lundi 23 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2101816 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SCHNEEGANS VINCENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 juillet 2021 et 2 septembre 2022, la société Compact Holdings Inc, représentée par Me Schneegans, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de contribution sur les revenus locatifs auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013 à 2015, et des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable car la décision de rejet de sa réclamation ne lui a pas été régulièrement notifiée ;
- les impositions litigieuses ne sont pas fondées car le rapport d'un expert immobilier démontre que le service a surestimé la valeur vénale de sa propriété sise à Bormes-les-Mimosas.
Par des mémoires en défense enregistrés les 16 novembre 2021 et 20 octobre 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut à ce qu'il soit pris acte du dégrèvement accordé et, pour le surplus, au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il a prononcé un dégrèvement partiel le 15 novembre 2021 ;
- au titre de l'exercice 2015, la requête est irrecevable à défaut de réclamation préalable, en application de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales ;
- au titre des exercices 2013 et 2014, dès lors que la requérante a elle-même enregistré en produits une somme de 40 000 euros pour chaque exercice et qu'elle n'a jamais remis en cause sa propre évaluation, seule la partie excédant ce montant doit être dégrevée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 octobre 2023 :
- le rapport de M. Cros ;
- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Compact Holdings Inc, société de capitaux de droit philippin dont le siège social est situé aux Philippines et dont l'objet statutaire est d'acquérir et de céder des biens meubles et immeubles de toute sorte, est propriétaire depuis 1997 d'un terrain bâti d'une superficie de 31 010 m², cadastré section D n° 225, situé chemin Clos Mistinguett, 5811 route départementale n° 98 dite route du Dom sur le territoire de la commune de Bormes-les-Mimosas, et supportant une maison d'habitation de 365 m² habitables édifiée en 1860 et dénommée " le Mas de Pignerol ", ainsi qu'un garage, une terrasse et une piscine de 91m². Cette société a fait l'objet d'une double vérification de comptabilité au titre, d'une part, des exercices clos les 31 décembre 2013 et 31 décembre 2014 et, d'autre part, de l'exercice clos le 31 décembre 2015, à l'issue de laquelle, par deux propositions de rectification des 20 septembre 2016 et 11 avril 2017, l'administration lui a notifié des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de contribution sur les revenus locatifs, selon la procédure de taxation d'office prévue au 2° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, en raison de l'absence de dépôt des déclarations obligatoires dans le délai légal. L'administration a relevé que la société mettait le bien immobilier détenu à Bormes-les-Mimosas à la disposition gratuite de ses associés tout au long de l'année, qu'une telle libéralité portant renonciation volontaire à la perception de recettes tirées de l'actif constituait un acte anormal de gestion et que le montant des loyers qu'elle aurait dû percevoir à ce titre dans le cadre d'une gestion commerciale normale devait être réintégré dans ses produits. Sa réclamation préalable présentée par lettre du 5 mai 2017 ayant été rejetée par une décision du 6 février 2018, la société Compact Holdings Inc demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de ces suppléments d'imposition au titre des exercices 2013 à 2015.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision du 15 novembre 2021 postérieure à l'introduction de la requête, l'administration a prononcé le dégrèvement partiel en droits et pénalités, à concurrence d'une somme totale de 50 431 euros, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de contribution sur les revenus locatifs mises à la charge de la société Compact Holdings Inc au titre des exercices clos en 2013 et 2014, initialement mis en recouvrement le 15 février 2017. Dès lors, les conclusions de la requérante tendant à la décharge des impositions litigieuses sont, dans cette mesure, devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur le surplus des conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne l'exercice 2015 :
3. Aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition () ".
4. Il résulte de l'instruction que la réclamation formée par la société Compact Holdings Inc dans sa lettre du 5 mai 2017 ne concerne que les impositions relatives aux exercices 2013 et 2014. La société requérante ne soutient pas avoir présenté à l'administration une autre réclamation portant sur les impositions établies au titre de l'exercice 2015. Dès lors, ainsi que le soutient le directeur départemental des finances publiques du Var, les conclusions de l'intéressée tendant à la décharge des impositions en litige doivent être rejetées comme irrecevables en tant qu'elles concernent l'exercice 2015, à défaut de réclamation préalable.
En ce qui concerne les exercices 2013 et 2014 :
5. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Selon l'article R. 193-1 du même code : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ". En vertu de ces dispositions, il appartient au requérant régulièrement imposé d'office, ce que ne conteste pas la société requérante, d'apporter la preuve de l'exagération des impositions mises à sa charge.
6. Il ressort de la proposition de rectification du 20 septembre 2016 que, pour établir le montant des produits à réintégrer dans le résultat imposable de la société Compact Holdings Inc sur chacun des exercices 2013 et 2014 au titre de la mise à disposition de la villa dont elle est propriétaire à Bormes-les-Mimosas, le vérificateur a déterminé la valeur locative annuelle de cette villa en multipliant un taux de rendement, qu'il a fixé à 4%, par la valeur vénale de ce bien qu'il a estimée en procédant par comparaison avec le prix de cession d'autres propriétés qu'il a regardées comme similaires. Le vérificateur a ainsi fixé la valeur vénale du bien de la requérante à 1 910 000 euros en 2013 et 2 470 000 euros en 2014, soit, en multipliant cette valeur vénale par 4%, une valeur locative à réintégrer dans les produits de la société pour un montant de 76 400 euros en 2013 et 98 800 euros en 2014. La requérante, qui dans ses écritures ne conteste pas le taux de rendement ainsi fixé à 4 % ni le principe de cette méthode par comparaison, se borne à soutenir que le vérificateur a surestimé la valeur vénale de sa propriété dès lors que celle-ci, par sa situation géographique isolée au sein d'un massif forestier soumis au risque d'incendie, ses contraintes de constructibilité au regard de la réglementation d'urbanisme, son ancienneté et son état d'entretien, n'est pas comparable aux villas édifiées plus récemment et situées en zone constructible du littoral avec lesquelles le vérificateur a effectué la comparaison. A l'appui de ses allégations, la société produit un rapport d'évaluation immobilière de 31 pages daté du 29 avril 2021, qu'elle a unilatéralement fait établir par le cabinet Mifsud, expert-évaluateur immobilier, lequel indique que les villas prises comme termes de comparaison par le vérificateur ne sont " en rien similaires " avec la propriété de la requérante, que la valeur vénale de cette dernière a été surestimée par le service et que cette valeur doit être ramenée à 1 012 300 euros en 2013 et 978 302 euros en 2014, soit, en multipliant par un taux de rendement de 4 %, une valeur locative de 40 492 euros en 2013 et 38 964 euros en 2014. En défense, l'administration ne conteste pas le bien-fondé de ce rapport d'expertise immobilière et reconnaît au contraire qu'il y a lieu de procéder à un " dégrèvement partiel ". Elle soutient toutefois que ce dégrèvement doit être limité aux sommes qui excèdent le montant que la société Compact Holdings Inc avait, de sa propre initiative, comptablement réintégré dans ses produits pour chacun des exercices concernés sans toutefois le déclarer fiscalement. A cet égard, la requérante reconnaît, et il résulte de la proposition de rectification du 20 septembre 2016, qu'elle avait spontanément comptabilisé dans ses produits une somme de 40 000 euros pour chacun des exercices 2013 et 2014, montant qu'elle ne remet pas en cause et qui est d'ailleurs très proche de celui retenu par l'expert qu'elle a mandaté. L'administration soutient sans être contredite que la requérante n'a pas acquitté d'impôt sur cette base de 40 000 euros dès lors qu'elle n'a pas déposé les déclarations requises. Par ailleurs, la requérante ne soutient pas qu'il conviendrait de déduire de ce montant d'éventuelles charges autres que la taxe foncière dont le vérificateur a admis la déduction dans la proposition de rectification du 20 septembre 2016 pour un montant de 3 284 euros en 2013 et 3 313 euros en 2014. Dans ces conditions, la requérante est seulement fondée à soutenir que les impositions litigieuses doivent être réduites dans cette mesure, en droits comme en pénalités, c'est-à-dire en proportion de la différence résultant, en base, entre le montant des produits réintégrés par le vérificateur (soit 76 400 euros et 98 800 euros au titre respectivement des exercices 2013 et 2014) et le montant des produits qu'elle avait elle-même réintégré dans sa comptabilité (soit 40 000 euros pour chacun de ces deux exercices), déduction faite de la taxe foncière acquittée chaque année.
7. Toutefois, il résulte du tableau récapitulatif inséré dans le premier mémoire en défense de l'administration, non contesté par la requérante, que le montant d'une telle réduction s'élève, au titre de l'exercice 2013, à 12 133 euros en droits pour l'impôt sur les sociétés, à 910 euros en droits pour la contribution sur les revenus locatifs et à 6 625 euros en pénalités et, au titre de l'exercice 2014, à 19 600 euros en droits pour l'impôt sur les sociétés, à 1 470 euros en droits pour la contribution sur les revenus locatifs et à 9 693 euros en pénalités, soit une somme totale de 50 431 euros. Cette somme correspond au montant du dégrèvement prononcé par l'administration le 15 novembre 2021 et déjà évoqué au point 2. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à demander la décharge de cette somme dont elle a déjà obtenu le dégrèvement.
8. Il résulte de ce qui précède que le surplus des conclusions de la société Compact Holdings Inc tendant à la décharge des impositions litigieuses doit être rejeté.
Sur les frais liés au litige :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par la société Compact Holdings Inc au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de la société Compact Holdings Inc à concurrence de la somme de 50 431 euros correspondant au dégrèvement partiel prononcé par l'administration le 15 novembre 2021.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Compact Holdings Inc est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Compact Holdings Inc et au directeur départemental des finances publiques du Var.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Cros, premier conseiller,
M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.
Le rapporteur,
Signé
F. CROS
La présidente,
Signé
M. BERNABEU
La greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026