jeudi 21 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2103132 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | PIERSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2021, Mme A C, représentée par Me Mathieu, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Toulon ou la métropole Toulon Provence Méditerranée (TPM) à lui verser la somme de 69 817,70 euros, en réparation des préjudices subis ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Toulon ou de la métropole TPM la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le 18 avril 2018, elle a été victime d'une chute sur la chaussée à cause d'un nid de poule alors qu'elle traversait la rue du jeu de Paume, à Toulon, sur un passage piéton ;
- la responsabilité pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public de la commune de Toulon ou de la métropole TPM est engagée ;
- la chute lui a causé une fracture du pilon tibial de la cheville gauche ;
- l'ensemble de ses préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux doivent être réparés.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 21 et
22 juin 2022, la métropole TPM, représentée par Me Pierson, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de la mettre hors de cause ;
2°) à titre subsidiaire, de rejeter la requête ;
3°) à titre très subsidiaire, de rejeter la demande d'indemnisation du préjudice d'agrément et des frais divers et de ramener à de plus justes proportions l'indemnisation des autres préjudices ;
4°) de mettre à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle doit être mise hors de cause dès lors que, s'agissant d'une chute sur la chaussée survenue en 2018, en application de la convention de gestion transitoire du 25 janvier 2018, seule la responsabilité de la commune de Toulon est susceptible d'être engagée ;
- en tout état de cause, la requérante ne rapporte pas la preuve de la matérialité des faits qu'elle avance ; elle a commis une inattention fautive ; les préjudices sont évalués de manière excessive.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 et 26 juillet 2023, la commune de Toulon, représentée par Me Phelip, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de la mettre hors de cause ;
2°) à titre subsidiaire, de rejeter la requête ;
3°) à titre très subsidiaire, de rejeter la demande d'indemnisation du préjudice esthétique temporaire et du préjudice d'agrément et de ramener à de plus justes proportions l'indemnisation des autres préjudices ;
4°) de mettre à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'accident du 18 avril 2018 a eu lieu postérieurement au transfert de compétence de l'entretien de la voirie à la métropole TPM, seule la responsabilité de cette dernière est dès lors susceptible d'être engagée ;
- en tout état de cause, la requérante ne rapporte pas la preuve de la matérialité des faits qu'elle avance ; aucun défaut d'entretien normal de la voirie ne peut être retenu ; la requérante a commis une inattention fautive ; les préjudices sont évalués de manière excessive.
L'ensemble de la procédure a été communiqué à la caisse primaire d'assurance maladie du Var, qui n'a pas produit d'observations.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le rapport du 22 février 2021 de l'expertise ordonnée par le juge des référés du tribunal ;
- l'ordonnance du 8 mars 2021 par laquelle le magistrat désigné par la présidente du tribunal a liquidé et taxés les frais de l'expertise réalisée par le docteur B.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Montalieu, rapporteure,
- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,
- et les observations de Me Mathieu, avocat de Mme C ;
- les autres parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Le 18 avril 2018, vers 9h10, alors qu'elle traversait la rue du jeu de Paume, à Toulon, Mme C, née le 13 avril 1954, a été victime d'une chute lui causant une fracture du pilon tibial de la cheville gauche. Par une ordonnance du 8 décembre 2020, le juge des référés du tribunal a désigné le docteur B, chirurgien orthopédique, en qualité d'expert. L'expert a remis son rapport le 22 février 2021. Par des courriers des 1er mars 2021 et 30 septembre 2021, Mme C a formé des demandes préalables d'indemnisation auprès de la commune de Toulon et de la métropole TPM, lesquelles ont été rejetées.
Sur la personne publique en charge de l'ouvrage public litigieux :
2. Aux termes de l'article 1er du décret du 26 décembre 2017 portant création de la métropole dénommée " Toulon-Provence-Méditerranée " : " Il est créé un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre relevant de la catégorie des métropoles, par transformation de la communauté d'agglomération Toulon-Provence-Méditerranée." Selon, l'article 3 du même décret : " La métropole Toulon-Provence-Méditerranée est constituée des communes suivantes : (), Toulon, (). " Aux termes de l'article 4 de ce décret : " La métropole Toulon-Provence-Méditerranée exerce les compétences prévues à l'article L. 5217-2 du code général des collectivités territoriales () ". Selon, l'article L. 5217-2 du code général des collectivités territoriales: "La métropole exerce de plein droit, en lieu et place des communes membres, les compétences suivantes : () 2° En matière d'aménagement de l'espace métropolitain : b) Organisation de la mobilité au sens des articles L. 1231-1, L. 1231-8 et L. 1231-14 à L. 1231-16 du code des transports ; création, aménagement et entretien de voirie ; signalisation ; abris de voyageurs ; parcs et aires de stationnement et plan de mobilité ; () c) Création, aménagement et entretien des espaces publics dédiés à tout mode de déplacement urbain ainsi qu'à leurs ouvrages accessoires ; () 5° En matière de gestion des services d'intérêt collectif : () a) Assainissement des eaux usées, dans les conditions prévues à l'article L. 2224-8, gestion des eaux pluviales urbaines au sens de l'article L. 2226-1 et eau ;". Aux termes de l'article L.5217-5 du code précité: " () La métropole est substituée de plein droit, pour l'exercice des compétences transférées, aux communes membres et à l'établissement public de coopération intercommunale transformé en application de l'article L.5217-4, dans l'ensemble des droits et obligations attachés aux biens mis à disposition en application du premier alinéa du présent article et transférés à la métropole en application du présent article ainsi que, pour l'exercice de ces compétences sur le territoire métropolitain, dans toutes leurs délibérations et tous leurs actes. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que le transfert de compétences à une métropole implique le transfert des biens, équipements et services nécessaires à l'exercice de ces compétences, ainsi que les droits et obligations qui leur sont attachés y compris lorsque ces obligations trouvent leur origine dans un événement antérieur au transfert. En application du I de l'article L. 5217-2 du code général des collectivités territoriales, la métropole " Toulon-Provence-Méditerranée ", à laquelle la commune de Toulon adhère, exerce au lieu et place des communes la compétence " création, aménagement et entretien de la voirie ". Toutefois, il résulte de l'instruction, ainsi le soutient la métropole TPM, qu'aux termes des articles 4 et 7 de la convention de gestion transitoire relative aux compétences relevant du budget général conclue entre la métropole TPM et la commune de Toulon le 25 janvier 2018, la charge et l'entretien de la voirie et des espaces publics, compétence de la métropole, est assurée par la commune de Toulon du 1er janvier au 31 décembre 2018 et que celle-ci est responsable à l'égard de la métropole et des tiers des éventuels dommages causés par un défaut d'entretien normal des ouvrages publics. En conséquence, la commune de Toulon n'est pas fondée à solliciter sa mise hors de cause.
4. En revanche, et pour les mêmes motifs, la métropole TPM doit être mise hors de cause et l'ensemble des conclusions dirigées à son encontre doivent être rejetées.
Sur la responsabilité de la commune de Toulon pour défaut d'entretien normal :
5. D'une part, il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu sur une voie publique, de rapporter la preuve du lien de causalité entre l'ouvrage public et le dommage dont il se prévaut. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.
6. D'autre part, aux termes de l'article R. 412-37 du code de la route : " Les piétons doivent traverser la chaussée en tenant compte de la visibilité ainsi que de la distance et de la vitesse des véhicules. / Ils sont tenus d'utiliser, lorsqu'il en existe à moins de 50 mètres, les passages prévus à leur intention. () ".
7. Pour engager la responsabilité de l'administration, Mme C soutient que la chute dont elle a été victime le 18 avril 2018 rue du jeu de Paume, juste après l'intersection avec le boulevard Fenelon, à Toulon, trouve son origine dans un nid de poule sur la chaussée d'environ dix centimètres de profondeur, lequel a été rebouché depuis lors. Elle fait valoir qu'elle a emprunté le passage piéton et que son pied a glissé dans ce trou après qu'un véhicule l'ait " contrainte à reculer ". Toutefois, d'une part, ainsi que le fait valoir la commune de Toulon, il résulte de l'instruction, notamment des photographies, que " l'excavation rebouchée " dont elle se prévaut est située en dehors du passage protégé d'environ un mètre, de sorte que cette partie de la chaussée ne peut être regardée comme anormalement entretenue, eu égard à sa destination. D'autre part, les allégations de la requérante ne sont pas corroborées par l'attestation du conducteur, selon laquelle la requérante a effectué " un mouvement vers l'arrière " alors que le véhicule était à l'arrêt pour la laisser traverser. Compte tenu de ces éléments, la chute dont a été victime la requérante doit être uniquement imputée à son imprudence fautive. Par suite, Mme C n'est pas fondée à rechercher la responsabilité pour défaut d'entretien normal de la commune de Toulon.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme C dirigées contre la commune de Toulon doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ". Et aux termes de l'article L. 761-1 du même code : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
10. En premier lieu, il y a lieu de mettre à la charge définitive de Mme C, partie perdante dans cette instance, les frais et honoraires de l'expertise liquidés et taxés à la somme de 1 500 euros par une ordonnance du magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif du Toulon du 8 mars 2021.
11. En second lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Toulon, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens, la somme que demande Mme C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la requérante une quelconque somme au titre des frais exposés par la commune de Toulon et la métropole TPM et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 500 euros, sont mis à la charge définitive de Mme C.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Toulon et la métropole TPM sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la commune de Toulon, à la métropole Toulon Provence Méditerranée et à la caisse primaire d'assurance maladie du Var.
Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
M. Zouhaïr Karbal, conseiller,
Mme Mathilde Montalieu, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.
La rapporteure,
Signé
M. MONTALIEU
Le président,
Signé
Ph. HARANG
La greffière,
Signé
A. CAILLEAUX
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026