lundi 10 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2102118 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | BORIE-DOUCEDE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 juillet 2021, M. et Mme A C, représentés par Me Borie-Doucède, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013, 2014 et 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- à l'issue d'une vérification de comptabilité et après plusieurs décisions d'admission partielle de leurs réclamations, les redressements des bénéfices non commerciaux ont été maintenus par rehaussement des recettes au titre de l'année 2014 pour un montant de 3 186 euros et par la réintégration de charges pour les années 2013 à 2015, soit respectivement 6 636 euros, 11 859 euros et 7 046 euros ;
- l'administration a maintenu le rehaussement de recettes en se fondant sur la différence résultant de la confrontation des recettes déclarées avec le relevé SNIR ; toutefois ces relevés prennent en compte les honoraires remboursés au titre de l'année alors que la comptabilité est une comptabilité d'encaissements ; les relevés de comptes bancaires font apparaître une différence d'encaissements de 922 euros seulement ; ainsi le montant des recettes peut être évalué à 114 222 euros tel qu'il ressort des relevés bancaires, au plus à 115 115 euros, correspondant aux recettes déclarées mais non, comme l'estime l'administration, à
118 330 euros ; il convient également de relever que pour 2013, le relevé SNIR était inférieur au montant des recettes déclarées ; dans l'hypothèse où le redressement serait maintenu en 2014, il est demandé de rectifier également les recettes de l'année 2013 pour les ramener au montant du relevé SNIR ;
- s'agissant des charges, le service a refusé à tort de tenir compte des frais de blanchisserie dès lors que le port de vêtements professionnels est d'usage dans la profession d'infirmier qui impose une hygiène absolue ; en conséquence, ils doivent être admis forfaitairement dès lors que la blanchisserie est faite au domicile en retenant un prix moyen de nettoyage rapporté au nombre de jours travaillés soit, en l'espèce 1 144 euros en 2013,
1 242 euros en 2014 et 1 385 euros en 2015 ;
- s'agissant des frais de repas, l'administration a admis 24 repas par an pris à l'extérieur alors qu'en réalité un tiers des jours travaillés nécessitaient que le repas soit pris à l'extérieur, soit 58 repas en 2013, 63 repas en 2014 et 73 repas en 2015 ;
- il est également demandé de tenir compte des dépenses de pharmacie figurant sur les relevés de compte bancaire afin de tenir compte de la réalité de l'activité d'infirmière qui nécessite l'achat de matériel médical afin de réaliser les soins médicaux ;
- les pénalités pour manquement délibéré ont été appliquées pour les années 2014 et 2015 au motif que les bénéfices ont été déclarés dans la case micro BNC alors que la contribuable relevait du régime de la déclaration contrôlée ; or, elle a bien déposé sa déclaration contrôlée n° 2035 ce qui démontre qu'elle n'avait pas l'intention de se soustraire à l'impôt ; en outre, alors qu'ils bénéficiaient du droit à l'erreur, ils n'ont pas été alertés par l'administration sur ce point.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement de 1 533 euros en droits et pénalités, prononcé d'office, et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il fait valoir que si l'argumentation des requérants peut être admise s'agissant du rehaussement de recettes de 2014, les autres moyens soulevés par ces derniers ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, M. et Mme C demandent la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2014 en tant uniquement qu'elles concernent la rectification des bénéfices non commerciaux tirés, par Mme C, de son activité d'infirmière libérale.
Sur l'étendue du litige :
2. Il résulte de l'instruction que, l'administration ayant admis le bien-fondé de l'argumentation des requérants s'agissant de la différence constatée entre les relevés SNIR et le montant des résultats déclarés, un dégrèvement d'office de 1 533 euros a été prononcé sur les impositions établies au titre de l'année 2014. Les conclusions de la requête de M. et Mme C sont, ainsi, à concurrence du montant dégrevé d'office, devenues sans objet.
Sur le bien-fondé des impositions :
3. S'agissant du surplus des rectifications, lesquelles, bien qu'effectuées sur la base d'une procédure contradictoire, n'ont pour objet que de rectifier le montant des charges qu'ils ont portées en déduction du résultat imposable de Mme C, les requérants supportent la charge d'en établir la réalité et le montant.
4. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ".
5. Pour être admis en déduction des bénéfices imposables, les frais et charges doivent être exposés dans l'intérêt direct de l'exploitation ou se rattacher à la gestion normale de l'entreprise, correspondre à une charge effective, être appuyés de justifications suffisantes et être compris dans les charges de l'exercice au cours duquel ils ont été engagés.
6. Les requérants soutiennent, en premier lieu, que c'est à tort que l'administration n'a pas admis la déduction des frais de nettoyage dès lors que les tenues utilisées par un infirmier dans l'exercice de ses fonctions doivent être d'une propreté et d'une hygiène irréprochables et que la doctrine administrative admet la déduction forfaitaire des frais de nettoyage des vêtements professionnels lorsque la blanchisserie est effectuée à domicile. Il résulte toutefois de l'instruction, notamment des échanges de la procédure contradictoire menée au cours du contrôle, tout comme d'ailleurs du caractère équivoque des termes des requêtes et mémoires des requérants, que Mme C qui exerce son activité en mode libéral, n'utilise pas, pour se rendre chez ses patients, de vêtements professionnels tels que blouses ou pantalons de travail spécifiques mais est toujours vêtue de vêtements de ville. S'il n'est pas discutable que ceux-ci doivent toujours être d'une propreté irréprochable, il n'en demeure pas moins qu'il ne s'agit pas là de vêtements professionnels dédiés, lesquels, seuls, peuvent faire l'objet d'une écriture de charges pour ce qui concerne leurs frais de nettoyage et de blanchisserie. C'est, ainsi, à bon droit que l'administration a réintégré les charges correspondantes dans le bénéfice imposable.
7. S'ils demandent, en second lieu, la prise en compte des frais des repas pris à l'extérieur, ils ne contestent pas ne posséder aucune pièce justificative de nature à en établir ni le nombre exact, alors qu'ils soutiennent qu'il représenterait un tiers du nombre de jours travaillés, ni le montant des frais correspondants. Dans ces conditions, ils ne sont pas fondés à soutenir qu'en ne retenant que 24 repas pris à l'extérieur par an, le service aurait indûment minoré le montant des charges réellement supportées.
8. S'ils demandent, en dernier lieu, la prise en compte des dépenses de pharmacie figurant sur les relevés de comptes bancaires, il est constant qu'ils n'en justifient pas la nature permettant de les rattacher à des dépenses occasionnées pour les besoins de l'activité professionnelle de Mme C. Ainsi, c'est à bon droit que l'administration a refusé de les admettre en déduction des résultats imposables.
Sur les pénalités :
9. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ". Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt.
10. Les requérants contestent enfin les pénalités pour manquement délibéré qui leur ont été appliquées. Il résulte de l'instruction que, pour infliger cette pénalité, l'administration a estimé que les requérants ont renseigné volontairement sur leurs déclarations pendant deux années successives, 2014 et 2015, la case "Micro BNC" alors que Mme C était soumise au régime fiscal de la déclaration contrôlée, ce qui avait pour effet de les exonérer quasi intégralement de l'impôt. Les requérants indiquent toutefois, ce que l'administration admet par ailleurs, que Mme C a toujours déposé régulièrement sa déclaration modèle 2035 relative aux bénéfices non-commerciaux placés sous le régime de la déclaration contrôlée et qu'ainsi, la mention portée sur leur déclaration de revenu global, même si elle a été réitérée sur deux années, ne procède que d'une erreur. Il résulte, en effet, de l'instruction que le manquement reproché ne s'est produit qu'au titre de ces deux années d'imposition et que l'erreur n'avait pas été commise au titre des années précédentes, notamment l'année 2013 également vérifiée, alors même que ce régime fiscal, qui existait déjà, aurait procuré aux contribuables les mêmes avantages que ceux que l'administration leur reproche d'avoir recherchés. Dans les circonstances particulières de l'espèce, au vu des seuls arguments qu'elle invoque, l'administration ne peut être regardée comme établissant que les requérants auraient intentionnellement choisi d'éluder l'impôt ni, par conséquent, le manquement délibéré qu'elle a entendu sanctionner. Il y a lieu, par suite, de prononcer la décharge de la majoration correspondante.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. et Mme C sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête à concurrence du dégrèvement de 1 533 euros, en droits et pénalités, prononcé d'office au titre de l'impôt sur le revenu de l'année 2014, par décision du 25 novembre 2021.
Article 2 : M. et Mme C sont déchargés de la pénalité pour manquement délibéré assortissant les impositions supplémentaires demeurant à leur charge au titre des années 2014 et 2015.
Article 3 : L'Etat versera à M. et Mme C une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme C est rejeté.
Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. et Mme A C et au directeur départemental des finances publiques du Var.
Délibéré après l'audience du 19 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Sportelli, premier conseiller,
Mme B, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2023.
Le rapporteur,
Signé
D. B
La présidente,
Signé
M. BERNABEU
La greffière,
Signé
E. PRROUDON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
N°2102118
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026