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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102928

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102928

mardi 25 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102928
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre - Juge Unique
Avocat requérantDEBARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 octobre 2021, M. C A B, représenté par Me Debard, demande au Tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation de son préjudice, du fait de l'absence de relogement depuis la décision de la commission de médiation du Var datée du 7 mai 2020 ;

2°) de majorer cette somme des intérêts au taux légal à compter de la demande préalable indemnitaire du 23 août 2021 et d'ordonner la capitalisation des intérêts ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser directement à Me Debard en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'Etat, qui est soumis à une obligation de résultat en matière de droit au logement opposable ainsi qu'à l'obligation d'exécuter les décisions de justice, a commis une double faute de nature à engager sa responsabilité, d'une part, en ne procédant pas à son relogement depuis la décision de la commission de médiation du 7 mai 2020 et, d'autre part, en n'exécutant pas le jugement du Tribunal administratif de Toulon du 17 mai 2021 enjoignant au préfet du Var d'assurer son relogement avant le 1er août 2021 ;

- il ne s'est vu proposer aucun relogement dans le parc social, ni une offre adaptée à ses besoins et à ses capacités ;

- son préjudice est réel et certain du fait de ses conditions de logement et de l'absence de relogement depuis la décision de la commission de médiation DALO du Var du 7 mai 2020 ; il doit être dédommagé à hauteur de 15 0000 euros majorés des intérêts au taux légal à compter de la demande indemnitaire du 23 août 2021.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 décembre 2021, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- une proposition d'un logement T4 faite sur la commune de Fréjus n'a pas été retenue car M. A B a été proposé en seconde position par la commission d'attribution des logements ;

- une deuxième proposition de logement d'un appartement T4 n'a pas pu aboutir par la commission d'attribution des logements du 15 décembre 2020 car M. A B n'ayant pas produit son avis d'imposition demandé ;

- une troisième proposition de logement de type T4 a été faite sur la commune de Fréjus mais M. A B a été classé à nouveau en seconde position lors de la commission d'attribution des logements du 26 février 2021 ;

- un logement de type T4 a finalement été attribué à M. A B et sa famille, lors de la commission d'attribution des logements du 20 septembre 2021 ;

- il y a lieu de considérer que l'administration a pris les mesures et mis en œuvre les moyens destinés à satisfaire l'obligation de relogement, et ce dès le 15 décembre 2020 car si le requérant avait fourni son avis d'imposition, il aurait pu se voir attribuer un logement dès cette date.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal de grande instance de Toulon a, par une décision du 8 novembre 2021, accordé l'aide juridictionnelle totale à M. A B.

Par une décision du 1er novembre 2022, la présidente du tribunal a désigné M. Bailleux, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 et à l'article R. 778-3 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 16 mai 2023, le rapport de M. Bailleux, magistrat désigné.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions indemnitaires :

1. Il est constant que M. A B a saisi la commission de médiation DALO du Var et a été désigné, par une décision du 7 mai 2020 de ladite commission, prioritaire et devant être relogé en urgence, pour l'occupation d'un logement de type 4, au motif qu'il avait au moins un enfant mineur et qu'il vivait dans un logement en sur-occupation.

2. En l'absence de proposition de logement dans les six mois qui ont suivi cette décision, M. A B a saisi le Tribunal administratif de Toulon le 22 mars 2021, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, afin d'obtenir que soit ordonné son relogement. Par un jugement du 17 mai 2021, le Tribunal administratif de Toulon a enjoint au préfet du Var de pourvoir au relogement de M. A B avant le 1er août 2021, sous astreinte, à compter de cette date, de 400 euros par mois de retard, astreinte destinée au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement institué en application de l'article L. 300-2 du code de la construction et de l'habitation. Par une lettre reçue le 23 août 2021 par le préfet du Var, M. A B sollicitait du préfet du Var qu'il lui verse la somme de 15 000 euros majorée des intérêts, en réparation de son préjudice, résultant de la carence de l'Etat quant à l'obligation de relogement le concernant. Le silence du préfet du Var pendant une période de deux mois a fait naître une décision implicite de rejet en date du 23 octobre 2021. Par la présente requête, le requérant demande au Tribunal principalement de condamner l'Etat à lui verser cette somme de 15 000 euros en réparation de son préjudice.

En ce qui concerne la responsabilité :

3. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Selon le II de l'article L. 441-2-3 de ce code : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement. () / Le représentant de l'Etat dans le département désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondant à la demande. () / En cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'Etat dans le département qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservation. () ". L'article R. 441-16-1 du même code dispose que : " A compter du 1er décembre 2008, le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3-1 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Dans () les départements comportant au moins une agglomération, ou une partie d'une agglomération, de plus de 300 000 habitants, ce délai est de six mois. ".

4. Ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires qui ont précédé leur adoption, fixent une obligation de résultat pour l'Etat, désigné comme garant du droit au logement décent et indépendant dont peuvent se prévaloir les demandeurs ayant exercé les recours amiable et contentieux prévus par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Il incombe à l'Etat, au titre de cette obligation, de prendre l'ensemble des mesures et de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour que ce droit ait, pour les personnes concernées, un caractère effectif. La carence de l'Etat est susceptible d'engager sa responsabilité pour faute.

5. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, alors même que l'intéressé n'a pas fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.

6. Il résulte de l'instruction que la responsabilité de l'Etat court à compter de l'expiration d'un délai de six mois après la décision du 7 mai 2020, soit à compter du 7 novembre 2020. Cette responsabilité cesse à compter de la date à laquelle le requérant a pu bénéficier du logement qui lui a été attribué. Il résulte en outre de l'instruction qu'ainsi que le fait valoir le préfet du Var, un logement de type 4 dans le parc social chez Erilia sur la commune de Fréjus a été attribué à M. A B, le bail ayant été signé le 28 décembre 2021. Ainsi, la période de responsabilité de l'Etat s'est tenue du 7 novembre 2020 au 28 décembre 2021, soit sur une période de 14 mois.

En ce qui concerne le préjudice :

7. Il résulte de l'instruction, ainsi que vu précédemment, que M. A B s'est vu attribuer un logement suite à la commission d'attribution du logement. Par suite, M. A B est donc fondé à demander l'indemnisation dans ses conditions d'existence ayant résulté de la carence fautive de l'Etat, durant la période de responsabilité, du 7 novembre 2020 au 28 décembre 2021. Compte tenu de la durée de cette carence, du motif précité de la commission de médiation du Var pour déclarer la demande de logement prioritaire et urgente, et des conditions de sur-occupation dans lesquelles ont vécu M. A B et sa famille durant cette période, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence subis par le requérant, y compris le préjudice moral, en lui allouant une somme globale de 1 500 euros.

En ce qui concerne les intérêts et la capitalisation des intérêts :

8. Il y a lieu d'assortir l'indemnité fixée ci-dessus des intérêts au taux légal à compter du 23 août 2021, date de réception de la demande indemnitaire préalable, par le préfet du Var. La capitalisation des intérêts sera faite au 24 août 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année échue d'intérêts.

9. Ces intérêts seront capitalisés à compter du 23 août 2022.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi de 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il résulte de l'instruction que M. A B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau du Tribunal judiciaire de Toulon du 8 novembre 2021. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser directement à Me Debard, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

DECIDE

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A B une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 23 août 2021. Les intérêts échus à la date du 24 août 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts en réparation de son préjudice.

Article 2 : L'Etat versera à Me Debard une somme de 1 000 (mille) euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à condition que celui-ci renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. C A B, à Me Debard, et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2023.

Le magistrat désigné

Signé :

F. BAILLEUX La greffière

Signé :

G. RICCILa République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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