jeudi 21 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2102450 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ROI |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée sous le n ° 2102450 le 10 septembre 2021 et deux mémoires, enregistrés les 15 avril et 17 juin 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) LB Restaurant et M. A B, représentés par Me Lopasso, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) à titre principal, de condamner la commune du Lavandou à leur verser une indemnité de 749 000 euros, ainsi que les intérêts au taux légal à compter de la date de réception de la demande indemnitaire préalable et la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis, du fait de l'éviction irrégulière de leur candidature à l'attribution d'une convention d'exploitation d'un lot de plage, sur le territoire de la commune ;
2°) à titre subsidiaire, de désigner un expert, afin de déterminer les bénéfices nets que la société aurait pu retirer de l'exploitation du lot de plage ainsi que la rémunération attendue de
M. B ;
3°) de mettre à la charge de la commune du Lavandou la somme de 4 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la commune a commis une faute en attribuant la convention d'exploitation à la SARL Plage Beau Rivage, ainsi que l'a reconnu le jugement du 17 janvier 2020 ;
- elle aurait obtenu le contrat sans cette faute ;
- la faute de la commune est la cause directe de son éviction ;
- l'offre était recevable ;
- ils peuvent prétendre à une somme de 194 000 euros au titre de la perte de résultat net ;
- les frais engagés pour soumissionner seront évalués à hauteur de 5 000 euros ;
- la somme de 120 000 euros leur sera allouée pour la réparation du préjudice matériel ;
- le préjudice moral sera réparé par l'octroi d'une indemnité de 30 000 euros.
Par trois mémoires en défense, enregistrés les 21 février, 31 mai et 23 juin 2022, la commune du Lavandou, représentée par Me Roi, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient :
- à titre principal, que la requête est irrecevable dès lors, d'une part, qu'elle a été introduite pour le compte d'une personne morale et d'un représentant légal qui n'existent plus et ne justifient donc pas de leur capacité et de leur qualité à agir ; que ces derniers n'existaient pas non plus à la date de leur recours indemnitaire préalable ; que le contentieux n'est pas lié ; d'autre part, car
M. B n'a pas la qualité de " candidat évincé " ;
- à titre subsidiaire, que l'offre de la société requérante était irrecevable, de sorte qu'elle était dépourvue de toute chance d'obtenir le contrat ;
- à titre infiniment subsidiaire, que les sommes demandées ne sont pas fondées.
II. Par une requête, enregistrée sous le n ° 2102977 le 5 novembre 2021 et deux mémoires, enregistrés les 15 avril et 17 juin 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) LB Restaurant et M. A B, représentés par Me Lopasso, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) à titre principal, de condamner la commune du Lavandou à verser à M. B une indemnité de 390 000 euros, ainsi que les intérêts au taux légal à compter de la date de réception de la demande indemnitaire préalable et la capitalisation de ces intérêts, au titre de son manque à gagner ;
2°) à titre subsidiaire, de désigner un expert, afin de déterminer les bénéfices nets que la société aurait pu retirer de l'exploitation du lot de plage ainsi que la rémunération attendue de
M. B ;
3°) de mettre à la charge de la commune du Lavandou la somme de 4 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la requête est recevable dès lors que M. B a été désigné mandataire ad hoc ; qu'une nouvelle demande indemnitaire préalable a été adressée à la commune le 14 juin 2022 ;
- la commune a commis une faute en attribuant la convention d'exploitation à la SARL Plage Beau Rivage, ainsi que l'a reconnu le jugement du 17 janvier 2020 ;
- elle aurait obtenu le contrat sans cette faute ;
- la faute de la commune est la cause directe de son éviction ;
- l'offre était recevable ;
- M. B peut prétendre à une somme de 194 000 euros au titre des dividendes qu'il aurait perçus ;
- il peut prétendre à une somme de 196 000 euros au titre de la perte de salaire.
Par trois mémoires en défense, enregistrés les 23 février, 31 mai et 24 juin 2022, la commune du Lavandou, représentée par Me Roi, conclut au rejet de la requête, pour les mêmes motifs que ceux exposés sous le n° 2102450 et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- l'ordonnance n° 2016-65 du 29 janvier 2016 ;
- le décret n° 2016-86 du 1er février 2016 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hélayel, conseiller,
- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,
- les observations de Me Roi, représentant la commune du Lavandou.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 14 juin 2016, la commune du Lavandou a décidé de déléguer l'exploitation de plusieurs lots de plage sur son territoire. Le 13 décembre 2016, la commission d'ouverture des plis de candidature a classé la SARL LB Restaurant en deuxième position, derrière la société Plage Beau Rivage, s'agissant de l'attribution du lot de plage G. Par un courrier du
14 février 2017, le maire de la commune a donc informé la société requérante de ce que ses offres, remises pour les lots C et G, n'avaient pas été retenues. Le 17 mai 2021, le conseil de M. B et de la SARL LB Restaurant a adressé une demande indemnitaire au maire de la commune. Cette demande a été rejetée le 12 juillet 2021. Par un deuxième courrier du 25 août 2021, M. B a demandé à la commune de lui verser une somme de 390 000 euros, correspondant aux salaires et dividendes qu'il aurait dû percevoir durant la période d'exploitation du lot de plage. Cette demande a également été rejetée le 8 septembre 2021.
2. D'une part, lorsqu'un candidat à l'attribution d'un contrat public demande la réparation du préjudice né de son éviction irrégulière de ce contrat et qu'il existe un lien direct de causalité entre la faute résultant de l'irrégularité et les préjudices invoqués par le requérant à cause de son éviction, il appartient au juge de vérifier si le candidat était ou non dépourvu de toute chance de remporter le contrat. En l'absence de toute chance, il n'a droit à aucune indemnité. Dans le cas contraire, il a droit en principe au remboursement des frais qu'il a engagés pour présenter son offre. Il convient en outre de rechercher si le candidat irrégulièrement évincé avait des chances sérieuses d'emporter le contrat conclu avec un autre candidat. Si tel est le cas, il a droit à être indemnisé de son manque à gagner, qui inclut nécessairement, puisqu'ils ont été intégrés dans ses charges, les frais de présentation de l'offre. En revanche, le candidat ne peut prétendre à une indemnisation de ce manque à gagner si la personne publique renonce à conclure le contrat pour un motif d'intérêt général.
3. D'autre part, aux termes de l'article 21 du décret du 1er février 2016 relatif aux contrats de concession, alors en vigueur : " I. - L'autorité concédante vérifie les conditions de participation relatives aux capacités et aux aptitudes des candidats nécessaires à la bonne exécution du contrat de concession. A cet effet, elle ne peut exiger des candidats que des renseignements et documents non discriminatoires et proportionnés à l'objet du contrat de concession ainsi que des renseignements et documents relatifs aux pouvoirs des personnes habilitées à les engager. () ". Aux termes des dispositions du II de l'article 23 de ce décret, alors en vigueur : " Les candidats qui produisent une candidature incomplète, le cas échéant après mise en œuvre des dispositions du I, ou contenant de faux renseignements ou documents ne sont pas admis à participer à la suite de la procédure de passation du contrat de concession. / Les candidatures irrecevables sont également éliminées. Est irrecevable la candidature présentée par un candidat qui ne peut participer à la procédure de passation en application des articles 39, 40, 42 et 44 de l'ordonnance du 29 janvier 2016 susvisée ou qui ne possède pas les capacités ou les aptitudes exigées en application de l'article 45 de la même ordonnance. "
4. Enfin, aux termes de l'article 9 du règlement de la consultation en cause : " () Les candidats devront également : / () Produire tous les documents attestant de sa solvabilité et de sa capacité financière pour mettre en œuvre le projet. / Les personnes morales devront obligatoirement compléter leur dossier par les pièces suivantes : / () - Bilan et comptes de résultat des trois dernières années ou depuis la création de la structure candidate si elle est plus récente. () ".
5. Il résulte de l'instruction que la SARL LB Restaurant a été immatriculée au Registre du commerce et des sociétés le 21 mai 2014. Si, à l'appui de la requête, plusieurs factures ayant été réglées sont produites et permettent d'attester de la solvabilité de la société, seul un bilan comptable pour un exercice du 21 mai au 30 septembre 2014 a été versé au dossier. Il n'est donc pas établi que la société requérante se soit conformée aux dispositions de l'article 9 du règlement de la consultation, concernant la fourniture des pièces comptables requises. Dans ces conditions, son offre aurait dû être écartée comme incomplète. Elle n'avait, par suite, aucune chance sérieuse d'emporter le contrat finalement conclu avec la société Plage Beau Rivage.
6. Il résulte de ce qui précède que les requêtes de M. B et de la SARL LB Restaurant doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de désigner un expert ni de se prononcer sur leur recevabilité.
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SARL LB Restaurant et de M. B une somme de 2 000 euros, au titre des frais exposés par la commune du Lavandou et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes de la SARL LB Restaurant et de M. B sont rejetées.
Article 2 : La SARL LB Restaurant et M. B verseront à la commune du Lavandou une somme de 2 000 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL LB Restaurant et à la commune du Lavandou.
Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
M. Zouhaïr Karbal, conseiller,
M. David Hélayel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.
Le rapporteur,
Signé
D. HELAYEL Le président,
Signé
Ph. HARANG
La greffière,
Signé
A. CAILLEAUX
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 2102450, 2102977
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026