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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102484

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102484

lundi 13 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102484
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSTIFANI - FENOUD - BECHTOLD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 septembre 2021, la société par actions simplifiée (SAS) Ets Guillot, agissant par son gérant en exercice et représentée par la SELAS Stifani-Fenoud-Bechtold agissant par Me Stifani, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été assignés au titre des années 2015 et 2016 ;

2°) subsidiairement, de prononcer la réduction des mêmes impositions en ramenant la base imposable aux sommes de 35 228 euros au titre de l'année 2015 et 7 331 euros au titre de l'année 2016 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle exploite une buvette saisonnière de type bar brasserie snack, à l'enseigne " C le mieux ", sur la commune de Saint-Raphaël ; elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité sur les exercices clos en 2015 et 2016 qui a abouti à une proposition de rectification résultant d'une méthode de reconstitution d'une complexité la rendant incompréhensible, déterminant des résultats astronomiques en termes de bénéfices et de chiffre d'affaires ;

- la proposition de rectification est motivée en des termes qui ne l'ont pas mise en mesure de formuler des observations ou de faire connaître son acceptation ;

- le rejet de la comptabilité n'a pas été suffisamment motivé alors même qu'elle a été déclarée régulière en la forme ;

- la reconstitution de recettes n'a pas été recoupée par les éléments comptables ; elle apparaît excessivement sommaire et sans réalisme au regard des conditions de l'activité de l'exploitation ;

- la circonstance que des achats n'ont pas été comptabilisés n'infère pas automatiquement qu'ils ne sont pas entrés dans le chiffre d'affaires déclaré ni qu'ils ont nécessairement généré des ventes ;

- les calculs de marge n'ont pas intégré la consommation de condiments ni pris en compte un abattement pour les denrées périssables ; les coefficients ont été écartés sans motif clair ; la méthode de reconstitution ne tient pas compte de la réalité de l'activité, exclusivement saisonnière et du pourcentage d'offerts et de consommation du personnel nécessairement plus élevé ;

- si le tribunal ne prononce pas une décharge, le montant des rectifications devra toutefois être ramené à de plus justes proportions ;

- les pénalités pour manquement délibéré ne sont ni motivées ni justifiées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Ets Guillot qui exerce une activité de restauration, exploitant une buvette saisonnière à l'enseigne " C le mieux " au port du Poussaï à Saint-Raphaël, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices clos en 2015 et 2016, à l'issue de laquelle des rehaussements en matière d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée lui ont été notifiés et dont elle demande la décharge par sa présente requête.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction que l'administration, admettant la demande de la société requérante d'inclure dans les charges déductibles, les achats non comptabilisés dont les factures ont été produites, en cours de vérification, par les fournisseurs, dans le cadre de l'exercice du droit de communication, soit les sommes de 19 436 euros au titre de l'année 2015 et 6 047 euros au titre de l'année 2016, a prononcé, par décision du 18 mars 2022, postérieure à l'introduction de la requête, un dégrèvement d'office global de 13 036 euros, en droits et pénalités, sur les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés notifiées au titre de ces deux années. Il s'ensuit que les conclusions de la requête sont, à concurrence de ce dégrèvement, devenues sans objet.

Sur le surplus du litige :

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

3. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Si la requérante fait valoir le caractère " abscons " de la motivation de la proposition de rectification, il ressort de l'examen de ce document, produit au dossier, que les motifs de rejet de la comptabilité, la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires ainsi que les conséquences fiscales du contrôle, y sont exposés de manière précise et détaillée. La circonstance que, par une appréciation qui lui appartient en propre, la société ait estimé ne pas être en mesure de les comprendre n'est pas, par elle-même, de nature à établir l'absence ou l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification au sens où l'exigent les dispositions précitées. Par suite, un tel moyen ne peut qu'être écarté.

4. En outre, la circonstance invoquée par la requérante tirée de critiques générales sur la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires dont elle fait valoir qu'elle n'aurait pas pris en compte les charges non comptabilisées, alors même que, la comptabilité ayant été écartée, l'administration aurait dû procéder à une reconstitution globale et non à des réintégrations partielles, relève du bien-fondé des impositions et ne saurait, par elle-même, remettre en cause la régularité de la procédure d'imposition.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne le rejet de comptabilité :

5. Si la vérification a été conduite selon la procédure de rectification contradictoire prévue par l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, le service a néanmoins remis en cause le caractère sincère et probant de la comptabilité, qu'il a écartée pour procéder à la reconstitution du chiffre d'affaires. Il résulte de l'instruction et n'est pas formellement contesté par la société requérante qui énonce elle-même les omissions relevées, se bornant à en minimiser la portée, qu'elle n'a pas été en mesure de présenter les justificatifs de ses recettes, notamment, sur toute la période vérifiée, les bordereaux de remise de chèques et d'espèces, les bordereaux de retraits d'espèces, les doubles des commandes clients, les brouillards de caisse (retraits et dépenses espèces), sur la majeure partie de la période d'activité des deux exercices, que le service a pu relever l'absence des " tickets Z " pour la quasi-totalité des mois d'avril à juin 2014 et septembre 2014, de mai à juillet 2015 et septembre 2015 alors que l'activité commerciale présente une saisonnalité essentiellement estivale du 1er avril au 30 septembre, ainsi que la circonstance que les seuls tickets présentés, dont la numérotation n'était pas faite en série continue et comportait des anomalies, ne permettaient pas non plus de retracer le détail des ventes. En outre, la requérante ne conteste pas davantage l'existence d'achats non comptabilisés relevés après exercice du droit de communication auprès de trois fournisseurs. Dans ces conditions, le service a pu à bon droit estimer qu'en l'absence de justificatifs, la comptabilité présentée, bien que régulière en la forme, ne pouvait être regardée comme sincère et probante et l'écarter au bénéfice d'une reconstitution des recettes, tirant ainsi, contrairement à ce que soutient la requérante, les conclusions qui devaient l'être de la comptabilité qui lui était présentée et dont elle a suffisamment motivé le rejet.

En ce qui concerne la charge de la preuve :

6. La comptabilité ayant été écartée à bon droit par le service après avoir démontré qu'elle comportait de graves irrégularités, comme il vient d'être dit, et les impositions supplémentaires ayant été établies conformément à l'avis de la commission départementale des impôts et des taxes sur le chiffre d'affaires émis le 5 novembre 2019, il appartient à la requérante d'établir l'exagération des rectifications qui lui ont été notifiées conformément aux dispositions combinées des articles L. 59 et L.192 alinéa 2 du livre des procédures fiscales selon lequel : " () la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. () ".

En ce qui concerne la méthode de reconstitution des recettes :

7. Pour critiquer la méthode retenue par le service vérificateur, la société requérante s'en tient à des affirmations qui ne sont appuyées d'aucun exemple ni d'aucune critique précise et chiffrée des éléments figurant dans la proposition de rectification. Elle s'en tient à indiquer d'une part, que le service n'aurait pas établi que les achats non comptabilisés auraient concouru à la réalisation de recettes elles-mêmes non comptabilisées et d'autre part, qu'elle ne comprend pas comment des rehaussements d'achats de 25 % la première année et 7 % la deuxième, pour tenir compte des achats non comptabilisés, auraient pu générer des rehaussements de recettes respectivement de 46 % et 44 %. Toutefois, ces arguments ne sauraient se substituer à une telle critique et n'établissent pas en eux-mêmes l'exagération des impositions en litige.

8. Si elle soutient que les coefficients de marge retenus n'auraient pas tenu compte des condiments et d'autres ingrédients de préparation et d'accompagnement des plats, elle n'en tire non plus aucune conclusion précise et chiffrée, s'en tenant à faire valoir qu'" après analyse des factures, l'ensemble des condiments représente un montant non négligeable qui n'a pas été intégré dans le calcul de la marge ". Toutefois, cette argumentation n'est pas assortie des précisions suffisantes pour permettre, à elle seule, d'établir l'exagération des impositions contestées dès lors, en outre, qu'il résulte de l'instruction que les évaluations faites par le service ont été établies conformément aux indications données par le gérant lui-même au cours de la vérification.

9. La requérante soutient que les achats non comptabilisés n'ont pas été pris en considération dans les charges déductibles et que, dès lors que l'exercice du droit de communication avait permis à l'administration d'obtenir les factures des fournisseurs, la taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé ces achats aurait dû être admise en déduction. Ainsi qu'il est dit au point 2, l'administration a admis la réintégration des factures obtenues dans le cadre de l'exercice du droit de communication dans le montant des charges déductibles et accordé les dégrèvements correspondants en matière d'impôt sur les sociétés.

10. En revanche, s'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée, il est constant que, dès lors qu'ils portaient sur des achats non comptabilisés, les montants de taxe déductible n'ont pas été spontanément portés sur les déclarations sur lesquelles ils auraient dû normalement figurer et, eu égard aux modalités selon lesquelles les factures ont été obtenues, n'ont pas non plus été régularisés dans les délais ouverts par les dispositions de l'article 208-I de l'annexe II au code général des impôts aux termes desquelles : " Le montant de la taxe déductible doit être mentionné sur les déclarations déposées pour le paiement de la taxe sur la valeur ajoutée. Toutefois, à condition qu'elle fasse l'objet d'une inscription distincte, la taxe dont la déduction a été omise sur cette déclaration peut figurer sur les déclarations ultérieures déposées avant le 31 décembre de la deuxième année qui suit celle de l'omission. Les régularisations prévues à l'article 207 doivent également être mentionnées distinctement sur ces déclarations. (). ". C'est ainsi à bon droit que le service en a écarté la prise en considération.

11. Si la société requérante demande que les coefficients multiplicateurs tels qu'issus de la comptabilité, dont elle allègue qu'ils auraient " implicitement été validés par l'administration ", soient retenus en lieu et place des coefficients issus de la reconstitution qu'elle estime exagérés, il résulte des considérations qui précèdent, notamment des carences et irrégularités graves affectant la comptabilité, que cette argumentation ne saurait être retenue.

12. S'agissant enfin de la déduction des offerts, pertes et consommation du personnel, que le service a évaluée à 10 % du montant des recettes, la requérante soutient qu'elle pourrait être portée à 25 % pour tenir compte de la nature et du lieu de l'exploitation consistant en une buvette située sur un port exposé à la chaleur estivale, du caractère saisonnier de l'activité et du nombre des salariés qui y sont employés au cours de la période d'ouverture de l'établissement. Toutefois, elle n'apporte aucun élément précis et chiffré, notamment quant aux modalités d'emploi de ses salariés, à l'appui de cette argumentation.

Sur les pénalités :

13. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ". Pour contester la majoration pour manquement délibéré qui a assorti les impositions supplémentaires notifiées, la requérante s'en tient à soutenir que les omissions et inexactitudes commises par les contribuables sont présumées involontaires et qu'il appartient à l'administration d'en établir le caractère délibéré, ce que, selon elle, elle ne fait pas. Il résulte toutefois de l'instruction, eu égard à la gravité des carences constatées dans la comptabilité présentée, notamment l'absence de justificatifs des recettes sur la plus grande partie des exercices vérifiés et à l'existence, non sérieusement contestée, d'achats non comptabilisés, l'administration doit être regardée comme ayant suffisamment démontré que le comportement de la société requérante révélait son intention d'éluder l'impôt. C'est ainsi, à bon droit, que la majoration pour manquement délibéré a été appliquée aux redressements en litige.

Sur les frais relatifs au litige :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de la SAS Ets Guillot à concurrence du dégrèvement global de 13 036 euros, en droits et pénalités, prononcé d'office, par décision du 18 mars 2022, sur les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2015 et 2016.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la SAS Ets Guillot est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Ets Guillot et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Cros, premier conseiller

Mme A, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2023.

La rapporteure,

Signé

D. A

La présidente,

Signé

M. BERNABEU

La greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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