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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2103018

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2103018

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2103018
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantMINO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 novembre 2021, et deux mémoires complémentaires enregistrés le 17 novembre 2021 et le 2 août 2023, la commune de Saint-Tropez, représentée par la SELAS Légal Performances, agissant par Me Antoine, demande au tribunal, dans ses dernières écritures :

1°) A titre principal, sur le fondement des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs ;

- principalement, de condamner in solidum le cabinet C, les sociétés Sele, Sarl Sud France et la Sarl Lambert à lui verser une somme de 308 552 euros augmentée des intérêts et de la capitalisation ;

- subsidiairement, de condamner le cabinet C à lui verser la somme de 215 996 euros avec intérêts de droit et capitalisation des intérêts.

- de condamner la société Sele à lui verser une somme de 30 852 euros avec intérêts de droit et capitalisation des intérêts ;

- de condamner la société Sud France à lui verser une somme de 30 852 euros avec intérêts de droit et capitalisation des intérêts ;

- de condamner la société Lambert (société la Protection des Bois du Centre) à lui verser une somme de 30 852 euros avec intérêts de droit et la capitalisation des intérêts ;

2)° A titre subsidiaire, sur le fondement de la responsabilité contractuelle :

- principalement, de condamner in solidum le cabinet C (M. B C) et les sociétés Sele, Sud France et Lambert (société La Protection des Bois du Centre) à lui verser la somme de 308 552 euros ( 215 996 + 30 852 + 30 852 +30 852) avec intérêts de droit et la capitalisation des intérêts ;

- subsidiairement, de condamner le cabinet C à lui verser la somme de 215 996 euros avec intérêts de droit et capitalisation des intérêts.

- de condamner la société Sele à lui verser une somme de 30 852 euros avec intérêts de droit et capitalisation des intérêts ;

- de condamner la société Sud France à lui verser une somme de 30 852 euros avec intérêts de droit et capitalisation des intérêts ;

- de condamner la société Lambert (société la Protection des Bois du Centre) à lui verser une somme de 30 852 euros avec intérêts de droit et la capitalisation des intérêts ;

3°) de condamner in solidum les défendeurs aux entiers dépends au titre des frais d'instance ;

4°) de mettre à la charge de chacun des défendeurs une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- après avoir entrepris une première phase de travaux de restauration de la chapelle du Couvent portant sur sa toiture et sa charpente, elle a engagé une seconde phase de travaux relatifs à la restauration intérieure de la chapelle, notamment concernant des décors peints et de la maçonnerie ;

- le lot n° 2 " maçonnerie " a été confié à l'entreprise Sele, le lot n° 3 " décors peints " à l'entreprise Sud France, le lot n° 6 " assainissement des murs périphériques " à l'entreprise Lambert et la maîtrise d'œuvre au cabinet C ; l'ensemble des travaux a été réceptionné le 27 octobre 2014 ; cependant, de nombreux désordres sont apparus sur l'ensemble des murs intérieurs de la chapelle, notamment le décollement des décors, nécessitant une reprise intégrale des travaux estimée à environ 250 000 euros ;

- la responsabilité décennale de ces sociétés doit dès lors être engagée en ce qui concerne ces désordres ;

- la responsabilité contractuelle de ces sociétés doit aussi être engagée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2022, la Sarl Sud France, représentée par la SELARL Abeille et Associés, agissant par Me Pontier, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter les conclusions dirigées à son encontre ;

2°) à titre subsidiaire, de réduire le pourcentage de responsabilité retenu à son encontre et de ramener la demande indemnitaire à de plus justes proportions, en excluant totalement le préjudice de jouissance et d'image ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Tropez la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'a commis aucune faute ;

- le préjudice de jouissance et d'image n'est pas établi par les pièces du dossier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2022, la société La Protection des Bois du Centre - ETS JC Lambert, représentée par la SELARL ASC Avocats et Associés, agissant par Me Astor, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la requête et de débouter la commune de ses demandes à son encontre ;

2°) à titre subsidiaire, de ramener la demande indemnitaire de la commune à de plus justes proportions en excluant tout préjudice de jouissance et d'image et de réduire le pourcentage de responsabilité imputé à la société Lambert ;

3°) en tout état de cause, de débouter les autres défendeurs (cabinet C, société Sele, société Sud France) de leurs demandes de garantie formulées à son encontre ;

4°) enfin, de mettre à la charge de la commune de Saint-Tropez la somme de 10 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa responsabilité décennale ne peut être engagée dès lors que le désordre ne lui est pas imputable ;

- le désordre a pour cause une insuffisance de contrôle et de coordination par le MOE au stade de l'exécution ;

- rien dans le rapport d'expertise ne permet de retenir une part de responsabilité à hauteur de 10% ;

- le préjudice de jouissance et d'image n'est pas établie ;

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 22 juin 2023, le 16 août 2023 et le 7 août 2024 M. B C, représenté par Me Mino, demande au Tribunal :

1°) à titre principal, à ce que les demandes de la commune soient jugées irrecevables ;

2°) à titre subsidiaire, de rejeter les demandes de la commune en ce qu'elles sont infondées ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, de limiter sa quotepart de responsabilité à 10 % au plus, de rejeter la demande de la commune qui concerne le préjudice de jouissance et d'image et condamner in solidum les autres défendeurs (les sociétés Sele, Lambert et Sud France) à la relever et garantir des condamnations que le tribunal pourrait prononcer à son encontre à hauteur de 90 % ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Tropez la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi qu'aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la commune de Saint-Tropez n'aurait pas précisé les moyens de droit qui fondent sa demande indemnitaire ;

- sa responsabilité ne saurait être engagée dès lors que les désordres ne présentent pas de caractère décennal ;

- sa responsabilité contractuelle ne saurait être engagée dès lors que la réception des travaux a été prononcée le 20 décembre 2013 ;

- il n'a commis aucune faute.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2023, l'entreprise Sele, représentée par la SELARL LLC et Associés, agissant par Me Taillan, demande au Tribunal :

1°) à titre principal, à ce que les demandes de la commune soient jugées irrecevables ;

2°) à titre subsidiaire, de rejeter les demandes de la commune en ce qu'elles sont infondées ; de condamner in solidum les autres défendeurs (les sociétés Lambert, Sud France et le cabinet C) à la relever et garantir des condamnations que le tribunal pourrait prononcer à son encontre ;

3°) en tout état de cause, de prononcer la mise hors de cause de son assureur la SMABTP, de mettre à la charge de la commune de Saint-Tropez une somme de 1 000 euros à verser à son assureur et une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne répond pas aux exigences de l'article

R. 411-1 du code de justice administrative ;

- sa responsabilité ne saurait être engagée dès lors qu'elle n'a commis aucune faute ;

- aucune condamnation solidaire ne peut être prononcée à son encontre ;

- le préjudice d'image et de jouissance n'est pas établi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2023, la compagnie Générali IARD, en sa qualité d'assureur de la société La Protection des Bois du Centre - ETS JC Lambert, représentée par Me Guespin, demande que le Tribunal rejette les conclusions de la commune de Saint-Tropez dirigées contre elle et à ce que soit mise à la charge de la commune une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne répond pas aux exigences de l'article

R. 411-1 du code de justice administrative ;

- la commune ne formule aucune demande à son encontre ;

- la juridiction administrative est incompétente pour connaître des actions tendant au paiement des sommes dures par un assureur au titre de ses obligations de droit privé et à raison du fait dommageable de son assurée ;

- la juridiction administrative est incompétente pour connaître de toutes ses demandes ;

- les travaux réalisés par la société Lambert ne correspondent pas aux activités qu'elle avait déclarées dans le cadre de sa police souscrite auprès d'elle, et, dès lors, sa responsabilité ne peut être engagée ;

- à titre infiniment subsidiaire, la preuve de la responsabilité de la société Lambert n'est pas rapportée ;

- les demandes chiffrées par la commune sont mal fondées au titre du préjudice matériel et les préjudices de jouissance et d'image ne sont pas démontrés.

Vu :

- le rapport de l'expertise ordonnée en référé, déposé au greffe le 8 octobre 2020 ;

- l'ordonnance du 14 octobre 2020 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Toulon a liquidé et taxé les frais de l'expertise réalisée par M. D A ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des marchés publics ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Karbal,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- et les observations de Me Houssel représentant la commune de Saint Tropez, et de

Me Réa-Rolland substituant Me Taillan représentant la société Sele et le SMABTP.

Considérant ce qui suit :

1. En 2010, la commune de Saint-Tropez a engagé des travaux de restauration de la chapelle " du Couvent ". Après avoir entrepris une première phase de travaux de restauration de la chapelle portant sur sa toiture et sa charpente, elle a engagé une seconde phase de travaux relatifs à la restauration intérieure de la chapelle, notamment concernant des décors peints et de la maçonnerie. Le lot n° 2 " maçonnerie " a été confié à l'entreprise Sele, le lot n° 3 " décors peints " à l'entreprise Sud France, le lot n° 6 " assainissement des murs périphériques " à l'entreprise Lambert et la maîtrise d'œuvre au cabinet C. L'ensemble des travaux a été réceptionné le 27 octobre 2014. Cependant, de nombreux désordres sont apparus sur l'ensemble des murs intérieurs de la chapelle, notamment le décollement des décors, nécessitant une reprise intégrale des travaux. La commune de Saint-Tropez a déposé un recours en référé-expertise le 15 février 2017. L'expert a rendu son rapport le 8 octobre 2020. La commune de Saint-Tropez demande au tribunal de condamner solidairement les sociétés Sele, Sarl Sud France, Sarl Lambert et le cabinet C à raison des désordres affectant la chapelle du Couvent à la suite des travaux de restauration intérieure, notamment le décollement des décors, nécessitant une reprise intégrale des travaux.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le cabinet C, la société Sele et la société Sud France tirée du défaut de motivation de la requête du 9 novembre 2021.

2. Il résulte de l'instruction que la commune de Saint-Tropez a régularisé sa requête par le dépôt d'un mémoire complémentaire le 17 novembre 2021, soit avant l'expiration du délai de recours, dont il ressort que la demande est présentée, à titre principal, sur le fondement de la responsabilité décennale des constructeurs et, à titre subsidiaire, sur celui de leur responsabilité contractuelle et qu'elle contient l'exposé de moyens. Par suite, cette fin de non-recevoir sera écartée.

Sur la responsabilité décennale des constructeurs :

3. Il résulte des principes qui régissent la responsabilité décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.

4. Les défendeurs font valoir que les désordres en cause ne présentent pas de caractère décennal.

5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que les désordres constatés sur l'ensemble des murs intérieurs consistaient en des " décollements de décors peints au niveau des parties murales de l'intérieur de la Chapelle, que les parties murales et les piliers de l'intérieur de cette Chapelle sont impactés par la présence de décollements de badigeon et aussi d'enduit sous-jacent malgré l'installation d'une rupture capillaire dans le cadre des travaux d'assainissement prévus. Des taches sont également présentes au niveau de la partie basse des murs. () ". " Ces taches étaient visibles dès la fin des travaux ".

6. Si la commune soutient que le caractère décennal de ces désordres n'est pas sérieusement contestable, au motif qu'ils rendent l'ouvrage impropre à sa destination, il résulte toutefois de l'instruction, et notamment des photographies versées au dossier, que les phénomènes d'infiltrations et d'humidité constatés sont de faible ampleur et ne revêtent pas un caractère d'une particulière gravité. La gêne que ces désordres seraient susceptibles de causer aux usagers de la chapelle du Couvent, n'est pas établie. La commune ne démontre pas davantage, ni même n'allègue, l'existence d'un danger quelconque. En outre, selon l'expert, les altérations relevées sur les décors peints des murs intérieurs de la chapelle ne mettent pas en péril l'ouvrage. Il précise que seule la fonction décorative de ces décors est fortement altérée dès lors qu'ils ne remplissent pas leur fonctionnalité esthétique en raison de la présence des taches sombres et blanchâtres et des décollements. Dans ces conditions, les désordres en cause, ne compromettent pas la solidité de l'ouvrage et ne le rendent pas impropre à sa destination, qu'il s'agisse de son usage cultuel ou patrimonial et culturel.

7. Il résulte de ce qui précède que le désordre lié aux décollements de décors peints au niveau des parties murales de l'intérieur de la Chapelle, qui n'affecte pas la solidité de l'édifice, ne rend pas l'église impropre à sa destination et n'est ainsi pas de nature à engager la responsabilité décennale des constructeurs. Par suite, les conclusions de la commune de Saint-Tropez tendant à la condamnation in solidum de M. C, maître d'œuvre, et des sociétés Sele, Sarl Sud France et Sarl Lambert, sur ce fondement décennal, doivent être rejetées.

En ce qui concerne la responsabilité contractuelle et le partage de responsabilité :

8. La réception est l'acte par lequel le maître de l'ouvrage déclare accepter l'ouvrage avec ou sans réserve. Elle met fin aux rapports contractuels entre le maître de l'ouvrage et les constructeurs en ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage. La réception interdit, par conséquent, au maître de l'ouvrage d'invoquer, après qu'elle a été prononcée, et sous réserve de la garantie de parfait achèvement, des désordres apparents causés à l'ouvrage ou des désordres causés aux tiers, dont il est alors réputé avoir renoncé à demander la réparation. La réception de l'ouvrage met également fin aux rapports contractuels entre le maître d'ouvrage et le maître d'œuvre en ce qui concerne les prestations indissociables de la réalisation de l'ouvrage, au nombre desquelles figurent, notamment, les missions de conception de cet ouvrage.

9. Il résulte de l'instruction, en particulier de l'expertise, que la réception de l'ouvrage en litige a été prononcée le 27 octobre 2014 avec des réserves portant expressément sur les tâches d'humidité sur les murs périphériques intérieurs. Par suite, la commune de Saint-Tropez est fondée à rechercher la responsabilité contractuelle de droit commun des constructeurs et du maître d'œuvre pour leurs prestations indissociables dans la réalisation des travaux de restauration de la chapelle du Couvent.

10. Il résulte de l'instruction que des tâches d'humidité sont apparues après la fin des travaux. Il résulte également de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert, que, lors des travaux concernant la face intérieure des murs, aucune vérification n'avait été faite tant au niveau de la teneur en sels solubles que de la teneur en humidité du support, pour vérifier notamment que les murs s'étaient asséchés. L'expert ajoute qu'un seul contrôle avait été effectué après que les travaux aient été réalisés et que les défauts soient apparus. L'expert précise également que la rupture capillaire formée en soubassement ne permet pas de remédier définitivement aux remontées d'eau par capillarité et que cette humidité est accentuée par la présence de sels solubles. Il résulte ainsi de l'instruction que l'absence de contrôle pendant l'exécution des travaux tant en termes de teneur en humidité (avant, pendant et après les travaux) mais surtout de l'absence de vérification de la teneur en sels solubles est la cause principale de ces altérations relevées au niveau des décors peints de cette Chapelle. Une plus grande vigilance aurait permis d'affiner la préparation des surfaces avant de réaliser la globalité du complexe décoration (enduit à base de chaux grasse et badigeon de chaux).

11. Compte tenu de ce qui précède, il sera fait une exacte appréciation des circonstances de l'espèce en évaluant à 75 % la part de responsabilité du cabinet C dans les désordres et malfaçons précités et à 25 % celle de la société La Protection des Bois du Centre - ETS JC Lambert.

Sur les préjudices :

12. Il résulte de l'instruction que le montant des travaux de reprise des parties basses des murs intérieurs et extérieurs de la Chapelle a été évalué par l'expert judiciaire à une somme totale de 199 287,50 euros HT, qui n'est pas sérieusement contestée par les parties. Dans ces conditions, le préjudice indemnisable de la commune de Saint-Tropez doit être fixé à ce montant.

13. Il résulte de tout ce qui précède que le cabinet C et la société La Protection des Bois du Centre - ETS JC Lambert doivent être condamnés, in solidum, à verser à la commune de Saint-Tropez la somme de 199 287,50 euros HT au titre de la reprise des troubles précités.

14. Si la commune de Saint-Tropez se prévaut également d'un préjudice d'image, elle n'apporte aucun élément de nature à établir tant la réalité que l'ampleur d'un tel préjudice qu'elle évalue à 50 000 euros. Il y a lieu par suite de rejeter la demande indemnitaire présentée à ce titre.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

15. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1153 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.

16. La commune de Saint-Tropez a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de

199 287,50 euros HT, à compter du 9 novembre 2021, date de réception de son recours indemnitaire.

17. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 9 novembre 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 9 novembre 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les appels en garantie :

18. Compte tenu du partage des responsabilités, indiqué au paragraphe 11, il y a lieu de condamner la société La Protection des Bois du Centre - ETS JC Lambert à garantir le cabinet C des condamnations prononcées à son encontre, à concurrence de 25%.

19. Dès lors que la responsabilité des sociétés Sele et Sud France n'est pas engagée, les conclusions aux fins d'appel en garantie que formule le cabinet C à leur encontre doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

20. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

21. Il y a lieu de mettre à la charge du Cabinet C et de la société Lambert, le versement à la commune de Saint-Tropez de la somme de 1 000 euros, chacun, sur le fondement de ces mêmes dispositions. En revanche, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des sociétés Sele et Sud France la somme réclamée par la commune de Saint-Tropez sur ce même fondement. Enfin, ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Tropez, qui n'est pas la partie perdante, la somme réclamée par le cabinet C, les sociétés Sele, Sud France et la société La Protection des Bois du Centre - ETS JC Lambert, au titre des frais que ces sociétés ont exposés et non compris dans les dépens.

22. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".

23. Par une ordonnance du 14 octobre 2020, les frais et honoraires de l'expertise ont été liquidés et taxés à la somme de 19 394,97 euros TTC. En application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et compte tenu de la part de responsabilité encourue par chacune des parties, de mettre ces frais à la charge in solidum du cabinet C à hauteur de 14 546,22 euros et à la charge de la société La Protection des Bois du Centre - ETS JC Lambert à hauteur de 4 848,75 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Le cabinet C et la société Lambert sont solidairement condamnés à verser à la commune de Saint-Tropez la somme de 199 287,50 euros HT, assortie des intérêts au taux légal à compter du 9 novembre 2021. Les intérêts échus à la date du 9 novembre 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : La société Lambert garantira le cabinet C des condamnations prononcées à son encontre, à concurrence de 25%.

Article 3 : Le Cabinet C et la société Lambert, verseront chacun, une somme de 1 000 euros à la commune de Saint-Tropez au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 19 394,97 euros TTC sont mis à la charge in solidum du cabinet C à hauteur de 14 546,22 euros et à la charge de la société La Protection des Bois du Centre - ETS JC Lambert à hauteur de 4 848,75 euros.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Saint-Tropez, à la société Sele, à la société Sud France, à la société Lambert et à M. B C, cabinet C.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

Mme Mathlide Montalieu, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

Z. KARBAL

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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