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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2103294

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2103294

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2103294
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantLEGAL PERFORMANCES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée sous le numéro 2103294 le 8 décembre 2021 et un mémoire complémentaire enregistré le 2 août 2023, la commune de Saint-Tropez, représentée par la Selas Légal Performances, agissant par Me Antoine, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de condamner in solidum le cabinet Naviglio, la société BTP Consultants, la société SELE, la société Bourgeois et la société UBC Ingénierie sur le fondement de leur responsabilité décennale à lui verser la somme de 301 907 euros TTC au titre du préjudice constitué par les désordres à caractère décennal justifiant la reprise des travaux de charpente et de couverture ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner :

- le cabinet Naviglio à lui verser la somme de 61 366 euros TTC en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des désordres survenus justifiant des travaux de reprise concernant la charpente et les couvertures, d'assortir cette somme des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts ;

- la société BTP Consultants à lui verser la somme de 30 190 euros TTC en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des désordres survenus justifiant des travaux de reprise concernant la charpente et les couvertures, d'assortir cette somme des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts ;

- la société SELE à lui verser la somme de 107 475 euros TTC en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des désordres survenus justifiant des travaux de reprise concernant la charpente et les couvertures, d'assortir cette somme des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts ;

- la société Bourgeois à lui verser la somme de 87 781 euros TTC en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des désordres survenus justifiant des travaux de reprise concernant la charpente et les couvertures, d'assortir cette somme des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts ;

- la société UBC Ingénierie à lui verser la somme de 15 095 euros TTC en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des désordres survenus justifiant des travaux de reprise concernant des travaux la charpente et les couvertures, d'assortir cette somme des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts.

3°) de mettre à la charge de chacun des défendeurs la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

La commune de Saint-Tropez soutient que :

* les désordres qui affectent la chapelle " du Couvent " sont de nature décennale ;

* l'ensemble des désordres qui sont survenus sur la chapelle " du Couvent " sont imputables à l'ensemble des constructeurs ;

* la responsabilité décennale des entreprises et du cabinet Naviglio doit être engagée ;

* le rapport d'expertise additif est parfaitement motivé dès lors qu'il répond au complément de mission qui avait été confié à l'expert ;

* le rapport d'expertise additif n'est pas irrégulier dès lors qu'il reprend pour l'essentiel les conclusions du rapport d'expertise initial lequel avait été soumis au débat contradictoire.

Par des mémoires enregistrés le 16 mars, 25 juillet, et 22 décembre 2022 et le 14 août 2023, le cabinet Naviglio et la société BTP Consultants, représentés par Me Mino, concluent, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) à titre principal ;

- de limiter la condamnation in solidum à hauteur de 20% au titre du désordre n°3 ;

- de rejeter les conclusions dirigées à son encontre au titre des désordres 1,2,4,5 et 6 ;

- de condamner l'entreprise SELE, UBC Ingénierie et la société SMABTP à la relever et garantir de la condamnation susceptible d'être prononcée à son encontre ;

2°) à titre subsidiaire ;

- de limiter la condamnation de la société BTP Consultants à hauteur de 10% au titre du désordre n°3 ;

- de condamner in solidum l'entreprise SELE, UBC Ingénierie et la société SMABTP à la relever et garantir de la condamnation susceptible d'être prononcée à son encontre à hauteur de 100% pour les désordres 1,2,4,5 et 6 et 70 % pour le désordre n°3 ;

- de rejeter les prétentions de la société Bourgeois, SELE et UBC Ingénierie quant au surcoût des travaux de reprises ;

- de condamner la société Bourgeois, SELE et UBC Ingénierie à payer les honoraires et frais d'expertise.

3°) de mettre à la charge de la requérante une somme de 5 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par des mémoires en défense enregistrés les 19 juillet 2022 et 26 juillet 2023, la société Bourgeois, représentée par la SARL Atori Avocats, agissant par

Me Durand, demande au tribunal :

1°) de limiter à la somme de 28 291,68 euros le montant du préjudice conformément à ce qui avait été retenu lors de l'expertise amiable ;

2°) de condamner in solidum le cabinet Naviglio, la société BTP Consultants, UBC Ingénierie et la société SELE à la relever et garantir de la condamnation susceptible d'être prononcée à son encontre à hauteur de 85 % ;

3°) à tout le moins, de condamner le cabinet Naviglio à la relever et la garantir à hauteur de 20%, UBC Ingénierie à hauteur de 5%, la société BTP Consultants à hauteur de 10% et la société SELE à hauteur de 50% ;

4°) de mettre à la charge le cabinet Naviglio et la société BTP Consultants une somme de 2 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le rapport d'expertise additif doit être écarté des débats dès lors qu'il n'a pas été soumis au débat contradictoire ;

- il y a lieu de retenir la répartition des responsabilités qui avait été retenue dans le cadre de l'expertise amiable ;

- le surcoût des travaux de reprise chiffré à 64 071,42 euros doit être mis à la charge du cabinet Naviglio et de la société BTP Consultants.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 octobre 2022 et le 24 août 2023, le cabinet UBC Ingénierie et la société Sele, représentés par la SELARL LLC et Associés, agissant par Me Taillan demandent au tribunal :

1°) de rejeter les conclusions dirigées à leur encontre ;

2°) de limiter la condamnation de la société SELE à hauteur de 15% au titre du désordre de type 3 ;

3°) de condamner in solidum le cabinet Naviglio, la société BTP Consultants et la société Bourgeois à relever et garantir la société Sele de la condamnation susceptible d'être prononcée à son encontre à hauteur de 85 % ;

4°) de ramener à de plus justes proportions la somme susceptible d'être allouée au titre des frais d'instance non compris dans les dépens.

Ils soutiennent que :

- le rapport d'expertise additif doit être écarté des débats dès lors qu'il n'a pas été soumis au débat contradictoire ;

- ils ne contestent pas le principe du droit à indemnisation de la commune de Saint-Tropez ;

- la responsabilité de la société SELE ne peut être engagée au sujet des dommages de type 3.

Vu :

- les autres pièces des dossiers ;

- le rapport d'expertise déposé le 28 avril 2018 par M. A, puis l'additif déposé le 8 février 2019 ;

- l'ordonnance du 19 juin 2018 par laquelle le président du tribunal administratif de Toulon a liquidé et taxé les frais de l'expertise réalisée par M. B A ;

- l'ordonnance du 4 avril 2019 par laquelle le président du tribunal administratif de Toulon a liquidé et taxé les frais de l'expertise réalisée par M. B A.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des marchés publics ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Karbal, conseiller,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- et les observations de Me Houssel représentant la commune de Saint Tropez, de

Me Réa-Rolland substituant Me Taillan représentant la société Sele et le SMABTP, et de

Me Benameur représentant l'entreprise Bourgeois.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Saint-Tropez a attribué par acte d'engagement du 10 mars 2010 la maîtrise d'œuvre de l'opération de travaux de restructuration de la Chapelle du Couvent sise avenue Augustin Grangeon sur le territoire de la commune de Saint-Tropez. Elle a confié la maîtrise d'œuvre au cabinet Naviglio assisté du bureau d'études technique Ubc Ingenierie, le contrôle technique à la société BTP Consultants - agence PACA, les travaux de maçonnerie à la société Sele et les travaux de charpente et couverture à la société Bourgeois. Les travaux ont débuté le 14 juin 2010 et ont été réceptionnés le 31 mai 2011 pour les travaux de charpente et de couverture et le 7 octobre 2011 pour les travaux de maçonnerie. En 2013, une fissuration des murs gouttereaux nord et sud, ainsi que des tuiles coulantes sont apparues, trouvant leur origine principale dans le basculement des génoises. Plusieurs réunions d'expertise à l'amiable ont alors eu lieu, dont la première le 6 mars 2014 à l'initiative de l'assureur de la société Sele et la dernière le 12 novembre 2014 à l'initiative de l'assureur du maître d'œuvre. Par la suite, les experts des différentes parties se sont réunis le 17 décembre 2014 et ont trouvé un accord sur les imputations du sinistre et le partage des responsabilités entre constructeurs ainsi que sur la répartition du coût des travaux de réparation pour un montant global de 188 611, 25 euros. Fin mars 2015, les conclusions des experts ont été transmises aux assureurs respectifs pour la validation du partage de responsabilités et la rédaction d'un protocole d'accord a été finalisée le 6 août 2015 et acceptée par la commune de Saint-Tropez. Toutefois, aucune suite n'a été donnée à ce projet. Dans la présente instance, la commune de Saint-Tropez demande la condamnation in solidum le cabinet Naviglio, et les sociétés BTP consultants, Sele, Bourgeois, UBC Ingénierie à raison des désordres sous la forme d'une fissuration des murs de gouttereaux nord et sud et des tuiles coulantes. Un expert a été désigné par le tribunal lequel a déposé son rapport le 28 avril 2018, puis l'a complété par un additif le 8 février 2019.

Sur l'irrégularité de l'additif au rapport d'expertise pour méconnaissance du contradictoire :

2. Le respect du caractère contradictoire de la procédure d'expertise implique que les parties soient mises à même de discuter devant l'expert des éléments de nature à exercer une influence sur la réponse aux questions posées par la juridiction saisie du litige. Lorsqu'une expertise est entachée d'une méconnaissance de ce principe ou lorsqu'elle a été ordonnée dans le cadre d'un litige distinct, ses éléments peuvent néanmoins, s'ils sont soumis au débat contradictoire en cours d'instance, être régulièrement pris en compte par le juge, soit lorsqu'ils ont le caractère d'éléments de pur fait non contestés par les parties, soit à titre d'éléments d'information dès lors qu'ils sont corroborés par d'autres éléments du dossier.

3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la commune de Saint-Tropez a demandé au juge des référés de prescrire un complément d'expertise à la suite du rapport déposé le 28 avril 2018 par M. A, afin que ce dernier précise, en pourcentage, la part de responsabilité de chaque constructeur dans les désordres affectant la chapelle du Couvent. Ainsi, par une ordonnance enregistrée sous le numéro 1802277, le juge des référés a désigné, de nouveau

M. A en qualité d'expert, et a ordonné à ce dernier, à l'appui de son rapport d'expertise déposé le 15 mai 2018, de préciser, lorsque les dommages identifiés et affectant la chapelle du Couvent étaient dus à plusieurs causes, dans quelle proportion ils étaient imputables à chaque intervenant, en fixant un pourcentage. Si l'additif n'a pas été réalisé au contradictoire des parties, ainsi que le font valoir les constructeurs en défense, il résulte toutefois de l'instruction que les éléments d'information qui ont été utilisés pour l'élaboration de ce supplément d'expertise avaient été débattus par les parties lors de la première expertise, l'expert se contentant de tirer les conséquences, en termes de répartition des responsabilités, de ces informations. Par suite, il n'y a pas lieu d'écarter des débats, comme le demande les parties en défense, le rapport complémentaire ainsi établi.

En ce qui concerne le principe de la responsabilité décennale :

4. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres, apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, engagent la responsabilité de ces constructeurs s'ils sont de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination.

5. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.

En ce qui concerne les désordres :

6. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit, que les travaux ont été réceptionnés le

31 mai 2011 pour les travaux de charpente et de couverture et le 7 octobre 2011 pour les travaux de maçonnerie, et en 2013, il a été observé une fissuration des murs de gouttereaux nord et sud, également des tuiles coulantes sont apparues, trouvant leur origine principale dans le basculement des génoises. Les opérations d'expertise ont mis en évidence six désordres : un mouvement de charpente par affaissement générant une variation dimensionnelle de l'ouvrage. Ce type de désordre a pour origine l'instabilité de la charpente. Les parties affectées sont les éléments constituant la charpente et les ouvrages à proximité (désordre 1), une ouverture en toiture par descellement des tuiles de couverture sur le versant en situation nord. Ce type de désordre a pour origine le report de la variation dimensionnelle de la charpente suite à son affaissement. Les parties affectées sont les éléments de couvertures au bas du versant nord et les ouvrages situés à l'aplomb soumis au phénomène d'infiltration (désordre 2), une fracture des parois maçonnées " dites murs gouttereaux " au bas de pente des éléments de couverture. Ce type de désordre a pour origine principalement le report de la variation dimensionnelle de la charpente générant un phénomène de poussée au vide et aggravé par l'absence de finalisation des ouvrages maçonnés en consolidation. Les parties affectées sont les parois maçonnées " dites murs gouttereaux " et les éléments formant les génoises en débord, au droit des fermes de la charpente en bois sur les versants sud et nord (désordre 3), des venues d'eaux partielles par toiture dans le périmètre de la couverture de la Chapelle du Couvent. Ce type de désordre a pour origine des tuiles manquantes ou arrachées en surface courante et le défaut d'étanchéité ponctuel au droit du faîtage haut, de l'appui au bas du clocher, ces derniers à l'aplomb du chœur de la chapelle. Les parties affectées sont les ouvrages situés à l'aplomb soumis au phénomène d'infiltration (désordre 4), des venues d'eaux dans l'intérieur de la chapelle au droit des voûtes d'arêtes et arcdoubleaux en parties hautes. Ce type de désordre est la conséquence des phénomènes d'infiltration générée par les désordres en toiture et façade définis ci-avant. Les parties affectées sont les revêtements au droit des voûtes d'arêtes et arcs-doubleaux en parties hautes (désordre 5), et une absence ponctuelle d'élément de gouttière par effondrement ou arrachage. Ce type de désordre a pour origine, une mise œuvre défaillante des crochets en support de gouttière. Les parties affectées sont le bas du versant de toiture nord-ouest (désordre 6).

7. Il résulte de l'instruction que ces désordres, qui affectent les éléments de couverture avec les maçonneries, sont de nature à entraîner un risque d'effondrement d'éléments de construction au droit des points litigieux. Dans ces conditions, ils rendent l'ouvrage impropre à sa destination et revêtent ainsi un caractère décennal. Par suite, la commune de Saint Tropez est fondée à rechercher la responsabilité décennale solidaire du cabinet Naviglio, et des sociétés BTP consultants, Sele, Bourgeois, UBC Ingénierie.

En ce qui concerne l'imputabilité des désordres :

8. Il appartient au juge administratif, dès lors qu'il constate, d'une part, que les parties à une opération de construction n'ont pas entendu contractuellement renoncer ou aménager le régime de la garantie décennale des constructeurs et, d'autre part, que les conditions de l'engagement de cette responsabilité sont réunies, de tirer les conséquences, le cas échéant d'office, du caractère solidaire de cette responsabilité en condamnant l'ensemble des constructeurs auxquels sont imputables les désordres en litige à en réparer les conséquences dommageables pourvu qu'ils aient été mis en cause par le maître de l'ouvrage et qu'ils aient, au moins pour partie, contribué à la survenance de ces désordres.

9. Il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'expertise que tous les désordres qui ont été identifiés procèdent du désordre n°1, mouvement de charpente par affaissement générant une variation dimensionnelle de l'ouvrage, qui, selon l'expert, sont la conséquence de manquements tant dans la conception que dans l'exécution des travaux. En outre, l'expert estime que ces désordres sont imputables en premier lieu, au sens de la garantie décennale, à la société Bourgeois, qui a réalisé les travaux de charpente et de couverture, et à la société Sele qui a réalisé les travaux de maçonnerie. Enfin, les désordres sont également imputables aux maîtres d'œuvre, le cabinet Naviglio, le bureau d'études techniques UBC Ingénierie et la société BTP Consultants, lesquels devaient assurer la conception et le suivi des travaux.

10. Il résulte de ce qui précède que les sociétés Bourgeois, Sele, le cabinet Naviglio, le bureau d'études techniques UBC Ingénierie et à la société BTP Consultants ont chacune pris part aux travaux dont ont résulté les désordres en litige. Dans ces conditions, la commune de Saint- Tropez est fondée à obtenir leur condamnation in solidum, sur le fondement des principes qui régissent la garantie décennale.

11. Par ailleurs, compte tenu de ce qui précède, et eu égard aux conclusions du rapport d'expertise, il sera fait une exacte appréciation des circonstances de l'espèce en évaluant à 20 % la part de responsabilité du cabinet Naviglio dans les désordres et malfaçons précités, à 35 % celle de la société SELE, à 30% celle de la société Bourgeois, à 10% celle de la société BTP Consultants et à 5 % celle du bureau d'études techniques UBC Ingénierie.

Sur la réparation :

En ce qui concerne l'indemnisation due au titre de la remise en état de l'ouvrage :

12. D'une part, le maître de l'ouvrage a droit à la réparation intégrale des préjudices qu'il a subis lorsque la responsabilité décennale des constructeurs est engagée, sans que l'indemnisation qui lui est allouée à ce titre puisse dépasser le montant des travaux strictement nécessaires à la remise en ordre de l'ouvrage tel qu'il avait été commandé. En outre, le principe de la réparation intégrale n'implique pas de contrôle sur l'utilisation des fonds alloués à la victime qui conserve leur libre utilisation.

13. D'autre part, lorsque la remise en état de l'ouvrage comporte des travaux supplémentaires par rapport au marché initial, indispensables à la réalisation d'un ouvrage dans les règles de l'art, la charge définitive en incombe, en principe, au maître de l'ouvrage. Le maître d'ouvrage n'a droit à une indemnisation que dans la mesure où il est amené à supporter un coût final supérieur à celui qui aurait dû être celui de l'ouvrage si sa conception et sa réalisation n'avaient été entachées d'aucun vice.

14. Il résulte du rapport d'expertise que le coût des travaux a été évalué à la somme de 259 109,70 euros toutes taxes comprises pour la remise en état de la chapelle, à la somme de

7 205,81 euros TTC pour les frais du bureau de contrôle et CSPS et à la somme de 13 303,41 euros TTC pour les frais de maîtrise d'œuvre. Il y a donc lieu de condamner in solidum le cabinet Naviglio, la société BTP Consultants, la société SELE, la société Bourgeois et le bureau d'études techniques UBC Ingénierie, à verser la somme de 279 618,92 euros toutes taxes comprises à la commune de Saint Tropez.

S'agissant de la demande relative au remboursement des frais correspondant à la réalisation des investigations :

15. La commune de Saint-Tropez demande également le remboursement des frais correspondant à la réalisation des investigations pour un montant de 3 278,40 € TTC. Toutefois, ces investigations n'ont pas été utiles pour la détermination du préjudice indemnisable. Il y a donc lieu de rejeter cette dernière demande.

Sur les intérêts :

16. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure () ".

17. La commune de Saint-Tropez a droit aux intérêts au taux légal sur la somme mentionnée au point 14 à compter du 8 décembre 2021, date d'enregistrement de la requête.

Sur les appels en garantie :

18. Compte tenu du partage des responsabilités, indiqué au paragraphe 11, le cabinet Naviglio devra être relevé et garanti à hauteur de 35% par la société SELE et de 5% par le cabinet UBC Ingénierie. La société BTP Consultants devra être relevée et garantie à hauteur de 35% par la société Sele et de 5% par le cabinet UBC Ingénierie. La société Bourgeois devra être relevée et garantie à hauteur de 20% par le cabinet Naviglio, de 10% par la société BTP Consultants et de 35% par la société SELE. La société Sele devra être relevée et garantie à hauteur de de 20% par le cabinet Naviglio, de 10% par la société BTP Consultants et de 30% par la société Bourgeois.

Sur les frais liés au litige :

19. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ". Et aux termes de l'article L. 761-1 du même code : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

20. D'une part, par une ordonnance du 19 juin 2018, les frais et honoraires de l'expertise ordonnée le 10 octobre 2016, ont été liquidés et taxés à la somme totale de 11 865,12 euros TTC. D'autre part, par une ordonnance du 4 avril 2019, les frais et honoraires de l'expertise ordonnée le 14 novembre 2018, ont été liquidés et taxés à la somme totale de 2 016 euros TTC. Le montant total des frais d'expertise s'établit donc à la somme de 13 881,12 euros.

21. En application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et compte tenu de la part de responsabilité encourue par chacune des parties, de mettre ces frais à la charge de la société SELE à hauteur de 4 858,40 euros, de la société Bourgeois à hauteur de 4 164,33 euros, du cabinet Naviglio à hauteur de 2 776,22 euros, de la société BTP Consultants à hauteur de

1 388,11 euros et du bureau d'études techniques UBC Ingénierie à hauteur de 694,06 euros.

22. Enfin, le cabinet Naviglio et les sociétés UBC Ingénierie, BTP Consultants, SELE et Bourgeois étant tenus au dépens, il y a lieu de mettre à leur charge la somme de 1 000 euros chacun à payer à la commune de Saint-Tropez au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le cabinet Naviglio, la société BTP Consultants, la société SELE, la société Bourgeois et le bureau d'études techniques UBC Ingénierie sont condamnés in solidum à verser la somme de 279 618,92 euros toutes taxes comprises à la commune de Saint Tropez.

Article 2 : La commune de Saint-Tropez a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 279 618,92 euros toutes taxes comprises à compter du 8 décembre 2021, date d'enregistrement de la requête.

Article 3 : Le cabinet Naviglio devra être relevé et garanti à hauteur de 35% par la société SELE et de 5% par le cabinet UBC Ingénierie. La société BTP Consultants devra être relevée et garantie à hauteur de 35% par la société Sele et de 5% par le cabinet UBC Ingénierie. La société Bourgeois devra être relevée et garantie à hauteur de 20% par le cabinet Naviglio, de 10% par la société BTP Consultants et de 35% par la société SELE. La société Sele devra être relevée et garantie à hauteur de de 20% par le cabinet Naviglio, de 10% par la société BTP Consultants et de 30% par la société Bourgeois.

Article 4 : Le cabinet Naviglio et les sociétés UBC Ingénierie, BTP Consultants, SELE et Bourgeois verseront chacun la somme une somme de 1 000 euros à la commune de Saint-Tropez au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 13 881,12 euros TTC sont mis à la charge in solidum de la société SELE à hauteur de 4 858,40 euros, de la société Bourgeois à hauteur de 4 164,33 euros, du cabinet Naviglio à hauteur de 2 776,22 euros, de la société BTP Consultants à hauteur de 1 388,11 euros et du bureau d'études techniques UBC Ingénierie à hauteur de 694,06 euros.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Saint-Tropez, au cabinet Naviglio et aux sociétés UBC Ingénierie, BTP Consultants, SELE et Bourgeois.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

Mme Mathilde Montalieu, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

Z. KARBAL

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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