lundi 11 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2102479 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | VILLALARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 septembre 2021 et 10 novembre 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Le Nautic Plage II, représentée par Me Villalard, demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos les 31 décembre 2014 et 31 décembre 2015 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015.
Elle soutient que :
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
- elle a été privée d'un débat oral et contradictoire à la suite de l'avis rendu le 17 juin 2018 par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, qui avait invité les parties à se rapprocher afin de corriger les erreurs matérielles affectant certains montants de la reconstitution de recettes ;
Sur la reconstitution du chiffre d'affaires :
- le pourcentage de 5 % retenu par le service au titre des offerts, des pertes et des prélèvements du personnel est insuffisant et doit être fixé à 15 % ; les offerts peuvent être évalués à 7 300 bouteilles par an dans le cadre de sa politique de fidélisation de la clientèle locale ; la consommation du personnel, qui ne porte pas que sur du vin provenant de cubitainers, peut être évaluée à 20 440 verres par an ; il convient enfin de prendre en compte les bouteilles bouchonnées, la casse et le vol.
Par des mémoires en défense enregistrés les 17 mars 2022 et 21 décembre 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 février 2024 :
- le rapport de M. Cros ;
- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Le Nautic Plage II, qui exerçait alors une activité de restauration et d'exploitation de plage sur le territoire de la commune de La Croix-Valmer, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices clos les 31 décembre 2014 et 31 décembre 2015 à l'issue de laquelle, par une proposition de rectification du 17 juillet 2017, le service a rejeté sa comptabilité comme non sincère, non probante et irrégulière, a procédé à la reconstitution de son chiffre d'affaires et lui a notifié des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des deux exercices vérifiés ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, établis selon la procédure de rectification contradictoire. Après que sa réclamation préalable du 25 février 2019 a été rejetée le 15 juillet 2021, la requérante demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de ces suppléments d'imposition.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. L'avis rendu le 11 juin 2018 par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires indique : " S'agissant du litige relatif à la reconstitution de recettes, la commission relève que les deux parties ont convenu de se rapprocher afin de corriger les erreurs matérielles affectant certains montants ". La SARL Le Nautic Plage II soutient avoir été privée de débat oral et contradictoire après l'émission de cet avis car le service s'est borné à lui notifier, par un courrier du 27 septembre 2018, " le montant des bases en droits après avis de la commission ", sans qu'aucun rapprochement n'ait eu lieu, sans lui permettre d'apprécier la nature et le montant des corrections apportées et sans l'inviter à formuler ses observations.
3. D'abord, si la requérante invoque la garantie procédurale liée à l'exigence d'un débat oral et contradictoire, elle ne se prévaut d'aucun texte ni principe qui serait méconnu, ni ne précise sur quel fondement et selon quelles modalités cette garantie serait applicable aux conséquences à tirer de l'avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. Par suite, ce moyen est dépourvu de précisions suffisantes en droit pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
4. En tout état de cause, aux termes du second alinéa de l'article R. 59-1 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable à la procédure d'imposition en litige : " L'administration notifie l'avis de la commission () au contribuable et l'informe en même temps du chiffre qu'elle se propose de retenir comme base d'imposition ou comme montant du crédit d'impôt défini à l'article 244 quater B du code général des impôts ". Si l'administration doit, dans le cadre de la procédure contentieuse, justifier devant le juge le bien-fondé des calculs auxquels elle a procédé pour se conformer à l'avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires afin de mettre le contribuable en mesure de les contester, les dispositions de l'article R. 59-1 du livre des procédures fiscales, selon lesquelles l'administration notifie l'avis de la commission au contribuable et l'informe en même temps du chiffre qu'elle se propose de retenir comme base d'imposition, n'instituent pas une nouvelle obligation de motivation des rectifications à peine d'irrégularité de la procédure d'imposition. En l'espèce, le service a notifié l'avis rendu le 11 juin 2018 par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires à la SARL Le Nautic Plage II par une lettre du 27 septembre 2018, dont l'intéressée ne conteste pas la réception le 1er octobre suivant. Cette lettre indiquait les bases et droits que le service se proposait de retenir après l'avis de la commission, ainsi que les nouvelles conséquences financières en découlant. Comme le fait valoir le directeur départemental des finances publiques du Var, les dispositions précitées n'imposaient pas au service d'indiquer, en outre, le mode de calcul de ces nouvelles bases et, en particulier, la nature et le montant des corrections apportées aux erreurs matérielles affectant certains montants de la reconstitution de recettes. Ainsi le moyen manque en droit.
5. Au surplus, il résulte de l'instruction que le service a envoyé le 30 août 2018 un courriel à la SARL Le Nautic Plage II afin que celle-ci lui adresse, " dans le prolongement de l'avis émis par la commission " et " afin de déterminer les nouvelles bases imposables ", " la version papier des tableaux joints au recours [formé devant la commission], portant commentaires et rectifications de l'informaticien ". Il est constant que la société a répondu à cette demande le 4 septembre 2018. A la suite de cet échange, le service a adressé à la requérante la lettre précitée du 27 septembre 2018 notifiant l'avis de la commission. Cette lettre précisait qu'elle était accompagnée, en pièce jointe, d'un CD-Rom " précisant les corrections effectuées pour la détermination du chiffre d'affaires ". La requérante ne conteste ni la réception de ce CD-Rom ni le fait que les corrections contenues dans ce dernier correspondaient aux erreurs matérielles auxquelles fait référence l'avis de la commission, affectant certains montants des recettes reconstituées. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'aucun rapprochement n'aurait eu lieu entre elle et le service après l'émission de l'avis de la commission, ni qu'elle n'aurait pas été mise en mesure d'apprécier et discuter utilement la nature et le montant des corrections ainsi apportées par le service à ces erreurs matérielles. Il lui était loisible de répondre à cette lettre du 27 septembre 2018, quand bien même aucune mention expresse ne l'invitait à formuler des observations. Dès lors, le moyen manque en fait.
Sur la reconstitution des recettes :
6. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable aux exercices et à la période d'imposition en litige : " Lorsque l'une des commissions visées à l'article L. 59 est saisie d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge () ".
7. La SARL Le Nautic Plage II ne conteste pas le rejet de sa comptabilité par le service qui était, par suite, fondé à procéder à la reconstitution de son chiffre d'affaires. Dans son avis du 11 juin 2018, la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires a confirmé le rejet de la comptabilité de la société ainsi que la reconstitution de ses recettes réalisée par le service, hormis la simple correction d'erreurs matérielles affectant certains montants. La commission a notamment estimé, s'agissant du pourcentage des offerts, des pertes et des prélèvements par le personnel, qu'il y avait lieu de confirmer le pourcentage retenu par le service car la société n'apportait pas d'éléments justificatifs. Dès lors, la charge de la preuve de l'exagération des impositions mises à sa charge incombe à la requérante qui doit, pour ce faire, démontrer préalablement le caractère radicalement vicié ou sommaire de la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires suivie par le service.
8. Il ressort de la proposition de rectification du 17 juillet 2017 que le service a reconstitué le chiffre d'affaires de la SARL Le Nautic Plage II en utilisant la méthode dite des liquides. La requérante, qui ne conteste pas le principe de cette méthode, se borne à contester le pourcentage de réduction de 5 % appliqué forfaitairement par le service sur les achats revendus au titre des offerts, des pertes et des prélèvements du personnel, pourcentage dont elle soutient qu'il serait sous-évalué et devrait être fixé à 15 %.
9. En premier lieu, s'agissant des offerts, la SARL Le Nautic Plage II soutient offrir, dans le cadre de sa stratégie de fidélisation de la clientèle locale tout au long de l'année, une moyenne de dix bouteilles à chacun des deux services quotidiens du restaurant, soit un total de 10 bouteilles x 2 services x 365 jours = 7 300 bouteilles par an, au lieu des 417 bouteilles offertes retenues par le vérificateur pour l'exercice 2014 et 425 bouteilles pour l'exercice 2015. Toutefois et d'abord, la requérante n'apporte aucun élément de preuve à l'appui de ses allégations. Ensuite, il ressort des indications non contredites de la proposition de rectification relatives aux conditions d'exploitation de l'établissement que celui-ci est fermé chaque année du 1er au 26 décembre et qu'il n'est quotidiennement ouvert que de midi à quinze heures pendant les mois d'octobre à mars inclus, et de midi à vingt-deux heures d'avril à septembre inclus, ce qui correspond donc à un seul service (celui du midi) pendant cinq mois de l'année (octobre, novembre et janvier à mars), à aucun service pendant presque un mois (décembre) et à deux services (midi et soir) pendant seulement six mois (d'avril à fin septembre). La requérante ne peut donc sérieusement soutenir que ses offerts portent sur deux services pendant 365 jours par an. En outre, ainsi que l'indique l'administration sans être contredite, la requérante a vendu respectivement 8 572 et 8 516 bouteilles au cours des exercices 2014 et 2015, de sorte que le nombre d'offerts allégué par la société, soit 7 300 bouteilles par an, représenterait 85,16 % de ses ventes en 2014 et 85,72 % en 2015, ce qui est manifestement irréaliste. Enfin, l'administration fait valoir sans être contredite que la requérante n'avait pas activé la fonction existante sur sa caisse enregistreuse permettant de comptabiliser les offerts et la consommation du personnel. Compte tenu de tous ces éléments, il n'est pas démontré que l'évaluation des offerts faite par le service serait sous-estimée.
10. En deuxième lieu, s'agissant des prélèvements du personnel, si la SARL Le Nautic Plage II soutient, d'une part, qu'il n'est " pas évident " que ce dernier ne consomme que du vin provenant de cubitainers et non de bouteilles bouchées, elle n'apporte aucune précision sur ce point. D'autre part, la requérante soutient que le nombre de verres de vin consommés par le personnel pendant le service doit être évalué à 2 verres par repas x 2 repas par jour x 14 personnes en moyenne x 365 jours = 20 440 verres par an, au lieu des 376 verres retenus par le vérificateur au titre de l'exercice 2014 et 365 verres au titre de l'exercice 2015. Toutefois et d'abord, la requérante ne produit aucun élément de nature à justifier que chacun de ses employés consommerait deux verres de vin à chaque repas pris sur son lieu de travail, alors que, ainsi qu'il a été dit au point précédent, elle a omis d'activer sur sa caisse enregistreuse la fonction qui lui aurait permis de comptabiliser cette consommation. Ensuite, comme il a également été dit, l'établissement ne tient aucun service pendant presque un mois de l'année, un seul service pendant cinq mois et deux services pendant seulement six mois, si bien que le calcul de la requérante, basé sur l'hypothèse de deux repas par jour pris par le personnel pendant 365 jours par an, est manifestement dépourvu de fondement. Enfin, l'affirmation de la requérante selon laquelle l'établissement fonctionnerait avec 14 personnes en moyenne sur l'ensemble de l'année n'est étayée que par un tableau dont la source n'est pas précisée, et se trouve en contradiction avec les indications non contredites de la proposition de rectification selon lesquelles la société a déclaré employer seulement 11 personnes en 2014 et 12 personnes en 2015. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à remettre en cause l'évaluation des prélèvements du personnel faite par le service.
11. En dernier lieu, si la SARL Le Nautic Plage II affirme qu'outre les offerts et la consommation du personnel, il convient de prendre en compte les bouteilles bouchonnées, la casse et le vol, elle n'apporte aucune précision ni justificatif à l'appui de ses allégations.
12. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à contester le pourcentage de 5 % des achats revendus, retenu par le service au titre des offerts, des pertes et des prélèvements du personnel sur chacun des deux exercices en litige.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquelles elle a été assujettie. Par conséquent, ses conclusions à fin de décharge doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Le Nautic Plage II est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Le Nautic Plage II et au directeur départemental des finances publiques du Var.
Délibéré après l'audience du 19 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Cros, premier conseiller,
M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mars 2024.
Le rapporteur,
Signé
F. CROS
La présidente,
Signé
M. BERNABEU
La greffière,
Signé
G. GUTH
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026