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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102321

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102321

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102321
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre - Juge Unique
Avocat requérantBAKER & MCKENZIE SCP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 août 2021, la société L'immobilière Leroy Merlin France, venant aux droits de l'EURL Puget investissements, représentée par le cabinet Baker et Mckenzie A.A.R.P.I. agissant par Me Eric Meier, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2019 pour ses locaux situés au 327 boulevard Jean Moulin sur le territoire de la commune de Puget sur Argens, ainsi que la restitution des sommes en cause ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le montant de la redevance de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères doit être fixé proportionnellement à l'importance du service rendu ; dans ce cadre, le coût du service de la collecte et du traitement des déchets ménagers non ménagers doit être financé dans son intégralité de manière indépendante du financement du service d élimination des déchets ménagers lorsqu'une redevance spéciale a été instituée ;

- en l'espèce, il y a lieu de retirer du coût du service d'enlèvement et de traitement des ordures ménagères celui issu des déchets non ménagers dont le volume peut être estimé à 20% du gisement total ; de ce fait, l'excédent des recettes non fiscales par rapport au coût du service de collecte et de traitement des ordures ménagères est de 24,92 % pour 2019 ;

- le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, excède donc largement le besoin de financement du service de collecte et de traitement des déchets ;

- la délibération fixant pour 2019 le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et est illégale en ce qu'elle méconnait les dispositions de l'article 1520 du code général des impôts dès lors que le produit de la taxe est manifestement disproportionné au regard du coût du service diminué des recettes non fiscales affectées à ce service ;

- par voie d'exception d'illégalité de cette délibération, elle est fondée à demander la décharge de l'imposition en litige.

Par un mémoire en défense, enregistré 5 novembre 2021, l'établissement public de coopération intercommunale Esterel Cote d'Azur Agglomération, représenté par la SCP d'avocats Alcade et Associés agissant par Me Deleu, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire, demande au tribunal de substituer le taux TEOM 2019 par référence à celui appliqué en 2018 et demande de mettre à la charge de la requérante la somme de 3 600 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré 8 février 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société L'immobilière Leroy Merlin France, propriétaire de locaux situés au 327 boulevard Jean Moulin, sur le territoire de la commune de Puget sur Argens, a été assujettie à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2019 pour un montant total de 31 806 euros, frais de gestion compris. Sa réclamation du 29 décembre 2020 par laquelle elle a contesté la taxe mise à sa charge ayant été rejetée par l'administration fiscale le 28 juin 2021, la société requérante demande au tribunal de prononcer la décharge de ladite taxe.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes du I de l'article 1520 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales ainsi qu'aux dépenses directement liées à la définition et aux évaluations du programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés mentionné à l'article L. 541-15-1 du code de l'environnement, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal. / Les dépenses du service de collecte et de traitement des déchets mentionnées au premier alinéa du présent I comprennent : 1° Les dépenses réelles de fonctionnement ; 2° Les dépenses d'ordre de fonctionnement au titre des dotations aux amortissements des immobilisations lorsque, pour un investissement, la taxe n'a pas pourvu aux dépenses réelles d'investissement correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure ; 3° Les dépenses réelles d'investissement lorsque, pour un investissement, la taxe n'a pas pourvu aux dépenses d'ordre de fonctionnement constituées des dotations aux amortissements des immobilisations correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure. () ". Aux termes du 1 du VI de l'article 1379-0 bis du même code : " Sont substitués aux communes pour l'application des dispositions relatives à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères : () Les métropoles () ". Les déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales s'entendent des déchets non ménagers que ces collectivités peuvent, eu égard à leurs caractéristiques et aux quantités produites, collecter et traiter sans sujétions techniques particulières. Aux termes de l'article L. 2333-78 de ce code : " Les communes, les établissements publics de coopération intercommunale et les syndicats mixtes peuvent instituer une redevance spéciale afin de financer la collecte et le traitement des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14. ().

3. La taxe d'enlèvement des ordures ménagères n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires, mais a exclusivement pour objet de couvrir les dépenses exposées par la commune ou l'établissement public de coopération intercommunale compétent pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales et non couvertes par des recettes non fiscales affectées à ces opérations. Il s'ensuit que le produit de cette taxe et, par voie de conséquence, son taux, ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport au montant des dépenses exposées pour la collecte et le traitement des déchets ménagers comme des déchets non ménagers, déduction faite, le cas échéant, du montant des recettes non fiscales de la section de fonctionnement, telles qu'elles sont définies par les articles L. 2331-2 et L. 2331-4 du même code, relatives à ces opérations. Les subventions d'équilibres versées depuis le budget général de la collectivité compétente vers le budget annexe retraçant les dépenses et recettes du service de traitement des déchets pour éviter que la section de fonctionnement de ce budget annexe ne soit en déficit ne sont pas au nombre, eu égard à leur nature et alors même qu'elles seraient versées au cours de plusieurs années consécutives, de ces recettes non fiscales.

4. Il résulte des dispositions rappelées au point 2 que le législateur a entendu permettre aux communes et aux établissements publics de coopération intercommunale compétents, à compter du 1er janvier 2016, de couvrir les dépenses exposées pour la collecte et le traitement des déchets non ménagers mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales au moyen, concurremment, du produit de la redevance spéciale de l'article L. 2333-78 du même code et, en tant que de besoin, du produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères. Dans ces conditions, l'institution de cette redevance spéciale n'implique pas nécessairement que son produit finance la totalité des dépenses de collecte et de traitement des déchets non ménagers, la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pouvant également pourvoir au financement de ces dépenses pour leur part non couverte par cette redevance ou d'autres recettes non fiscales. Par suite, pour apprécier le caractère non manifestement disproportionné du taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères fixé pour les années en litige, il y a lieu d'une part d'inclure le produit attendu de la redevance spéciale dans les recettes non fiscales devant être déduites du montant des dépenses exposées pour la collecte et le traitement des déchets ménagers comme des déchets non ménagers, d'autre part, de prendre en compte toutes les dépenses de fonctionnement réelles exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets non ménagers mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que pour l'appréciation du caractère manifestement disproportionné ou non du taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, il y a lieu de soustraire du coût du service un montant forfaitaire de 20 % correspondant au volume des déchets non ménagers traité par les collectivités territoriales lorsqu'une redevance spéciale a été instaurée. Au demeurant, il résulte de l'instruction qu'aucune redevance spéciale n'a été instaurée en l'espèce.

5. Ainsi, à supposer qu'une redevance spéciale ait été instituée, et alors qu'il n'y a pas lieu de soustraire du coût du service, comme opéré à tort par la société requérante, un montant forfaitaire de 20 % correspondant selon elle au volume des déchets non ménagers traité, il ressort des données du budget primitif 2019 produit à l'instance et des propres éléments de calculs de la société requérante que le montant des recettes issues de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2019 est inférieur de - 0,087 % à celui des dépenses. Ainsi contrairement à ce que soutient la requérante, le produit attendu de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2019 n'excède pas de manière disproportionnée le montant des dépenses que cette taxe a vocation à couvrir.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à se prévaloir du caractère manifestement excessif du taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, voté au titre de l'année 2019, pour demander la décharge de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre de cette même année à raison des immeubles litigieux.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par la société requérante doivent être rejetées. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de l'article L.761-1 du code de justice administrative en condamnant la société L'immobilière Leroy Merlin France à verser à l'établissement public de coopération intercommunale Esterel Cote d'Azur Agglomération, la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société L'immobilière Leroy Merlin France est rejetée.

Article 2 : La société L'immobilière Leroy Merlin France versera à l'établissement public de coopération intercommunale Esterel Cote d'Azur Agglomération la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société L'immobilière Leroy Merlin France, à l'établissement public de coopération intercommunale Esterel Cote d'Azur Agglomération et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

L. A

La greffière,

Signé

G. BODIGER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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