vendredi 21 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2101772 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre - Juge Unique |
| Avocat requérant | DEBARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 juin 2021, M. A B, représentée par Me Debard, demande au Tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 40 000 euros en réparation de son préjudice personnel et de celui de ses enfants mineurs à charge, à raison de la carence de l'Etat dans leur relogement ;
2°) d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter de la demande indemnitaire préalable et d'ordonner la capitalisation des intérêts ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser directement à Me Debard en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il est soutenu que :
- l'Etat qui était tenu à une obligation de résultat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en n'exécutant pas la décision de la commission de médiation du Var du 11 juillet 2013 reconnaissant le caractère prioritaire et urgent de la demande de logement social de M. B ; aucun logement ne lui a été proposé depuis ; en outre, le jugement du Tribunal administratif enjoignant au préfet d'assurer le relogement de cette famille n'a pas été exécuté ; il existe donc une double carence de l'Etat ;
- il a subi un préjudice matériel et moral justifié par ses conditions de vie quotidienne, relatées dans sa demande indemnitaire préalable ; depuis neuf ans, il formule et renouvelle des demandes de logement social sans succès.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 août 2021, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la candidature de M. B a été proposée à plusieurs reprises auprès de différents bailleurs sociaux jusqu'à sa radiation du fichier d'enregistrement du numéro unique le 16 janvier 2016 après plusieurs relances du bailleur ; par ordonnance du 16 octobre 2016, le préfet a été réputé avoir entièrement exécuté les obligations mises à sa charge par le jugement du 16 mai 2014 dès le 13 janvier 2016 et la liquidation définitive d'astreinte ordonnée ; suivant jugement indemnitaire du 30 octobre 2017, le préjudice de M. B a déjà été réparé pour la période courant du 14 janvier 2014 au 13 janvier 2016 ; depuis l'intéressé ne s'est plus manifesté jusqu'au 28 septembre 2020, date à laquelle M. B a de nouveau déposé un recours devant la commission de médiation, reconnu à nouveau prioritaire le 3 décembre 2020 au motif qu'il occupe à présent un logement en résidence sociale à Fréjus depuis plus de 18 mois avec un nouveau numéro unique datant du mois de juillet 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la décision du 28 juin 2021 par laquelle le bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Toulon a accordé à M. B l'aide juridictionnelle totale dans la présente instance.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Riffard en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 28 février 2023, le rapport de M. Riffard.
La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience publique, conformément à l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 11 juillet 2013, la commission de médiation " droit au logement opposable du Var " (DALO), a reconnu M. B prioritaire et devant être logé d'urgence dans un logement de type T1 répondant à ses besoins et capacités, au motif que l'intéressé n'avait pas reçu de proposition adaptée à sa demande de logement locatif social à l'issue d'un délai anormalement long. Par un jugement n° 1401381 du 16 mai 2014, le tribunal a enjoint au préfet du Var de pourvoir au logement de l'intéressé avant le 1er juillet 2014 sous astreinte, à compter de cette date, de 300 euros par mois de retard destinée au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement. Par une ordonnance n° 1401854 du 4 octobre 2016, le vice-président désigné a liquidé définitivement le montant de l'astreinte après avoir constaté que le préfet du Var devait être réputé avoir entièrement exécuté les obligations mises à sa charge par le jugement du 16 mai 2014 dès le 13 janvier 2016, date à laquelle M. B avait été radié du fichier d'enregistrement des demandeurs de logements locatifs sociaux. Par un jugement n° 1501421 intervenu le 30 octobre 2017, le Tribunal a condamné l'Etat à payer la somme de 2 250 euros, majorée des intérêts de droit et de leur capitalisation, en réparation du préjudice subi par M. B au cours de la période du 11 janvier 2014 au 30 octobre 2017 du fait de la carence de l'Etat à procéder à son relogement. Par une lettre reçue le 18 février 2021, M. B a saisi le préfet du Var d'une demande indemnitaire préalable tendant à la réparation du préjudice causé par le retard de l'Etat à assurer son relogement pour la période postérieure au 30 octobre 2017. Cette demande a été implicitement rejetée. M. B demande au Tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 40 000 euros, assortie des intérêts au taux légal et de l'anatocisme, en réparation du préjudice subi au cours de cette nouvelle période d'indemnisation.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 de ce code : " () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement. () / Le représentant de l'Etat dans le département désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondant à la demande. () / En cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'Etat dans le département qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservation. () ". Aux termes de l'article R. 441-16-1 du même code : " A compter du 1er décembre 2008, le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3-1 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Dans () les départements comportant au moins une agglomération, ou une partie d'une agglomération, de plus de 300 000 habitants, ce délai est de six mois ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. La période de responsabilité de l'Etat court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement à la suite de la décision de la commission de médiation. Ces troubles doivent être appréciés en tenant notamment compte des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat. La seule circonstance que, postérieurement à la décision de la commission de médiation, le bénéficiaire de cette décision soit radié du fichier des demandeurs de logement social n'a pas, par elle-même, pour effet de délier l'Etat de l'obligation qui pèse sur lui d'en assurer l'exécution. Il n'en va ainsi que si la radiation résulte de l'exécution même de la décision de la commission de médiation ou si les faits ayant motivé cette radiation révèlent, de la part de l'intéressé, une renonciation au bénéfice de cette décision ou un comportement faisant obstacle à son exécution par le préfet.
4. M. B a été reconnu prioritaire et devant être logé d'urgence par une décision de la commission de médiation du Var du 11 juillet 2013 et le Tribunal a, par jugement du 16 mai 2014, enjoint au préfet de procéder au logement de l'intéressé au 1er juillet 2014. Or, le préfet n'a pas proposé à l'intéressé un relogement dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l'habitation à compter de l'édiction de la décision de la commission de médiation ni davantage exécuté le jugement du Tribunal lui enjoignant d'assurer le relogement de l'intéressé. Cette double carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État à compter du 11 janvier 2014 à l'égard de M. B. Le préfet du Var soutient que M. B a été radié dès le 13 janvier 2016 du fichier des demandeurs de logement social en l'absence de renouvellement de sa demande de logement social et qu'il ne se trouvait plus dans une situation légitime lui permettant de bénéficier d'une indemnisation. Toutefois, cette radiation ne révèle pas de la part de l'intéressé une renonciation au bénéfice de la décision de la commission de médiation. En outre, l'omission commise par le requérant ne fait pas non plus obstacle à l'exécution de la décision de la commission et de l'injonction de relogement prononcée par le juge du droit au logement opposable le 16 mai 2014, soit du reste postérieurement à cette date de radiation.
Sur les préjudices :
5. Comme il a été dit au point 1, par un jugement n° 1501421 intervenu le 30 octobre 2017, le Tribunal a condamné l'Etat à payer la somme de 2 250 euros, majorée des intérêts de droit et de leur capitalisation, en réparation du préjudice subi par M. B au cours de la période du 11 janvier 2014 au 30 octobre 2017 du fait de la carence de l'Etat à procéder à son relogement en dépit de la décision de la commission de médiation du 11 juillet 2013 et de l'injonction du 16 mai 2014. Il est constant qu'à la date du présent jugement, le relogement n'est toujours pas intervenu. Néanmoins, à la suite du recours amiable présenté par l'intéressé le 28 septembre 2020 sur le fondement d'un autre cas d'ouverture du droit au logement prévu par les dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, à savoir l'hébergement dans un logement temporaire, de transition ou un logement-foyer depuis plus de 18 mois, la commission de médiation du Var a, par une nouvelle décision du 3 décembre 2020, reconnu M. B prioritaire et devant être logé d'urgence dans un logement répondant à ses besoins et capacités de type 1.
6. Par suite, la période d'indemnisation afférente au fait générateur litigieux s'étend du 30 octobre 2017, date de lecture du jugement d'indemnisation n° 1501421 jusqu'au 3 décembre 2020, date de l'intervention de la nouvelle décision de la commission de médiation. Compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat au cours de cette période de 37 mois, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence dont la réparation incombe à l'Etat en condamnant celui-ci à verser à M. B, dans les circonstances de l'espèce et en retenant une composition unipersonnelle de son foyer, faute de tout élément contraire, une somme totale de 1 850 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
7. Il y a lieu d'assortir l'indemnité fixée ci-dessus des intérêts au taux légal à compter du 18 février 2021, date de réception de la demande indemnitaire préalable par le préfet du Var. Il y a lieu de faire droit à la demande de capitalisation des intérêts à compter du 18 février 2022, date à laquelle était due pour la première fois une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Debard, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cet avocat de la somme de 1 500 euros.
DECIDE
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. B la somme de 1 850 euros (mille huit cent cinquante euros) avec intérêts au taux légal à compter du 18 février 2021. Les intérêts échus à la date du 18 février 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'Etat versera à Me Debard, avocat du requérant, la somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Debard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Debard et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2023.
Le magistrat désigné
Signé :
D. RIFFARD
La greffière
Signé :
G. RICCI
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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