jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2102017 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ESCLAPEZ - SINELLE - PILLIARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 juillet 2021 et 23 décembre 2021, la société Asten, représentée par la SCP de Angelis - Semidei - Vuillquez - Habart-Melki - Bardon, demande au tribunal :
1°) de condamner, à titre principal, Toulon Habitat Méditerranée ou à titre subsidiaire
M. C B, à lui verser la somme de 161 379,73 euros hors taxes (HT), ainsi que les intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de la requête, en règlement du solde du décompte général et définitif du marché de travaux conclu le 20 novembre 2017 ;
2°) de mettre à la charge de tout succombant la somme de 5 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle détient une créance au titre du marché de base, dès lors que l'application des pénalités de retard est injustifiée et que la déduction de la facture de la société Sape Etanchéité est injustifiée ;
- elle détient une créance au titre de prestations exécutées et non payées, dès lors qu'elle a pris en charge des travaux nécessaires à la réalisation du marché conformément aux règles de l'art, la location de nacelles, le désencombrement des terrasses occupées, la reprise de maçonnerie des seuils ;
- l'allongement de la durée du chantier a entraîné pour elle une perte de marge brute, la hausse du coût des matériaux, un surcoût de main d'œuvre et un surcoût du fait de l'intervention du lot VRD ;
- si la responsabilité de Toulon Habitat Méditerranée n'était pas engagée, le maître d'œuvre devrait être condamné, dès lors que les travaux supplémentaires ont été causés par une mauvaise conception.
Par trois mémoires en défense, enregistrés les 25 octobre 2021, 22 janvier 2022 et 8 août 2023, Toulon Habitat Méditerranée, représenté par Me Pilliard, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) au rejet de toute demande de condamnation présentée à son encontre ;
3°) à titre subsidiaire, à ce que M. C B, M. A D et la société Betem PACA soient condamnés solidairement ou à défaut in solidum, à le relever et le garantir de toute condamnation ;
4°) à ce que la somme de 8 000 euros soit mise à la charge de tout succombant, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient :
- à titre principal, que la requête est irrecevable, dès lors qu'elle ne précise pas le fondement juridique sur lequel elle se fonde, en méconnaissance des dispositions de l'article
R. 411-1 du code de justice administrative ; qu'il n'est pas établi que la requérante aurait notifié son mémoire en réclamation dans un délai de 30 jours à compter du 23 décembre 2020, en méconnaissance des dispositions de l'article 50.1.1 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) des marchés de travaux ; qu'il n'est pas établi que le mémoire en réclamation aurait été signé par le représentant légal de la société ;
- à titre subsidiaire, que les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- à titre très subsidiaire, que la responsabilité du maître d'œuvre est engagée ;
- à titre infiniment subsidiaire, que les parts de responsabilité de M. B, de M. D et de la société Betem PACA s'élèvent, respectivement, au moins à 37,2%, 36,39% et 26,41%.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 12 et 25 juillet 2023, M. C B, représenté par Me Dersy, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, au rejet de la requête et de la demande de Toulon Habitat Méditerranée ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que la société Betem PACA soit condamnée à le relever et le garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
3°) à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de tout succombant, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient :
- à titre principal, que sa responsabilité n'est pas engagée ;
- à titre subsidiaire, que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Un mémoire présenté par M. C B, enregistré le 26 décembre 2023, n'a pas été communiqué en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2024, la société Betem PACA, venant aux droits de la société SLH Ingénierie, représentée par Me Fournier, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) au rejet des appels en garantie dirigés à son encontre et à ce qu'elle soit mise hors de cause ;
3°) à titre subsidiaire, à ce que Toulon Habitat Méditerranée soit condamné à supporter le coût des travaux supplémentaires justifiés ;
4°) à titre infiniment subsidiaire, à ce que la condamnation prononcée à son encontre soit limitée à hauteur de 26,41% ;
5°) à ce que M. B et M. D soient condamnés à la relever et la garantir de toute condamnation ;
6°) à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de tout succombant, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.
Elle soutient que :
- le bien-fondé des appels en garantie formés par Toulon Habitat Méditerranée et
M. B est subordonné à la recevabilité de la réclamation de la requérante à l'égard du maître de l'ouvrage, au regard de l'article 50-1 du CCAG des marchés de travaux ; elle s'en remet à l'argumentation de Toulon Habitat Méditerranée sur ce point ;
- les demandes présentées au titre des pénalités de retard et de l'allongement de la durée du chantier ne sont pas fondées ;
- elle n'est concernée ni par la déduction de la facture de Sape Etanchéité ni par la demande au titre des travaux supplémentaires ;
- le groupement de maîtrise d'œuvre est un groupement conjoint et non solidaire ;
- la part de responsabilité de M. B et de M. D s'élève, respectivement, à 37,20% et 36,39%.
La procédure a été communiquée à M. A D, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'arrêté du 8 septembre 2009 modifié ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hélayel, conseiller,
- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,
- les observations de Me Humbert-Nicolaï, représentant la société Asten,
- les observations de Me Martin, substituant Me Pilliard, représentant Toulon Habitat Méditerranée,
- les observations de Me Blanc, substituant Me Fournier, représentant la société Betem PACA.
Considérant ce qui suit :
1. L'Office public de l'habitat Toulon Habitat Méditerranée (THM) a lancé une procédure d'appel d'offres ouvert, pour la conclusion d'un marché public de travaux, divisé en neuf lots, en vue de la réhabilitation de l'ensemble immobilier " Rodeilhac ". Par un acte d'engagement du
20 novembre 2017, le lot n° 5, " Etanchéité et protection " a été confié à la société Asten, pour un montant de 91 233,18 euros toutes taxes comprises (TTC). Le 15 septembre 2020, les travaux ont été réceptionnés, avec réserves. Ces dernières ont été levées le 27 octobre 2020.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article 13 de l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux, dans sa version applicable au présent litige : " () 13.3.1. Après l'achèvement des travaux, le titulaire établit le projet de décompte final, concurremment avec le projet de décompte mensuel afférent au dernier mois d'exécution des prestations ou à la place de ce dernier. / () 13.4.3. Dans un délai de trente jours compté à partir de la date à laquelle ce décompte général lui a été notifié, le titulaire envoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, ce décompte revêtu de sa signature, avec ou sans réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer. () 13.4.5. Dans le cas où le titulaire n'a pas renvoyé le décompte général signé au représentant du pouvoir adjudicateur dans le délai de trente jours fixé à l'article 13.4.3, () le décompte général notifié par le représentant du pouvoir adjudicateur est réputé être accepté par lui ; il devient alors le décompte général et définitif du marché. () ".
3. Aux termes de l'article 50 de l'arrêté du 8 septembre 2009 visé ci-dessus, dans sa version applicable au présent litige : " () 50.1.1. Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de trente jours à compter de la notification du décompte général. () ".
4. Il résulte de ces articles que, dans le cas d'un différend sur le décompte général du marché, le titulaire doit, à peine d'irrecevabilité de la saisine du juge du contrat, transmettre un mémoire en réclamation au représentant du pouvoir adjudicateur dans un délai de trente jours à compter de la date à laquelle ce dernier lui a notifié le décompte général et en adresser une copie au maître d'œuvre dans le même délai. Le respect de ce délai s'apprécie à la date de réception du mémoire tant par le pouvoir adjudicateur que par le maître d'œuvre.
5. Il résulte de l'instruction que, le 27 novembre 2020, la société Asten a adressé à Toulon Habitat Méditerranée un projet de décompte final, pour un montant de 249 090,07 euros HT. Par un courrier du 18 décembre 2020, Toulon Habitat Méditerranée a notifié à la requérante un décompte général pour un montant de 82 939,25 euros. Par la suite, la société Asten a formé un mémoire en réclamation en date du 22 janvier 2021. Cette réclamation a été rejetée le 15 février 2021.
6. Si la requérante se prévaut du tampon " reçu le 24 déc. 2020 " figurant sur le décompte général notifié par Toulon Habitat Méditerranée, cet établissement produit l'avis de réception du courrier contenant son décompte, mentionnant une distribution le 23 décembre 2020. La requérante disposait donc d'un délai de trente jours à compter du 24 décembre 2020 pour transmettre son mémoire en réclamation, ce délai expirant le vendredi 22 janvier 2021 à minuit. Or, le pli contenant le mémoire en réclamation de la société Asten n'a été déposé à La Poste que le 22 janvier 2021, soit le dernier jour du délai contractuel et n'a été distribué que le 25 janvier suivant. Par suite, Toulon Habitat Méditerranée et la société Betem PACA sont fondés à soutenir que le mémoire en réclamation a été présenté hors délai, en méconnaissance des dispositions précitées, auxquelles les documents contractuels ne dérogent pas sur ce point. Dans ces conditions, le décompte général notifié par Toulon Habitat Méditerranée est devenu définitif.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par la société Asten ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les appels en garantie :
8. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'appel en garantie présentées par Toulon Habitat Méditerranée, par M. C B et par la société Betem PACA sont dépourvues d'objet et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais du litige :
9. En premier lieu, la présente instance n'ayant pas donné lieu à des dépens, les conclusions de la société Betem PACA présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
10. En second lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de Toulon Habitat Méditerranée, de M. C B et de la société Betem PACA, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, le versement de la somme que la société Asten demande à ce titre. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge de la société Asten une somme de 2 000 euros à verser à Toulon Habitat Méditerranée, sur le fondement des mêmes dispositions.
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. C B et de la société Betem PACA, présentées sur le même fondement.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SA Asten est rejetée.
Article 2 : La SA Asten versera à Toulon Habitat Méditerranée une somme de 2 000 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SA Asten, à Toulon Habitat Méditerranée, à
M. C B et à la SAS Betem PACA.
Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
M. Zouhaïr Karbal, conseiller,
M. David Hélayel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
Le rapporteur,
Signé
D. HELAYEL Le président,
Signé
Ph. HARANG
La greffière,
Signé
F. POUPLY
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026