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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102950

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102950

lundi 29 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102950
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantTEISSIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 octobre 2021, la société à responsabilité limitée Soleil et Jardin, représentée par Me Teissier, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2016 et 2017 pour un montant total de 241 036 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le paiement d'intérêts à la société SCCV était justifié dans le cadre du prêt que cette dernière lui avait accordé ;

- le versement de l'indemnité de résiliation de bail à la société civile immobilière RHDS, qui a été qualifié à tort d'acte anormal de gestion par l'administration, n'est pas contraire à son intérêt dans la mesure où la résiliation de ce bail conditionnait la réalisation de la cession de son fonds de commerce à la société Lorax ;

- la chronologie de cette opération évoquée par l'administration dans sa décision de rejet est erronée ;

- l'absence de demande d'indemnisation par la société civile immobilière RHDS à la société Soleil et Jardin aurait été considérée par l'administration comme un acte anormal de gestion commis par la société civile immobilière RHDS ;

- les avances consenties à son profit par la société Céline et Manon ne sont pas constitutives d'une libéralité ;

- il convient de prendre en compte le remboursement partiel de 17 000 euros qu'elle avait déjà effectué au profit de la société Céline et Manon avant même la procédure de vérification de comptabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin,

- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Soleil et Jardin, qui a pour objet l'exploitation d'un hôtel-restaurant situé à Sanary-sur-Mer, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, étendue jusqu'au 30 novembre 2018 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. A l'issue de ce contrôle, par une proposition de rectification en date du 1er juillet 2019, l'administration lui a notifié notamment des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2016 et 2017 pour un montant total, en droits et pénalités, de 241 036 euros. Ces impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 16 novembre 2020. La SARL Soleil et Jardin demande au tribunal la décharge de ces impositions.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la déductibilité des intérêts versés à la société SCCV :

2. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature () ". En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions du 1 de l'article 39 du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du même code que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée.

3. Si la SARL Soleil et Jardin soutient que les intérêts versés à la société SCCV pour un montant de 10 750 euros sont relatifs à un prêt de 135 000 euros lui ayant été accordé dans le cadre d'un projet immobilier d'extension de son établissement, la société requérante ne produit toutefois aucun document, tel un contrat de prêt, de nature à justifier, dans son principe et son montant, cette charge. Au surplus, si les sommes qui auraient été avancées ont été entièrement mises à disposition de la société requérante en 2013, ce n'est qu'en 2017 qu'elle a procédé à la comptabilisation unique au titre de l'exercice 2017 des intérêts et non au titre des exercices compris entre 2013 et 2017, méconnaissant ainsi le principe d'indépendance des exercices comptables défini au 2 de l'article 38 du code général des impôts. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a pu procéder à la réintégration de la somme de 10 750 euros dans le résultat imposable de la société.

En ce qui concerne l'indemnité de résiliation de bail versée à la société civile immobilière RHDS :

4. En vertu de l'article 38-2 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur le revenu est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion, l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt. Il appartient, en règle générale, à l'administration, qui n'a pas à se prononcer sur l'opportunité des choix de gestion opérés par une entreprise, d'établir les faits sur lesquels elle se fonde pour invoquer ce caractère anormal.

5. La SARL Soleil et Jardin et la société civile immobilière (SCI) RHDS ont conclu un bail commercial le 31 août 2005. Le montant annuel du loyer était de 348 000 euros. Le 2 mars 2017, ces deux sociétés ont signé une convention d'indemnité mettant à la charge de la société requérante le versement d'une indemnité de résiliation de bail d'un montant de 450 000 euros à la SCI RHDS. Le 29 mars 2017, le bail conclu le 31 août 2005 était résilié et la SCI RHDS signait un nouveau bail commercial avec la société Lorax. Le montant annuel du loyer était revu à la baisse et fixé à la somme de 210 000 euros, puis celle de 220 000 euros et celle de 240 000 euros. Le même jour, la SARL Soleil et Jardin a cédé son fonds de commerce, exception faite du droit au bail, à la société Lorax pour 1 900 000 euros.

6. Pour établir le caractère anormal de l'indemnité de 450 000 euros versée à la SCI RHDS et réintégrer cette charge dans les résultats imposables de la société requérante, l'administration fait valoir qu'un projet de bail commercial entre la SCI RHDS et la société Lorax prévoyant une baisse des loyers avait été rédigé dès le mois de février 2017. Elle en conclut que le projet de cession du fonds de commerce de la SARL Soleil et Jardin était acté antérieurement à la signature de la convention d'indemnité, de sorte que la société requérante n'avait aucun intérêt à verser une telle indemnité. Toutefois, cette seule circonstance, au demeurant non établie et pouvant s'inscrire dans les négociations commerciales encore en cours, ne suffit pas à établir le caractère anormal de l'acte dans la mesure où la SARL Soleil et Jardin soutient, sans être utilement contredite, que son intérêt consistait, eu égard à l'état de santé de sa gérante, à céder à brève échéance mais à bon prix son fonds de commerce et que précisément, dans cette optique, l'indemnisation de la SCI détenant les murs de l'hôtel permettait à celle-ci d'accepter une baisse future des loyers, condition qu'avait posée la société Lorax à son acquisition du fonds. Par suite, l'administration, qui n'établit pas l'acte anormal de gestion, n'était pas fondée à réintégrer le montant de cette indemnité de 450 000 euros dans les résultats imposables de la SARL Soleil et Jardin au titre de l'exercice clos en 2017.

En ce qui concerne les avances effectuées par la société Céline et Manon au profit de la SARL Soleil et Jardin :

7. Aux termes du I de l'article 209 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions de la présente section, les bénéfices passibles de l'impôt sur les sociétés sont déterminés d'après les règles fixées par les articles 34 à 45,53 A à 57,108 à 117,237 ter A et 302 septies A bis et en tenant compte uniquement des bénéfices réalisés dans les entreprises exploitées en France, de ceux mentionnés aux a, e, e bis et e ter du I de l'article 164 B ainsi que de ceux dont l'imposition est attribuée à la France par une convention internationale relative aux doubles impositions () ". Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes () ". L'administration supporte la charge de la preuve de l'existence et du montant des revenus distribués et de leur appréhension par le contribuable, dès lors que ce dernier, comme en l'espèce la SARL Soleil et Jardin, n'a pas accepté les rectifications notifiées selon la procédure contradictoire.

8. Il résulte de l'instruction que l'administration a réintégré au résultat de l'exercice clos en 2017 une somme globale de 170 000 euros portée au crédit du compte de tiers 4677 " Céline et Manon ", qui a été regardée comme une libéralité consentie par la société précitée à la SARL Soleil et jardin sur le fondement des dispositions précitées du c) de l'article L. 111 du code général des impôts.

9. En premier lieu, si la SARL Soleil et Jardin conteste l'existence d'une libéralité lui ayant bénéficié, elle ne produit à l'appui de sa requête aucun justificatif permettant d'établir l'existence d'un prêt ou d'une avance remboursable de la société Céline et Manon consentis à son profit. En outre, la gérante de la société Céline et Manon, Mme A, était également la gérante de la SARL Soleil et Jardin, ce qui laisse présumer l'intention conjointe de la première d'accorder un avantage sans contrepartie et de la seconde de recevoir cet avantage consenti à titre gratuit.

10. En second lieu, si la société, qui conteste le montant de la libéralité en cause, soutient qu'elle a procédé au remboursement partiel de ces avances en quatre versements d'un total de 17 000 euros, elle n'établit toutefois pas le lien entre les sommes respectivement de 4 000 euros, deux fois 6 000 euros et 1 000 euros, portées au débit du compte 4677 " Céline et Manon ", et la somme totale de 170 000 euros figurant au crédit de ce compte. En outre, et d'une part, dans la proposition de rectification du 1er juillet 2019, l'administration fiscale a relevé sans être utilement contredite que les sommes figurant au débit de ce compte concernent uniquement le versement du loyer en contrepartie de la location d'une piscine. D'autre part, ainsi que le relève l'administration dans son mémoire en défense, les deux premiers remboursements invoqués de montants respectifs de 4 000 euros et 6 000 euros sont intervenus en janvier et février 2017, soit antérieurement aux premiers versements ayant conduit à la somme globale de 170 000 euros, lesquels n'ont été effectués qu'à partir de mars 2017.

11. Par suite, la société Soleil et Jardin n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a imposé entre ses mains une somme de 170 000 euros constitutive d'un avantage occulte sur le fondement des dispositions, précitées au point 7, du c) de l'article 111 du code général des impôts.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante est seulement fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2017, à concurrence de la réduction des bases d'imposition qui sont exposées au point 6 du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à la société Soleil et Jardin au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les bases imposables à l'impôt sur les sociétés de la SARL Soleil et Jardin au titre de l'exercice clos en 2017 sont réduites à hauteur du montant de 450 000 euros correspondant à l'indemnité de résiliation de bail versée à la SCI RHDS, qui avait été réintégrée dans son résultat imposable par l'administration.

Article 2 : La SARL Soleil et Jardin est déchargée, en droit et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2017, à concurrence de la réduction des bases d'imposition mentionnée à l'article 1er.

Article 3 : L'Etat versera à la SARL Soleil et Jardin une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la SARL Soleil et Jardin est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Soleil et Jardin et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Délibéré après l'audience du 8 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente,

- M. Cros, premier conseiller,

- M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

La présidente,

Signé

M. BERNABEULa greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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