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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2101937

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2101937

lundi 13 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2101937
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème chambre
Avocat requérantGUIDET ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juillet 2021, M. B A, représenté par Me Guidet, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2010 à 2012 et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable car la décision du 20 juin 2018 portant acceptation partielle de sa réclamation n'a été notifiée à son mandataire que le 8 juin 2021 ;

- la rectification effectuée en matière de revenus de capitaux mobiliers au titre de l'année 2012 pour un montant de 2 415 246 euros est infondée car il n'existe aucune distribution de la société Osprey au profit du requérant ;

- l'application de la majoration pour manquement délibéré n'est pas justifiée.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 janvier 2022, l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable car tardive en application des dispositions du premier alinéa de l'article R. 199-1 et du quatrième alinéa de l'article R. 198-10 du livre des procédures fiscales, dès lors que la décision du 20 juin 2018 portant acceptation partielle de la réclamation du requérant a été présentée le 23 juin 2018 au domicile de ce dernier qui n'a pas réclamé le pli ;

- subsidiairement, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 octobre 2023 :

- le rapport de M. Cros ;

- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a fait l'objet d'un examen de sa situation fiscale personnelle au titre des années 2010 à 2012, au terme duquel l'administration, par deux propositions de rectification des 13 décembre 2013 et 2 décembre 2014, lui a notifié, selon la procédure contradictoire, des rehaussements en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales. Après que sa réclamation préalable du 29 décembre 2017 a été partiellement rejetée par une décision du

20 juin 2018, M. A demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a ainsi été assujetti.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition () ". Selon l'article R. 198-10 de ce code : " La direction générale des finances publiques ou la direction générale des douanes et droits indirects, selon le cas, statue sur les réclamations dans le délai de six mois suivant la date de leur présentation. () / Les décisions de l'administration sont notifiées dans les mêmes conditions que celles prévues pour les notifications faites au cours de la procédure devant le tribunal administratif ". L'article R. 431-1 du code de justice administrative dispose que : " Lorsqu'une partie est représentée devant le tribunal administratif par un des mandataires mentionnés à l'article R. 431-2, les actes de procédure, à l'exception de la notification de la décision prévue aux articles R. 751-3 et suivants, ne sont accomplis qu'à l'égard de ce mandataire ". L'article R. 751-3 du même code prévoit que : " Sauf disposition contraire, les décisions sont notifiées le même jour à toutes les parties en cause et adressées à leur domicile réel, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception () ". Aux termes, enfin, de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales : " L'action doit être introduite devant le tribunal compétent dans le délai de deux mois à partir du jour de la réception de l'avis par lequel l'administration notifie au contribuable la décision prise sur la réclamation () ".

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions qu'en indiquant que les décisions par lesquelles l'administration statue sur une réclamation sont notifiées dans les mêmes conditions que celles prévues pour les notifications faites au cours de la procédure devant le tribunal administratif, l'article R. 198-10 du livre des procédures fiscales a entendu renvoyer aux dispositions qui régissent la notification des décisions clôturant l'instance. Il suit de là que le délai de recours devant le tribunal administratif court à compter du jour où la notification de la décision de l'administration statuant sur la réclamation du contribuable a été faite au contribuable lui-même, à son domicile réel, alors même que cette réclamation aurait été présentée par l'intermédiaire d'un mandataire au nombre de ceux mentionnés à l'article R. 431-2 du code de justice administrative. La circonstance que le contribuable aurait non seulement mandaté un conseil pour le représenter, mais aussi fait élection de domicile en son cabinet, est sans incidence sur l'application de cette règle. Dans le cas où le pli recommandé adressé au contribuable a été retourné par le service des postes avec la mention " non réclamé ", faute d'avoir été retiré dans le délai imparti, l'administration n'est pas tenue de procéder à une nouvelle notification de sa décision au mandataire du contribuable, dès lors qu'une telle règle ne trouve pas à s'appliquer à la notification des décisions clôturant l'instance devant le tribunal administratif.

4. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de l'action introduite devant un tribunal administratif, d'établir que le contribuable a reçu notification régulière de la décision prise sur sa réclamation. En cas de retour à l'administration du pli contenant la notification, cette preuve peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal, conformément à la réglementation en vigueur, d'un avis d'instance prévenant le destinataire de ce que le pli était à sa disposition au bureau de poste.

5. Il résulte de l'instruction que la décision du 20 juin 2018, qui mentionnait les voies et délais de recours, par laquelle l'administration a partiellement accepté la réclamation du

29 décembre 2017 de M. A, a été notifiée à ce dernier par lettre recommandée avec avis de réception présentée par le service postal le 23 juin 2018 à l'adresse de l'intéressé située à Ramatuelle, qui était mentionnée dans sa réclamation et dont il n'est pas contesté qu'elle correspondait à son domicile réel. Cette lettre a été retournée au service expéditeur, faute d'avoir été retirée à l'issue du délai de mise en instance au bureau de poste, revêtue de la mention " pli avisé et non réclamé ", ainsi qu'en attestent les mentions portées par le préposé du service postal sur l'enveloppe produite par l'administration. Contrairement à ce que soutient M. A, il résulte des principes rappelés au point 3 qu'une telle notification a fait courir le délai de recours contentieux à son égard à compter du 23 juin 2018, alors même que sa réclamation avait été présentée par l'intermédiaire d'un avocat qui avait demandé qu'une copie de la décision à rendre sur la réclamation lui fût adressée. L'administration n'était pas tenue de procéder à une nouvelle notification à l'avocat mandaté par le contribuable. Dans ces conditions, le délai de recours devant le tribunal administratif, d'une durée de deux mois, a expiré le 24 août 2018. Le courriel du 8 juin 2021 adressé par le pôle de recouvrement spécialisé du Var à l'avocat du requérant n'a pas fait courir un nouveau délai de recours contentieux. Ainsi, la requête enregistrée par le greffe du tribunal le 14 juillet 2021 est tardive et, par suite, irrecevable. La fin de non-recevoir opposée par l'administration doit donc être accueillie.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à la décharge des impositions litigieuses doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par M. A.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Cros, premier conseiller,

M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

F. CROS

La présidente,

Signé

M. BERNABEU

La greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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