamée ".

13. Lorsque le redevable d'une imposition se prévaut de la prescription de l'action en recouvrement, il soulève une contestation qui ne porte pas sur l'obligation de payer mais qui a trait à l'exigibilité de l'impôt. La prescription de l'action en recouvrement doit, en application du c de l'article R. 281-3-1 du livre des procédures fiscales, être invoquée à l'appui de la réclamation préalable adressée à l'administration compétente dans un délai de deux mois à partir de la notification du premier acte de poursuite permettant de s'en prévaloir.

14. Pour contester l'obligation de payer les impositions en litige, Mme B se prévaut du fait que la prescription de l'action en recouvrement des différentes impositions concernées par les cinq mises en demeure du 22 février 2021 était acquise lors de la notification de ces actes de poursuite. Toutefois, l'administration fiscale fait valoir que ce moyen n'est pas recevable dès lors que les mises en demeure précitées ne constituent pas les premiers actes de poursuite permettant de s'en prévaloir. A cet égard, elle précise que, s'agissant des taxes foncières 2014, 2015 et 2016, mises en recouvrement respectivement les 31 août 2014, 2015 et 2016 et des taxes d'habitation des années 2014 et 2015, mises en recouvrement les 31 octobre 2014 et 2015, ces créances ont fait l'objet, chronologiquement, de trois mises en demeure datées des 22 août 2016, 20 mars 2019 et 23 juin 2020, qui ont été respectivement notifiées à Mme B les 14 septembre 2016, 28 mars 2019 et 1er juillet 2020.

En ce qui concerne les cotisations de taxe foncière au titre des années 2014, 2015 et 2016 et de taxe d'habitation au titre des années 2014 et 2015 :

15. En premier lieu, et d'une part, s'agissant de la cotisation de taxe foncière de l'année 2014, il résulte de l'instruction, notamment de l'accusé de réception produit en défense, que celle-ci a fait l'objet d'une mise en demeure du 22 août 2016 régulièrement notifiée à Mme B le 14 septembre 2016. Elle a également fait l'objet d'une mise en demeure du 20 mars 2019 adressée à Mme B par un courrier qui a été présenté le 28 mars 2019 à son adresse, pour lequel un avis de passage a été déposé et qui a été retourné à l'expéditeur avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Dès lors que l'intéressée a été avisée et n'est pas allée retirer le pli dans le délai fixé par la réglementation postale, la notification doit être réputée avoir été régulièrement effectuée à la date de sa présentation, soit le 28 mars 2019. D'autre part, s'agissant de la cotisation de taxe foncière de l'année 2016, celle-ci a fait l'objet de la mise en demeure du 23 juin 2020, dont le pli a été présenté le 1er juillet 2020 au domicile de Mme B et retourné avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Pour le même motif que celui exposé précédemment, la notification doit être réputée avoir été régulièrement effectuée à la date de sa présentation, soit le 1er juillet 2020. Il en résulte que ces actes, dont il n'est pas contesté qu'ils faisaient mention des voies et délais de recours, ont régulièrement interrompu le cours de la prescription de l'action en recouvrement du comptable public de sorte, qu'à la date du 22 février 2021, les créances relatives aux cotisations de taxe foncière au titre des années 2014 et 2016 n'étaient pas atteintes par la prescription de l'action en recouvrement. Par suite, et sans qu'il soit nécessaire de statuer sur sa recevabilité, un tel moyen doit être écarté comme non fondé, s'agissant des impositions précitées.

16. En revanche, s'agissant des taxes d'habitation et foncière au titre de l'année 2015 et de la taxe d'habitation au titre de l'année 2014, ces dernières figurent bien sur la mise en demeure du 22 août 2016, régulièrement notifiée à la requérante, ainsi qu'il a été dit précédemment au point 15. A cette date, soit le 14 septembre 2016, la requérante ne pouvait utilement invoquer le moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement, le délai de quatre ans fixé par l'article L. 274 du livre des procédures fiscales n'étant pas expiré. En outre, en l'absence d'actes interruptifs de prescription ultérieur, l'action en recouvrement était prescrite à la date du 22 février 2021. Par suite, l'administration fiscale n'est pas fondée à faire valoir que la requérante n'était pas recevable ni fondée à se prévaloir de la prescription de l'action en recouvrement, s'agissant des taxes d'habitation 2014 et 2015 et de la taxe foncière au titre de 2015.

En ce qui concerne les cotisations de taxe foncière et de taxe d'habitation au titre des années 2005 à 2009 :

17. S'agissant des cotisations de taxe foncière et de taxe d'habitation au titre des années 2005 à 2009, la requérante soutient que par un arrêt du 10 mars 2022, qu'elle verse aux débats en annexe à son mémoire enregistré le 11 avril 2022, la cour d'appel d'Aix-en-Provence a annulé six mises en demeure datées du 6 juin 2013 et notifiées le 28 juin 2013 pour irrégularité en la forme, lesquelles comprennent les créances de taxes foncières et taxes d'habitation au titre des années 2005 à 2009. Il en est de même de la mise en demeure datée du 18 février 2014, notifiée le 5 mars 2014, qui concerne les taxes foncière et d'habitation de l'année 2009, et qui a été annulée par un arrêt de cette même cour rendu le 24 mars 2022. Il n'est pas contesté que ces arrêts présentent un caractère définitif. Par suite, ces mises en demeure ainsi annulées ne peuvent pas être qualifiées d'actes interruptifs de prescription au sens de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales. En outre si l'administration fiscale produit la mise en demeure datée du 20 mars 2019, qui comporte les créances relatives aux taxes foncières et d'habitation des années 2008 et 2009, dont il a dit au point 15 qu'elle a été régulièrement notifiée à l'intéressée, cette dernière est toutefois intervenue au-delà de l'expiration du délai de prescription. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que l'action en recouvrement était prescrite lors de l'émission des mises en demeure litigieuses s'agissant des cotisations de taxe foncière et de taxe d'habitation mises à sa charge au titre des années 2005 à 2009.

18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme B est seulement fondée à demander la décharge de l'obligation de payer les sommes afférentes aux cotisations de taxe d'habitation des années 2005 à 2009 et des années 2014 et 2015 ainsi que de taxe foncière au titre des années 2005 à 2009 et de l'année 2015 procédant des mises en demeure émises à son encontre le 22 février 2021.

Sur les frais liés au litige :

19. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

20. Mme B, qui n'a pas eu recours au ministère d'un avocat, ne justifie pas de manière précise des frais qu'elle aurait exposés à l'occasion de la présente instance. Par conséquent, les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est déchargée de l'obligation de payer les sommes afférentes aux cotisations de taxe d'habitation des années 2005 à 2009 et des années 2014 et 2015 ainsi que de taxe foncière au titre des années 2005 à 2009 et de l'année 2015 procédant des mises en demeure émises à son encontre le 22 février 2021.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B née frey et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. DLa greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière

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