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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102272

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102272

lundi 23 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102272
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantFEAT SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 août 2021 et 17 mars 2022, Mme B A, représentée par Me Peltier-Féat, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2011, et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur le bien-fondé de l'imposition contestée :

- elle a été établie au titre de l'année 2011 alors que la somme en litige a été inscrite par la société PJP Holding au crédit du compte courant d'associé de Mme A le 6 juillet 2010, méconnaissant ainsi le principe d'annualité de l'impôt prévu à l'article 12 du code général des impôts ainsi que le délai de reprise dont disposait l'administration pour notifier un tel redressement ;

- ce crédit a été fait dans l'intérêt de la société PJP Holding et ne constitue pas pour l'associé un avantage constitutif d'un revenu distribué ;

Sur les pénalités :

- la majoration de 40 % prévue à l'article 1728 du code général des impôts n'était pas applicable car il ne s'agit pas d'un défaut de dépôt de déclaration mais d'une insuffisance de déclaration intervenue à la suite d'une première taxation d'office.

Par des mémoires en défense enregistrés les 25 février 2022 et 14 avril 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 octobre 2023 :

- le rapport de M. Cros ;

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Peltier-Féat pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une vérification de comptabilité de la société à responsabilité limitée (SARL) PJP Holding dont elle était associée à hauteur de 1 % du capital et dont elle exerçait les fonctions de gérante, Mme A s'est vu notifier, par une proposition de rectification du 8 août 2013, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2011 établies selon la procédure de taxation d'office prévue au 1° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, au motif que la SARL PJP Holding avait mis à sa disposition, au crédit de son compte courant d'associé, une somme de 149 500 euros constitutive de revenus distribués et imposable dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Après que sa réclamation préalable a été rejetée le 24 juin 2021, Mme A demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires auxquelles elle a ainsi été assujettie.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. D'une part, aux termes du 1 de l'article 109 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " Sont considérés comme revenus distribués : / () 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices () ". Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / a. Sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes ou sociétés interposées à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes ". Les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés sont, sauf preuve contraire, à la disposition de cet associé, alors même que l'inscription résulterait d'une erreur comptable involontaire, et ont donc, même dans une telle hypothèse, le caractère de revenus distribués, imposables entre les mains de cet associé dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en vertu du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. Pour que l'associé échappe à cette imposition, il lui incombe de démontrer, le cas échéant, qu'il n'a pas pu avoir la disposition de ces sommes ou que ces sommes ne correspondent pas à la mise à disposition d'un revenu.

3. D'autre part, aux termes de l'article 12 du code général des impôts : " L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année ". Sauf convention contraire avec la société, le titulaire d'un compte courant d'associé acquiert, par le seul fait de l'inscription dans les écritures de cette dernière d'une somme au crédit de ce compte, la faculté de prélever cette somme. Elle est donc à sa disposition, y compris dans le cas où l'inscription au crédit du compte procèderait d'une erreur comptable.

4. Il résulte de l'instruction qu'un virement d'un montant de 149 500 euros a été effectué le 6 juillet 2010 par la société Cosmogen à la SARL PJP Holding qui, le même jour, a porté cette somme au crédit du compte courant d'associé de Mme A. Il résulte des dispositions et du principe rappelés au point 3 qu'en l'absence non contestée de convention contraire avec la SARL PJP Holding, Mme A a acquis, par le seul fait de l'inscription de cette somme au crédit de son compte courant d'associé dans les écritures de la société, la faculté de prélever cette somme, laquelle s'est donc trouvée à sa disposition au cours de l'année 2010. Il s'ensuit que cette somme était imposable seulement au titre de l'année 2010. Dès lors, c'est à tort que l'administration a imposé cette somme au titre de l'année 2011 au motif qu'elle avait été effectivement appréhendée par Mme A par le biais de nombreux débits effectués en 2011 sur son compte courant d'associé, qui avaient fait passer le solde créditeur de ce dernier de 148 965,49 euros au 1er janvier 2011 à 496,59 euros au 31 décembre 2011. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que l'administration a méconnu les dispositions de l'article 12 du code général des impôts en soumettant la somme en cause à l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2011.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu de décharger Mme A de la totalité de l'imposition contestée, en droits comme en pénalités.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est déchargée des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2011, et des pénalités correspondantes.

Article 2 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Cros, premier conseiller,

M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.

Le rapporteur,

Signé

F. CROS

La présidente,

Signé

M. BERNABEU

La greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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