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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102498

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102498

mardi 25 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102498
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantRAMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2021, M. A C, représenté par Me Ramon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la mise en demeure de payer émise à son encontre le 6 juillet 2021 ;

2°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les revenus et de prélèvement sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la mise en demeure contestée est intervenue alors même qu'une réclamation contentieuse avec demande de sursis de paiement avait été déposée et reçue par le service le

25 juin 2021 ; les garanties proposées ont été acceptées ; l'acte de poursuite est ainsi entaché d'illégalité ;

- les montants mis à sa charge ne correspondent pas à ceux qui figurent dans la proposition de rectification et notamment sa partie " conséquences financières " qui ne vise que l'année 2017 et omet la page relative à 2016, de sorte qu'il n'est pas en mesure de connaître les impositions réellement assignées ;

- l'acquisition de l'immeuble situé à Lurcy-Lévis (Allier) a été faite dans un but locatif ; les travaux de rénovation ont été entrepris car l'immeuble n'était pas louable en l'état ; ces travaux ont été interrompus en raison des difficultés de santé qu'il a rencontrées ; cependant la situation du marché locatif sur place ne lui a pas permis de trouver un locataire ; la déductibilité des dépenses et les déficits fonciers relatifs à cet immeuble doivent être admis ;

- s'agissant de l'immeuble de Cluses (Haute-Savoie), le montant retenu par le service pour l'appartement en indivision ne correspond pas à la réalité des revenus qui lui ont été reversés dans le cadre de l'indivision et qui figurent sur sa déclaration de revenus ; s'agissant de l'appartement qu'il possède en pleine propriété, les loyers n'ont pas été intégralement perçus en 2016, l'appartement n'a été remis en location que le 27 avril 2017 et pour une durée de 8 mois seulement ; il ne peut être redressé sur des revenus qu'il n'a pas perçus ;

- sur la location meublée non professionnelle de l'appartement situé rue de la Préfecture à Nevers, l'administration n'établit pas qu'il aurait perçu des revenus avant le 27 août 2016, date d'entrée dans les lieux de sa locataire ; sur la location meublée de l'appartement situé rue du Petit Mouesse à Nevers, l'administration ne peut s'en tenir à multiplier par 12 pour chaque année, un loyer perçu à compter du 1er septembre 2016 seulement, mais doit tenir compte du montant réel du loyer avant cette date, l'appartement étant alors occupé par un autre locataire ;

- sur l'hébergement meublé non professionnel à titre onéreux dans les appartements situés rue des Îles à Cluses, les loyers ne devaient pas être calculés sur 24 mois alors que l'administration constate une occupation de 2 mois 1/2 dans un cas et de 12 mois dans l'autre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2021, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre la mise en demeure de payer et sur les conclusions en décharge à concurrence du montant de

7 046 euros en droits et pénalités, dont il a prononcé le dégrèvement d'office, et rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant, s'agissant des conclusions demeurant en litige, ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A l'occasion d'un contrôle sur pièces de ses déclarations à l'impôt sur le revenu portant sur les années 2016 et 2017, M. C a fait l'objet de rectifications au titre d'une part, de ses revenus fonciers et, d'autre part de ses revenus de locations meublées non professionnelles imposées dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux. Par la présente requête, il demande la décharge de ces impositions supplémentaires et forme opposition à la mise en demeure de payer émise à son encontre le 6 juillet 2021.

Sur les conclusions relatives au recouvrement :

2. Il résulte de l'instruction que, par courrier du 8 octobre 2021, dont M. C a accusé réception le 14 octobre suivant, l'administration a procédé à l'annulation de l'acte de poursuite en litige. Il s'ensuit que, cette annulation étant intervenue dès avant l'introduction de la requête, le 13 décembre 2021, les conclusions dirigées contre la mise en demeure de payer émise le 6 juillet 2021 ne sont pas recevables et doivent être rejetées.

Sur l'étendue du litige relatif à l'assiette des impositions :

3. Il résulte de l'instruction que, faisant droit à l'argumentation du requérant, relative aux revenus fonciers de l'immeuble situé à Cluses et aux revenus imposables dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux des locations meublées non professionnelles des appartements situés à Nevers, rue de la Préfecture et rue du Petit Mouesse, l'administration a prononcé le 13 décembre 2021, un dégrèvement, en droits et pénalités, d'un montant total de 7 046 euros. Il s'ensuit que les conclusions de la requête de M. C sont, à concurrence du montant de ce dégrèvement, devenues sans objet.

Sur le surplus des conclusions en décharge :

En ce qui concerne la procédure d'imposition :

4. Il résulte des dispositions de l'article L. 48 du livre des procédures fiscales que l'administration n'est tenue d'indiquer le montant des droits, taxes et pénalités résultant des rectifications proposées que dans les notifications qui font suite à un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle ou à une vérification de comptabilité. M. C ne saurait donc utilement se prévaloir de cette obligation qui ne s'applique pas aux rectifications consécutives à un contrôle sur pièces. En tout état de cause, il résulte de l'instruction et notamment de l'examen de la proposition de rectification et des avis d'imposition portant mise en recouvrement des impositions supplémentaires issues du contrôle sur pièces, qui sont produits au dossier, qu'aucune erreur ou omission ne figure ni dans l'une ni dans les autres, de sorte que, contrairement à ce que soutient le requérant, il a bien été en mesure de connaître et de discuter utilement, ce qu'il a d'ailleurs amplement fait, les rehaussements proposés. Par suite, et en tout état de cause, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

5. Aux termes de l'article 13 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice ou revenu imposable est constitué par l'excédent du produit brut, y compris la valeur des profits et avantages en nature, sur les dépenses effectuées en vue de l'acquisition et de la conservation du revenu. () ". Aux termes de l'article 15 de ce code : " () II. - Les revenus des logements dont le propriétaire se réserve la jouissance ne sont pas soumis à l'impôt sur le revenu. () ". Aux termes de l'article 28 du même code : " Le revenu net foncier est égal à la différence entre le montant du revenu brut et le total des charges de la propriété ". En outre, les dépenses mentionnées au I de l'article 31 du dudit code ne peuvent être déduites du revenu foncier brut que dans la mesure où les charges alléguées sont dûment justifiées, se rapportent à des immeubles dont les revenus sont imposables dans la catégorie des revenus fonciers, sont effectivement supportées par le propriétaire et sont engagées en vue de l'acquisition et de la conservation du revenu.

6. M. C qui conteste la réintégration dans son revenu imposable du montant des charges et des déficits fonciers qu'il a portés dans ses déclarations des années 2016 et 2017 relatifs à un immeuble situé dans la commune de Lurcy-Lévis (Allier), supporte la charge de démontrer le bien fondé des déductions qu'il a ainsi opérées de son revenu imposable dans la catégorie des revenus fonciers. Il soutient que cet immeuble avait été acquis dans un but d'investissement locatif après rénovation, que, ayant lui-même rencontré des difficultés de santé, il a dû différer l'engagement de ces travaux et, enfin, qu'une fois l'immeuble rénové, l'étroitesse du marché locatif sur place ne lui a pas permis de louer ce bien. Toutefois, l'intention d'effectuer un investissement locatif n'est pas établie par les pièces du dossier et les attestations fournies a posteriori qui ne sont assorties d'aucun élément établissant les diligences accomplies en leur temps par M. C pour offrir le bien à la location, ne peuvent justifier par elles-mêmes les difficultés alléguées. Le requérant ne conteste pas non plus formellement avoir déposé en 2014 et 2015 ses déclarations de revenus en indiquant cette adresse, laissant ainsi penser qu'il y résidait personnellement. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a pu considérer que M. C s'était réservé la jouissance de ce bien et que, par suite, les charges et déficits afférents à cette propriété, qui ne correspondaient pas à des dépenses constituées en vue de l'acquisition ou de la conservation d'un revenu au sens de l'article 13 du code général des impôts ne pouvaient être déduits ni de son revenu global imposable ni de ses revenus fonciers.

7. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête aux fins de décharge des impositions supplémentaires contestées doit être rejeté.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. C au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête à concurrence du dégrèvement, en droits et pénalités, d'un montant global de 7 046 euros, prononcé d'office le

13 décembre 2021 sur les impositions supplémentaires notifiées au titre des années 2016 et 2017.

Article 2 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code général des impôts.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 4 : la présente décision sera notifiée à M. A C et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Sportelli, premier conseiller

Mme B, magistrate honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

D. B

La présidente,

Signé

M. BERNABEU

La greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

N°2102498

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