lundi 15 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2102582 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | FEAT SOCIETE D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 20 septembre 2021, 20 mai 2022 et 5 septembre 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Financière F. A, représentée par Me Peltier-Féat, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des pénalités assortissant les rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les propositions de rectification qui lui ont été adressées ne sont pas suffisamment motivées par référence à celles adressées à la SARL Résidence Del Campo, en violation des dispositions des articles L. 57 et R. 57-1 du livre des procédures fiscales ;
- l'administration, qui a utilisé des informations issues de la vérification de comptabilité de la SARL Résidence Del Campo sans l'informer des documents et renseignements obtenus, a méconnu les obligations d'information et de communication prévues à l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ;
- les pénalités litigieuses ne sont pas justifiées car l'administration n'établit pas le caractère délibéré du manquement.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 décembre 2021, l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 mars 2024 :
- le rapport de M. Cros ;
- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Peltier-Féat pour la SARL Financière F. A.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Financière F. A, qui exerce une activité de location de logements, a fait l'objet d'un contrôle sur pièces à l'issue duquel le service lui a notifié, par deux propositions de rectification des 17 décembre 2018 et 29 avril 2019, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée établis selon la procédure de rectification contradictoire au titre, respectivement, de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2015 et de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, au motif qu'elle avait, dans ses déclarations, minoré le montant de la taxe collectée. Ces rappels en droits ont été assortis de pénalités pour manquement délibéré en application des dispositions du a de l'article 1729 du code général des impôts. Sa réclamation ayant été rejetée par une décision du 16 juillet 2021, la requérante demande au tribunal de prononcer la décharge de ces pénalités.
Sur l'objet des conclusions à fin de décharge :
2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 200-2 du livre des procédures fiscales : " Le demandeur ne peut contester devant le tribunal administratif des impositions différentes de celles qu'il a visées dans sa réclamation à l'administration ".
3. Il est constant que, dans sa réclamation, la SARL Financière F. A a contesté seulement les pénalités pour manquement délibéré et non les rappels en principal, limitant ainsi la portée de sa réclamation et par suite celle de ses prétentions recevables devant le tribunal administratif. Si la requérante demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de " dire et juger que la décharge de l'imposition et des pénalités est encourue ", elle précise expressément, dans sa requête comme dans son dernier mémoire, que sa demande de décharge porte uniquement sur les pénalités. Par suite, l'objet de ses conclusions est limité à ces dernières.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
En ce qui concerne la motivation des propositions de rectification :
4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Selon l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ".
5. Contrairement à ce que soutient la SARL Financière F. A, les propositions de rectification des 17 décembre 2018 et 29 avril 2019 qui lui ont été adressées ne font aucune référence aux propositions de rectification adressées à la SARL Résidence Del Campo, ces dernières leur étant d'ailleurs postérieures. Par suite, il ne s'agit pas d'un cas de motivation par référence. La requérante ne peut donc utilement soutenir qu'une telle motivation par référence serait insuffisante au regard du contenu et des modalités de notification des propositions de rectification visant la SARL Résidence Del Campo. Par ailleurs, il ressort de leurs propres termes que les propositions de rectification des 17 décembre 2018 et 29 avril 2019 adressées à la requérante indiquent la nature, les motifs et les montants des rectifications opérées en matière de taxe sur la valeur ajoutée collectée ainsi que les raisons pour lesquelles la majoration de 40 % pour manquement délibéré a été appliquée. Ces documents sont donc suffisamment motivés par eux-mêmes. Dès lors, le moyen d'insuffisance de motivation manque en fait.
En ce qui concerne les renseignements ou documents obtenus de tiers :
6. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".
7. Il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, d'informer le contribuable, avec une précision suffisante, de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus auprès de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition, afin de permettre à l'intéressé, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Toutefois, l'obligation qui lui est ensuite faite de tenir à la disposition du contribuable qui les demande ou de lui communiquer, avant la mise en recouvrement des impositions, les documents ou copies de documents contenant les renseignements qu'elle a utilisés pour procéder aux redressements ne peut porter que sur les documents effectivement détenus par les services fiscaux. Dans l'hypothèse où les documents que le contribuable demande à examiner sont détenus non par l'administration fiscale, qui les a seulement consultés à l'occasion d'une vérification de comptabilité concernant une autre société, mais par cette dernière, il appartient à l'administration fiscale, d'une part, d'en informer l'intéressé afin de le mettre en mesure d'en demander communication à ce tiers et, d'autre part, de porter à sa connaissance l'ensemble des renseignements fondant l'imposition recueillis à l'occasion de la vérification de comptabilité de cette autre société.
8. Il ressort des propositions de rectification des 17 décembre 2018 et 29 avril 2019 que l'administration s'est fondée, pour établir les rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige, sur des informations issues de la vérification de comptabilité de la SARL Résidence Del Campo. Contrairement à ce que soutient la SARL Financière F. A, les renseignements ainsi obtenus par l'administration résultent, non pas de l'exercice du droit de communication prévu à l'article L. 81 du livre des procédures fiscales, mais de la mise en œuvre d'une vérification de comptabilité conformément à l'article L. 13 du même code.
9. D'une part, l'administration a indiqué dans les propositions de rectification que ces renseignements étaient issus de la vérification de comptabilité de la SARL Résidence Del Campo. Elle a ensuite précisé que le contrat de bail du 14 juillet 2008 par lequel la SARL Financière F. A avait donné en location des locaux meublés à la SARL Résidence Del Campo avait généré des loyers soumis à la taxe sur la valeur ajoutée en application des stipulations du contrat, que ces loyers avaient effectivement été payés à la SARL Financière F. A et que cette dernière avait donc collecté la taxe correspondante. L'administration a mentionné, pour chacune des trois années en cause, le montant des sommes réglées au titre des loyers, le montant de la taxe ainsi réellement collectée par la SARL Financière F. A, le montant de taxe collectée déclaré par celle-ci et, par conséquent, le montant du rappel de taxe résultant du décalage entre ces deux dernières sommes. Dès lors, l'administration a informé la requérante de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus avec une précision suffisante pour la mettre en mesure de discuter utilement ces derniers et, le cas échéant, de demander la communication des documents les contenant. Contrairement à ce qui est soutenu, l'administration n'était pas tenue, pour permettre à la requérante de se défendre utilement, de mentionner chaque élément extrait de la comptabilité de la SARL Résidence Del Campo, chaque date de versement ou d'enregistrement en comptabilité ou encore chaque moyen de paiement. Ainsi, l'administration a rempli son obligation d'information.
10. D'autre part, l'administration soutient sans être contredite que la SARL Financière F. A n'a pas présenté, avant la mise en recouvrement des impositions, de demande de communication des documents ou copies de documents contenant les renseignements ainsi utilisés. L'administration ne peut donc pas avoir méconnu son obligation de communication, qui n'est applicable qu'en cas de demande formulée par le contribuable.
11. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la procédure d'imposition serait entachée d'irrégularité au regard des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales.
Sur les pénalités :
12. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Selon l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, () la preuve de la mauvaise foi () incombe à l'administration ".
13. Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt. Si l'administration se fonde également sur des éléments tirés du comportement du contribuable pendant la vérification, la mention d'un tel motif, qui ne peut en lui-même justifier l'application d'une telle pénalité, ne fait pas obstacle à ce que le manquement délibéré soit regardé comme établi dès lors que les conditions rappelées ci-dessus sont satisfaites.
14. La SARL Financière F. A ne conteste pas que le montant de taxe sur la valeur ajoutée collectée qu'elle a déclaré au titre de la période en litige est inférieur au montant réel résultant des loyers que lui a versés la SARL Résidence Del Campo en exécution du contrat de bail conclu entre les deux sociétés. Ainsi que le fait valoir l'administration, la requérante ne pouvait pourtant pas ignorer le montant des recettes qu'elle avait encaissées et donc celui des droits correspondants. Contrairement à ce qu'elle allègue, les propositions de rectification qui lui ont été adressées font référence au paiement effectif des loyers puisqu'elles indiquent que ces sommes ont été réglées. Au demeurant, la requérante ne conteste pas la réalité de ces paiements. En outre, les omissions déclaratives sont d'une importance particulièrement significative puisqu'il résulte de l'instruction que la SARL Financière F. A n'a reporté sur ses déclarations de taxe sur la valeur ajoutée que 9 %, 4 % et 1 % de la taxe collectée qu'elle aurait dû déclarer au titre respectivement des exercices 2015, 2016 et 2017, occultant ainsi la grande majorité de la taxe collectée pour un montant total de 40 849 euros. Par ailleurs, il est constant que la SARL Financière F. A et la SARL Résidence Del Campo ont le même gérant, M. B A, qui en est également l'associé principal et qui ne pouvait donc ignorer ni les flux financiers entrants et sortants de chaque société en exécution du contrat de bail, ni le fait que la SARL Résidence Del Campo avait parallèlement porté en déduction, sur ses déclarations, la taxe correspondant aux loyers acquittés en qualité de preneur. La circonstance que le vérificateur a employé l'expression de " groupe informel " est sans incidence à cet égard, alors que la réalité des liens de gestion et de capital entre les deux sociétés n'est pas contestée. Enfin, l'administration soutient sans être sérieusement contredite que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée avaient été notifiés à la requérante pour des motifs identiques au titre des années 2011 à 2013. Les insuffisances de déclaration, réitérées d'année en année, présentent donc un caractère répété. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, l'administration apporte la preuve du caractère intentionnel du manquement de la SARL Financière F. A à ses obligations déclaratives. Par suite, l'application de la majoration de 40 % pour manquement délibéré, prévue par les dispositions du a de l'article 1729 du code général des impôts, est justifiée.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Financière F. A n'est pas fondée à demander la décharge des pénalités contestées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par la SARL Financière F. A.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Financière F. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Financière F. A et à l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer.
Délibéré après l'audience du 25 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Cros, premier conseiller,
M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé
F. CROS
La présidente,
Signé
M. BERNABEU
La greffière,
Signé
G. GUTH
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026