lundi 11 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2102048 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS PELLOUX |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 23 juillet 2021, la présidente du tribunal administratif de Nice a, en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Toulon la requête enregistrée le 15 juillet 2021, présentée par
M. et Mme C et D A B.
Par cette requête, M. et Mme A B, représentés par Me Pelloux, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016, et des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les factures émises par les sociétés CSF Réalisations et TPGO ne sont pas fictives ;
- s'agissant des conséquences financières des déclarations d'impôt rectificatives, c'est à tort que le service indique avoir comptabilisé par erreur la somme de 60 000 euros au lieu de 68 000 euros, les requérants indiquant avoir procédé à un trop-déclaré ; ce trop-déclaré de 8 000 euros s'intègre dans les revenus réputés distribués ;
- la majoration de 80 % pour manœuvres frauduleuses est injustifiée.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 janvier 2022, l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants sont inopérants ou infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 novembre 2023 :
- le rapport de M. Cros ;
- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée (SARL) Toit d'Azur (TDA), qui exerce une activité de travaux de charpente et de couverture, et dont la totalité du capital est détenue par Mme A B qui en assure la gérance, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle, par deux propositions de rectification des 19 décembre 2017 et 7 août 2018, l'administration lui a notifié, selon la procédure de rectification contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos les 31 décembre 2014,
31 décembre 2015 et 31 décembre 2016, ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 mai 2017. En conséquence des rectifications ainsi notifiées à la SARL TDA, l'administration a opéré un contrôle sur pièces des déclarations de revenus souscrites par M. et Mme A B et mis à la charge de ces derniers, par une proposition de rectification du 3 octobre 2018, des rehaussements en matière d'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers et de prélèvements sociaux au titre des années 2015 et 2016, également établis selon la procédure de rectification contradictoire. Après que leur réclamation du 2 décembre 2020 a été rejetée le 11 mai 2021, M. et Mme A B demandent au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont ainsi été assujettis au titre des années 2015 et 2016.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :
S'agissant des factures qualifiées de fictives par le service :
2. Il résulte de l'instruction qu'au titre de l'exercice 2016, la SARL TDA a comptabilisé en charges des dépenses que l'administration a remis en cause et qualifiées de revenus distribués à M. et Mme A B, imposables à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sur le fondement des dispositions du c de l'article 111 du code général des impôts. En application des dispositions de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales, il incombe à l'administration, dès lors que la procédure de rectification contradictoire a été suivie et que les requérants n'ont pas accepté les rectifications en litige, d'apporter la preuve du montant des distributions et de leur appréhension par les intéressés.
3. D'une part, aux termes de l'article 111 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () c. Les rémunérations et avantages occultes () ".
4. D'autre part, aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts, applicable à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 de ce code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'oeuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. / Toutefois les rémunérations ne sont admises en déduction des résultats que dans la mesure où elles correspondent à un travail effectif et ne sont pas excessives eu égard à l'importance du service rendu. Cette disposition s'applique à toutes les rémunérations directes ou indirectes, y compris les indemnités, allocations, avantages en nature et remboursements de frais () ". Pour être admis en déduction des bénéfices imposables, les frais et charges de l'entreprise doivent être exposés dans l'intérêt direct de l'exploitation, correspondre à une charge effective et être appuyés de justifications suffisantes.
5. Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions du 1 de l'article 39 du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du même code que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
6. En vertu de ces principes, lorsqu'une entreprise a déduit en charges une dépense réellement supportée, conformément à une facture régulière relative à un achat de prestations ou de biens dont la déductibilité par nature n'est pas contestée par l'administration, celle-ci peut demander à l'entreprise qu'elle lui fournisse tous éléments d'information en sa possession susceptibles de justifier la réalité et la valeur des prestations ou biens ainsi acquis. La seule circonstance que l'entreprise n'aurait pas suffisamment répondu à ces demandes d'explication ne saurait suffire à fonder en droit la réintégration de la dépense litigieuse, l'administration devant alors fournir devant le juge tous éléments de nature à étayer sa contestation du caractère déductible de la dépense. Le juge de l'impôt doit apprécier la valeur des explications qui lui sont respectivement fournies par le contribuable et par l'administration.
Quant aux factures émises par la société CSF Réalisations :
7. Il ressort de la proposition de rectification du 7 août 2018, dont les éléments ont été repris dans celle du 3 octobre suivant, que la SARL TDA a comptabilisé des charges d'un montant total de 50 600 euros au titre de neuf factures émises entre les 2 janvier 2016 et
31 mai 2016 par la société CSF Réalisations, alors que cette société avait été placée en liquidation judiciaire depuis le 17 novembre 2015. M. et Mme A B, qui se bornent à faire valoir, sans d'ailleurs l'établir, qu'une société en liquidation judiciaire conserve une existence légale et la faculté d'effectuer des opérations sous le contrôle du liquidateur, n'apportent aucun élément de nature à justifier de la réalité des prestations ainsi facturées, alors que, contrairement à ce qu'ils soutiennent, ce point a été remis en cause par l'administration qui indique dans la proposition de rectification du 7 août 2018 que " la réalité des prestations en cause n'est pas avérée " et que " la réalisation desdites prestations n'a pu être établie par aucun moyen (suivi de chantiers, contrats de sous-traitance, fonctionnement ) ", indications auxquelles les requérants n'apportent aucune contestation utile. En outre, il ressort des indications non contredites de la même proposition de rectification que les règlements effectués par la SARL TDA au titre de ces factures ont été encaissés, non pas par la société CSF Réalisations, mais par les requérants eux-mêmes ou des tiers faisant partie de leur sphère familiale. Au surplus, ainsi qu'il est indiqué dans la décision du 11 mai 2021 rejetant la réclamation des requérants, les comptes bancaires de la société CSF Réalisations avaient été fermés le 29 décembre 2014, soit plus d'un an avant l'émission des factures litigieuses. M. et Mme A B, qui se bornent à alléguer sans aucune précision de droit ni de fait que ce point n'a pas fait l'objet d'un débat contradictoire, n'apportent aucun élément susceptible d'infirmer une telle fermeture des comptes de la société
CSF Réalisations avant que celle-ci n'émette ses factures. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le service a retenu le caractère fictif des factures en cause, refusé la déduction des charges comptabilisées à ce titre et considéré qu'il s'agissait de revenus distribués entre les mains des requérants.
Quant aux factures émises par la société TPGO :
8. Il ressort de la proposition de rectification du 7 août 2018, reprise dans celle du
3 octobre 2018, que la SARL TDA a comptabilisé le 31 août 2016 une charge d'un montant de 26 000 euros correspondant à des factures émises entre les 31 juillet 2016 et 31 août 2016 par la société TPGO, que cette société a pour associés et dirigeante des membres de la famille de
M. A B, que l'ensemble des cinq chèques émis par la SARL TDA pour régler ces factures ont été encaissés par les requérants eux-mêmes et non par la société TPGO, que le vérificateur a estimé que la réalisation de ces prestations n'avait pu être établie par aucun moyen et, enfin, que la société TPGO n'a jamais répondu à la demande de communication de pièces effectuée par le service afin de vérifier la réalité des charges supportées par la SARL TDA. M. et Mme A B, qui se bornent à soutenir sans d'ailleurs le démontrer que la société TPGO est régulièrement immatriculée au registre du commerce et des sociétés de Grasse, n'apportent aucun élément de nature à démontrer la réalité des prestations correspondant aux factures de la société TPGO ni à contredire les indications précitées de la proposition de rectification du 7 août 2018. De plus, contrairement à ce qui est soutenu, il résulte de ce qui précède que l'administration a bien remis en cause la réalité des prestations facturées par la société TPGO à la SARL TDA. Dès lors, les époux A B ne sont pas fondés à contester le caractère fictif de ces factures.
S'agissant des conséquences financières de la déclaration de revenus rectificative :
9. M. et Mme A B se bornent à soutenir qu'ils ont déposé le 4 mai 2018 une déclaration rectificative des revenus de l'année 2016 mentionnant un revenu brut de
118 800 euros au lieu de la somme de 111 603 euros retenue par le service, qu'il en résulte un trop-déclaré de 6 397 euros, que c'est à tort que le service a indiqué avoir comptabilisé par erreur la somme de 60 000 euros au lieu de 68 000 euros alors qu'ils ont indiqué avoir procédé à un trop-déclaré, et que ce trop-déclaré de 8 000 euros s'intègre dans les revenus réputés distribués. Un tel moyen, inintelligible, n'est pas assorti de précisions suffisantes, en droit comme en fait, pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Au demeurant, les requérants ne contestent pas la réponse de l'administration selon laquelle la minoration de 8 000 euros des revenus de M. A B, d'une part, leur est favorable et, d'autre part, porte sur la catégorie des traitements et salaires et n'a donc pas d'incidence sur celle des revenus de capitaux mobiliers qui est seule concernée par les rectifications litigieuses. Par suite, ce moyen à la fois imprécis et inopérant ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne les pénalités :
10. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt () entraînent l'application d'une majoration de : / () c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses () ". Il ressort de ces dispositions que les pénalités pour manœuvres frauduleuses ont pour objectif de sanctionner des agissements destinés à égarer ou à restreindre le pouvoir de contrôle de l'administration.
11. Il ressort de la proposition de rectification du 3 octobre 2018 que le vérificateur a appliqué une majoration de 80 % au motif que Mme A B, en qualité de gérante de la SARL TDA, a mis en place un procédé de factures fictives, encaissé sur son propre compte bancaire l'essentiel des sommes réglées par la société au titre de ces factures, et omis de déclarer ces sommes à l'impôt sur le revenu. Pour contester cette majoration, les requérants se bornent à reprendre leur argumentation selon laquelle, d'une part, la société CSF Réalisations a conservé son existence légale ainsi que sa capacité à émettre des factures et effectuer des opérations pendant la procédure de liquidation judiciaire et, d'autre part, le service n'a pas contesté la réalité des prestations facturées. Cette argumentation a déjà été écartée aux points n° 6 et 7. De plus, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la mise en évidence, par le vérificateur, d'un procédé de factures fictives instauré par Mme A B afin de percevoir des revenus non déclarés est de nature à démontrer l'existence de manœuvres frauduleuses. Dès lors, le moyen doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les époux A B ne sont pas fondés à demander la décharge des impositions et pénalités litigieuses.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par M. et Mme A B.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C et D A B et à l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer.
Délibéré après l'audience du 20 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Cros, premier conseiller,
M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2023.
Le rapporteur,
Signé
F. CROS
La présidente,
Signé
M. BERNABEU
La greffière,
Signé
G. GUTH
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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