lundi 13 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2103417 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | FIDUCIAL SOFIRAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 décembre 2021, la société par actions simplifiée (SAS) K Mode Centrale, agissant par son gérant en exercice et représentée par la société d'avocats Fiducial Sofiral agissant par Me Luparia, demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015, 2016 et 2017 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre des années 2015 à 2018.
Elle soutient que :
- la provision sur client SAS Carderan constituée au 31 décembre 2016 était bien fondée compte tenu des difficultés de cette société et du risque de ne pas recouvrer plus de 25 % de la créance en litige ;
- la provision pour risque et charge constituée au 31 décembre 2016 et au
31 décembre 2017 relative à sa filiale détenue à 96 %, la société KM Avignon, était destinée à permettre la cession de cette filiale tout en désintéressant ses créanciers et ce, afin de préserver le renom de la marque K Mode ;
- compte tenu de la variété de ses fournisseurs dans ce secteur particulier de l'habillement et de l'origine géographique des fournisseurs (notamment chinois), les reproches adressés par l'administration quant aux seules factures d'achat restant en litige ne sont pas fondés et les charges corrélatives doivent être admises ; au total les seuls achats dont les factures n'ont pas été retrouvées s'élèvent à 7 178,15 euros hors taxe (HT) pour 2016 et 537,12 euros pour 2017 ;
- compte tenu des motifs retenus au regard des dégrèvements successifs accordés au cours de la procédure précontentieuse, la pénalité pour manquement délibéré apparaît injustifiée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2022, la directrice de la direction du contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS K Mode Centrale, dont le siège social est situé à Hyères-les-Plamiers et qui exerce toutes activités de centrale d'achat, négoce et vente en gros de produits de prêt-à-porter, articles de Paris, confection et maroquinerie, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les années 2015 à 2017, étendue jusqu'au 30 juin 2018 en matière de taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Par trois propositions de rectification successives, la dernière n'étant destinée qu'à compléter la précédente, diverses rectifications lui ont été notifiées en matière de TVA et d'impôt sur les sociétés, établies selon la procédure de rectification contradictoire et après prise en compte de l'avis de la commission départementale des impôts s'agissant des factures d'achat justifiées a posteriori. La société requérante, qui ne critique pas la régularité de la procédure d'imposition, demande la décharge, en droits et pénalités, des impositions demeurées à sa charge en ce qu'elles concernent le rejet de provisions comptabilisées et des achats que l'administration a continué d'estimer injustifiés ainsi que de la majoration pour manquement délibéré dont ces impositions ont été assorties.
Sur le bien-fondé des impositions :
2. Aux termes de l'article 39 1. du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. () / 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice ". Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées de l'article 39 du code général des impôts, et ce même si sa comptabilité n'a pas été écartée par l'administration fiscale, de justifier tant du montant des charges et des provisions qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 de ce code, que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité.
3. Pour justifier la constitution à la clôture de l'exercice 2016, d'une provision sur la créance client SAS Carderan, d'un montant de 18 916 euros, la société requérante fait valoir qu'étant liée à cette société par un contrat de partenariat commercial prévoyant la concession de la licence de la marque K Mode et un approvisionnement en marchandises, elle a alerté sa cliente dès la fin 2015 sur les retards de paiement des marchandises et lui a adressé diverses relances au cours de l'année 2016. Elle indique également que la SAS Carderan invoquait elle-même sa situation financière compliquée et même sa volonté de mettre fin à leurs relations commerciales. Elle estime ainsi que le risque d'impayé était tel qu'elle était en droit de constituer une provision à hauteur de 75 % du montant de sa créance.
4. Il résulte toutefois de l'instruction, notamment des échanges de correspondance entre la requérante et la SAS Carderan produits au dossier, que celle-ci s'est bornée à évoquer un différend entre les deux partenaires commerciaux quant aux modalités de règlement des achats, qui pouvait expliquer les retards allégués, ainsi que l'éventualité, au vu de son bilan annuel, d'une révision à la baisse des termes du contrat de partenariat tenant compte " d'un modèle économique de plus en plus dur à tenir " et permettant à la SAS Carderan " de trouver avec l'enseigne K Mode le moyen de cesser de perdre de l'argent ". Ces éléments ne permettent pas, à eux-seuls, ni de caractériser le risque d'impayé avec une probabilité suffisante dès la clôture de l'exercice 2016 ni d'évaluer la provision à hauteur de 75 % du montant de la créance, d'autant que les actions judiciaires en paiement n'ont été engagées par la requérante qu'à la fin de l'année 2017 et qu'il n'est nullement soutenu que la SAS Carderan aurait, depuis lors, connu des difficultés économiques telles qu'elles auraient définitivement fait obstacle à ce qu'elle ait pu s'acquitter de sa dette. Dans ces conditions, le service a pu, à bon droit, réintégrer le montant de cette provision dans les résultats passibles de l'impôt sur les sociétés.
5. La société requérante conteste également la réintégration dans les résultats imposables d'une provision pour risque et charges relative à la société KM Avignon, sa filiale à 96 %, constituée à hauteur de 70 000 euros à la clôture de l'exercice 2016 et portée à
310 978 euros, soit 240 978 euros supplémentaires en déduction, à la clôture de l'exercice 2017. Elle soutient que ces provisions ont été constituées consécutivement à la cession, intervenue le
3 mai 2017, par la société KM Avignon, de son fonds de commerce à la société PB Avignon, laquelle acquérait également les fonds de commerce des sociétés KM Saint-Mitre et GEMA, exploitant de KM Vitrolles, et avaient permis, dès lors que le prix de cession était insuffisant pour désintéresser tous les créanciers, dont elle-même faisait partie, de désintéresser les créanciers tiers en évitant une procédure collective qui aurait nui à sa propre réputation, en sa qualité de société mère, et qu'ainsi elle n'avait que le choix que de consentir un abandon de créance ou, comme elle l'a fait, de constituer les provisions en litige.
6. Il résulte toutefois de l'instruction et n'est pas formellement contesté, qu'à l'ouverture de l'exercice 2016, la comptabilité de la société requérante faisait déjà apparaître un solde débiteur du compte 467 (autres débiteurs et créditeurs divers) de la société KM Avignon, dont, au demeurant, la requérante qui détenait 96 % de son capital, ne pouvait prétendre ignorer la situation économique et financière, et que, néanmoins, elle a poursuivi ses ventes à sa filiale au cours de l'année 2017, sans émettre ni réserve ni doute quant à la solvabilité de celle-ci et sans engager aucune procédure en vue de recouvrer ses créances auprès d'elle. Il s'ensuit que c'est à bon droit que l'administration a pu considérer qu'à la clôture des exercices clos en 2016 et 2017, la société requérante n'établissait pas, en ne se prévalant que de la cession du fonds de commerce de la société KM Avignon intervenue en mai 2017, la réalité de " pertes ou charges nettement précisées () que des événements en cours rendaient probables " au sens des dispositions précitées du 1. de l'article 39 du code général des impôts, de nature à justifier la constitution des provisions en litige.
7. La société conteste également le montant des achats dont le service a refusé la déductibilité motif pris de ce qu'ils n'avaient pas été justifiés par la production de factures ou que les factures produites étaient irrégulièrement libellées. Il résulte toutefois de l'instruction et notamment de l'examen des justificatifs ou factures qu'elle produit elle-même, que, contrairement à ce que soutient la requérante, à l'exception d'un fournisseur néerlandais, tous ses fournisseurs sont des entreprises françaises comme telles soumises aux mêmes obligations commerciales, sociales et fiscales qu'elle-même. Dans ces conditions, elle ne saurait sérieusement faire valoir que l'origine géographique, notamment asiatique, de ses fournisseurs expliquerait les erreurs et imprécisions des éléments figurant sur les factures dont elle ne conteste pas, par ailleurs, la réalité. Elle ne conteste pas non plus, ainsi que le lui oppose le service, que l'ensemble des justificatifs produits en cours d'instance, ne sont pas différents de ceux antérieurement fournis et ne permettent de critiquer utilement ni la réintégration dans ses résultats du montant des achats non justifiés tel qu'il a été arrêté après avis de la commission départementale des impôts ni les rappels de taxe sur la valeur ajoutée relatifs à ces achats.
Sur les pénalités :
8. Il résulte de l'instruction que les impositions supplémentaires en litige ont été assorties de la majoration pour manquement délibéré prévue par l'article 1729 a. du code général des impôts. La société requérante fait valoir que les dégrèvements successifs qui lui ont été accordés au cours de la procédure précontentieuse démontreraient à eux-seuls que l'application de la majoration pour manquement délibéré n'est pas justifiée. Il ressort toutefois du dossier comme des considérations qui précèdent, s'agissant notamment des rectifications relatives à la constitution de la provision pour risque et charges et de ceux des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui n'ont pas été contestés, qu'ils révèlent clairement l'intention de la société K Mode d'éluder ses obligations fiscales. Il s'ensuit que le service doit être regardé comme ayant suffisamment justifié l'application de la majoration en litige.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SAS K Mode Centrale doit être rejetée y compris ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS K Mode Centrale est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée K Mode Centrale et à la directrice de la direction du contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer.
Délibéré après l'audience du 16 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Cros, premier conseiller
Mme A, magistrate honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2023.
La rapporteure,
Signé
D. A
La présidente,
Signé
M. BERNABEU
La greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026