mardi 25 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2102958 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre - Juge Unique |
| Avocat requérant | CONSTANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 novembre 2021 et 3 juin 2022, Mme B D, représentée par Me Constant, doit être regardée comme demandant au Tribunal :
1°) d'annuler la dette notifiée le 14 mai 2021 par la caisse d'allocations familiales du Var par une décision du 22 avril 2021, d'un montant de 10 234,95 euros correspondant à un indu de prestations familiales (allocations familiales, allocations familiales ressources, allocations de rentrée scolaire, allocation logement à caractère familial, allocation de soutien familial, prime exceptionnelle de fin d'année) versées du 1er novembre 2014 au 30 juin 2018, ainsi que le rejet implicite de son recours gracieux effectué le 2 juillet 2021, et reçu le 7 juillet 2021, devant la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Var en ce que ces décisions portent sur l'allocation de logement à caractère familial seulement pour un montant de 2 610 euros ;
2°) enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Var de restituer les sommes déjà retenues pour la récupération de ces créances ;
3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Var une somme de 3 500 euros à lui verser en réparation de son préjudice moral et financier ;
4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Var une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la SCI 1997 dont elle était gérante était en sommeil depuis 2004, sans actifs et sans compte bancaire ; cette société n'a généré aucun revenu à son bénéfice ; cette société a fait l'objet en outre d'une dissolution anticipée le 13 décembre 2019 ;
- en outre, si elle est actionnaire non salariée de l'entreprise SAS " couleur lave " depuis le 1er septembre 2016, elle n'a jamais perçu aucun salaire de cette société ; son seul revenu perçu est la pension alimentaire versée par son ex-mari pour ses deux enfants, d'un montant de 10 500 euros annuel, soit 875 euros mensuel ;
- elle n'a pas dissimulé sa situation maritale car elle est séparée de fait avec son ex-mari depuis le 16 décembre 2015 ;
- en l'absence de fraude ou de fausse déclaration, la prescription biennale définie à l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale trouve à s'appliquer ; la dette notifiée à la requérante pour des sommes perçues entre le 1er novembre 2014 et le 30 juin 2018 est donc prescrite.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2022, la caisse d'allocations du Var conclut au rejet de la requête, et demande à ce qu'il soit mis à la charge de Mme D une somme de 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le Tribunal administratif est compétent depuis 2020 pour les litiges relatifs à l'aide personnalisée au logement ;
- la requérante a dissimulé les revenus tirés de deux sociétés et sa situation maritale, ce qui a généré un indu d'allocations familiales, d'allocations de rentrée scolaire, d'allocation de logement à caractère familial, et d'aide exceptionnelle de fin d'année pour les années 2016 et 2017 pour un montant total de 10 324,95 euros ;
- des contrôles ont été diligentés par la caisse d'allocations familiales du Var les 19 juillet 2018 et 22 juillet 2019 ; le contrôleur assermenté de la caisse d'allocations familiales du Var a constaté que Mme D épouse A est associée à parts égales avec son époux et un troisième associé, de la société " couleur lave ", société immatriculée en France le 15 septembre 2016, dont l'activité consiste à importer la lave émaillée fabriquée à Java ; Mme D se déclare mariée dans les statuts de ladite société, alors que celle-ci a été créée après la date de séparation communiquée à l'administration, notamment à la caisse d'allocations familiales du Var ; dans le dossier d'inscription des enfants à G bilingual E of Provence, il est indiqué que Mme D est venue en France pour la création de la filiale de la société " couleur lave " ; l'activité de cette société est importante en France ainsi qu'à l'étranger ;
- le train de vie de Mme D ne correspond pas à une personne sans activité depuis 2015 et bénéficiaire du revenu de solidarité active ; ainsi, en mai 2018, elle devait s'acquitter d'un loyer de 750 euros par mois et des frais d'inscription très importants pour ses deux enfants à H E of Provence et elle percevait 1 281,03 euros de prestations versées par la caisse d'allocations familiales du Var et 875 euros de pension alimentaire ;
- Mme D a déclaré être séparée de son époux, M. F A depuis le 1er juin 2016 puis depuis le 6 décembre 2015 ; toutefois, le contrôle effectué le 19 juillet 2018 a montré que M. A et Mme D épouse A n'étaient pas séparés ; M. et Mme A ne sont donc pas séparés et bénéficient de ressources liées à leur activité professionnelle et non déclarées à l'administration fiscale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er novembre 2022, la présidente du Tribunal a désigné M. Bailleux, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé, sur sa proposition, le rapporteur public de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 16 mai 2023 le rapport de M. Bailleux, magistrat désigné.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
1. Mme D a déposé en février 2018 une demande d'aide pour son logement situé 760 chemin de la Rose de Noël à Carqueiranne. Un droit à l'Allocation de Logement à caractère Familial (ALF) lui a été ouvert sur la base de ses déclarations, à savoir une personne seule sans ressources avec deux enfants à charge. Le 14 mars 2019, la CAF du Var lui a notifié plusieurs indus de prestations familiales et sociales, pour la période du 1er décembre 2015 au 30 juin 2018, pour un montant total de 7 994,24 euros, notamment un indu d'ALF, au motif qu'elle-même ou ses enfants résidaient hors de France au cours de la période considérée, ce qui révélait une fraude. Si la caisse d'allocations familiales du Var a annulé l'action en recouvrement des créances indûment perçues pour la période du 1er décembre 2015 au 30 juin 2018 au motif que Mme D et ses enfants résidaient à l'étranger, la caisse d'allocations familiales du Var a notifié le 22 avril 2021 une dette d'un montant de 10 324,95 euros à la requérante, dans le cadre d'une nouvelle action en recouvrement de créances frauduleuses, au motif qu'elle dissimule ses revenus et sa situation familiale. Dans la présente instance, Mme D demandait initialement l'annulation de la dette notifiée par la caisse d'allocations familiales du Var le 14 mai 2021 d'un montant de 10 324,95 euros correspondant à un indu de prestations familiales (allocations familiales, allocations familiales ressources, allocations de rentrée scolaire, allocation logement à caractère familial, allocation de soutien familial, prime exceptionnelle de fin d'année) versées du 1er novembre 2014 au 30 juin 2018, ainsi que le rejet implicite de son recours gracieux effectué le 2 juillet 2021, devant la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Var, l'injonction à la caisse d'allocations familiales du Var de restituer les sommes déjà retenues pour la récupération de ces créances, le versement d'une somme de 3 500 euros à lui verser en réparation de son préjudice moral et financier et enfin le versement d'une somme de 2 000 euros au titre des frais d'instance.
2. Suite à une demande de régularisation effectuée par le greffe du Tribunal administratif de Toulon, la requérante a précisé que sa demande d'annulation de la décision notifiée le 14 mai 2021 ne portait que sur l'indu relatif à l'allocation de logement à caractère familial, d'un montant de 2 610 euros, les autres indus ayant été contestés par elle devant le Tribunal judiciaire, seul compétent.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 22 avril 2021 de la caisse d'allocations familiales du Var :
3. Aux termes de l'article L.825-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire ". En outre, selon les dispositions de l'article R. 825-1 du même code : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. Ce recours administratif est régi par les dispositions des chapitres Ier et II du titre Ier du livre IV du code des relations entre le public et l'administration. La procédure définie par les articles R. 142-1 et R. 142-6 du code de la sécurité sociale lui est applicable ".
4. L'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, vise à laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Pour autant, dès lors que le recours administratif obligatoire a été adressé à l'administration préalablement au dépôt de la demande contentieuse, la circonstance que cette dernière demande ait été présentée de façon prématurée, avant que l'autorité administrative ait statué sur le recours administratif, ne permet pas de la rejeter comme irrecevable si, à la date à laquelle il statue, est intervenue une décision, expresse ou implicite, se prononçant sur le recours administratif. Il appartient alors au juge administratif, statuant après que l'autorité compétente a définitivement arrêté sa position, de regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours administratif préalable, qui s'y est substituée.
5. Il résulte de l'instruction que Mme D a effectué un recours administratif préalable obligatoire devant la commission de recours amiable en date du 7 juillet 2021. Le silence de la commission de recours amiable a fait naître une décision de rejet du recours administratif préalable obligatoire en date du 7 septembre 2021. Ainsi, à la date de l'introduction de la requête le 4 novembre 2021, la décision initiale du 22 avril 2021 avait été remplacée par la décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire du 7 juillet 2021, née le 7 septembre 2021. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision du 22 avril 2021, qui avait disparu de l'ordonnancement juridique avant l'introduction de la requête, doivent être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet du recours gracieux du 7 juillet 2021 de la caisse d'allocations familiales du Var :
6. Aux termes de l'article L. 825-1 du code de la construction et de l'habitation : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale qui attribuent au tribunal de grande instance désigné en application de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire la compétence pour connaître des contestations relatives aux pénalités prononcées en cas de fraude, les recours dirigés contre les décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes mentionnés à l'article L. 812-1 sont portés devant la juridiction administrative ". En outre, selon les dispositions de l'article R. 822-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. Sont considérées comme vivant habituellement au foyer les personnes y ayant résidé plus de six mois au cours de la période mentionnée au 1° de l'article R. 822-3 précédant la période de paiement prévue par l'article R. 823-6 et qui y résident encore au moment de la demande de l'aide ou du réexamen du droit à celle-ci ". En outre, selon les dispositions de l'article R. 822-3 du même code : " Les ressources et les charges prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont appréciées, tous les trois mois, sous réserve des dispositions prévues à l'article R. 823-6-1, selon les périodes de référence suivantes : 1° Pour les ressources mentionnées à l'article R. 822-4 prises en compte par la déclaration sociale nominative définie à l' article L. 133-5-3 du code de la sécurité sociale et les revenus d'activité perçus hors de France ou versés par une organisation internationale, sur une période de référence courant du treizième au deuxième mois précédant la date d'ouverture ou de réexamen du droit à l'aide personnelle au logement () ". Enfin, l'article R. 822-17 du code de la construction et de l'habitation dispose que : " Lorsque le bénéficiaire ou son conjoint perçoit le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles, il n'est tenu compte ni des revenus d'activité professionnelle, ni des indemnités de chômage perçus par l'intéressé durant l'année civile de référence. Les droits sont examinés sur cette nouvelle base, à compter du premier jour du mois civil suivant celui au cours duquel ces conditions sont réunies et jusqu'au dernier jour du mois civil au cours duquel ces conditions cessent d'être réunies ".
En ce qui concerne la situation matrimoniale de Mme D :
7. Il est constant que Mme D est connue mariée de la caisse d'allocations familiales du Var depuis le 29 décembre 1994. Toutefois, elle a déclaré, à plusieurs reprises, auprès de la caisse d'allocations familiales du Var être séparée de M. A depuis le 1er juin 2016. Par ailleurs, il résulte de l'instruction qu'elle a également informé cet organisme, en novembre 2016, en janvier 2019, en mars 2019 et en mai 2019, que cette séparation avec M. A datait du mois de décembre 2015.
8. En premier lieu, deux contrôles ont été effectués par le même agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Var les 19 juillet 2018 et 22 juillet 2019. Ces contrôles, dont les rapports d'enquête, qui font foi jusqu'à preuve contraire, et qui sont produits à l'instance par la caisse d'allocations familiales du Var, ont montré que Mme D et M. A F ont habité ensemble au foyer de M. A, situé au 6 avenue de la Gavine à Hyères, où figurent trois boîtes aux lettres aux noms de Mayet-SCI 1997, " couleur lave " et D. Il résulte également de ces rapports que la famille a déménagé à Bali en Indonésie où ils effectuent des opérations commerciales dans le cadre d'une société intitulée " couleur lave ". Le contrôleur assermenté a indiqué sans ambiguïté dans ces rapports : " absence de séparation de fait déclarée en 12/2015 ". Il est également mentionné, dans un des rapports que : " l'enquête de proximité confirme le départ du couple et des deux enfants qui n'auraient séjourné que très peu de temps avec le grand-père avant de repartir pour Bali où ils sont réputés résider en permanence ". Le rapport d'enquête indique par ailleurs que : " le consulat de France à Bali a confirmé que la famille a été inscrite au registre des Français établis hors de France sans interruption depuis le 18 décembre 2006 jusqu'au 22 janvier 2019 et que le départ des enfants signalé le 15 mai 2017.
9. En deuxième lieu, il résulte également de l'instruction que dans les statuts de la société SCI 1997, produits par la requérante elle-même, il est indiqué que cette société a été immatriculée le 19 février 1997. Dans ces statuts, la gérante indiquée est Mme D épouse A et le siège de la société, au capital social de 137 204 euros, est situé avenue de la Gavine sur la commune de Hyères, qui n'est autre que l'adresse de M. A tel qu'indiqué aux services de la caisse d'allocations familiales du Var. En outre, dans les statuts de la société par actions simplifiée " Couleur Lave " déposés en 2017, Mme D est également présentée comme l'épouse de M. A.
10. En troisième lieu, la caisse d'allocations familiales du Var produit en outre des documents émanant de G Bilingual E de Luynes, qui atteste que les enfants adoptifs du couple A, Kenyan et C, sont inscrits au sein de l'Ecole respectivement depuis l'année scolaire 2015/2016 en qualité de demi-pensionnaires, et depuis l'année scolaire 2016/2017. La caisse d'allocations familiales du Var produit également à l'instance le formulaire d'inscription à l'école " G Bilingual E " de Luynes, dans lequel Mme D se présente en tant qu'épouse de M. A, avec une adresse de facturation en France au port de la Gavine sur la commune de Hyères et qui explique que le retour en France est dû à l'ouverture d'une filiale en France de la société " Couleurs lave ". En outre, sur ce formulaire, l'adresse des époux A est une même et unique adresse à Bali en Indonésie.
11. En quatrième lieu, la requérante produit à l'instance une déclaration d'impôts au titre de l'année 2018, qu'elle a rempli de manière individuelle. Toutefois, cet élément n'est pas suffisant pour démontrer que le couple était séparé à cette date. En outre, sur ce point, la caisse d'allocations familiales du Var a indiqué que les déclarations fiscales pour les années 2016, 2017 et 2018 avaient été faites en couple et Mme D a ensuite rempli une déclaration complémentaire pour cette année 2018.
12. En cinquième lieu, la requérante produit des contrats de location pour des logements situés sur la commune de Luynes, Carqueiranne et d'Aix-en-Provence. Elle produit également des attestations d'assurance ou des factures d'électricité relatives auxdits logements qu'elle a occupés seule avec ses enfants à compter de décembre 2015 jusqu'en juin 2018. Elle produit également à l'instance des attestations d'amies qui indiquent avoir passé des vacances, notamment sur Annecy et en Suisse, avec Mme D et ses deux enfants. Toutefois, l'ensemble de ces éléments, mis en rapport avec les éléments apportés par la caisse d'allocations familiales du Var, en particulier les rapports d'enquête de la caisse d'allocations familiales du Var, qui font foi jusqu'à preuve contraire, ne sont pas suffisants ni susceptibles de remettre en cause le fait que Mme D n'était pas séparée de M. A. Il résulte donc de l'ensemble de l'instruction que Mme D épouse A n'est pas séparée de fait de M. A et ses déclarations sur ce point sont fausses.
En ce qui concerne les revenus issus des sociétés " couleur lave " et " SCI 1997 " :
13. En l'espèce, M. F A a déclaré être sans activité professionnelle depuis 2003 et Mme A B depuis 2015. La requérante soutient d'abord, sans être contestée sur ce point, que si elle était gérante de la société SCI 1997, depuis le 19 février 1997, cette société était en sommeil depuis 2004 et elle n'a jamais généré de revenu à son profit. Il résulte en outre de l'instruction que cette société a par ailleurs fait l'objet d'une dissolution anticipée le 13 décembre 2019.
14. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'une société intitulée " couleur lave " a été créée en 2016 et dont la requérante est actionnaire. Si la requérante reconnaît qu'elle est effectivement actionnaire non salariée de cette société depuis le 1er septembre 2016, elle poursuit en soutenant que cette société en déficit n'a jamais généré de revenus à son égard. Elle soutient en outre n'avoir jamais perçu de revenus d'une société dont le siège social est à Bali. Enfin, la requérante soutient que le seul revenu qu'elle a perçu revient de la pension alimentaire versée par son mari, d'un montant annuel de 10 500 euros nets, soit 875 euros mensuels.
15. La Caisse d'allocations familiales du Var fait valoir qu'au vu du site Facebook, l'activité de la société Couleur lave semble importante puisqu'il est fait état de livraisons de 80 tables à Mexico le 23 novembre 2017 et d'expositions réalisées à Vallauris, Mougins, Lyon et Milan. La caisse d'allocations familiales du Var mentionne également la livraison de 12 salles de bain en Teck dans le cadre du projet immobilier Les Terrasses de Costebelle à Hyères. La requérante soutient que si la caisse d'allocations familiales du Var évoque une activité importante de la société " couleur lave ", celle-ci n'en apporte pas la preuve. Sur ce point pourtant, la requérante ne produit pas, alors qu'elle était en mesure de le faire, de bilan et de chiffre d'affaires de ladite société " Couleur lave ", démontrant ainsi que cette société ne générait aucun revenu. La requérante poursuit en indiquant que la Caisse d'allocations familiales du Var évoque des livraisons de tables à Mexico, alors que la société ne faisait de l'export qu'en Europe. En outre, la caisse d'allocations familiales du Var fait valoir que lors de l'inscription de ses enfants à H E of Provence de Luynes, Mme D a indiqué être " l'export manager " de la société " couleur lave ".
16. La caisse d'allocations familiales du Var fait valoir que les tarifs de l'Ecole G Bilingual E, s'élèvent à 14 215 euros en classe de terminale et de 13 080 euros en classe de troisième, les enfants de Mme D étant respectivement en classes de 3ème et de Terminale pour l'année scolaire 2021/2022. A ces tarifs de base, la caisse d'allocations familiales du Var rappelle qu'il faut ajouter les frais d'entrée (600 euros), d'inscription (870 euros), d'uniforme et de livres scolaires (330 euros pour les deux) et des frais pour l'anglais langue étrangère (1800 euros). Pour les deux enfants A, les frais de scolarité s'élèveraient donc, sauf erreur à la somme globale de 34 500 euros pour une année, hors frais de cantine.
17. Si la requérante allègue qu'elle aurait bénéficié d'aides pour les cours Fénelon et de bourses d'études pour G Bilingual E, elle ne l'établit pourtant pas, et ne produit aucun justificatif en ce sens. Elle indique en outre qu'une année scolaire 2017/2018 pour sa fille ne lui aurait coûté que 92,65 euros, en produisant à l'instance un avoir, établi par le cours Fénelon à Toulon. Toutefois, cet avoir, qui prend en compte le départ anticipé de l'élève C A, alors en classe de 4ème, et qui rembourse la contribution familiale d'un montant de 232,52 euros, somme qui aurait été due en l'absence de départ anticipé, ainsi que deux repas à la cantine pour un montant de 13,40 euros, le repas unitaire étant à 6,70 euros, n'établit nullement, contrairement à ce qu'indique la requérante, que l'année scolaire 2017/2018 pour sa fille C, ne lui aurait coûté que 92,62 euros. Par ailleurs, elle ne conteste pas les tarifs pratiqués à G Bilingual E of Provence de Luynes, tels que soutenus par la caisse d'allocations familiales du Var.
18. La caisse d'allocations familiales du Var rappelle en outre que Mme D a loué un appartement meublé à Luynes à compter de décembre 2015 pour un montant de 750 euros mensuel, un appartement en location saisonnière de mai à août 2017 sur la commune de Carqueiranne dont le montant du loyer mensuel était de 950 euros. Elle a enfin loué un logement à Puyricard, pour la période de janvier à mars 2019 pour un loyer mensuel de 1 100 euros et 50 euros de charges.
19. Ainsi, la caisse d'allocations familiales du Var fait valoir, sans être utilement contestée sur ce point, que le train de vie et les dépenses de Mme D, ne correspondent pas à la situation d'une femme isolée ne bénéficiant pour seules ressources que les aides de la caisse d'allocations familiales du Var et une pension alimentaire de 875 euros mensuels.
Sur la prescription des sommes en litige :
20. Aux termes de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale : " L'action de l'allocataire pour le paiement des prestations se prescrit par deux ans. / Cette prescription est également applicable à l'action intentée par un organisme payeur en recouvrement des prestations indûment payées, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration, l'action de l'organisme se prescrivant alors par cinq ans () ".
21. Comme il a été vu précédemment, l'indu d'allocation de logement à caractère familial notifié le 22 avril 2021 à Mme D pour la période allant du 1er janvier 2018 au 30 juin 2018, et pour un montant de 2 610 euros, est justifié par les fausses déclarations de l'allocataire relatives à sa situation maritale au titre de la période considérée et par son refus de communiquer à la Caisse d'allocations familiales du Var les ressources du couple, ce qui n'a pas permis à l'organisme payeur de calculer ses droits. Par suite, contrairement à ce que soutient la requérante, cette dernière ne pouvait pas invoquer la prescription biennale qui n'était pas applicable en raison des fausses déclarations.
22. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante aurait dû déclarer non seulement les ressources qu'elle a perçues de la part de la société " couleur lave " mais également les ressources perçues par son mari, dont elle n'était pas séparée de fait. Ainsi, l'allocation de logement à caractère familial qui lui a été allouée, en raison de déclarations mensongères, ainsi que le fait valoir la caisse d'allocations familiales du Var. Ainsi, les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée, en ce qu'elle porte sur l'allocation logement à caractère familial, doivent être rejetées, et par voie de conséquence les conclusions accessoires à fin d'injonction.
Sur les conclusions à fin de dédommagement du préjudice moral et financier :
23. Mme D soutient qu'elle a subi un préjudice moral et financier du fait du caractère abusif et répété des démarches de la caisse d'allocations familiales du Var. Elle indique qu'elle subit un véritable acharnement de la part des services de la caisse d'allocations familiales du Var, qu'elle est dans une situation financière délicate avec ses deux enfants à charge et scolarisés. Enfin, elle fait état de problèmes de santé. Toutefois, il résulte de ce qui précède que l'indu d'allocation de logement à caractère familiale était justifié par la dissimulation de la réalité de sa situation financière et maritale au cours de la période considérée. Dans ces conditions, la requérante n'établit pas l'existence d'un préjudice direct avec le fait générateur. Par suite, les conclusions indemnitaires qu'elle formule dans la présente instance, lesquelles n'ont pas du reste été précédées d'une demande préalable, doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
24. Les dispositions susvisées font obstacle à ce qu'il soit mis une quelconque somme d'argent à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre de ces dispositions. En outre, les conclusions de la caisse d'allocations familiales du Var formulées sur ce fondement doivent également être rejetées, cet organisme ne démontrant pas avoir engagé des frais spécifiques pour assurer sa défense dans la présente instance.
DECIDE
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la caisse d'allocations familiales du Var sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme B D, à la caisse d'allocations familiales du Var et au ministre de la transition écologique chargée du logement.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2023.
Le magistrat désigné
Signé :
F. BAILLEUX La greffière
Signé :
G. RICCILa République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026