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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2103456

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2103456

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2103456
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantBOUKHELOUA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 décembre 2021 et le 31 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Collet, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre de gestion de la fonction publique territoriale (CGFPT) du Var à lui verser la somme de 136 460 euros en réparation du préjudice que lui ont causé les illégalités fautives commises à l'occasion de l'organisation de l'examen professionnel de technicien territorial principal de 2ème classe à la session de 2013 ;

2°) de mettre à la charge du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Var la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'annulation de la délibération du jury de la session de 2013 par le tribunal administratif de Toulon dans son jugement n°1401263 du 3 février 2017, confirmé par la cour administrative de Marseille dans son arrêt n°17MA01406 du 2 octobre 2018, démontre des irrégularités fautives commises par le CGFPT ;

- lesdites irrégularités fautives lui ont causé un préjudice économique en ce qu'il n'a pas pu accéder dès 2013 au grade de technicien principal de 2ème classe et, de ce fait, passer l'examen ou être nommé au choix, pour devenir technicien principal de 1ère classe, afin de réunir les conditions pour être finalement nommé ingénieur à l'avancement au choix avant l'âge de 60 ans ;

- elles lui ont également causé un préjudice moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2022, le CGFPT du Var, représenté par Me Boukheloua, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 6 000 euros soit mise à la charge de M. A.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 4 octobre 2023.

Un mémoire présenté par le CGFPT du Var a été enregistré le 1er octobre 2023 et non communiqué en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu :

- le jugement du tribunal administratif de Toulon du 3 février n°1401263 et l'arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille n°17MA01406 du 2 octobre 2018 ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2010-1357 du 9 novembre 2010 ;

- le décret n° 2010-329 du 22 mars 2010 ;

- le décret n° 2010-1360 du 9 novembre 2010 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Quaglierini,

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,

- et les observations de Me Collet, représentant M. A, et celles de Me Janura, représentant le CGFPT du Var.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 15 septembre 2021, M. A, technicien principal 2ème classe dans la commune de la Fos-sur-Mer, a adressé au CGFPT du Var une demande indemnitaire préalable d'un montant total de 136 460 euros en réparation des préjudices économique et moral qu'il estime avoir subis consécutivement à l'irrégularité de la délibération du jury de l'examen professionnel d'accès au grade de technicien principal de 2ème classe, spécialité " Réseaux, Voiries et Infrastructures ". Le président du CGFPT ayant rejeté sa demande par courrier du

21 octobre 2021, l'intéressé demande, par sa requête, à ce que le CGFPT soit condamné à lui payer les sommes qu'il réclame.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article 4 du décret du 9 novembre 2010 visé fixant les modalités d'organisation de l'examen professionnel prévu à l'article 11 du décret n° 2010-1357 du

9 novembre 2010 portant statut particulier du cadre d'emplois des techniciens territoriaux : " Les membres du jury sont nommés par arrêté du président du centre de gestion organisateur () Le représentant du Centre national de la fonction publique territoriale, membre du jury en application de l'article 42 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, est désigné au titre de l'un des trois collèges ci-après mentionnés ". Aux termes de l'article 5 : " Le jury comprend au moins : / a) Un fonctionnaire territorial de catégorie A ou B et un fonctionnaire désigné dans les conditions prévues à l'article 14 du décret du 20 novembre 1985 susvisé, 7 b) Deux personnalités qualifiées ; / c) Deux élus locaux. / L'arrêté de nomination des membres du jury désigne, parmi les membres du jury, son président ".

3. Dans son arrêt du 2 octobre 2018 susvisé, la cour administrative de Marseille a relevé l'illégalité de la délibération de la session 2013 de l'examen professionnel de technicien principal de 2ème classe organisé par le centre de gestion de la fonction publique territoriale du Var, eu égard au nombre et aux fonctions des membres absents du jury, en dépit des résultats du candidat. Si l'illégalité ayant entaché la délibération est nécessairement fautive, il convient toutefois de rechercher si elle a pu entraîner pour le requérant une perte de chance sérieuse d'être nommé dans le grade de technicien principal de 2ème classe.

4. Il résulte de l'instruction, d'une part, que l'intéressé a reçu la note de 10,5/20 à l'écrit, une telle note ayant un coefficient 1 et qu'il a été évalué au cours d'un entretien par un jury lui ayant octroyé les notes de 1/3 sur son exposé portant sur son expérience professionnelle, 1/6 sur ses facultés d'analyse et de réflexion, 2/6 sur ses connaissances techniques, 2/2 sur ses motivations, 1/3 sur son aptitude à encadrer une équipe, obtenant une note totale de 7/20 pour son entretien, une telle note ayant un coefficient 2. D'autre part, il résulte à la fois du jugement du tribunal administratif de Toulon du 3 février 2017 et de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille du 2 octobre 2018 susvisés que l'épreuve orale d'admission s'est déroulée régulièrement, seule la réunion de délibération du jury a été entachée d'illégalité par la composition de ses membres et l'absence de l'un d'entre eux. Par conséquent, M. A, dont il est établi qu'il a obtenu la note finale de 8,16/20 à son examen alors que son admission nécessitait la note minimale de 10/20, ne présentait pas de chances sérieuses d'être promu au grande de technicien principal de 2ème classe. Partant, il ne saurait être fondé à demander d'être indemnisé de son préjudice économique. En revanche, compte tenu du préjudice moral qu'a subi M. A, inhérent à l'annulation de l'examen professionnel compte tenu du vice dont il était entaché, il sera fait une juste appréciation en condamnant le CGFPT à lui payer la somme de 1 000 euros.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Var une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par Nom court du 1er requérant et non compris dans les dépens.

6. En revanche, les conclusions du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Var sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre de gestion de la fonction publique territoriale du Var est condamné à payer à M. A la somme de 1 000 euros à titre de réparation de son préjudice.

Article 2 : Le centre de gestion de la fonction publique territoriale du Var versera à M. A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par le CGFPT du Var au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre de gestion de la fonction publique territoriale du Var.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé

B. Quaglierini

Le président,

Signé

JF. Sauton

La greffière

Signé

B. Ballestracci

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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