lundi 13 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2103415 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | AIZAC & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 décembre 2021, l'association Unis Services, agissant par son représentant légal et représentée par la SELARL Aizac et Associés agissant par
Me Serra, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été assignés au titre des années 2017, 2018 et 2019 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat, une somme dont il sera justifié ultérieurement, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le fait qu'une association possède un directeur salarié ne fait pas de lui un dirigeant de fait et ne retire pas à l'association son caractère de gestion désintéressée la rendant passible des impôts commerciaux ; les dirigeants membres du bureau exercent leur mandat bénévolement ;
- son activité est complètement encadrée par l'administration et elle ne possède aucune véritable latitude commerciale ; elle exerce ainsi en dehors du marché concurrentiel ;
- en tout état de cause, elle aurait droit au crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE) qui viendrait en réduction de l'impôt sur les sociétés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2022, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. L'association Unis Services qui exerce, à Rocbaron, une activité d'aide à domicile, a fait l'objet au titre des années 2017 à 2019, d'une vérification de comptabilité au cours de laquelle le service a estimé qu'elle était redevable, eu égard à son activité, des impôts commerciaux et à l'issue de laquelle elle a été soumise à des cotisations d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée (TVA), selon les procédures de taxation d'office prévue à l'article L. 66 du livre des procédures fiscales en ce qui concerne la TVA et de rectification contradictoire prévue à l'article L. 55 du même livre en ce qui concerne l'impôt sur les sociétés. Elle demande la décharge, en droits et pénalités de ces impositions et, à défaut, sollicite le bénéfice du crédit d'impôt " compétitivité emploi " (CICE).
2. Aux termes de l'article 206 du code général des impôts, dans sa version applicable au présent litige : " 1. () sont passibles de l'impôt sur les sociétés, quel que soit leur objet, () toutes autres personnes morales se livrant à une exploitation ou à des opérations de caractère lucratif. / 1 bis. Toutefois, ne sont pas passibles de l'impôt sur les sociétés prévu au 1 les associations régies par la loi du 1er juillet 1901, () dont la gestion est désintéressée, lorsque leurs activités non lucratives restent significativement prépondérantes et le montant de leurs recettes d'exploitation encaissées au cours de l'année civile au titre de leurs activités lucratives n'excède pas 62 250 euros. Cette limite est indexée, chaque année, sur la prévision de l'indice des prix à la consommation, hors tabac, retenue dans le projet de loi de finances de l'année. () / Les organismes mentionnés au premier alinéa deviennent passibles de l'impôt sur les sociétés prévu au 1 à compter du 1er janvier de l'année au cours de laquelle l'une des trois conditions prévues à l'alinéa précité n'est plus remplie. / Les organismes mentionnés au premier alinéa sont assujettis à l'impôt sur les sociétés prévu au 1 en raison des résultats de leurs activités financières lucratives et de leurs participations. ". Aux termes de l'article 261 du même code : " Sont exonérés de la taxe sur la valeur ajoutée : / () 7. 1° a. les services de caractère social, éducatif, culturel ou sportif rendus à leurs membres par les organismes légalement constitués agissant sans but lucratif, et dont la gestion est désintéressée. / () b. les opérations faites au bénéfice de toutes personnes par des œuvres sans but lucratif qui présentent un caractère social ou philanthropique et dont la gestion est désintéressée, lorsque les prix pratiqués ont été homologués par l'autorité publique ou que des opérations analogues ne sont pas couramment réalisées à des prix comparables par des entreprises commerciales, en raison notamment du concours désintéressé des membres de ces organismes ou des contributions publiques ou privées dont ils bénéficient. () d. le caractère désintéressé de la gestion résulte de la réunion des conditions ci-après : / l'organisme doit, en principe, être géré et administré à titre bénévole par des personnes n'ayant elles-mêmes, ou par personne interposée, aucun intérêt direct ou indirect dans les résultats de l'exploitation. / () l'organisme ne doit procéder à aucune distribution directe ou indirecte de bénéfice, sous quelque forme que ce soit ; / les membres de l'organisme et leurs ayants droit ne doivent pas pouvoir être déclarés attributaires d'une part quelconque de l'actif, sous réserve du droit de reprise des apports ".
3. Il résulte de ce qui précède que les associations ne sont exonérées de l'impôt sur les sociétés et de la taxe sur la valeur ajoutée que si, d'une part, leur gestion présente un caractère désintéressé, et que, d'autre part, les services qu'elles rendent ne sont pas offerts en concurrence dans la même zone géographique d'attraction avec ceux proposés au même public par des entreprises commerciales exerçant une activité identique. Toutefois, même dans le cas où l'association intervient dans un domaine d'activité et dans un secteur géographique où existent des entreprises commerciales, elle reste exclue du champ de l'impôt sur les sociétés et continue de bénéficier de l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée si elle exerce son activité dans des conditions différentes de celles des entreprises commerciales, soit en répondant à certains besoins insuffisamment satisfaits par le marché, soit en s'adressant à un public qui ne peut normalement accéder aux services offerts par les entreprises commerciales, notamment en pratiquant des prix inférieurs à ceux du secteur concurrentiel et à tout le moins des tarifs modulés en fonction de la situation des bénéficiaires, sous réserve de ne pas recourir à des méthodes commerciales excédant les besoins de l'information du public sur les services qu'elle offre.
4. En premier lieu, le versement de rémunérations aux dirigeants d'une association ne fait pas obstacle en soi au caractère désintéressé de sa gestion. Toutefois, les rémunérations versées doivent être proportionnées aux ressources de l'association et constituer la contrepartie des sujétions effectivement imposées à ses dirigeants dans l'exercice de leur mandat. Il résulte de l'instruction et n'a pas été formellement contesté par l'association requérante, qu'elle emploie depuis 2008, son ancien président en qualité de directeur, pour des salaires ayant atteint les sommes de 9 170 euros brut à partir de 2013 et 7 000 euros brut depuis 2016 et lui a consenti, ainsi qu'à son épouse, laquelle était également membre du bureau, en 2013 et 2014, des avantages en nature consistant en la location avec option d'achat de deux véhicules de marque Mercedes pour les sommes respectivement de 48 550 euros et 66 500 euros, dont elle a continué de régler les loyers au cours de la période vérifiée. L'association doit être regardée comme ayant, ainsi, accordé à son directeur et à son épouse, des avantages ne constituant pas la contrepartie de sujétions qui leur auraient été effectivement imposées dans l'exercice de leur mandat et dont l'allocation n'était pas compatible avec une gestion désintéressée, son activité présentant, dès lors, le caractère d'une "exploitation lucrative" au sens des dispositions, ci-dessus rappelées, du 1 de l'article 206 du code général des impôts.
5. En second lieu, si elles sont régies par les dispositions des articles L. 312-1 et suivants du code de l'action sociale et des familles, si elles sont exercées par de nombreuses structures associatives et si l'activité, l'aire géographique dans laquelle elle s'exerce et la tarification en sont encadrées en vertu d'autorisations délivrées par le conseil départemental compétent en matière d'aide sociale, il résulte néanmoins de l'instruction que les activités de prestations de services d'aide à la personne de l'association requérante sont exercées, dans la même aire géographique, par des sociétés commerciales, dans des conditions, notamment tarifaires, équivalentes, pour des prestations de même nature, en direction d'un public et d'une clientèle comparables et selon des modalités d'information ou de publicité sensiblement identiques. L'association requérante n'apporte ainsi aucun indice ou élément de nature à permettre d'établir que son activité s'exercerait dans des conditions différentes de celles des entreprises commerciales telles que décrites au point 3, susceptibles de lui permettre de demeurer hors du champ des impôts commerciaux auxquels elle a été assujettie.
6. Il résulte de tout ce qui précède que, contrairement à ce qu'elle soutient, c'est à bon droit que l'association requérante a été assujettie, au titre des années en litige, à l'impôt sur les sociétés et que son activité a été soumise à la TVA.
7. Aux termes de l'article 244 quater C du code général des impôts : " I. - Les entreprises imposées d'après leur bénéfice réel () peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt ayant pour objet le financement de l'amélioration de leur compétitivité à travers notamment des efforts en matière d'investissement, de recherche, d'innovation, de formation, de recrutement, de prospection de nouveaux marchés, de transition écologique et énergétique et de reconstitution de leur fonds de roulement. () " et aux termes de l'article 49 septies Q de l'annexe III au même code : " Pour l'application des dispositions des articles () et 244 quater C du code général des impôts, les entreprises déclarent les réductions et crédits d'impôt selon le format établi par l'administration, dans les mêmes délais que la déclaration annuelle de résultat qu'elles sont tenues de souscrire en application des articles 53 A et 223 du code précité. () ".
8. Si l'association requérante revendique son éligibilité au crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE), au titre des exercices 2017 et 2018, elle ne conteste pas qu'elle n'a ni déposé ses déclarations de résultats ni ne les a régularisées dans les délais prescrits par les dispositions précitées du code général des impôts et de l'annexe III de ce code. C'est, par suite, à bon droit que le service lui en a refusé le bénéfice.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de l'association Unis Services doit être rejetée y compris ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'association Unis Services est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association Unis Services et au directeur départemental des finances publiques du Var.
Délibéré après l'audience du 16 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Cros, premier conseiller
Mme A, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2023.
La rapporteure,
Signé
D. A
La présidente,
Signé
M. BERNABEU
La greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026