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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102693

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102693

lundi 12 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102693
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantGEORGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Sous le n° 2102693, par une requête enregistrée le 1er octobre 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) RE, représentée par Me Georges, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2011 et 2012, et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que le service a procédé les

2 et 6 juin 2017 au recouvrement du premier avis de mise en recouvrement du 18 avril 2017 en compensant la créance globale avec un excédent d'impôt sur les sociétés 2016 et un crédit d'impôt compétitivité emploi 2016, que l'avis de mise en recouvrement a ainsi été exécuté, que la demande de saisine du supérieur hiérarchique du vérificateur est une garantie substantielle qui se rattache à la vérification de comptabilité elle-même, que l'administration a procédé au dégrèvement d'office de l'avis de mise en recouvrement litigieux sans annuler la décision de son comptable d'exécuter une compensation sur l'avis de mise en recouvrement dégrevé, que le crédit d'impôt n'a pas été restitué à la requérante, que cette dernière a subi les conséquences du premier avis de mise en recouvrement et que l'annulation de celui-ci ainsi que l'émission d'un nouvel avis de mise en recouvrement après un nouvel entretien avec l'interlocuteur départemental n'ont pas régularisé l'acte de recouvrement effectué ;

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

- c'est à tort que le vérificateur a rejeté la comptabilité présentée par la société, alors que les recettes étaient justifiées dans leur détail par les journaux de caisse mentionnant la nomenclature, le code de désignation, le montant de la vente et le moyen de paiement de chaque produit vendu, y compris pendant les périodes particulières de soldes et de braderie ; pour ces périodes, l'absence d'étiquettes de soldes mentionnant la remise ou le prix soldé ne prive pas la comptabilité de valeur probante dès lors qu'il est possible de suivre les produits de l'achat à la vente ; les prélèvements personnels en nature effectués par la gérante n'étant pas des ventes, ils n'avaient pas à figurer sur le journal de recettes, de sorte que leur défaut de comptabilisation est sans incidence sur le montant des recettes et donc sur la valeur probante de la comptabilité ; si les ventes de lots à des soldeurs professionnels n'ont pas donné lieu à une facture, la vente est enregistrée puisque les espèces sont entrées en caisse ;

- s'agissant de la reconstitution de recettes, le taux de remise de 40 % retenu par le vérificateur pour la braderie est sous-évalué ; les taux de remise ont été arrêtés de manière discrétionnaire et arbitraire, sans analyse du détail des journaux de caisse qui aurait permis de connaître la marge véritable sur la vente des produits.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 avril 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

II. Sous le n° 2102694, par une requête enregistrée le 1er octobre 2021, la SARL RE, représentée par Me Georges, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2012, et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que le service a procédé les

2 et 6 juin 2017 au recouvrement du premier avis de mise en recouvrement du 18 avril 2017 en compensant la créance globale avec un excédent d'impôt sur les sociétés 2016 et un crédit d'impôt compétitivité emploi 2016, que l'avis de mise en recouvrement a ainsi été exécuté, que la demande de saisine du supérieur hiérarchique du vérificateur est une garantie substantielle qui se rattache à la vérification de comptabilité elle-même, que l'administration a procédé au dégrèvement d'office de l'avis de mise en recouvrement litigieux sans annuler la décision de son comptable d'exécuter une compensation sur l'avis de mise en recouvrement dégrevé, que le crédit d'impôt n'a pas été restitué à la requérante, que cette dernière a subi les conséquences du premier avis de mise en recouvrement et que l'annulation de celui-ci ainsi que l'émission d'un nouvel avis de mise en recouvrement après un nouvel entretien avec l'interlocuteur départemental n'ont pas régularisé l'acte de recouvrement effectué ;

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

- c'est à tort que le vérificateur a rejeté la comptabilité présentée par la société, alors que les recettes étaient justifiées dans leur détail par les journaux de caisse mentionnant la nomenclature, le code de désignation, le montant de la vente et le moyen de paiement de chaque produit vendu, y compris pendant les périodes particulières de soldes et de braderie ; pour ces périodes, l'absence d'étiquettes de soldes mentionnant la remise ou le prix soldé ne prive pas la comptabilité de valeur probante dès lors qu'il est possible de suivre les produits de l'achat à la vente ; les prélèvements personnels en nature effectués par la gérante n'étant pas des ventes, ils n'avaient pas à figurer sur le journal de recettes, de sorte que leur défaut de comptabilisation est sans incidence sur le montant des recettes et donc sur la valeur probante de la comptabilité ; si les ventes de lots à des soldeurs professionnels n'ont pas donné lieu à une facture, la vente est enregistrée puisque les espèces sont entrées en caisse ;

- s'agissant de la reconstitution de recettes, le taux de remise de 40 % retenu par le vérificateur pour la braderie est sous-évalué ; les taux de remise ont été arrêtés de manière discrétionnaire et arbitraire, sans analyse du détail des journaux de caisse qui aurait permis de connaître la marge véritable sur la vente des produits.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 avril 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

III. Sous le n° 2102696, par une requête enregistrée le 1er octobre 2021, la SARL RE, représentée par Me Georges, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de retenue à la source auxquels elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2011 et 2012, et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que le service a procédé les

2 et 6 juin 2017 au recouvrement du premier avis de mise en recouvrement du 18 avril 2017 en compensant la créance globale avec un excédent d'impôt sur les sociétés 2016 et un crédit d'impôt compétitivité emploi 2016, que l'avis de mise en recouvrement a ainsi été exécuté, que la demande de saisine du supérieur hiérarchique du vérificateur est une garantie substantielle qui se rattache à la vérification de comptabilité elle-même, que l'administration a procédé au dégrèvement d'office de l'avis de mise en recouvrement litigieux sans annuler la décision de son comptable d'exécuter une compensation sur l'avis de mise en recouvrement dégrevé, que le crédit d'impôt n'a pas été restitué à la requérante, que cette dernière a subi les conséquences du premier avis de mise en recouvrement et que l'annulation de celui-ci ainsi que l'émission d'un nouvel avis de mise en recouvrement après un nouvel entretien avec l'interlocuteur départemental n'ont pas régularisé l'acte de recouvrement effectué ;

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

- c'est à tort que le vérificateur a rejeté la comptabilité présentée par la société, alors que les recettes étaient justifiées dans leur détail par les journaux de caisse mentionnant la nomenclature, le code de désignation, le montant de la vente et le moyen de paiement de chaque produit vendu, y compris pendant les périodes particulières de soldes et de braderie ; pour ces périodes, l'absence d'étiquettes de soldes mentionnant la remise ou le prix soldé ne prive pas la comptabilité de valeur probante dès lors qu'il est possible de suivre les produits de l'achat à la vente ; les prélèvements personnels en nature effectués par la gérante n'étant pas des ventes, ils n'avaient pas à figurer sur le journal de recettes, de sorte que leur défaut de comptabilisation est sans incidence sur le montant des recettes et donc sur la valeur probante de la comptabilité ; si les ventes de lots à des soldeurs professionnels n'ont pas donné lieu à une facture, la vente est enregistrée puisque les espèces sont entrées en caisse ;

- s'agissant de la reconstitution de recettes, le taux de remise de 40 % retenu par le vérificateur pour la braderie est sous-évalué ; les taux de remise ont été arrêtés de manière discrétionnaire et arbitraire, sans analyse du détail des journaux de caisse qui aurait permis de connaître la marge véritable sur la vente des produits.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 avril 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 janvier 2024 :

- le rapport de M. Cros ;

- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL RE, qui exploitait alors deux magasins de vente au détail, l'un de prêt-à-porter féminin et l'autre d'accessoires de mode féminins, dans une galerie marchande située

18 rue Gambetta dans le centre-ville de la commune de Saint-Tropez, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2012, au cours de laquelle le vérificateur a, pour l'ensemble de la période vérifiée, rejeté la comptabilité présentée par la société pour défaut de régularité et de valeur probante et procédé à une reconstitution de recettes. A l'issue de ce contrôle, le service a notifié à la SARL RE, par une première proposition de rectification du 24 juin 2014, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2011 et 2012 ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2012 et, par une seconde proposition de rectification du 5 novembre 2014, des rappels de retenue à la source sur revenus distribués au titre des exercices clos en 2011 et 2012, tous établis selon la procédure de rectification contradictoire. Sa réclamation du 15 décembre 2017 ayant été rejetée par une décision du 29 juillet 2021, la SARL RE demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de ces cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés dans l'instance n° 2102693, de ces rappels de taxe sur la valeur ajoutée dans l'instance n° 2102694 et de ces rappels de retenue à la source dans l'instance n° 2102696.

Sur la jonction :

2. Les trois requêtes ainsi présentées par la SARL RE présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

3. La SARL RE se borne à soutenir que l'administration n'aurait pas respecté la garantie substantielle liée à la demande de saisine du supérieur hiérarchique du vérificateur, qui se rattache à la vérification de comptabilité, en procédant les 2 et 6 juin 2017 à la compensation de la créance globale avec un excédent d'impôt sur les sociétés 2016 et un crédit d'impôt compétitivité emploi 2016, en exécutant l'avis de mise en recouvrement initial du 18 avril 2017, en n'annulant pas cette décision de compensation, en ne lui restituant pas le crédit d'impôt et en omettant de régulariser l'acte de recouvrement ainsi effectué. La requérante n'identifie pas les dispositions législatives ou réglementaires qui auraient été méconnues et ses allégations factuelles sont imprécises. Par suite, ce moyen, eu demeurant inintelligible, ne peut qu'être écarté comme dépourvu de précisions suffisantes, en droit comme en fait, pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

S'agissant du rejet de la comptabilité :

4. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts, applicable à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 de ce code : " () le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises () ". Selon l'article 54 du même code : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration () ". Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable : " () La charge de la preuve des graves irrégularités [affectant la comptabilité] invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge () ".

5. Il est toujours loisible à l'administration de justifier le rejet de la comptabilité du contribuable vérifié, même si elle est régulière en la forme, en se fondant sur des motifs pertinents tirés du manque de valeur probante de cette comptabilité, accompagnés de tous éléments de fait permettant de présumer que les résultats déclarés ont été minorés. L'absence de présentation des pièces justificatives de recettes suffit pour que la comptabilité d'une entreprise soit regardée comme dépourvue de valeur probante.

6. Il ressort de la proposition de rectification du 24 juin 2014 et du procès-verbal de constat d'irrégularités dressé le 12 juin précédent, contresigné par la gérante de la SARL RE, que, pour rejeter la comptabilité présentée par cette dernière comme dépourvue de caractère probant sur l'ensemble de la période vérifiée, le vérificateur, après avoir relevé que la société ne disposait pas d'une caisse enregistreuse et enregistrait ses recettes journalières au moyen d'un simple brouillard de caisse contenant seulement la description sommaire des articles vendus sans références précises, leur prix de vente et le moyen de paiement utilisé par les clients, s'est fondé sur l'absence de pièce justificative du prix de vente normal et du prix de vente démarqué des articles vendus pendant les soldes d'été ou la braderie annuelle de la commune de Saint-Tropez, sur l'absence de facture détaillée de la vente réalisée une fois par un an à un soldeur, sur l'absence de mention dans le brouillard de caisse des remises accordées aux clientes habituelles et, enfin, sur l'absence d'état matérialisant les articles offerts ou retirés de la vente en vue d'une utilisation privée. Au regard de cette quadruple absence de justificatifs, le vérificateur a estimé qu'il était impossible de vérifier la réalité et l'importance des réductions de prix accordées sur les ventes soldées, bradées, remisées ou effectués auprès d'un soldeur et, par suite, de vérifier la réalité du chiffre d'affaires déclaré par la société.

7. En premier lieu, si la SARL RE soutient avoir mis à la disposition du vérificateur des journaux de caisse mentionnant de manière détaillée, y compris pendant les périodes de soldes et de braderie, la nomenclature et le code de désignation des produits vendus, elle ne produit ni ces journaux de caisse ni aucun autre élément de preuve à l'appui de ses allégations, alors que sa gérante a contresigné le procès-verbal du 12 juin 2014 constatant l'absence de justificatif détaillé des recettes tirées de la vente d'articles soldés, bradés ou remisés.

8. En deuxième lieu, s'agissant des articles vendus lors des soldes ou de la braderie annuelle, le vérificateur ne s'est pas seulement fondé sur l'absence de conservation des étiquettes portant la mention du prix de vente normal et celle du prix de vente soldé ou bradé mais, plus généralement, sur l'absence de toute pièce justificative permettant de vérifier ces prix et donc l'ampleur des remises accordées et des recettes réalisées. Si la SARL RE affirme qu'il était possible, même sans étiquettes de soldes, de suivre les articles depuis leur achat jusqu'à leur vente au moyen des relevés de prix, des calculs de marges, des justificatifs d'achats et des journaux de caisse remis au vérificateur, elle ne produit aucun de ces documents.

9. En troisième lieu, la requérante soutient que le défaut de comptabilisation des prélèvements personnels de sa gérante sur ses stocks est sans incidence sur le montant de ses recettes. Toutefois, elle ne conteste pas un tel défaut d'inscription en comptabilité, laquelle ne peut dès lors être regardée comme retraçant fidèlement l'intégralité des opérations réalisées par la société. En tout état de cause, ce motif est surabondant parmi l'ensemble de ceux mentionnés au point 6 sur lesquels le vérificateur s'est fondé pour rejeter la comptabilité.

10. En dernier lieu, la SARL RE ne conteste pas l'absence de facture détaillée de la vente annuellement réalisée à un soldeur professionnel. Si elle allègue que " la vente est enregistrée puisque les espèces sont entrées en caisse ", elle ne produit aucun document permettant d'identifier précisément la consistance et les recettes tirées de cette vente. Sur ce point également, la comptabilité présentée n'est donc pas fidèle au chiffre d'affaires réalisé.

11. Dans ces conditions, les insuffisances constatées par l'administration étaient de nature à faire regarder la comptabilité de la SARL RE comme dépourvue de caractère probant. Par suite, la requérante n'est pas fondée à contester le rejet de sa comptabilité.

S'agissant de la reconstitution des recettes :

12. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable : " Lorsque l'une des commissions visées à l'article L. 59 est saisie d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission. () / Elle incombe également au contribuable à défaut de comptabilité ou de pièces en tenant lieu () ".

13. L'administration étant fondée, ainsi qu'il a été dit aux points 4 à 11, à rejeter la comptabilité et à procéder à la reconstitution du chiffre d'affaires de la SARL RE, et la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ayant confirmé, dans l'avis émis à l'issue de sa séance du 6 décembre 2016, le rejet de la comptabilité et la reconstitution de recettes réalisée par l'administration, la charge de la preuve de l'exagération des impositions mises à sa charge incombe à la requérante qui doit, pour ce faire, démontrer préalablement le caractère radicalement vicié ou sommaire de la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires suivie par le vérificateur.

14. Il ressort de la proposition de rectification du 24 juin 2014 que, pour reconstituer le chiffre d'affaires réalisé par la SARL RE sur chacun des exercices litigieux, le vérificateur a identifié trois périodes de vente : sans démarque, soldes et braderie. Il a retenu un coefficient de bénéfice brut de 2,00 pour la période sans démarque, correspondant à celui qu'il avait constaté lors du relevé des prix effectué sur place. Il a fixé le taux moyen de remise sur le prix normal de vente à 30 % en période de soldes et 40 % en période de braderie, soit respectivement des coefficients de bénéfice brut de 1,40 et 1,20. Pour chacune des trois périodes, il a ensuite isolé la part du montant annuel des achats revendus déclarés en comptabilité correspondant à cette période, qu'il a multipliée par le coefficient de bénéfice brut associé à ladite période. Il a enfin additionné ces trois produits pour reconstituer le chiffre d'affaires annuel total.

15. La SARL RE, tout en reconnaissant que le taux moyen de remise de 30 % retenu par le vérificateur pour réduire la marge en période de soldes " paraît être juste ", conteste le taux moyen de remise de 40 % retenu pour la période de braderie. Toutefois, elle se borne à indiquer de manière générale que son commerce est implanté dans le centre-ville de Saint-Tropez, que le principe même de la braderie est de déstocker les invendus et que le prix de vente peut y être inférieur au prix d'achat, sans apporter aucun élément précis de nature à démontrer que le taux moyen de remise de 40 % retenu par le vérificateur serait sous-évalué. Si la requérante soutient ensuite que les taux de remise arrêtés par le vérificateur à la fois pour la braderie et les soldes présentent un caractère " discrétionnaire " et même " arbitraire ", elle n'apporte pas davantage d'élément susceptible d'étayer ses allégations, alors qu'elle ne conteste pas qu'à la suite de son recours hiérarchique, l'administration a déjà abaissé le coefficient de bénéfice brut global pour tenir compte de l'impact des remises pratiquées durant les soldes et la braderie, ainsi que l'a relevé la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires dans son avis précité. Enfin, la SARL RE ne peut sérieusement prétendre que l'analyse du détail des journaux de caisse permettrait de déterminer la " marge véritable " sur la vente de ses produits alors qu'elle ne produit pas de tels documents. Dans ces conditions, il n'est pas démontré que la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires employée par le vérificateur serait radicalement viciée ni excessivement sommaire, et la société ne propose pas de méthode plus pertinente. Dès lors, c'est à bon droit que l'administration s'est fondée sur les résultats de la méthode décrite ci-dessus pour déterminer le montant du chiffre d'affaires et du résultat de la requérante au titre des exercices en litige.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL RE n'est pas fondée à demander la décharge des impositions litigieuses.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, la somme demandée à ce titre par la SARL RE.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes susvisées de la SARL RE sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée RE et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Délibéré après l'audience du 22 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Cros, premier conseiller,

M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.

Le rapporteur,

Signé

F. CROS

La présidente,

Signé

M. BERNABEU

La greffière,

Signé

G. GUTH

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

2, 2102694, 2102696

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