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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2101952

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2101952

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2101952
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBUCHER

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête enregistrée le 16 juillet 2021, Mme A B, représentée par Me Caillouet-Ganet, demande au tribunal : 1°) à titre principal, de condamner la commune de Toulon à lui verser la somme de 5 000 euros, en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi à la suite d'une chute sur la voie publique ; 2°) à titre subsidiaire, d'ordonner, avant dire-droit, une expertise médicale ; 3°) en tout état de cause, de condamner la commune de Toulon à lui verser une provision de 1 000 euros à valoir sur la réparation de l'ensemble de ses préjudices ; 4°) de mettre à la charge de la commune de Toulon la somme de 1 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que : - M. D a attesté que le panneau sur lequel elle a trébuché se trouvait couché en travers du trottoir, que la rue n'était pas éclairée et qu'aucune protection pour les piétons n'avait été mise en place ; - sa chute est due au mauvais entretien du trottoir et au fait que le panneau de signalisation a été laissé en travers du passage ; - elle n'a commis aucune faute susceptible d'entraîner un partage de responsabilité ; - elle a subi des préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux ; - le lien direct entre la chute et ses préjudices est établi ; - si le tribunal s'estime insuffisamment éclairé sur l'étendue de son préjudice corporel, il conviendra d'ordonner une expertise médicale. Par un mémoire enregistré le 21 juillet 2021, la Caisse primaire d'assurance maladie du Var indique au tribunal qu'elle n'entend pas intervenir dans la présente instance. Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2022, la commune de Toulon, représentée par Me Bucher, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que les sommes demandées soient ramenées à de plus justes proportions et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme B, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que : - le lien de causalité entre les dommages et l'ouvrage public n'est pas établi ; - la commune n'exerce pas la compétence en matière de création, d'aménagement et d'entretien de voirie, laquelle a été transférée à la métropole Toulon Provence Méditerranée ; en outre, aucune faute dans l'exercice des pouvoirs de police n'est démontrée ; - l'imprudence fautive de la requérante est de nature à l'exonérer intégralement de toute responsabilité ; - ses prétentions indemnitaires ne sont pas justifiées ; les pièces produites ne permettent pas de démontrer de préjudice lié à la chute ; elles sont, en tout état de cause, disproportionnées. Vu les autres pièces du dossier. Vu le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Hélayel, conseiller, - les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public, - les observations de Me Cayol-Binot et Me Caillouet-Ganet, représentant Mme B. Considérant ce qui suit : 1. Par un courrier du 17 mars 2021, Mme A B, née le 26 février 1977, a adressé une demande indemnitaire à la commune de Toulon, à la suite d'une chute sur la voie publique. Cette demande est restée sans réponse. Sur la responsabilité de la commune de Toulon : 2. Il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu sur une voie publique, de rapporter la preuve du lien de causalité entre l'ouvrage public et le dommage dont il se prévaut. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure. 3. Mme B soutient que, le 19 novembre 2018, elle a trébuché sur un panneau de signalisation couché à terre sur le trottoir, à l'angle entre la rue Franklin et l'avenue Amiral C, à Toulon, ce qui lui aurait occasionné des blessures aux genoux et de vives douleurs lombaires. Il résulte de l'instruction que, dès le 20 novembre 2018, un certificat médical faisait état de ce que Mme B présentait des douleurs aux genoux et à la main droite. A l'appui de sa requête, l'intéressée produit une photographie des lieux, présentant un panneau de signalisation à terre, une photographie de genoux blessés ainsi qu'une attestation de témoin rédigée le 10 mars 2019. Dans ces conditions, le lien de causalité entre la présence du panneau de signalisation au sol et la chute alléguée de la requérante doit être tenu pour établi. 4. En premier lieu, en vertu des articles 4 et 7 de la convention de gestion conclue le 25 janvier 2018 entre la communauté d'agglomération Toulon Provence Méditerranée et la commune de Toulon, la commune assure l'entretien de la voirie, est compétente en matière de signalisation et responsable, à l'égard de la métropole et des tiers des dommages de tous ordres résultant du non-respect de ses obligations. Par suite, la commune n'est pas fondée à soutenir qu'elle doit être mise hors de cause. 5. En deuxième lieu, la commune se prévaut d'un rapport des services techniques du 27 février 2019, selon lequel la présence d'un panneau de signalisation couché au sol n'a jamais été portée à sa connaissance et la collectivité ne peut être tenue pour responsable d'un acte d'incivilité. Toutefois, ce rapport est insuffisant pour établir qu'elle procédait à un entretien normal de l'ouvrage public concerné. Par suite, la responsabilité de la commune de Toulon est engagée sur ce fondement. 6. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme B est riveraine de l'avenue en cause, ce qui est de nature à atténuer la responsabilité de la commune de Toulon. Il sera fait, dans les circonstances de l'espèce, une juste appréciation des responsabilités respectives de chacun en évaluant à 50 % la part de responsabilité de la commune et à 50 % celle de Mme B. Sur les préjudices : 7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, postérieurement à la chute, Mme B a présenté des douleurs aux genoux et à la main droite. Il sera fait une juste appréciation des souffrances endurées en évaluant ce préjudice à la somme de 400 euros. 8. En deuxième lieu, Mme B soutient qu'elle a bénéficié de soins durant plusieurs jours et boité pendant plus de deux semaines. Il sera fait une juste appréciation de ce déficit fonctionnel temporaire en l'évaluant à la somme de 100 euros. 9. En troisième lieu, le préjudice esthétique temporaire de Mme B, compte tenu des égratignures sur ses genoux, sera évalué à hauteur de 300 euros. Sur le total des indemnités dues par la commune de Toulon : 10. Compte tenu du partage de responsabilité opéré au point 6 du présent jugement, la commune de Toulon doit verser à Mme B une somme totale de 400 euros, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise médicale ni de statuer sur la demande de provision. Sur les frais du litige : 11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Toulon demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Toulon la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens. D É C I D E :Article 1er : La commune de Toulon est condamnée à verser à Mme B la somme de 400 euros.Article 2 : La commune de Toulon versera à Mme B la somme de 1 000 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Toulon. Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, M. Zouhaïr Karbal, conseiller,M. David Hélayel, conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024. Le rapporteur,SignéD. HELAYEL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéF. POUPLY La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière.2N° 210195

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