jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2103298 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CHARREL ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2021, la commune de Sainte-Maxime, représentée par Me Charrel, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement Me Lefort (pour la SELARL MJ Lefort), agissant en qualité de liquidateur de la société Floriot Travaux et Services Maritimes By Subship, et Me Louis (pour la SCP Jean-Pierre Louis - Anne Lageat), agissant en qualité de liquidateur de la société Seaworks, à lui verser la somme de 26 132 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 22 avril 2020 et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de Me Lefort (pour la SELARL MJ Lefort), agissant en qualité de liquidateur de la société Floriot Travaux et Services Maritimes By Subship, et Me Louis (pour la SCP Jean-Pierre Louis - Anne Lageat), agissant en qualité de liquidateur de la société Seaworks, la somme de 3 000 euros chacun en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en raison de la défaillance de la société Floriot Travaux et Services Maritimes By Subship, membre du groupement solidaire cocontractant, dans l'exécution du marché de balisage des plages au titre de l'année 2020, elle a engagé des frais supplémentaires pour poursuivre l'exécution des prestations de la tranche ferme et pour récupérer le matériel non restitué par cette société, à hauteur d'un montant total de 26 132 euros ;
- la responsabilité contractuelle des sociétés, membres du groupement solidaire cocontractant, est engagée ;
- elle est fondée à demander l'indemnisation des frais supplémentaires engagés pour poursuivre l'exécution des prestations auprès du groupement cocontractant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2024, la SCP Jean-Pierre Louis - Anne Lageat, agissant en qualité de liquidateur de la société Seaworks, représentée par Me Dupuy, conclut au rejet des conclusions dirigées à son encontre et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la commune de Sainte-Maxime au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la société Seaworks ayant fait l'objet d'une décision de liquidation judiciaire en date du 29 novembre 2021, les dispositions de l'article L. 622-22 du code de commerce font obstacle à qu'une condamnation soit prononcée ;
- en application des dispositions de l'article L. 622-24 du code de commerce, l'action dirigée à son encontre est forclose dès lors que la commune ne justifie pas avoir déclaré une créance au passif de la liquidation de la société Seaworks.
L'ensemble de la procédure a été communiquée à la SELARL MJ Lefort, agissant en qualité de liquidateur de la société Floriot Travaux et Services Maritimes By Subship, et à cette société, qui n'ont pas produit de mémoire en défense, malgré la mise en demeure qui leur a été adressée le 9 février 2024, en application des dispositions combinées des articles R. 612-3 et R. 612-6 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de commerce ;
- le décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Montalieu, rapporteure,
- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,
- et les observations de Me Pistone, substituant Me Charrel, représentant la commune de Sainte-Maxime ;
- les défendeurs n'étant ni présents, ni représentés.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Sainte-Maxime a attribué en 2017 au groupement solidaire constitué par les sociétés Floriot Travaux et Services Maritimes By Subship et Seaworks le lot n° 01 du marché de balisage des plages. Le marché était composé notamment d'une tranche ferme, relative à la pose, maintenance et dépose du balisage des plages incluant la fourniture des systèmes d'ancrage adéquats, dont le délai d'exécution était fixé à 4 ans (jusqu'en septembre 2020) et pour un prix de 72 000 euros TTC par an. Le groupement a exécuté les prestations prévues au titre de la tranche ferme au cours des années 2017, 2018 et 2019. Par un jugement du 27 janvier 2020, le tribunal de commerce de Fréjus a ouvert une procédure de redressement judiciaire à l'encontre de la société Floriot Travaux et Services Maritimes By Subship, laquelle a été convertie en liquidation judiciaire par un jugement du 27 avril 2020. Par un courrier du 1er avril 2020, Me Lefort, désigné comme mandataire puis liquidateur judiciaire de la société Floriot, a informé la commune de ce qu'elle n'était pas en mesure de poursuivre l'exécution du marché. Par un courrier du 22 avril 2020, la commune a adressé à Me Lefort un état déclaratif et a sollicité la restitution du matériel lui appartenant détenu par la société Floriot. Par un marché de substitution signé le 15 mai 2020, la commune de Sainte-Maxime a confié à la société Seaworks la réalisation des prestations correspondant à celles de la tranche ferme au titre de l'année 2020. Par un jugement du 29 novembre 2021, le tribunal de commerce de Marseille a prononcé la liquidation judiciaire de la société Seaworks.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article L. 622-21 du code de commerce, dans sa rédaction applicable en l'espèce, relatif aux sociétés en liquidation en vertu de l'article L. 641-3 du code de commerce : " I.-Le jugement d'ouverture interrompt ou interdit toute action en justice de la part de tous les créanciers dont la créance n'est pas mentionnée au I de l'article L. 622-17 et tendant : 1° A la condamnation du débiteur au paiement d'une somme d'argent ; () ". Aux termes de l'article L. 622-22 du même code : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 625-3, les instances en cours sont interrompues jusqu'à ce que le créancier poursuivant ait procédé à la déclaration de sa créance. Elles sont alors reprises de plein droit, le mandataire judiciaire et, le cas échéant, l'administrateur ou le commissaire à l'exécution du plan nommé en application de l'article L. 626-25 dûment appelés, mais tendent uniquement à la constatation des créances et à la fixation de leur montant. ". Aux termes de l'article L. 622-24 du même code : " A partir de la publication du jugement, tous les créanciers dont la créance est née antérieurement au jugement d'ouverture, à l'exception des salariés, adressent la déclaration de leurs créances au mandataire judiciaire dans des délais fixés par décret en Conseil d'Etat (). " Aux termes de l'article L. 622-26 du même code : " A défaut de déclaration dans les délais prévus à l'article L. 622-24, les créanciers ne sont pas admis dans les répartitions et les dividendes à moins que le juge commissaire ne les relève de leur forclusion s'ils établissent que leur défaillance n'est pas due à leur fait () ".
3. Si ces dispositions réservent à l'autorité judiciaire la détermination des modalités de règlement des créances sur les entreprises en état de redressement, puis de liquidation judiciaire, il appartient au juge administratif d'examiner si la collectivité publique a droit à réparation et de fixer le montant des indemnités qui lui sont dues à ce titre par l'entreprise défaillante ou son liquidateur, soit à titre définitif, soit à titre provisionnel, sans préjudice des suites que la procédure judiciaire est susceptible d'avoir sur le recouvrement de cette créance. Dans ces conditions, la SCP Jean-Pierre Louis - Anne Lageat, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société Seaworks, n'est pas fondée à soutenir que, du fait de la liquidation judiciaire prononcée par le tribunal de commerce de Marseille le 29 novembre 2021 et de l'absence de déclaration par la commune de Sainte-Maxime d'une créance au passif de la liquidation de la société, les conclusions indemnitaires dirigées à son encontre sont irrecevables. Par suite, la fin de non-recevoir qu'elle oppose doit être écartée.
Sur la responsabilité contractuelle :
4. D'une part, il résulte des règles générales applicables aux contrats administratifs que l'acheteur public qui a vainement mis en demeure son cocontractant d'exécuter les prestations qu'il s'est engagé à réaliser conformément aux stipulations du contrat dispose de la faculté de faire exécuter celles-ci, aux frais et risques de son cocontractant, par une entreprise tierce. La conclusion de marchés de substitution, destinée à surmonter l'inertie, les manquements ou la mauvaise foi du cocontractant lorsqu'ils entravent l'exécution d'un marché de fournitures ou de services, est possible même en l'absence de toute stipulation du contrat le prévoyant expressément, en raison de l'intérêt général qui s'attache à l'exécution des prestations. La mise en œuvre de cette mesure coercitive, qui peut porter sur une partie seulement des prestations objet du contrat et qui n'a pas pour effet de rompre le lien contractuel entre le pouvoir adjudicateur et son cocontractant, ne saurait être subordonnée à une résiliation préalable du contrat par l'acheteur public. La règle selon laquelle, même dans le silence du contrat, l'acheteur public peut recourir à des marchés de substitution aux frais et risques de son cocontractant revêt le caractère d'une règle d'ordre public.
5. D'autre part, aux termes de l'article 45 du décret du 25 mars 2016 relatif aux marchés publics, applicable au marché en litige : " I. - Les groupements d'opérateurs économiques peuvent participer aux procédures de passation de marchés publics. () Le groupement est solidaire lorsque chacun des opérateurs économiques membres du groupement est engagé financièrement pour la totalité du marché public. (). ".
6. En l'espèce, il est constant que, par un courrier du 6 mars 2020, la commune de Sainte-Maxime a mis en demeure Me Lefort, mandataire judiciaire, de lui indiquer sa décision concernant la poursuite de l'exécution du marché de balisage des plages par la société Floriot Travaux et Services Maritimes By Subship. Il est également constant que, par un courrier du 1er avril 2020, Me Lefort a informé la commune de ce que la société n'était plus en mesure d'exécuter ces prestations. En revanche, la commune n'allègue pas avoir vainement mis en demeure la société Seaworks, en tant que membre du groupement solidaire cocontractant, de procéder à la récupération du matériel de balisage et d'exécuter les prestations de la tranche ferme pour l'année 2020, laquelle a pourtant été en mesure de les exécuter dans le cadre d'un nouveau marché conclu sans publicité ni mise en concurrence. Dans ces conditions, la commune de Sainte-Maxime n'est pas fondée à rechercher la responsabilité contractuelle solidaire de la SELARL MJ Lefort, agissant en qualité de liquidateur de la société Floriot Travaux et Services Maritimes By Subship, et de la SCP Jean-Pierre Louis - Anne Lageat, agissant en qualité de liquidateur de la société Seaworks.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la commune de Sainte-Maxime doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des défendeurs, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, la somme que demande la commune de Sainte-Maxime au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune une quelconque somme au titre des frais exposés par la SCP Jean-Pierre Louis - Anne Lageat, agissant en qualité de liquidateur de la société Seaworks, et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la commune de Sainte-Maxime est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la SCP Jean-Pierre Louis - Anne Lageat, agissant en qualité de liquidateur de la société Seaworks, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Sainte-Maxime, à la SELARL MJ Lefort, agissant en qualité de liquidateur de la société Floriot Travaux et Services Maritimes By Subship, et à la SCP Jean-Pierre Louis - Anne Lageat, agissant en qualité de liquidateur de la société Seaworks.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
M. Zouhaïr Karbal, conseiller,
Mme Mathilde Montalieu, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
M. MONTALIEU
Le président,
Signé
Ph. HARANG
La greffière,
Signé
A. CAILLEAUX
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026