mercredi 17 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2102864 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MAGENTA |
Vu la procédure suivante :
I°/ Par une requête enregistrée le 18 octobre 2021 et des mémoires en réplique enregistrés le 25 septembre et le 27 octobre 2023, les sociétés Vinci Immobilier d'entreprise, Vinci Immobilier Méditerranée, Vinci Immobilier Résidentiel, représentées par la société d'avocats Magenta par Me Mahler, demandent au Tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 août 2021 par laquelle le préfet du Var - direction départementale des territoires et de la mer - a rejeté la réclamation de la société Vinci Immobilier Méditerranée tendant au dégrèvement partiel des taxes d'urbanisme auxquelles elle a été assujettie à raison des permis de construire délivrés les 16 juillet, 22 juillet et 19 août 2013 ;
2°) d'enjoindre à l'Etat - DDTM du Var - de lui accorder un dégrèvement de 811 617 euros au titre des taxes d'aménagement émises sur la base des permis de construire accordés dans le cadre de l'opération d'aménagement du boulevard de la Démocratie à Toulon, dans le délai de 3 mois à compter de la notification du présent jugement, à défaut, d'enjoindre à cette autorité de procéder à un nouvel examen de sa demande de dégrèvement et de prendre une nouvelle décision dans les mêmes conditions de délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 10 000 euros à leur verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
forme ;
Elles soutiennent que :
- l'imprécision de l'identification du signataire de la décision entache celle-ci de vice de
- l'article L.331-15, alinéa 1, du code de l'urbanisme permet aux communes d'appliquer,
par une délibération motivée, une taxe d'aménagement majorée dans certains secteurs si la création d'équipements publics est rendue nécessaire en raison de l'importance des constructions nouvelles édifiées dans ces secteurs et précise que l'application d'une telle taxe d'aménagement majorée n'est possible qu'à la condition qu'elle soit proportionnée au coût des équipements publics à réaliser pour répondre aux besoins des futurs habitants ou usagers des constructions à édifier ; or, la commune a fixé, sans le motiver, un taux majoré à 20% des taxes d'aménagement applicables sur le secteur Nord Démocratie qui n'était pourtant pas proportionné au coût de création des équipements publics à réaliser ; il a ainsi été mis à la charge de Vinci Immobilier résidentiel une somme excédant le coût des équipements publics à réaliser pour répondre aux besoins des futurs habitants des constructions à édifier et ce, en vertu d'une délibération illégale comme ayant été prise en violation de l'article L331-15, alinéa 2, du code de l'urbanisme ; la décision de refus de dégrèvement est donc également illégale ;
- la commune a rectifié sa délibération en 2014, en ramenant le taux de 20 à 13% et a admis la disproportion du taux initial par rapport à la réalité des travaux nécessaires ; elle a également adopté 3 arrêtés rectificatifs des permis de construire et a remboursé le trop-perçu.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 septembre 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 25 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 26 septembre 2023 à 12 heures, par application de l'article R.613-1 du code de justice administrative.
II°/ Par une requête enregistrée le 15 juillet 2022 et un mémoire en réplique enregistré le 28 septembre 2023, les sociétés Vinci Immobilier d'entreprise et Vinci Immobilier Résidentiel, représentées par la société d'avocats Magenta par Me Mahler, demandent au Tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 17 mai 2022 par laquelle la commune de Toulon s'est opposée à la restitution du trop-perçu de taxes d'urbanisme émises au titre des permis de construire délivrés les 16 juillet, 22 juillet et 19 août 2013 et à l'indemnisation des préjudices qu'elles ont subis du fait de l'immobilisation indue de cette somme ;
2°) de condamner la commune à leur restituer cette somme et à indemniser le préjudice qui a résulté de son indisponibilité indue ;
3°) d'enjoindre à la commune de Toulon de prendre une décision visant à cette restitution et indemnisation, dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir et à défaut de réexaminer leur réclamation et prendre une nouvelle décision dans les mêmes conditions de délai ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Toulon une somme de 10 000 euros à leur verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la délibération qui a fixé les taux à 20% est illégale car le taux déterminé n'a pas été motivé et s'avère disproportionné à la réalité des travaux exigés ; la commune a pris une
délibération rectificative et a formulé expressément son intention de rembourser qui s'est concrétisée par une délibération du 15 décembre 2017, ultérieurement annulée par le tribunal administratif ; cette attitude leur cause un préjudice qui doit être indemnisé.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 juin 2023, la commune de Toulon, agissant par son maire en exercice et représentée par la SELARL Imavocats par Me Parisi, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge des requérantes au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que la requête est irrecevable et que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 30 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 28 novembre 2023 à 12 heures, par application de l'article R.613-1 du code de justice administrative.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bonmati ;
- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Mahler pour les sociétés requérantes, de Mme B pour le préfet du Var et de Me Parisi pour la commune de Toulon.
Considérant ce qui suit :
1. Par les présentes requêtes qui, présentant à juger des questions semblables, doivent être jointes, les sociétés Vinci Immobilier d'entreprise, Vinci Immobilier Méditerranée, Vinci Immobilier Résidentiel doivent être regardées comme demandant d'une part, un dégrèvement, à hauteur de 811 617 euros, de la taxe d'aménagement à laquelle la SNC Vinci Immobilier Entreprises a été assujettie à raison des permis de construire qui lui ont été délivrés les 16 juillet 2013, 22 juillet 2013 et 19 août 2013 et d'autre part, la condamnation de la commune de Toulon à leur restituer cette somme et à l'indemniser des préjudices qu'elles subissent du fait de son immobilisation indue.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
2. Aux termes de l'article L. 331-6 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Les opérations d'aménagement et les opérations de construction, de reconstruction
1.
et d'agrandissement des bâtiments, installations ou aménagements de toute nature soumises à un régime d'autorisation en vertu du présent code donnent lieu au paiement d'une taxe d'aménagement
/ () / Le fait générateur de la taxe est, selon les cas, la date de délivrance de l'autorisation de construire () ". Aux termes de l'article L. 331-14 du même code : " Par délibération adoptée avant le 30 novembre, les communes ou établissements publics de coopération intercommunale bénéficiaires de la part communale ou intercommunale de la taxe d'aménagement fixent les taux applicables à compter du 1er janvier de l'année suivante. / Les communes ou établissements publics de coopération intercommunale peuvent fixer des taux différents dans une fourchette comprise entre 1 % et 5 %, selon les aménagements à réaliser, par secteurs de leur territoire () ". Aux termes de l'article L. 331-15 du même code : " Le taux de la part communale ou intercommunale de la taxe d'aménagement peut être augmenté jusqu'à 20 % dans certains secteurs par une délibération motivée, si la réalisation de travaux substantiels de voirie ou de réseaux ou la création d'équipements publics généraux est rendue nécessaire en raison de l'importance des constructions nouvelles édifiées dans ces secteurs. Il ne peut être mis à la charge des aménageurs ou constructeurs que le coût des équipements publics à réaliser pour répondre aux besoins des futurs habitants ou usagers des constructions à édifier dans ces secteurs ou, lorsque la capacité des équipements excède ces besoins, la fraction du coût proportionnelle à ceux-ci. En cas de vote d'un taux supérieur à 5 % dans un ou plusieurs secteurs, les contributions mentionnées au b du 1°, aux b et d du 2° et au 3° de l'article L. 332-6-1 ne sont plus applicables dans ce ou ces secteurs. ". Aux termes de l'article L. 331-30 de ce code : " Le redevable de la taxe peut en obtenir la décharge, la réduction ou la restitution totale ou partielle : () 6° Si une erreur a été commise dans l'assiette ou le calcul de la taxe. " et aux termes de l'article L.331-31 : " Les réclamations concernant la taxe d'aménagement sont présentées, instruites et jugées selon les règles applicables en matière d'impôts directs locaux. ".
3. En demandant l'annulation de la décision du 17 août 2022 par laquelle le préfet du Var a rejeté leur réclamation préalable, les sociétés requérantes doivent être regardées comme ayant entendu demander un dégrèvement de la taxe d'aménagement qui leur a été assignée, correspondant à la différence entre le montant initialement réclamé, calculé sur la base du taux de 20% résultant de la délibération du conseil municipal de la commune de Toulon du 25 novembre 2011 et celui résultant de l'application d'un taux de 13% adopté par délibération du conseil municipal de cette commune en date du 14 février 2014.
4. La réclamation constituant, à peine d'irrecevabilité des conclusions en décharge, le préalable obligatoire à la saisine du juge de l'impôt, les vices propres à la décision prise sur cette réclamation sont sans incidence ni sur la régularité ni sur le bien-fondé des impositions en litige. Il s'ensuit que le moyen tiré de prétendues ambiguïtés quant à l'identité de l'auteur de la décision du 17 août 2022 portant rejet de la réclamation préalable, ne saurait être utilement invoqué et doit être écarté.
5. Il résulte des dispositions citées au point 2 que la légalité d'une délibération prise sur le fondement de l'article L. 331-15 du code de l'urbanisme afin d'instaurer dans certains secteurs d'une commune un taux majoré pour le calcul de la taxe d'aménagement et, partant, le bien-fondé des taxes d'aménagement calculées sur la base de ce taux, est subordonnée à la condition qu'il soit proportionné au coût ou à la fraction du coût des travaux de voirie ou de création d'équipements publics non encore réalisés, rendus nécessaires afin de répondre aux besoins des futurs habitants ou usagers des constructions à édifier dans ces secteurs, ce qu'il appartient au juge de l'impôt, saisi d'une telle contestation, de rechercher.
6. Il résulte de l'instruction que, pour fixer, par sa délibération du 25 novembre 2011 dont les requérantes excipent, par la voie de l'exception, de l'illégalité, un taux de 20% dans le secteur
1.
" Nord Démocratie ", tel que délimité par les documents d'urbanisme, le conseil municipal de Toulon a retenu l'importance des constructions à édifier dans le secteur et la réalisation d'équipements publics structurants tels que la restructuration du réseau d'assainissement et la requalification des boulevards de la Démocratie et de Lesseps, artères principales, et des rues commandant A et Roère, artères secondaires, qui assurent la desserte du quartier.
7. Si, par sa délibération du 14 février 2014, cette même assemblée a ramené ce taux de 20% à 13%, il ressort des termes-mêmes de cette délibération que ce choix a été fait au vu de l'aboutissement du projet, de nouvelles estimations du coût des équipements restant à réaliser et du fait que la commune ne souhaitait pas en faire supporter l'intégralité aux constructeurs. Dans ces conditions, alors même que le dossier ne comporterait aucun élément chiffré d'évaluation du coût des opérations ayant justifié le choix du taux de 20%, lequel a été effectué en 2011, les motifs retenus pour justifier la réduction décidée en 2014 résultent d'éléments survenus postérieurement lesquels ne sont pas de nature à établir, par eux-mêmes, le caractère excessif du taux voté en 2011. Il s'ensuit que les sociétés requérantes qui ne contestent la taxe d'aménagement à laquelle elles ont été assujetties qu'en tant qu'elle n'a pas été calculée au taux de 13% mais n'apportent aucun élément précis de nature à démontrer ni en quoi le taux de 20% initialement retenu aurait été exagéré, ni en quoi le taux de 13% adopté en 2014 aurait été, dès l'origine, proportionné au coût des équipements à réaliser, ne sont pas fondées à demander le dégrèvement qu'elles sollicitent.
Sur les conclusions indemnitaires :
8. Il résulte des considérations qui précèdent que la taxe d'aménagement mise à la charge des sociétés requérantes à raison des trois permis de construire des 16 juillet 2013, 22 juillet 2013 et 19 août 2013, calculée au taux de 20% en vertu d'une délibération du 25 novembre 2011 qui n'est pas illégale, ne présente pas de caractère d'exagération. Il s'ensuit que les sociétés requérantes ne sont pas fondées à demander que la commune de Toulon soit condamnée sur le fondement de la faute qui aurait résulté d'une illégalité ou d'une promesse non tenue dès lors que la commune ne dispose d'aucune compétence pour promettre une réduction d'impôt non prévue par la loi, à leur restituer la somme de 811 617 euros correspondant à la différence entre les taxes initialement réclamées et celles qui résultent d'un calcul au taux de 13%.
9. Si les sociétés requérantes réclament également l'indemnisation du préjudice annexe qui aurait résulté pour elles de l'immobilisation de cette somme et des frais engagés pour en obtenir la restitution, elles ne précisent ni la nature ni l'étendue ni le montant de ce préjudice. Il résulte, en outre, des considérations qui précèdent que l'immobilisation de ladite somme ne procède d'aucune illégalité fautive.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède et sans qu'il soit nécessaire de se prononcer sur leur recevabilité, que les présentes requêtes doivent être rejetées y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
11. Il n'y a pas lieu non plus, dans les circonstances de l'espèce, de faire application, au bénéfice de la commune de Toulon, des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
1.
DECIDE
Article 1er : Les requêtes susvisées des sociétés Vinci Immobilier d'entreprise, Vinci Immobilier Méditerranée, Vinci Immobilier Résidentiel sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Toulon tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente décision sera notifiée aux sociétés Vinci Immobilier d'entreprise, Vinci Immobilier Méditerranée, Vinci Immobilier Résidentiel, à la commune de Toulon et à l'Etat par le préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 26 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Harang, président,
M. Quaglierini, premier conseiller Mme Bonmati, magistrat honoraire
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.
La rapporteure, Signé
D. BONMATI
Le président, Signé
P. HARANG
Le greffier, Signé
P. BERENGER
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, Pour la greffière en chef, Et par délégation,
Le greffier.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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