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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2103330

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2103330

vendredi 1 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2103330
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre - Juge Unique
Avocat requérantCOLSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 décembre 2021, Mme B D, représentée par Me Colson, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 octobre 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) du Var a rejeté son recours préalable dirigé contre un indu d'allocation de logement familiale de 5 308 euros pour la période courant du 1er mai 2018 au 31 juillet 2019 ;

2°) d'ordonner à la CAF du Var de recalculer ses droits d'aide au logement à compter du 4 mai 2020 ;

3°) condamner la CAF du Var, en tant que de besoin, à lui verser les droits auxquels elle peut prétendre et lui rembourser les sommes prélevées indûment sur les allocations versées depuis le 4 mai 2020 ;

4°) mettre à la charge de la CAF du Var la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il est soutenu que Mme D n'a pas vécu maritalement avec M. C pendant la période litigieuse de mai 2018 à juillet 2019, ce dernier résidant chez ses parents alors qu'elle disposait d'un bail à son seul nom ; la CAF a commis une erreur en recalculant les droits de l'allocataire sur la base d'éléments de fait qu'elle a elle-même créés sans les démontrer ; le contrôle s'est exercé sous la menace d'une plainte pénale et a permis d'extirper l'aveu de Mme D concernant l'existence d'une vie maritale.

Par des mémoires en défense enregistrés le 25 mai 2022 et le 30 juin 2023, la caisse d'allocations familiales du Var conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que lors du contrôle du 28 novembre 2019, Mme D a reconnu avoir été en vie maritale avec M. C dans une déclaration de situation remplie en présence du contrôleur assermenté, ainsi que dans un procès-verbal d'audition du 23 octobre 2019 établi par les services de gendarmerie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Riffard en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 4 juillet 2023 :

- le rapport de M. Riffard, magistrat désigné ;

- et les observations de Mme A, représentant la caisse d'allocations familiales du Var.

La clôture de l'instruction a été prononcée après les observations orales des parties conformément à l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Alors que Mme D était connue des services de la CAF du Var comme mère isolée avec deux enfants mineurs à charge, un contrôle de situation effectué le 28 novembre 2019 a fait ressortir qu'elle avait vécu maritalement avec M. C, père de son deuxième enfant, au cours de la période du 15 février 2018 au 2 juillet 2019. A la suite d'une demande d'informations du 10 décembre 2019 restée infructueuse, la CAF du Var a informé Mme D par lettre du 4 mai 2020 que ses droits aux prestations familiales avaient été recalculés au regard de ces nouveaux éléments, générant un indu global de 11 986,04 euros dont le remboursement s'est effectué par retenues sur ses allocations à compter du mois de mai 2020. Le 28 mai 2021, Mme D a formé un recours préalable en contestant le bien-fondé de sa dette. Par une décision du 5 octobre 2021, le directeur de la CAF du Var a rejeté son recours préalable dirigé contre un indu d'allocation de logement familiale chiffré à 5 308 euros pour la période courant du 1er mai 2018 au 31 juillet 2019. Mme D demande principalement au Tribunal d'annuler la décision du 5 octobre 2021.

2. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation, en vigueur à compter du 1er septembre 2019 : " Les aides personnelles au logement ainsi que les primes accordées aux bénéficiaires de ces aides afin qu'ils déménagent pour s'assurer des conditions de logement plus adaptées sont régies par le présent livre. / Les aides personnelles au logement comprennent : () 2o Les allocations de logement : / a) L'allocation de logement familiale ; (). ". Aux termes de l'article L. 823-1 du même code : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer; 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 ; 3° Le montant du loyer payé, pris en compte dans la limite d'un plafond, ainsi que les dépenses accessoires retenues forfaitairement ; 4° La qualité du demandeur : locataire, colocataire ou sous-locataire d'un logement meublé ou non, accédant à la propriété ou résident en logement-foyer. Pour l'application du 1°, les enfants à charge doivent respecter les conditions prévues à l'article L. 512-2 du code de la sécurité sociale ".

3. Aux termes, par ailleurs, de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple. ". Il résulte de ces dispositions que, pour le bénéfice de l'allocation de logement familiale, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges. En cas de séparation de fait des époux, se manifestant par la cessation entre eux de toute communauté de vie, tant matérielle qu'affective, les revenus du conjoint du bénéficiaire n'ont pas à être pris en compte dans le calcul des ressources de ce dernier.

4. Aux termes, enfin, de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale : " Les directeurs des organismes de sécurité sociale confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés dans des conditions définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité sociale, le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations (). Ces agents ont qualité pour dresser des procès-verbaux faisant foi jusqu'à preuve du contraire (). ". La valeur probante que l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale attache aux procès-verbaux des agents de contrôle se rapporte aux seules constatations de fait qu'ils opèrent et non aux conclusions qu'ils en tirent.

5. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, de prime exceptionnelle de fin d'année, de prime d'activité ou d'une prestation versée au titre du logement, il entre dans l'office du juge administratif d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

6. Il est constant que la convention parentale sur les modalités d'exercice de l'autorité parentale par Mme D et M. C sur l'enfant Hinaïa, née le 7 novembre 2018 de leur union libre, a été homologuée le 26 juin 2019 par le juge aux affaires familiales près le Tribunal judiciaire de Draguignan. Il résulte du rapport d'enquête de la CAF du Var en date du 28 novembre 2019, établi par un agent assermenté et dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que Mme D a reconnu, lors du contrôle domiciliaire du 28 novembre 2019, avoir été en situation de concubinage du 15 février 2018 au 2 juillet 2019 avec M. C et a complété en ce sens une déclaration de situation le jour de l'entretien. L'intéressée n'a pas contesté et n'a formulé aucune observation lors de la procédure contradictoire établie par écrit le jour même par l'agent assermenté de la CAF lequel a conclu que " les éléments recueillis sur place me permettent de vérifier que les raisons ayant amené l'allocataire à ne pas déclarer son concubinage n'étaient pas de nature à nuire à l'organisme mais restaient consécutives au fonctionnement particulier du couple ". Cette situation de concubinage au cours de la période litigieuse est également corroborée par les déclarations de Mme D dans le procès-verbal d'audition établi le 23 octobre 2019 par un agent de police judiciaire en poste au sein de la compagnie de gendarmerie départementale de Draguignan. Si dans son recours préalable formé le 28 mai 2021 et dans sa requête, l'allocataire soutient désormais que le contrôleur aurait fait pression sur elle pour déclarer une situation de concubinage alors qu'elle vivait seule au cours de la période litigieuse, elle n'apporte aucun commencement de preuve au soutien de ses allégations. A cet égard, ni les courriers expédiés à M. C par son employeur, par le service de santé au travail, par la caisse d'assurance maladie du Var et par la banque postale, à l'adresse de ses parents au cours de la période considérée, ni l'existence d'un soutien psychologique dispensé à Mme D de mars 2018 à juillet 2019 ne sont de nature à remettre en cause les constatations et les déclarations précitées.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions principales tendant à l'annulation de la décision du 5 octobre 2021 du directeur de la caisse d'allocations familiales du Var doivent être rejetées et, par voie de conséquence, les conclusions accessoires à fin d'injonction et les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, au directeur de la caisse d'allocations familiales du Var et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er septembre 2023.

Le magistrat désigné

Signé :

D. RIFFARD La greffière

Signé :

G. RICCILa République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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