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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102956

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102956

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102956
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCAYOL-BINOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 novembre 2021 et 14 mars 2023, Mme D B, représentée par Me Cayol-Binot, demande au tribunal : 1°) de condamner les Hospices civils de Lyon à lui verser la somme de 71 815 euros, outre la perte de ses salaires du fait de ses arrêts de travail, ainsi que les intérêts au taux légal à compter du 19 octobre 2021 et la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices subis à la suite de son accident du travail ; 2°) de mettre à la charge des Hospices civils de Lyon la somme de 5 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens. Elle soutient que : - la consolidation de son état de santé n'a été définitivement fixée que le 10 mai 2019 ; - son droit à indemnisation ne s'est révélé que le 10 mai 2019 ou au plus tôt le 2 octobre 2018, de sorte que ses créances ne sont pas prescrites ; - l'ensemble de ses préjudices extrapatrimoniaux et patrimoniaux doivent être réparés. Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2022, le directeur général des Hospices civils de Lyon, représenté par Me Walgenwitz, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme B, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, à titre subsidiaire, à ce que la condamnation soit ramenée à de plus justes proportions. Il soutient : - à titre principal, que la requête est irrecevable, dès lors que la décision implicite de rejet du 9 juin 2021 n'a pas été contestée dans le délai de deux mois, prévu à l'article R. 421-2 du code de justice administrative ; en outre, la décision implicite de rejet née le 22 décembre 2021 est purement confirmative de celle née le 9 juin 2021 ; - à titre subsidiaire, que les créances de Mme B sont prescrites, dès lors que le point de départ de la prescription quadriennale est le premier jour de l'année suivant celle de la consolidation de son état de santé ; que ce délai a expiré le 1er janvier 2016 ; - à titre infiniment subsidiaire, que Mme B ne démontre ni même n'allègue de faute de la part de son employeur, de sorte qu'elle ne saurait prétendre à la réparation de ses préjudices patrimoniaux ; - ses prétentions doivent être ramenées à de plus justes proportions. Vu : - les autres pièces du dossier ; - l'ordonnance n° 2100931 du 27 septembre 2021 du juge des référés. Vu : - le code civil ; - la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Hélayel, conseiller, - les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public, - les observations de Me Cayol-Binot, représentant Mme B, - les observations de Me Varron-Charrier, substituant Me Walgenwitz, représentant les Hospices civils de Lyon. Une note délibéré, présentée par les Hospices civils de Lyon, a été enregistrée le 19 mars 2024. Considérant ce qui suit : 1. Mme D B, née le 15 octobre 1956, est infirmière à l'hôpital Renée Sabran de Hyères. Le 21 décembre 2008, lors de la réalisation d'un acte de soins, elle a chuté sur son épaule et coude droits. Cette chute a été reconnue comme un accident de service. Le 7 avril 2021, elle a demandé au directeur général des Hospices civils de Lyon de lui verser une provision d'un montant de 80 000 euros, en réparation des préjudices causés par sa chute. Cette demande a été implicitement rejetée. Par une ordonnance du 28 mai 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Toulon a désigné un expert, lequel a remis son rapport le 20 septembre 2021. Par un courrier du 19 octobre 2021, Mme B a adressé une seconde demande indemnitaire au directeur général des Hospices civils de Lyon. Cette demande a été implicitement rejetée. Sur la fin de non-recevoir : 2. Aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. () " 3. Il résulte de l'instruction que, par le premier courrier du 7 avril 2021, Mme B a demandé à l'hôpital de lui verser une provision d'un montant de 80 000 euros, dès lors qu'elle considérait que sa demande d'indemnisation revêtait un caractère incontestable. A la suite du dépôt du rapport d'expertise intervenu le 20 septembre 2021, Mme B a adressé à son employeur une seconde demande indemnitaire, afin de réparer ses préjudices définitivement fixés. 4. D'une part, ces deux demandes indemnitaires n'avaient pas le même objet. D'autre part, le dépôt du rapport de l'expert constitue un changement dans les circonstances de fait. Dès lors, la décision implicite de rejet de la seconde demande indemnitaire, née le 22 décembre 2021, n'est pas purement confirmative du rejet implicite né le 9 juin 2021. Enfin, si la requête de Mme B a été enregistrée avant la naissance de cette seconde décision implicite de rejet, elle a été régularisée par l'effet de l'écoulement du temps. 5. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par le directeur général des Hospices civils de Lyon, tirée de la tardiveté de la requête, doit être écartée. Sur les conclusions indemnitaires : 6. Compte tenu des conditions posées à son octroi et de son mode de calcul, l'allocation temporaire d'invalidité doit être regardée comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions qui instituent ces prestations déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. 7. Elles ne font en revanche pas obstacle à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice. En ce qui concerne l'exception de prescription : 8. L'article 1 de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics dispose que : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. / Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public. " Aux termes de l'article 3 de la même loi : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement. " 9. S'agissant d'une créance indemnitaire détenue sur une collectivité publique au titre d'un dommage corporel engageant sa responsabilité, le point de départ du délai de prescription prévu par ces dispositions est le premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les infirmités liées à ce dommage ont été consolidées. Il en est ainsi pour tous les postes de préjudice, aussi bien temporaires que permanents, qu'ils soient demeurés à la charge de la victime ou aient été réparés par un tiers, tel qu'un organisme de sécurité sociale, qui se trouve subrogé dans les droits de la victime. 10. Il résulte de l'instruction que la date de consolidation de l'état de santé de Mme B n'a été fixée au 10 avril 2011 que par l'expertise du docteur A, établie le 2 octobre 2018. Mme B doit donc être regardée comme n'ayant connu l'étendue de ses préjudices qu'à cette date. Ainsi, en application des dispositions précitées, le point de départ du délai de prescription doit être fixé au 1er janvier 2009. Les créances de la requérante n'étaient donc pas prescrites le 19 octobre 2021, date de sa demande indemnitaire préalable. Par suite, l'exception de prescription quadriennale opposée par le directeur général des Hospices civils doit être écartée. En ce qui concerne les préjudices de Mme B : S'agissant du déficit fonctionnel temporaire : 11. Il résulte de l'instruction que Mme B a subi, entre le 7 mai 2008 et le 10 avril 2011, un jour de déficit fonctionnel total ainsi que 838 jours de déficit fonctionnel à 25%. Dans les circonstances de l'espèce, sur la base d'un montant journalier de 14 euros pour un déficit total, il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 2 947 euros. S'agissant de l'assistance à tierce personne : 12. Il résulte de l'instruction que l'expert a évalué le besoin d'assistance de Mme B par une tierce personne à 3 heures par semaine, du 21 décembre 2008 au 6 mai 2009, puis du 8 mai 2009 au 10 avril 2011. Eu égard au caractère non spécialisé de cette assistance, justifiant que le taux horaire retenu soit fixé à 14 euros pour la période considérée, il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 5 665 euros. S'agissant du déficit fonctionnel permanent : 13. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que les séquelles présentées par Mme B sont en lien direct et certain avec la chute du 21 décembre 2008. Si l'expert a fixé le déficit fonctionnel permanent de la requérante à 20%, il a néanmoins souligné la discordance de quelques éléments cliniques et l'hypothèse d'une participation psychogène à son état de santé. Compte tenu de l'âge de Mme B à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 34 000 euros. S'agissant des souffrances endurées : 14. Les souffrances endurées par Mme B ont été évaluées par l'expert à 3,5 sur une échelle de 1 à 7. Il y a lieu de réparer ce chef de préjudice par l'octroi d'une somme de 4 500 euros. S'agissant du préjudice esthétique : 15. Ce poste de préjudice a été évalué par l'expert à 2 sur une échelle de 1 à 7. Il en sera fait une juste appréciation par l'octroi d'une somme de 1 500 euros. S'agissant des pertes de salaires : 16. Il résulte de la règle qui a été rappelée au point 6 du présent jugement que ce poste de préjudice sera réparé par l'octroi de l'allocation temporaire d'invalidité. Par suite, cette demande doit être rejetée. Au demeurant, l'intéressée ne se prévaut d'aucune faute imputable à son employeur. Sur le total des indemnités dues par les Hospices civils de Lyon : 17. Il résulte de tout ce qui précède que les Hospices civils de Lyon doivent verser à Mme B une somme de 48 612 euros. Sur les intérêts et la capitalisation : 18. Mme B a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 48 612 euros à compter du 22 octobre 2021, date de réception de sa demande par les Hospices civils de Lyon. 19. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 2 novembre 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 22 octobre 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date. Sur les frais du litige : 20. En premier lieu, les frais et honoraires de l'expertise confiée au docteur C, liquidés et taxés à la somme de 1 500 euros, doivent être mis à la charge des Hospices civils de Lyon, partie perdante dans la présente instance. 21. En second lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les Hospices civiles de Lyon demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des Hospices civils de Lyon une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens. D É C I D E :Article 1er : Les Hospices civils de Lyon sont condamnés à verser à Mme B une somme de 48 612 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 22 octobre 2021. Les intérêts échus à la date du 22 octobre 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.Article 2 : Les frais de l'expertise, d'un montant total de 1 500 euros, sont mis à la charge définitive des Hospices civils de Lyon.Article 3 : Les Hospices civils de Lyon verseront à Mme B une somme de 1 500 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.Article 4 : Les conclusions présentées par les Hospices civils de Lyon au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au directeur général des Hospices civils de Lyon.Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, M. Zouhaïr Karbal, conseiller,M. David Hélayel, conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024. Le rapporteur,SignéD. HELAYEL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéF. POUPLY La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière,2N° 2102956

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