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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2103002

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2103002

lundi 15 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2103002
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantFEAT SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 8 novembre 2021, 31 mai 2022 et 5 septembre 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Résidence Del Campo, représentée par Me Peltier-Féat, demande au tribunal :

1°) de rétablir les résultats déficitaires qu'elle avait déclarés en matière de bénéfices industriels et commerciaux au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017 ;

2°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités correspondantes qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les bénéfices industriels et commerciaux :

- l'administration ne démontre aucun acte anormal de gestion ; elle a commis des erreurs sur le montant de la rectification liée au bien appartenant à la SARL Les Ravanassiers :

- les dépenses courantes liées au bien appartenant à la SARL Les Ravanassiers ne sont pas des charges injustifiées mais des charges déductibles ;

- les créances détenues sur la société de droit portugais Fronteirabsoluta Construçoes LDA, M. A et Mlle B étaient irrécouvrables à la clôture de l'exercice 2016 ;

En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée :

- la taxe sur la valeur ajoutée grevant les loyers versés à la SARL Les Ravanassiers est déductible ;

- c'est à tort que l'administration a remis en cause la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée acquittée en 2016 et 2017 sur les loyers et charges courantes relatifs à la villa louée à la SARL Les Ravanassiers au motif qu'un acte anormal de gestion avait été commis, dès lors que la notion d'acte anormal de gestion n'existe pas en taxe sur la valeur ajoutée, que ces prestations ne sont pas fictives et que les coefficients d'assujettissement et de taxation sont égaux à 1 ;

En ce qui concerne les pénalités :

- elles sont contestées dans leur intégralité ;

- les intérêts moratoires et pénalités pour manquement délibéré assortissant les rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de l'exercice 2017 sont injustifiés en l'absence de demande de la requérante tendant au remboursement de crédit de taxe sur la valeur ajoutée et de remboursement effectif de celui-ci, car aucun préjudice n'est à déplorer pour le Trésor.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 mai 2022, l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 mars 2024 :

- le rapport de M. Cros ;

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Peltier-Féat pour la SARL Résidence Del Campo.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Résidence Del Campo exerce une activité de location de locaux d'habitation meublés, appartements et villas, qu'elle prend en location auprès de diverses sociétés avec lesquelles elle a conclu des baux commerciaux et qu'elle propose ensuite à la sous-location à des tiers, résidents à l'année, locataires de courte durée ou saisonniers. Cette société est soumise à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux, son résultat étant déterminé et déclaré à son niveau mais étant imposé au nom personnel des associés à concurrence de leur participation au capital social. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle le service lui a notifié, par deux propositions de rectification des 18 décembre 2018 et 30 avril 2019, d'une part, un rehaussement en base de son résultat imposable dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux au titre des exercices clos les 31 décembre 2015, 31 décembre 2016 et 31 décembre 2017, ce qui a conduit à la réduction des déficits qu'elle avait déclarés pour chacun de ces exercices et, d'autre part, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017. L'ensemble de ces rectifications ont été établies selon la procédure de rectification contradictoire. Par un avis du 3 décembre 2020, la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires a proposé de maintenir l'ensemble des rectifications contestées devant elle. Par une réclamation du 18 février 2021 reçue le 22 février suivant, la SARL Résidence Del Campo a contesté l'ensemble de ces rectifications. L'administration a rejeté la réclamation par une décision du 9 septembre 2021. La requérante demande au tribunal de prononcer, d'une part, le rétablissement des résultats déficitaires qu'elle avait initialement déclarés en matière de bénéfices industriels et commerciaux au titre des exercices 2015 à 2017 et, d'autre part, la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités correspondantes qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017.

Sur les conclusions à fin de rétablissement du résultat déficitaire déclaré en matière de bénéfices industriels et commerciaux :

En ce qui concerne l'acte anormal de gestion :

2. En vertu des dispositions de l'article 38 du code général des impôts, le bénéfice industriel et commercial imposable à l'impôt sur le revenu est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt. Il appartient, en règle générale, à l'administration, qui n'a pas à se prononcer sur l'opportunité des choix de gestion opérés par une entreprise, d'établir les faits sur lesquels elle se fonde pour invoquer ce caractère anormal.

S'agissant de l'exercice 2015 :

3. Il résulte de la proposition de rectification du 18 décembre 2018 que, sur l'ensemble des biens qu'elle avait pris en location auprès de neuf sociétés différentes selon des contrats de bail commercial conclus entre 2008 et 2010, la SARL Résidence Del Campo a, lors de l'exercice 2015, sous-loué les biens loués à cinq de ces sociétés pour des loyers inférieurs à ceux qu'elle a elle-même acquittés en vertu de ces contrats et enregistrés en charges. Pour l'un de ces biens, la requérante n'a enregistré aucun produit alors qu'elle a versé un loyer annuel de 36 000 euros au bailleur, soit une perte de 100 %. Pour les quatre autres biens en cause, la différence entre le montant des loyers versés par la requérante aux bailleurs et celui des sous-loyers qu'elle a encaissés auprès de ses sous-locataires est respectivement de 3 % (107 001 euros de sous-loyers comptabilisés en produits contre 109 875 euros de loyers comptabilisés en charges), de 25 % (120 468 euros contre 161 693 euros), de 47 % (22 429 euros contre 42 000 euros) et de 95 % (10 909 euros contre 209 040 euros). Ainsi, sans même prendre en compte ses autres charges d'exploitation, la SARL Résidence Del Campo a sous-loué ces biens à perte par rapport aux loyers qu'elle a elle-même supportés, alors que la sous-location immobilière est sa seule activité et que l'administration soutient sans être contredite qu'elle pratique un taux de rendement locatif de 20 % sur les autres biens qu'elle donne en sous-location. L'ampleur de cette perte, qui s'élève en valeur absolue à la somme totale de 297 800,25 euros en 2015, est significative. Il ne résulte pas de l'instruction que la SARL Résidence Del Campo ait bénéficié d'autres avantages économiques ou financiers en contrepartie de ces sous-locations. Si la requérante soutient que ses sous-locataires sont des tiers sans " collusion d'intérêt ", n'étant ni ses associés ni ses dirigeants ni ceux des sociétés propriétaires des biens, cette circonstance ne suffit pas à écarter la qualification d'acte anormal de gestion qui ne s'applique pas seulement à l'égard de ces personnes. Si elle invoque ensuite, en des termes généraux, la variabilité du " taux de remplissage ", elle ne précise pas quelles diligences elle aurait accompli pour sous-louer les cinq biens précités et n'établit ni même n'allègue que le montant nul ou anormalement bas des produits encaissés s'expliquerait par le fait qu'elle n'a pas été en mesure de sous-louer ces biens pendant tout ou partie de l'année 2015, faute de trouver des sous-locataires. Dès lors, elle doit être regardée comme s'étant volontairement privée de recettes. Par ailleurs, la requérante allègue que l'administration ne démontre pas que le montant des sous-loyers était inférieur aux prix du marché sous-locatif. Toutefois, cette circonstance est inopérante dès lors que l'administration ne s'est pas fondée sur une comparaison avec les prix du marché mais avec, d'une part, le propre taux de rendement habituellement pratiqué par la requérante et, d'autre part, le montant des loyers contractuellement dus par cette dernière à ses bailleurs, l'administration ayant retenu que le montant des sous-loyers encaissés était significativement inférieur au premier et ne permettait pas de compenser le second. La circonstance que les baux commerciaux ont été conclus entre cinq et sept ans avant l'exercice litigieux ne permet pas d'établir qu'une telle comparaison serait dépourvue de pertinence. Si la requérante fait valoir qu'elle avait intérêt à conclure ces baux commerciaux, ce point non contesté par l'administration n'est pas le motif de la rectification. Enfin, le fait que la sous-location des autres biens a dégagé un solde bénéficiaire en 2015 est sans incidence sur le caractère anormalement bas des sous-loyers pratiqués pour les cinq biens en cause. Il en va de même de la circonstance que la sous-location de certains de ces cinq biens soit devenue moins déficitaire voire bénéficiaire lors des exercices ultérieurs, ou encore que le résultat de la société soit devenu globalement bénéficiaire en 2017 tous biens confondus. Dans ces conditions, l'administration établit que la SARL Résidence Del Campo s'est délibérément appauvrie à des fins étrangères à son intérêt en procédant à la sous-location de locaux d'habitation pour des sous-loyers nuls ou significativement inférieurs à ses propres charges et notamment à ses loyers. Par suite, c'est à bon droit que le service a, sur le principe, retenu l'existence d'un acte anormal de gestion et, sur le montant de celui-ci, évalué la somme à réintégrer dans la base imposable de la requérante à la différence entre le montant des sous-loyers perçus et celui des loyers acquittés, majorée du taux de rendement locatif de 20 % pratiqué par l'intéressée pour ses autres biens donnés en sous-location.

S'agissant de l'exercice 2016 :

4. En premier lieu, il résulte de la proposition de rectification du 30 avril 2019 que, sur l'ensemble des biens pris en location auprès de dix sociétés différentes, la SARL Résidence Del Campo a, lors de l'exercice 2016, sous-loué deux biens sans enregistrer aucun produit alors que ses propres loyers se sont élevés à 16 100 et 36 000 euros, soit une perte de 100 %. Elle a sous-loué deux autres biens pour des sous-loyers inférieurs aux loyers qu'elle a acquittés, selon une différence respectivement de 7 % (22 429 euros de sous-loyers comptabilisés en produits contre 24 000 euros de loyers comptabilisés en charges) et de 96 % (9 091 euros contre 209 040 euros). Le total du manque à gagner de la SARL Résidence Del Campo sur ces quatre sous-locations par rapport à ses propres charges de loyer s'élève ainsi à 253 619 euros. L'intéressée, qui ne fait pas état de diligences pour sous-louer les quatre biens litigieux, n'établit ni même ne soutient que ces sous-loyers nuls ou significativement inférieurs aux loyers qu'elle a acquittés, résulteraient de l'impossibilité de sous-louer ces biens pendant tout ou partie de l'année. Il s'agit donc de sous-locations volontairement consenties à titre gratuit ou selon un prix anormalement bas. Il ne résulte pas de l'instruction que la SARL Résidence Del Campo aurait bénéficié en retour d'autres contreparties. Les arguments de la requérante relatifs à l'antériorité de la conclusion des baux commerciaux, à l'existence de soldes bénéficiaires sur la sous-location des autres biens ou encore à l'évolution des résultats sur les autres exercices doivent être écartés pour les mêmes raisons qu'au point précédent. Dès lors, l'administration établit que la sous-location des quatre biens précités en 2016 n'a pas relevé d'une gestion commerciale normale. L'administration a ensuite limité le montant du rehaussement de la base imposable de la requérante à la différence entre le montant des sous-loyers encaissés et celui des loyers acquittés. Elle a majoré ce dernier du montant des charges d'eau, d'électricité et de téléphone concernant le seul des quatre biens en cause pour lequel ces charges pouvaient être individualisées (villa appartenant à la SARL Les Ravanassiers). Si la requérante souligne que cette méthode de calcul diffère de celle employée pour l'exercice 2015 puisqu'elle ne prend plus en compte le taux de rendement locatif de 20 %, elle n'apporte aucun élément de nature à en remettre en cause le bien-fondé. Dès lors que ce taux de rendement locatif de 20 % n'a pas été utilisé, la requérante ne peut utilement soutenir que l'administration ne démontre pas qu'il correspond au prix du marché. Dans ces conditions, l'administration établit l'acte anormal de gestion dans son principe comme dans son montant.

5. En second lieu, il résulte de la proposition de rectification du 30 avril 2019 qu'après avoir retenu un manque à gagner de 199 949 euros entre le montant des loyers acquittés (209 040 euros) et celui des sous-loyers encaissés (9 091 euros) sur le bien pris en location auprès de la SARL Les Ravanassiers, le vérificateur a, de manière contradictoire, réintégré dans la base imposable la somme de 209 040 euros au lieu de 199 949 euros. Si la requérante conteste cette erreur de calcul, l'administration fait valoir dans son mémoire en défense, sans être contredite, que cette erreur a été corrigée par une décision du 9 mai 2022. Par suite, le moyen est inopérant.

S'agissant de l'exercice 2017 :

6. En premier lieu, il résulte de la proposition de rectification du 30 avril 2019 que, parmi les biens pris en location auprès de neuf sociétés différentes, la SARL Résidence Del Campo a, lors de l'exercice 2017, sous-loué deux biens pour des sous-loyers inférieurs aux loyers qu'elle a acquittés, selon une différence respectivement de 7 % (22 429 euros de sous-loyers comptabilisés en produits contre 24 000 euros de loyers comptabilisés en charges) et de 71 % (60 454 euros contre 209 040 euros), engendrant ainsi un manque à gagner de 150 156 euros. Là encore, la requérante ne justifie pas qu'un tel manque à gagner, dont le montant est significatif, aurait résulté de l'impossibilité, malgré ses diligences en ce sens, de sous-louer les deux biens concernés pendant certaines parties de l'année. La renonciation volontaire de la société à encaisser des recettes est donc caractérisée. Il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressée aurait retiré d'autres avantages de ces deux sous-locations. Ses arguments relatifs à l'antériorité de la conclusion des baux commerciaux, à l'existence de soldes bénéficiaires sur la sous-location des autres biens et à l'évolution des résultats sur les autres exercices doivent être écartés pour les mêmes raisons que précédemment. Dans ces conditions, l'administration établit que la sous-location des biens précités ne procède pas d'une gestion commerciale normale. L'administration a limité le montant de la rectification subséquente du résultat imposable de la société à la différence entre le montant des sous-loyers encaissés et celui des loyers acquittés, ce dernier étant majoré du montant des charges d'eau, d'électricité et de téléphone dans le cas de la villa appartenant à la SARL Les Ravanassiers. La requérante ne soulève aucune critique utile sur le bien-fondé de cette méthode. Par suite, l'administration démontre tant le principe que le montant de l'acte anormal de gestion.

7. En second lieu, il résulte de la proposition de rectification du 30 avril 2019 qu'après avoir retenu un manque à gagner de 148 586 euros entre le montant des loyers acquittés (209 040 euros) et celui des sous-loyers encaissés (60 454 euros) concernant le bien loué à la SARL Les Ravanassiers, le service a réintégré dans le résultat imposable la somme de 209 040 euros au lieu de 148 586 euros. La requérante conteste cette erreur mais l'administration fait valoir sans être contredite que cette dernière a été corrigée par une décision du 9 mai 2022. Le moyen est donc inopérant.

En ce qui concerne les charges liées à la villa de la SARL Les Ravanassiers :

8. Contrairement à ce que soutient la SARL Résidence Del Campo, il ressort de la proposition de rectification du 30 avril 2019 que le vérificateur n'a pas réintégré dans son résultat imposable des exercices 2016 et 2017 les charges courantes d'eau, d'électricité et de téléphone relatives à la villa prise en location auprès de la SARL Les Ravanassiers, d'un montant de 16 151 euros en 2016 et 17 188 euros en 2017, au motif qu'elles étaient injustifiées et donc non déductibles, mais qu'il a, ainsi qu'il a été dit aux points 4 et 6, ajouté ces charges aux loyers versés par la requérante afin d'évaluer la différence entre ce montant global de charges et le montant des sous-loyers encaissés et, par suite, afin de fixer le montant de la rectification en base résultant de l'acte anormal de gestion constitué par la sous-location à perte de ce bien. Par suite, le moyen tiré de ce que le service aurait regardé à tort ces dépenses comme des charges injustifiées est inopérant.

En ce qui concerne les pertes sur créances irrécouvrables :

9. En vertu du 2 de l'article 38 du code général des impôts, la perte résultant de ce qu'une créance est devenue irrécouvrable ne peut être imputée que sur les résultats de l'exercice à la clôture duquel le caractère définitivement irrécouvrable de la créance est établi.

10. Il résulte de la proposition de rectification du 30 avril 2019 qu'au titre de l'exercice 2016, la SARL Résidence Del Campo a comptabilisé en charges des pertes sur les créances qu'elle détenait sur trois de ses sous-locataires, la société de droit portugais " Fronteirabsoluta Constr.Col.A2 ", M. A et Mlle B, au motif que ces créances étaient irrécouvrables. Le vérificateur a remis en cause la déductibilité de ces charges au motif que la SARL Résidence Del Campo ne justifie pas des diligences accomplies pour recouvrer les sommes dues ni du caractère définitivement irrécouvrable de ces créances à la date de clôture de l'exercice, le 31 décembre 2016. La requérante ne fournit aucun élément de preuve sur ces deux points. Concernant la société portugaise, la seule allégation selon laquelle cette dernière aurait " fermé définitivement " à une date non précisée est insuffisante, et le document produit, extrait du site Infogreffe, ne fait état d'aucune date de cessation d'activité ni ne permet d'établir le caractère irrécouvrable de la créance au 31 décembre 2016. Concernant les deux personnes physiques, la requérante ne produit aucun justificatif. Il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait définitivement perdu toute possibilité de recouvrer les trois créances litigieuses à cette date. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a réintégré les sommes en cause au résultat imposable de l'exercice 2016.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Résidence Del Campo n'est pas fondée, en tout état de cause, à demander le rétablissement du résultat déficitaire qu'elle avait initialement déclaré en matière de bénéfices industriels et commerciaux au titre des exercices clos de 2015 à 2017.

Sur les conclusions à fin de décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

12. En premier lieu, aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération () / II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () ". Il résulte de ces dispositions que la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les biens et services que les assujettis à cette taxe acquièrent n'est pas déductible si ces biens et services ne sont pas utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables.

13. Il résulte de la proposition de rectification du 30 avril 2019 que la SARL Résidence Del Campo a déduit la taxe sur la valeur ajoutée figurant sur les factures de loyers établies par la SARL Les Ravanassiers au titre du bien immobilier pris en location auprès de celle-ci lors des exercices 2016 et 2017. Le vérificateur a remis en cause cette déduction au motif qu'il n'existait pas de lien direct entre cette location et les opérations imposables de la requérante. Ainsi qu'il a été dit aux points 4 et 6, la sous-location de ce bien pour des sous-loyers très inférieurs aux loyers supportés ne relève pas d'une gestion commerciale normale. Dès lors, ce bien ne peut pas non plus être regardé comme ayant été loué par la requérante pour les besoins de ses opérations imposables. Par suite, la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les loyers n'ouvrait pas droit à déduction.

14. En deuxième lieu, il résulte des propres termes de la proposition de rectification du 30 avril 2019 que, pour remettre en cause la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée acquittée en 2016 et 2017 sur les dépenses de loyers, d'eau, d'électricité et de téléphone relatives à la villa louée à la SARL Les Ravanassiers, le vérificateur ne s'est pas fondé, contrairement à ce que soutient la SARL Résidence Del Campo sur la notion d'acte anormal de gestion, mais sur l'absence de lien direct entre ces dépenses et les opérations imposables de cette société. Si le vérificateur s'est référé aux développements de la proposition de rectification relatifs à l'acte anormal de gestion constaté en matière de bénéfice industriel et commercial, c'est seulement pour en déduire l'absence d'un tel lien. Par suite, le moyen selon lequel le vérificateur se serait fondé à tort sur la notion d'acte anormal de gestion, inexistante en matière de taxe sur la valeur ajoutée, manque en fait.

15. En dernier lieu, aux termes de l'article 205 de l'annexe II au code général des impôts : " La taxe sur la valeur ajoutée grevant un bien ou un service qu'un assujetti à cette taxe acquiert, importe ou se livre à lui-même est déductible à proportion de son coefficient de déduction ". Selon l'article 206 de la même annexe : " I. - Le coefficient de déduction mentionné à l'article 205 est égal au produit des coefficients d'assujettissement, de taxation et d'admission. / II. - Le coefficient d'assujettissement d'un bien ou d'un service est égal à sa proportion d'utilisation pour la réalisation d'opérations imposables. Les opérations imposables s'entendent des opérations situées dans le champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée en vertu des articles 256 et suivants du code général des impôts, qu'elles soient imposées ou légalement exonérées. / III. - 1. Le coefficient de taxation d'un bien ou d'un service est égal à l'unité lorsque les opérations imposables auxquelles il est utilisé ouvrent droit à déduction. / 2. Le coefficient de taxation d'un bien ou d'un service est nul lorsque les opérations auxquelles il est utilisé n'ouvrent pas droit à déduction () ".

16. Dès lors que, ainsi qu'il a été dit, le bien loué à la SARL Les Ravanassiers n'a pas été utilisé par la requérante pour les besoins de ses opérations imposables, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les dépenses de loyer et d'exploitation relatives à ce bien serait déductible en application des dispositions citées au point précédent.

En ce qui concerne les pénalités :

17. D'une part, aux termes du I de l'article 1727 du code général des impôts : " Toute créance de nature fiscale, dont l'établissement ou le recouvrement incombe aux administrations fiscales, qui n'a pas été acquittée dans le délai légal donne lieu au versement d'un intérêt de retard. A cet intérêt s'ajoutent, le cas échéant, les sanctions prévues au présent code ".

18. D'autre part, aux termes de l'article 1729 du même code : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ". Selon l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, () la preuve de la mauvaise foi () incombe à l'administration ". Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt. Si l'administration se fonde également sur des éléments tirés du comportement du contribuable pendant la vérification, la mention d'un tel motif, qui ne peut en lui-même justifier l'application d'une telle pénalité, ne fait pas obstacle à ce que le manquement délibéré soit regardé comme établi dès lors que les conditions rappelées ci-dessus sont satisfaites.

19. En premier lieu, dans sa requête introductive d'instance, la SARL Résidence Del Campo se borne à " contester les pénalités dans leur intégralité ". Ce moyen est dépourvu de précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé.

20. En second lieu, la proposition de rectification du 30 avril 2019 expose les raisons pour lesquelles le service a appliqué l'intérêt de retard et la pénalité pour manquement délibéré sur les rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2017. La SARL Résidence Del Campo ne critique aucun de ces motifs. Si elle soutient dans son dernier mémoire qu'elle n'a pas présenté de demande de remboursement de crédit de taxe sur la valeur ajoutée, que celui-ci n'a pas été effectivement remboursé et qu'aucun préjudice n'est à déplorer pour le Trésor, ces allégations imprécises ne sont pas susceptibles de remettre en cause l'application de l'intérêt de retard et le caractère délibéré du manquement.

21. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Résidence Del Campo n'est pas fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités correspondantes qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par la SARL Résidence Del Campo.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Résidence Del Campo est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Résidence Del Campo et à l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer.

Délibéré après l'audience du 25 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Cros, premier conseiller,

M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé

F. CROS

La présidente,

Signé

M. BERNABEU

La greffière,

Signé

G. GUTH

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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