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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2101948

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2101948

lundi 13 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2101948
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantGUIDET ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juillet 2021, M. B A, représenté par Me Guidet, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014 et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 6 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la société civile immobilière DSPJ n'a pas cessé son activité ni changé d'activité ou de régime fiscal au sens des articles 202 ter et 221-5 du code général des impôts et des points 90 et 100 du bulletin officiel des finances publiques - Impôts BOI-BIC-CESS-10-20-30 en vigueur au 12 septembre 2014 ;

- l'immeuble en cause n'a pas fait l'objet d'un changement de patrimoine au sens du III de l'article 93 quater du code général des impôts et du bulletin officiel des finances publiques - Impôts BOI-BNC-BASE-10-20 en vigueur au 12 septembre 2012.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 décembre 2021, l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 octobre 2023 :

- le rapport de M. Cros ;

- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière (SCI) DSPJ, créée le 1er février 1999, qui relève du régime d'imposition des sociétés de personnes prévu à l'article 8 du code général des impôts et dont M. A était gérant et associé à hauteur de 98 % du capital, a pour objet social " l'acquisition de biens et droits immobiliers dans un immeuble sis à Paris, 38 bis avenue de la Grande Armée, l'administration et l'exploitation par bail, location ou autrement dudit immeuble ". Cette société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices clos les 31 décembre 2014 et 31 décembre 2015. Par une proposition de rectification du 10 août 2017, l'administration a rehaussé son résultat imposable au titre de l'exercice clos en 2014 dans la catégorie des bénéfices non commerciaux. L'administration a notamment réintégré dans ce résultat la plus-value résultant de la levée, par la SCI DSPJ, de l'option d'achat du contrat de crédit-bail d'un bien immobilier qu'elle donnait jusqu'alors en sous-location. Par une proposition de rectification du 14 septembre 2017, intervenue dans le cadre de la procédure de rectification contradictoire prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, l'administration a mis à la charge personnelle de M. A des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2014 dans la catégorie des bénéfices non commerciaux non professionnels, correspondant à l'imposition entre ses mains et à hauteur de sa participation au capital de cette société, du bénéfice réalisé après contrôle par cette dernière. Après que sa réclamation préalable du 30 juillet 2020 a été rejetée par une décision du 27 avril 2021, M. A demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a ainsi été assujetti au titre de l'année 2014.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 93 du code général des impôts, applicable aux revenus imposés dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, dans sa rédaction en vigueur lors de l'année d'imposition en litige : " 1. Le bénéfice à retenir dans les bases de l'impôt sur le revenu est constitué par l'excédent des recettes totales sur les dépenses nécessitées par l'exercice de la profession. Sous réserve des dispositions de l'article 151 sexies, il tient compte des gains ou des pertes provenant () de la réalisation des éléments d'actif affectés à l'exercice de la profession () ". Si la levée de l'option d'achat d'un contrat de crédit-bail ne peut, par elle-même, faire naître de plus-value, l'administration demeure fondée à tirer les éventuelles conséquences fiscales qui s'attachent au transfert de propriété que cette levée d'option emporte.

3. Par ailleurs, aux termes de l'article 93 quater du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " () III. Pour l'application des dispositions du premier alinéa du I, les contrats de crédit-bail conclus dans les conditions prévues aux 1 et 2 de l'article L. 313-7 du code monétaire et financier sont considérés comme des immobilisations lorsque les loyers versés ont été déduits pour la détermination du bénéfice non commercial () ". Selon l'article 202 ter du même code : " I. L'impôt sur le revenu est établi dans les conditions prévues aux articles 201 et 202 lorsque les sociétés ou organismes placés sous le régime des sociétés de personnes défini aux articles 8 à 8 ter cessent totalement ou partiellement d'être soumis à ce régime ou s'ils changent leur objet social ou leur activité réelle ou lorsque les personnes morales mentionnées aux articles 238 ter, 239 quater A, 239 quater B, 239 quater C, 239 quater D, 239 septies et au paragraphe I des articles 239 quater et 239 quinquies deviennent passibles de l'impôt sur les sociétés () ". Enfin, selon l'article 221 du même code, applicable à l'impôt sur les sociétés : " 5. () / b) Le changement d'activité réelle d'une société s'entend notamment : / 1°) De l'adjonction d'une activité entraînant, au titre de l'exercice de sa survenance ou de l'exercice suivant, une augmentation de plus de 50 % par rapport à l'exercice précédant celui de l'adjonction : / soit du chiffre d'affaires de la société ; / soit de l'effectif moyen du personnel et du montant brut des éléments de l'actif immobilisé de la société ; 2°) De l'abandon ou du transfert, même partiel, d'une ou de plusieurs activités entraînant, au titre de l'exercice de sa survenance ou de l'exercice suivant, une diminution de plus de 50 % par rapport à l'exercice précédant celui de l'abandon ou du transfert : / soit du chiffre d'affaires de la société ; / soit de l'effectif moyen du personnel et du montant brut des éléments de l'actif immobilisé de la société () ".

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la SCI DSPJ, personne morale soumise au régime des sociétés de personnes, a conclu le 25 mars 1999, en tant que crédit-preneuse, un contrat de crédit-bail portant sur un bien immobilier constitué de deux lots d'une copropriété située 38 bis avenue de la Grande Armée à Paris. Le 22 février 2006, la SCI DSPJ a donné ce bien en sous-location à une autre société. Cette activité de sous-location a duré jusqu'au

19 décembre 2014, date à laquelle la SCI DSPJ a levé l'option d'achat du contrat de crédit-bail pour acquérir le bien en cause. A compter de cette date, la SCI DSPJ a donné en location ce bien dont elle était devenue propriétaire. Lorsqu'elle donnait en sous-location le bien qu'elle prenait en crédit-bail, la SCI DSPJ tirait de cette activité des revenus imposés dans la catégorie des bénéfices non commerciaux. L'entrée de ce bien dans le patrimoine de la société, consécutive à la levée d'option de crédit-bail, s'est traduite par un changement de nature de l'activité exercée, la société cessant son activité de sous-location au profit d'une activité de location directe, taxable dans la catégorie des revenus fonciers. Dès lors, la cessation de l'activité initiale de la SCI DSPJ et le changement de son régime fiscal ont eu pour effet de rendre immédiatement imposable la plus-value susceptible d'avoir été acquise à cette date, en application des dispositions précitées du 1 de l'article 93 du code général des impôts. Par suite, l'administration était fondée à imposer M. A pour la part de cette plus-value correspondant à sa participation au capital de la société. Enfin, contrairement à ce que soutient le requérant, aucune des dispositions du code général des impôts citées au point 3 ne faisait obstacle à l'imposition d'une telle plus-value au titre de l'année 2014.

En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :

5. M. A invoque les points 90 et 100 du bulletin officiel des finances publiques - Impôts BOI-BIC-CESS-10-20-30 en vigueur au 12 septembre 2014 selon lesquelles " Pour les sociétés non soumises à l'impôt sur les sociétés, le changement d'activité réelle peut résulter de la modification de la nature : / - des opérations réalisées () ; / - des biens produits ou des services rendus (). / Toutefois, les dispositions de l'article 202 ter du CGI ne sont applicables que si le changement d'activité est profond " et " C'est ainsi que ne constitue pas un changement d'activité la poursuite de l'exploitation dans le cadre d'une mise en location-gérance portant à la fois sur les éléments incorporels du fonds de commerce et sur l'ensemble des moyens de production ". Il se prévaut également du bulletin officiel des finances publiques - Impôts

BOI-BNC-BASE-10-20 en vigueur au 12 septembre 2012 qui indique selon lui, que " s'agissant du tableau des immobilisations affectées à l'exercice de la profession, le contribuable doit faire apparaître les éléments qu'il entend comprendre dans son patrimoine professionnel ". Toutefois, aucun de ces éléments de doctrine administrative ne remet en cause l'application de la loi fiscale exposée précédemment. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des impositions litigieuses doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par M. A.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Cros, premier conseiller,

M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

F. CROS

La présidente,

Signé

M. BERNABEU

La greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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