vendredi 12 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2103312 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ITINERAIRES AVOCATS CADOZ - LACROIX - REY - VERNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 9 décembre 2021, le 7 mars 2023 et le 4 septembre 2023, la société Aviva assurances, représentée par Me Cheval, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Fréjus à lui verser la somme de 1 774 367,93 euros en réparation du préjudice occasionné au syndicat de copropriétaires d'un immeuble sinistré dont l'effondrement des étages est imputable à des manquements de la commune pour délivrer les autorisations de voierie nécessaires aux travaux de réparation ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Fréjus la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la commune de Fréjus est responsable des préjudices subis par le syndicat de copropriétaires en ce que les travaux de consolidation de l'immeuble sinistré n'ont pu être entrepris que tardivement, compte tenu d'un retard pour délivrer l'autorisation de voierie dont la première demande a été déposée le 19 novembre 2012 et n'être finalement accordée que le 27 mai 2013 ;
- ledit retard a causé un préjudice important et anormal au syndicat de copropriétaires et procède d'un manquement de la commune qui connaissait la situation dans laquelle était l'immeuble sinistré et l'urgence de procéder aux travaux de consolidation ;
- les préjudices sont estimés à un montant total de 1 774 367,93 euros, dont
1 084 744,30 euros au titre des travaux de désamiantage et démolition, 585 000 euros au titre de la valeur vénale de l'immeuble sinistré, 90 249,63 euros au titre de la location de l'échafaudage, 14 374 euros au titre des honoraires et frais de l'expert judiciaire désigné par ordonnance de référé du tribunal judiciaire de Draguignan du 23 octobre 2013.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 juillet 2022 et le 31 juillet 2023, la commune de Fréjus, représentée par Me Cadoz, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Aviva assurances la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les sommes réclamées procèdent d'une créance prescrite ;
- la délivrance d'une autorisation de voierie le 27 mai 2023 n'a pas causé un préjudice anormal et spécial au syndicat de copropriétaires ;
- elle ne procède pas non plus d'une illégalité fautive ;
- les autres moyens soulevés par la société Aviva assurances ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 17 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 16 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 mars 2024 :
- le rapport de M. Quaglierini,
- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Cheval, représentant la société Aviva assurances, et celles de Me Cadoz, représentant la commune de Fréjus.
Considérant ce qui suit :
1. Par courrier du 9 août 2021, la société Aviva assurances, subrogée dans les droits du syndicat des copropriétaires de l'immeuble situé au 102, rue du général de Gaulle à Fréjus, a adressé à la commune de Fréjus une demande indemnitaire préalable d'un montant total de 1 774 367,93 euros, qu'elle estime correspondre à sa responsabilité dans l'effondrement dudit immeuble, sinistré par un incendie survenu le 13 septembre 2012, et dont l'état nécessitait des travaux de consolidation qui n'ont pas pu intervenir avant l'effondrement de ses étages. En l'absence de réponse de la commune de Fréjus, une décision implicite de rejet est née le
11 octobre 2021. Par sa requête, la société Aviva assurances demande la condamnation de la commune de Fréjus au paiement de cette somme en réparation des préjudices causés à son assuré.
Sur la prescription de la créance opposée par la commune de Fréjus :
2. Aux termes de l'article 1er de la loi susvisée du 31 décembre 1968 : " Sont prescrites au profit de l'État, des départements et des communes, sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. Sont prescrites dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public ". Aux termes de l'article 2 de la même loi : " La prescription est interrompue par () toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, tout recours formé devant la juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, toute communication écrite d'une administration intéressée dès lors que cette communication a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance ; toute émission de moyen de règlement ". Aux termes de l'article 3 : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement ". Il résulte de la combinaison des dispositions précitées de la loi du 31 décembre 1968 que la connaissance par la victime de l'existence d'un dommage ne suffit pas à faire courir le délai de la prescription quadriennale, le point de départ de cette dernière est la date à laquelle la victime est en mesure de connaître l'origine de ce dommage ou du moins de disposer d'indications suffisantes selon lesquelles ce dommage pourrait être imputable au fait de l'administration.
3. Si la commune de Fréjus fait valoir que la somme réclamée procède de créances prescrites en ce que les autorisations tardives et inappropriées délivrées par l'autorité territoriale datent de 2013 et 2017, il résulte toutefois de l'instruction que le syndicat de copropriétaires de l'immeuble sinistré n'était pas en mesure de connaître l'origine du dommage à l'origine de son préjudice à ces époques, ni son imputabilité. Ce n'est qu'à la remise du rapport de l'expert judiciaire, le 8 juin 2020, au président du tribunal judiciaire l'ayant mandaté par ordonnance de référé du 23 octobre 2013, aux termes duquel une responsabilité de la commune dans l'effondrement de l'immeuble est relevée, que les délais de prescription des créances en litige doivent être regardés comme ayant commencé à courir. Ainsi, les créances de la société Aviva assurances, subrogée dans les droits du syndicat des copropriétaires suite à un protocole transactionnel du 15 mars 2021, n'étaient pas prescrites au jour de l'enregistrement de la requête, de sorte que la commune n'est pas fondée à opposer la prescription des créances en litige.
Sur la responsabilité de la commune :
4. Les conditions d'engagement de la responsabilité pour faute d'une personne publique supposent l'existence d'une faute, l'existence d'un dommage réel, actuel, direct et certain et l'existence d'un lien de causalité entre la faute commise et le dommage.
5. La requérante soutient que la commune est responsable de l'effondrement de l'immeuble sinistré, tel que le conclut l'expert judiciaire dans son rapport du 8 juin 2020, compte tenu du manque de sérieux et de rigueur dans l'instruction des demandes successives d'autorisation de voierie adressées par la société SODOBAT, chargée de procéder aux travaux de réparation de l'immeuble, à la commune de Fréjus. Elle précise que le retard dans la délivrance de l'autorisation sollicitée procède d'une faute de l'administration et, en toute hypothèse, il en a résulté un préjudice important et anormal au syndicat de copropriétaires.
6. Il résulte de l'instruction que par ordonnance du tribunal judiciaire du 23 octobre 2013, M. B A a été missionné par ladite juridiction à fins de : " 1/ se rendre sur les lieux ; 2/ prendre connaissance de l'ensemble des pièces contractuelles, administratives et techniques utiles afférentes à l'immeuble litigieux ; 3/ rechercher les conventions verbales ou écrites intervenues entre les parties et annexer à son rapport copie de tous documents contractuels ; 4/ préciser la date à laquelle l'ouverture du chantier était prévue, les dates auxquelles des travaux éventuels ont été exécutés et terminés ; décrire la répartition des tâches confiées aux différents intervenants et le montant des travaux prévus ; 5/ examiner l'ouvrage litigieux, vérifier la réalité des désordres invoqués par la partie demanderesse dans son acte introductif d'instance, en distinguant les désordres affectant les parties privatives des parties communes ; 6/ dire si les désordres constats ont été occasionnés ou amplifiés du fait de la non-exécution des travaux prévus ; 7/ rechercher les causes des retards, livrer tout élément permettant de déterminer les diligences accomplies par les parties à la cause ; 8/ décrire et évaluer les travaux nécessaires à la réhabilitation de l'immeuble; décrire le coût d'éventuels travaux supplémentaires dus aux désordres engendrés par le retard avec lequel les travaux ont été engagés ; 9/ Fournir tous éléments techniques et de fait de nature à permettre à la juridiction qui sera éventuellement saisie de se prononcer sur les responsabilités encourues et sur la proportion des responsabilités ; 12/ établir les comptes entre les parties ".
7. Il résulte du rapport remis par l'expert judiciaire, le 8 juin 2020, tout d'abord que ce dernier n'a pas pu établir l'état de l'immeuble juste après l'incendie, indiquant seulement que " la toiture était éventrée et l'appartement du dernier niveau détruit " et que " l'eau déversée par les pompiers a pu avoir de graves conséquences sur la stabilité du plancher du dernier niveau ", ensuite que ledit expert judiciaire indique ne pas pouvoir " dire si les intempéries qui se sont produites ont eu un rôle déterminant " ou seulement un rôle " dans l'aggravation des désordres " et qu'il n'est pas " sûr que le bâchage de l'immeuble eût suffi à éviter cette aggravation ".
8. Compte tenu, d'une part, de l'ensemble de ces éléments qui apparaissent tous en lien direct et certain de causalité avec l'effondrement des étages de l'immeuble, sur lesquels l'expert judiciaire ne se prononce pourtant pas, d'autre part, de la circonstance que les fonds nécessaires aux travaux n'ont été libérés qu'au cours du mois de mars 2013 et, enfin, que les autorisations de voierie sollicitées n'avaient pour seul objet que de permettre à la société de travaux de placer une benne à déchets afin de recueillir les gravats de l'immeuble sinistré, ainsi que trois places de stationnement à proximité, l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre l'effondrement des étages de l'immeuble et l'éventuel retard de la commune à délivrer une autorisation de voierie, qui aurait pu permettre à la société de travaux de démarrer le chantier, n'est pas établi. Si la requérante soutient que l'expert judiciaire s'est prononcé expressément sur la responsabilité de la commune, il résulte pourtant des missions citées au point n°6 qu'il ne lui appartenait pas d'y procéder, les juridictions étant seules compétentes pour statuer sur les différentes responsabilités.
9. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander la condamnation de la commune de Fréjus à lui payer la somme qu'elle réclame au titre des préjudices subis par le syndicat des copropriétaires.
Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à chacune des parties la charge des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Aviva assurances est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Fréjus au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Aviva assurances et à la commune de Fréjus.
Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président,
M. Quaglierini, premier conseiller,
Mme Martin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé
B. Quaglierini
Le président,
Signé
JF. Sauton
La greffière
Signé
B. Ballestracci
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026